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Full text of "Revue Française de Psychanalyse II 1928 No.4"

Tome deuxième 



N° 4. 1928 




Cette revue est publiée sous le haut patronage 
de M. le professeur S. Freud. 

MÉMOIRES ORIGINAUX 

{PARTIE MÉDICALE) 



ur les transformations des pulsions 
particulièrement dans Térotisme anal (ï) 

Par S, Freud. 

{Traduit de ]' allemand 
par Ed> Pichou et JH . Hocsli») 



Guide par les observations psyeh analytiques, j'ai émis, il 

y a quelques aimées, l'hypothèse que, quand un même sujet 
était à la fois soigneux, parcimonieux et. ï-tfin, la rencontre de 
ees trois traits de caractère, indiquait un renforcement de la 
composante, érotico-analc dans sa constitution psychique. Ces 
modes de réaction particulièrement eh ers au moi du sujet se. 
développeraient, au cours de l'évolution de celui-ci, par con- 
sommation de Tcrotisme anal. 

Je ne tenais, a cette époque, qu'à faire connaître une rela- 
tion réellement établie ciiniqiicment ; sa justification théorique 
m'importait peu. 

Que Va varice, la méticulosité et V obstination aient toutes 
trois leurs sources instinctives dans Térotisme anal — ou, 
pour m 'exprimer plus prudemment et. plus complètement,, 
qu'elles tirent des éléments importants de cet érotisme — , 

[ij Mémoire parvenu h h\ Rédaction le 14 mai 192S. 

HE VUE FRANÇAIS II DE V SVC H ANALYSE I 



Source gallica.bnf.fr /Bibliothèque nationale de France 



^^^^B 



6lQ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



c J est une conception qui a été partout admise, osé-je croire. 
Les cas auxquels l'association de ces trois traits de caractère 
cou feraient un aspect particulier (formant le « caractère anal ») 
n'étaient que des exemples extrêmes qui laissaient deviner } 
même à une observation superficielle, la relation ci-dessus 
indiquée* 

Quelques années plus tard, ayant acquis une expérience 
analytique particulièrement instructive, je pus inférer, d'abon- 
dantes impressions cliniques, la donnée suivante : il faut 
admettre dans V évolution de la libido humaine une organisa- 
tion prégênitale précédant la phase de la primauté génitale ; et 
dans cette organisation prégénitale, le sadisme et rérotisme 
anal jouent les premiers rôles. 

Il était dès lors impossible de ne pas se demander ce que 
devenaient les pulsions érotico-anaîes, après que la réalisation 
de l'organisation génitale définitive les avait privées de leur 
rôle dans la vie sexuelle ? Continuaient-elles à exister comme 
telles, mais refoulées ; s'éteignaient-elles par sublimation, ou 
par consommation sous forme de traits de caractère; ou bien 
étaient-elles admises dans la nouvelle organisation sexuelle, à 
primauté génitale ? À vrai dire aucune de ces éventualités ne 
doit probablement enclore à elle seule la destinée de rérotisme 
anal ; la question sera donc mieux posée comme suit : dans 
quelle mesure et de quelle façon les différentes conjonctures 
décident-elles des destinées de cet érotisme anal, dont les sour- 
ces organiques ne peuvent pas être taries par l'avènement de 
l'organisation génitale ? 

On pourrait croire qu'il ne manque pas de matériaux pour 
répondre à ces questions, puisque le processus d'évolution et 
de transformation dont il s'agit ici a dû s'effectuer chez tous 
les sujets que l'on a à psychanalyser. Mais ces matériaux sont 
si obscurs, le grand nombre et la relative similitude des im- 
pressions cliniques recueillies sont si déconcertants qu'au- 
jourd'hui encore je ne puis apporter une solution complète du 
problème, mais de simples contributions à sa solution. 

Je ne me priverai pas, si l'occasion s'en présente, de citer 
"d'autres transformations de pulsions, ne concernant pas 
Térotisme anal. Enfin, il est à peine nécessaire d'indiquer que 
les processus évolutifs que je vais exposer n 'ont pu être déce- 



mm**àmtmmmȱ 



TRANSFORMATIONS DES PULSIONS 6l I 



les — ici comme partout ailleurs — que grâce à la régression 
névrotique. 

Que les productions de l'inconscient — associations, phan- 
tasmes, et symptômes — distinguent mal entre les excréments 
(argent, cadeaux) , l'enfant et le pénis, et remplacent tacite- 
ment chacun de ces éléments par l'un des deux autres, voilà 
une notion qui peut servir de point de départ aux considéra- 
tions ci -dessous, A la vérité nous nous rendons bien compte 
qu'en nous exprimant ainsi nous avons tort de transposer dans 
l'inconscient des dénominations convenant à d'autres domai- 
nes de la vie psychique, et que nous nous laissons séduire par 
la commodité qu'apporte cette comparaison. Redisons donc, 
sous une forme cette fois irréprochable, que ces cléments sont 
souvent traités dans l'inconscient comme s'ils s'équivalaient et 
pouvaient être échangés sans aucun inconvénient. 

C'est pour la relation enfant-pênis qu'on remarque cela le 
plus facilement. Dans le langage symbolique du rêve et de la 
vie quotidienne, ces deux notions peuvent s'exprimer par un 
symbole commun : tant l'enfant que le pénis s'appelle « das 
Kleine » (la petite chose) (i). C'est un fait que le langage sym- 
bolique se dispense souvent de distinguer entre les sexes. 
L'expression « la petite chose » se rapportant primitivement 
au membre viril, a pu être employée ensuite pour désigner 
les parties génitales de la femme. 

En pénétrant plus avant dans les névroses des femmes, il 
n'est pas rare d'y découvrir, de la part de la malade, le désir 
refoulé de posséder un pénis â l'instar de 'l'homme. Ce désir 
infantîlej que nous rangeons, sous la désignation d'envie du 
pénis , dans le complexe de castration, s'est vu réactivé par une 
infortune accidentelle dans la vie génitale de la malade, cette 
infortune n'étant d'ailleurs bien souvent elle-même que la con- 
séquence d'une disposition fortement masculine, La régres- 
sion de la libido fait de ce désir infantile le facteur principal 
des symptômes névrotiques. 

(i) 1) nous a été impossible de traduire adéquatement ce passage .eu fran- 
çais: « Dos Kleine * sïgnïiie proprement le petit, mais au neutre. Cette 
nuance ne peut pas être rendue dans la langue française, qui* ne possède pas 
de neutre, et où ]es choses ne figurent jamais que sous une image masculine 
ou féminine. Pour une expression française analogue à* celle signalée par 
M, Freud, cf. : l'expression le petit frère, et l'expression enfantine )a petite 
h$te* (Note des traducteurs.) 



1 — ■ 1 — __ 



6l5 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSA 



Chez d'autres femmes, rien ne témoigne de ce désir d'avoir 
un pénis ; c'est celui d'avoir un enfant qui s'y substitue. Si ce 
dernier désir n'est pas réalisé dans la vie, une névrose peut se 
déclarer, Tout se passe comme si ces femmes avaient compris 
— ce qui pourtant ne saurait être — que la nature leur eût 
donné l'enfant en place de cette autre chose qu'il fallait qu'elle 
leur refusât, 

D'autres femmes encore nous apprennent qu'elles ont, dans 
le cours même de leur enfance, éprouvé successivement les 
deux désirs : désir du pénis d'abord, désir de l'enfant ensuite. 

On ne peut pas douter que des facteurs accidentels de la 
vie infantile, tels que l'existence ou le manque d'un frère, la 
naissance d'un autre enfant à un moment propice, ne soient la 

cause de cette diversité, de sorte que le désir du pénis serait 
au fond tout de même identique à celui d'avoir un enfant. 

Il nous est possible d' indiquer ce que devient le désir infan- 
tile d'avoir un pénis quand l'écoulement ultérieur de la vie 
ne réalise aucune condition pathologique uévrosante* Le désir 
qu'a la fillette du pénis se change chez la femme en désir de 
l'homme : dans cette transformation, le mâle est accepté 
comme un accessoire du pénis. Une tendance primitivement 
dirigée contre la fonction sexuelle féminine devient, par ce 
détour, favorable à cette fonction même. Une vie amoureuse 
de type masculin est ainsi permise à la femme, à côté de celle 
purement féminine issue du narcissime. Or nous avons déjà 
appris d 'autre part que, souvent, l'enfant seul rendait possible 
le passage de l'amour narcissique à l'amour objectai. L'enfant 
apparaît là aussi comme équivalent au pénis. 

J'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de me faire conter des 
rêves faits par des femmes après leurs premières cohabita- 
tions. Or ces rêves décelaient, sans aucun conteste, un désir 
de garder le pénis qu'elles avaient senti en elles. Ils correspond 
pondaient donc, abstraction faite de l'explication libidinale, à 
une légère régression : l'objet du désir, en effet, n'était plus 
l'homme ; il redevenait le pénis. Rationnellement, Je désir 
que la femme a de l'homme tend certainement à se ramener à 
celui qu'elle a de l'enfant, car il faut bien qu'elle comprenne 
tôt ou tard qu'il n'y a pas d'enfant possible sans l'intervention 
de l'homme. Mais il est plus probable qu'en réalité la femme 



ii_BBÉ.^naMH<^i 



TRANSFORMATIONS DES PULSIONS 613 



— 



désire l'homme indépendamment de son désir de l'enfant, et 
que quand, pour des raisons bien compréhensibles qui appar- 
tiennent à la psychologie du moi, ce désir du mâle se mani- 
feste, le désir archaïque du pénis s'j> associe comme un ren- 
forcement libidinal inconscient, 

L'importance du processus étudié ici réside en ceci qu'il 
change une partie de la virilité narcissique de la jeune femme 
en féminité, et la rend de ce fait in offensive pour la fonction 
sexuelle féminine. 

D'autre part, une portion de l'érotisme de la phase pré- 
génitale peut désormais être utilisée dans la phase de primauté 
génitale. L'enfant est et reste considéré comme un « louinf » 
(voir l'analyse du petit Hans),- comme quelque chose qui se 
sépare du corps par le rectum ; une partie de l'investissement 
libidinal attaché au contenu du rectum peut être étendu ainsi 
sur l'enfant, sorti du rectum. Un témoignage linguistique de 
l'identité entre enfant et excréments est conservé dans îa locu- 
tion : « eïn Kind schenken » {faire cadeau d'un enfant)- Les 
excréments sont le premier cadeau : c'est une partie de son 
corps dont le nourrisson ne se sépare que grâce aux encourage- 
ments de la personne aimée, et au moyen de laquelle il lui 
témoigne > même spontanément sa tendresse : il ne souille en 
général pas les étrangers, (Noter que des réactions analogues, 
mais toutefois moins intenses, existent pour l'urine). Dans la 
défécation, l'enfant est obligé de choisir une première fois 
entre l'attitude narcissique et l'amour objectai. Ou bien il cède 
les excréments sans difficulté, les sacrifie â Pamour ou bien il 
les retient pour en tirer des jouissances erotiques, et plus tard 
pour affirmer sa volonté. L'entêtement, l'obstination ont donc 
leur origine dans une fixation narcissique â l'érotisme anal. 

II est probable que V étape suivante de l'intérêt porté aux 
excréments est celle où ils prennent la signification de cadeau 
et non pas celle d'or et espèces monnayées. L'enfant ne con- 
naît pas d'autre argent que celui qu'on lui donne . Il ignore 
l'argent gagné par le travail, ou hérité. Les excréments étant 
son premier cadeau, il reporte facilement son intérêt pour 
ceux-ci sur l'argent, qui lui apparaît comme un cadeaxi impor- 
tant dans la vie. Si Ton doute de cette interprétation, Ton n'a 
qu'à consulter son expérience psychanalytique, tant quant 



^ ^^^^~ ^-^-1^- I 11 ^^.— ^.—^.^ 



614 REVUE FFANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



aiix cadeaux qu'en qualité de médecin on a pu recevoir des 
malades, que quant aux tempêtes de transfert qu'on a pu pro- 
voquer par les cadeaux qu'éventuellement l'on a offerts à ses 
malades. 

Une partie de cet intérêt pour les excréments est ainsi con- 
tinuée par l'intérêt pour l'argent ; l'autre partie se change en 
désir d'avoir un enfant. Une pulsion érotico-anale et une autre 
génitale" (l'envie du pénis) s'associent dans ce désir d'avoir un 

enfant, - 

Mais le pénis a encore une signification érotico-anale indé- 
pendante de l'intérêt pour l'enfant. La relation entre le pénis 
et le canal muqueux empli et excité par lui se trouve déjà pré- 
figurée â la phase sadico-anale, phase prégénitale. Le boudin 
fécal — ou le bâton d'excréments, suivant l'expression d'un 
malade — est pour ainsi dire le premier pénis ; il excite une 
muqueuse : celle du rectum. Il y a des personnes chez qui 
l'érotisme anal est resté fort et intact jusqu'à Page prépubéral 
(dix à douze ans) ; ces personnes nous apprennent que, dès la 
phase prégénitale, elles constituaient, dans des phantasmes 
ou des jeux pervers, une organisation analogue à celle de la 
phase génitale, le pénis et le vagin étant seulement remplacés 
respectivement par le bâton fécal et le rectum. Chez d'autres 
— les névrosés obsessionnels — , on peut constater le résultat 
d'une régression de l'organisation génitale ; or, il se manifeste 
par ce fait que tous les phantasmes conçus primitivement sur 
le mode génital prennent un caractère anal ; le bâton fécal 
prend la place du pénis, le rectum celle du vagin. 

Quand l'intérêt pour les excréments subit sa diminution 
normale, l'analogie que nous avons mise en évidence joue de 
telles sorte que cet intérêt se reporte sur le pénis. Que si les 
recherches sexuelles amènent ultérieurement le sujet à croire 
que l'enfant naît du rectum, l'enfant devient l'héritier prin- 
cipal de l'érotisnie anal ; mais, en cela comme ailleurs, le pénis 
aura été le prédécesseur de l'enfant. 

Embrasser dès maintenant d'un coup d'œil les diverses rela- 
tions entre les excréments , le pénis et l'enfant, je suis con- 
vaincu que c'est impossible ; je vais essayer de pallier à cette 
imperfection en représentant graphiquement ces relations, 
pour pouvoir rediscuter les mêmes données dans un ordre dif- 



TRANSFORMATIONS DES PULSIONS 615 

. — ■■ " 

gèrent. Malheureusement cet artifice n'a pas assez de sou- 
plesse pour se plier à toutes nos intentions, ou tout au moins 
nous n'avons pas encore appris à nous en servir comme il le 
faudrait, N' exigeons donc pas trop du schéma ci-joint* 

Provenu de Pérotisme anal, l'entêtement constitue, au ser- 
vice du narcissisme, une réaction importante du moi contre les 
exigences d'autruL L'intérêt pour les excréments devient Pin- 
térêt pour le cadeau, et ensuite pour l'argent. 

Avec l 'entrée du pénis en ligne de compte naît chez la jeune 
fille l'envie dudit, envie qui se transforme plus tard en désir 
du mâle, possesseur de pénis, Mais, déjà auparavant, le désir 
du pénis s'est changé eu désir d'avoir un enfant. Une analogie 
organique entre le pénis et l'enfant (ligne pointillée) se traduit 
par le fait que tous deux ont un symbole commun (la petite 
chose). Par voie rationnelle (ligne double), l'aspiration vers 
l'enfant aboutit à l'aspiration vers l'homme. La signification 
de cette transformation de pulsion a déjà été étudiée. 

Dans le sexe masculin, le problème nous présente un aspect 
beaucoup plus net. Quand les recherches sexuelles du petit 
garçon lui font découvrir le manque de pénis chez la femme, il 
se met à considérer de ce fait le pénis comme quelque chose 
qui peut se séparer du corps, et qui par conséquent est ana- 
logue aux excréments, la première partie de l'organisme à 
laquelle il ait fallu renoncer, La vieille obstination anale 
trouve ainsi place dans le complexe de castration dès que celui- 
ci se constitue. L'analogie organique suivant laquelle, chez la 
femme, le contenu du rectum représentait par rapport au rec- 
tum, dans la phase prégénitale, l'archétype de ce que serait 
ultérieurement le pénis par rapport au vagin, ne peut pas, ici, 
entrer en ligne de compte comme motif physiologique réel ; 
mais cette lacune trouve dans les recherches sexuelles une 
compensation psychique. 

Quand, dans l'entourage d'un sujet, naît un nouvel enfant, 
les recherches sexuelles du sujet le lui font considérer comme 
un ce loumf » . Il est donc investi d 'un puissant intérêt érotico- 
anal. Le désir d'avoir un enfant reçoit un second renforce- 
ment, de même origine, le jour où la vie vient à faire com- 
prendre au sujet que l'enfant peut être considéré comme une 
preuve d'amour, un cadeau. 



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REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



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PLAN OBJECTAL 



Le- bâton fécal , le pénis et Tentant sont tous trois des corps 
solides qui par leur entrée ou leur sortie excitent un canal 
muqueux : savoir le rectum , et le vagin, qui, selon Pheureuse 
expression de M me Lou Àndréas-Salomé, lui est pour ainsi 
dire pris â loyer. L'investigation infantile saisit uniquement 
que l'enfant prend un chemin qu'elle croit le même que celui 
du bâton fécal ; elle ne découvre généralement pas la fonction 
du pénis. Mais il est intéressant de voir qu'une concordance 
organique réapparaît, après tant de détours, dans le domaine 
psychique, à titre d'identité inconsciente. 



L'Àréent et les Névrosés 



Par Ch. Odier 



I. Partie Clinique 
Argent et Homosexualité ;1) 



Sommaire 

Chapitre premier. — Le cas d'Adrien. 
S t. Introduction, 

2. Observation d'Adrien. 



Chapitre IL — Le cas de Julien. 

i. Description clinique. 

2- Interprétation psychanalytique. 
A- L*excitaticm sexuelle* 
B, L'emprunt. 

3, L'état crépusculaire. 

4, Les pulsions perverses. 

A. Les pulsions orales. 

B. Les pulsions anales. 

5, Conclusion. 

(ï) Mémoire reçu par la Rédaction le 22 novembre 1928. 



-6l8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



■ ^1 ^ Vi ■■ '^^^^^ 



CHAPITRE PREMIER 



Si. — Introduction, 

Les médecins comme le public accordent d'ordinaire une 
place importante aux soucis ou aux pertes d'argent parmi les 
facteurs propres à déterminer, aggraver , ou entretenir une 
maladie nerveuse, une dépression en particulier. 

Or, le but de cette petite étude est d'essayer de convaincre 
lès psychiatres, au moyen d'arguments psyclianaly tiques que 
le foie joué par le facteur « argent » est plus apparent que 
réel . 

Il est bien évident, et personne ne songe à le contester, que 
t le manque d*argent surtout s'il survient brusquement, peut 
déprimer un sujet sensible. Mais, à lui seul, il ne peut créer 
une névrose, encore moins une psychose* Si la névrose s'éta- 
blit, ce sera tout au plus, à propos de soucis d'argent et non 
à cause d'eux: Ils n'en constitueront que l'occasion ou le pré- 
texte et non l'origine ou la condition ; celles-ci résidant d'une 
part dans une constitution nerveuse innée, d'autre part dans 
l'activité de certains complexes inconscients acquis, mais ac- 
quis eu général dans l'enfance, bien avant la formation de 
toute « notion pécuniaire », c'est-à-dire de toute « a percep- 
tion » de la valeur ou de la fonction de 1* Argent, 

J'entrerai d'emblée dans mon sujet en exposant, au cours 
d'une première partie clinique, deux exemples de ces cas fré- 
quents où le manque d'argent semble jouer, en apparence, un 
rôle étiologique primordial, et, où cependant l'analyse vient 
démontrer que ce rôle n'est que « symbolique », autrement dit, 



l'argent et les névrosés 619 

tout à fait secondaire, et que le malade lui-même se trompe et 
coi-tribue à lancer le médecin sur une fausse piste, quand il 
prétend et affirme, en toute bonne foi d'ailleurs, que ce sont 
les soucis d'argent qui ont engendré sa maladie, 

S 2. — Observation d'Adrien. 

Ad rien , jeune homme de 29 ans, devient neurasthénique 
parce qu'il aime une jeune fille qu'il ne peut épouser. Et il ne 
peut î 'épouser parce qu'elle est riche et qu'il est pauvre. Du 
moins, c'est ce qu'il prétend* -Et c'est en d'interminables plain- 
tes qu'il incrimine cette irrémédiable pauvreté, cette insjuste 
fatalité comme cause de tous ses maux. On le voit, c'est du 
pur Octave Feuillet. 

Voici les faits. Que cachent- ils maintenant sous leur bana- 
lité de feuilleton? L'investigation psychanalytique va juste- 
ment nous l'apprendre. 

Elle nous révélera deux faits inattendus, C'est qu'en pre- 
mier lieu le choix de cette jeune fille lui a été dicté, et même 
imposé j par ses complexes inconscients, et qu'il l'a précisé- 
ment choisie et en est tombé amoureux paire qu'un obstacle 
insurmontable la séparait à tout jamais de lui et rendait ainsi 
tonte union impossible. C'est en second lieu, que loin de souf- 
frir de sa pauvreté, il y tient inconsciemment par dessus tout, 
et la cultive avec soin. En effet toutes les démarches qu'il fait 
pour trouver une place ou gagner sa vie échouent les unes après 
les autres. Mais il n'est pas conscient des causes réelles de 
cette déplorable et systématique répétition. Aussi en est-il 
réduit à invoquer sans cesse sa malchance ou V égoïste hostili- 
té des hommes. Il finit par s'accommoder, et disons-le, se com- 
plaire dans l'oisiveté et la paresse, qu'il justifie d'ailleurs par 
sa neurasthénie. 

Ajoutons qu'il échoue de la même manière dans ses tenta* 
tives de se rapprocher de sa riche Dulcinée, laquelle semble- 
t-il ignore encore l'ardente flamme qui le consume et dont elle 
est l'innocent objet. 

Il a d'ailleurs éprouvé de tout temps une obscure antipathie 
contre leé femmes, dont il s'est toujours éloigné, Tl est encore 
complètement vierge. 



Ô2Q KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Après des mois d J analyse, employés â vaincre de fortes ré- 
sistances , d' importantes fantaisies et surtout certains rêves- 
très instructifs dont Pinterprêtation ne prêtait plus au doute, 
vinrent au jour. Dans ces dits rêves/ il se représente a qu'il 
est lui-même une jeune fille riche , très jolie et très intelligente y 
et qu'elle est courtisée par un jeune homme pauvre. Mais, fi-* 
nalement, elle s& refuse toujours et rompt toute relation* 

Je ine bornerai ici à quelques indications psychanalytiques 
sommaires* 

Envisageons d'abord les tendances instinctives inconscientes 
de ce malade, c'est-à-dire les tendances prédominantes du soi. 
Nous les appellerons féminines-passives (ou masochistes) et 
leur prédominance est la suite d'une régression due à une forte 
angoisse de castration ayant complètement empêché le sujet 
d'atteindre et de réaliser le stade ou l'attitude génitale, mas- 
culine et active. 

D'autre part, la jeune fille riche qui figure dans ses fantai- 
sies, c'est la « femme phallique » et tout au fond, la mère, vis- 
à-vis de laquelle a persisté un désir passif par excellence : 
celui d'être nourri par elle, d'être' soigné, d'être aimé ; celui 
qu'elle subvienne à tout, qu'elle s'occupe de tout, etc.. 

Sur cette base, deux réactions se sont construites, toutes 
deux bien connues des analystes, La première est ancienne, 
d'origine infantile. Elle a été engendrée par la nécessité de 
renoncer à cette fixation orale sur la mère à l'époque du se- 
vrage, renoncement rendu plus difficile encore par l'arrivée 
d'un petit frère pour lequel notre malade éprouva de suite 
une jalousie et une haine très prononcées. Ce petit rival, en 
effet, prit sa place, si l'on ose dire, en accaparant le sein, le 
lait et la tendresse de la mère. Ce renoncement étant devenu 
trop pénible, il ne restait qu'un moyen de le surmonter et 
dès lors, de garder malgré tout l'objet, irrémédiablement per- 
du dans la réalité ; celui d'introjecier ta mère, de s'identifier à 
elle. Il en résulta un surmoi féminin, un idéal inconscient de 
féminité, étroitement lié aux pulsions primitives du soi. 

La seconde réaction est actuelle et secondaire. Elle est due 

à la forte angoisse éprouvée par le moi devant ces tendances 

féminines passives, l'idéal de masculinité de.ee dernier étant 

<3e plus en plus menacé et blessé par l'idéal inconscient de fê- 



1/ ARGENT ET LES NÉVROSÉS 62 1 



mini té, lequel impliquait un renoncement à l'exercice de la 
.génitalité productrice, par conséquent un état d'infériorité sys- 
tématique devant la vie, D'où conflit inévitable, ledit idéal 
étant directement opposé aux obligations et aux avantages du 
sexe réel. D'où souffrance croissante aussi, 

Au fur et à mesure que prenant de l'âge et devenant homme 
adulte, il voyait les exigences de la réalité se faire plus pres- 
santes, cette souffrance on cette tension devait nécessairement 
chercher à se résoudre d'une manière quelconque, et, jjonr 
cela, forcer finalement le sujet à se délivrer de sa féminité, 
cause de tout le mal. 

Mais comment ? C'est là que commence la difficulté, car les 
pulsions inconscientes, surtout si elles sont perverses, ne se 
laissent pas écarter ou supprimer de. la sorte, T^e moi, vis-à- 
vis d'elles, est impuissant. Elles constituent en effet, chez le 
névrosé, le seul moyen dont il dispose pour satisfaire sa li- 
bido. 

En pareille situation cependant , il peut faire intervenir, et 
il le fait couramment/ un mécanisme particulier et fort impor- 
tant : la projection, Adrien y recourut lui aussi et projeta de 
cette manière sa propre féminité sur une jeune fille riche. Par 
cette extériorisation de toute la situation dans le monde exté- 
rieur, elle devint pour lui la mère qu'il avait jadis introjectée, 
ou intériorisée. Ce mécanisme devait apporter un grand sou- 
lagement ainsi qu'un grand plaisir, car il lui permit de re- 
trouver dans la réalité la mère perdue, Dès lors, il aima cette 
jeune fille comme il avait jadis aimé la mère, tandis que déli- 
vré en même temps de sa féminité, il put, ou son moi put 
s'imaginer, mais à tort, qu'il aimait virilement. D'où chute de 
l'angoisse déterminée par les tendances perverses et le renon- 
cement à toute virilité et à toute activité qu'elles sou s-en ten- 
daient, 

On voit de quels utiles bénéfices subjectifs et économiques 
peut être semblable opération névropathique, bien qu'elle soit 
éminemment inadéquate. En effet, au lieu d'amener la gué- 
rtson, elle transpose l'attitude névrotique ou dans certains cas 
psychotique, dans la réalité, et de ce fait l'entretient et la rend 
même, peut-être, plus dangereuse encore. Impliquant une dé- 
sadaptation croissante d'avec le réel, elle ramène la dépression 



^^ 



622 RHVUK FRANÇAISE DK PSYCHANALYSE 



au niveau du moi et entraîne de sa part de nouvelles réactions 
de défense. 

Il est curieux que ce névrosé, qui s'imagine aimer une jeune 
tille, soit comparable, au point de vue mêcanistique au persé- 
cuté qui, en projetant d'une même manière sa propre haine 
sur son persécuteur, s'imagine à son tour que ce dernier le. 
hait. Ce mécanisme, en effet, soulage, mais ne résout rien. Et 
cela d'autant plus que dans tous les cas pareils à celui 
d'Adrien^ l'objet soi-disant retrouvé dans la réalité n'est* 
qu j une~reproduction, qu'un second tirage pour ainsi dire, de 
la mère, et qu'à ce titre il restera irrémédiablement tabou. 
Toute pulsion sexuelle à son égard, aussi bien que toute pul- 
sion orale, est totalement inhibée. C'est pourquoi il est, en 
fait, impossible â notre malade, en dehors de toute question 
d'argent, de richesse ou de pauvreté, d'aimer et d 'épouser au- 
cune jeune fille. 

Mais il a « élu » tout de même cette jeune fille riche parce 
qu'elle comporte pour lui une double fonction symbolique. 
Elle représente la mère phallique et la- mère nourricière, En 
réalité, elle est plus âgée que lui et dotée de certains traits mas- 
culins. Il n'aspire donc, du fait de ses tendances profondes et 
refoulées, non pas à la conquérir, la dominer et l'entretenir, 
mais â être conquis, soigné, nourri et entretenu. Il désire sans 
cesse qu'elle lui fasse des cadeaux. Il veut recevoir et n'avoir 
rien à donner. Bref, il l'aime et se comporte en véritable nour- 
risson. Alors que toute génitalité, toute virilité est exclue de 
son attitude, il a réalisé sur elle une fixation régressive orale 
typique, entièrement passive. 

De telles tendances, on le sait, sont toujours fortement in- 
hibées par la censure. Et cette inhibition ressort clairement 
dans son comportement vis-à-vis de sa riche Dulcinée . Chaque 
fois qu'une occasion favorable se présente, qu'un pas pourrait 
être fait vers la réalisation de son rêve, il est saisi d'angoisse 
et se dérobe. Il « rationalise » alors cette paralysie, dont il 
ignore la raison, par une conviction spontanée, érigée a priori 
eu dogme : c'est qu'il lui est impossible d'épouser cette jeune 
fille parce qu'elle est riche et qu'il est pauvre. Et cette convic- 
tion devient vite obsédante, cependant que son sentiment 
amoureux augmente de plus en plus, et devient, lui aussi, une 



— ■ ■ ■ 



l'argent et les névrosés 623 



passion obsédante. On reconnaîtra aisément dans cette anti- 
thèse un jeu de compensation. Le sentiment amoureux , qui 
répond â une réaction du moi, était précisément comme donné 
d'avance, comme prédéterminé par la fantaisie dans laquelle, 
on l'a vu, il se représentait qu'un jeune homme pauvre, c'est- 
à-dire son moi, courtisait une jeune fille riche, c'est-â-dire son 
soi. A la suite de la projection destinée â transposer tout ce 
jeu intérieur de tendances antithétiques dans le monde exté- 
rieur, le moi prit tout naturellement le rôle de l'amoureux pau- 
vre de la fantaisie, étant donné que ce rôle satisfait son idéal 
de masculinité. Adrien cherchait aussi à se prouver à lui- 
même qu'il était un homme, et un homme capable, comme 
tous les autres, d'aimer une femme et prêt à l'épouser. Cette 
réaction contribua à soulager énormément les sentiments d'in- 
fériorité engendrés par les tendances féminines si blessan- 
tes pour le narcissisme masculin. Car il se persuadait de cette 
manière, qu'en jouissant des avantages de son sexe réel, iî en 
assumait aussi les devoirs. Mais on sait que plus les tendances 
dn moi s'affirment et se renforcent, plus les pulsions du soi 
réagissent et font valoir leurs exigences inverses, et consé- 
quemment, plus les sentiments de culpabilité augmentent. 
D'où augmentation corrélative de l'inhibition et de la dépres- 
sion. Le déplorable cercle vicieux des compensations est 
fermé. 

L'on voit donc, qu'en somme, l'inconscient « tenait toutes 
les ficelles » de ce roman navrant mais pathologique, en ce 
sens qu'il imposait à ce malade pseudo-sentimental, d'une 
part le choix d'une jeune fille qu'il lui fût précisément impos- 
sible d'épouser, d'autre part l'obligation absolue d'être et de 
rester pauvre. L'analyse nous révèle ainsi que cette histoire 
n'était le fruit que de la satisfaction de désirs pervers refou- 
lés, et point du tout d'une injustice sociale comme le préten- 
dait Adrien. 

Nous avons en effet relevé plus haut qu'il était complète- 
ment inhibé vis-à-vis de celle qu'il croyait aimer, Mais il n'en 
a aucune conscience et l'obstacle matériel qu'il invoque sans 
c^sse pour légitimer son attitude négative ne fait, en réa- 
lité, que traduire en langage concret l'inhibition psychique, 
qui pèse toujours sur ces sortes de fixations purement narcis- 



6Z4 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



<. 



siques, Cette jeune fille, c'est donc sa féminité projetée. Or, 
cette féminité, avant ïa projection, était intérieurement cen- 
surée } et toutes les pulsions homosexuelles qui en émanaient 
étaient fortement inhibées par le surmoi. Après la projection, 
r inhibition persistera naturellement, mais elle sera simple- 
ment reportée sur l'objet extérieur. 

Cette inhibition se manifeste de façon très claire, dans la 
question d'argent, Nous savons qu'Adrien est absolument in- 
capable de gagner un son, Et cette inaptitude, elle aussi, est 
la conséquence directe de ses complexes en ce sens qu'elle pro- 
vient de V inhibition des pulsions orales. L'expérience analy- 
tique a révélé que d'une façon générale les individus orale- 
ment inhibés ne montrent aucune disposition à faire fortune ; 
et plus encore, qu'ils sont même rebelles au gain. C'est ainsi 
qu'ils accomplissent toutes sortes « d'actes manques », qu'ils 
ratent les occasions, ne s'entendent nullement à réaliser des 
bénéfices, ou qu'ils s'arrangent à détruire leurs propres suc- 
cès financiers, quand ils en ont, ou à échouer là où ils pour- 
raient réussir. Et cette attitude, ou cette incapacité, est le ré- 
sultat d'une transposition symbolique. Pour l'inconscient 
« gagner j> recevoir, prendre, accepter de l'argent, tout cela 
est synonyme d'absorber, prendre, s'approprier ou s'assimiler 
par la bouche ; en un mot, de manger ou boire. Le langage 
populaire qui en cette matière est toujours un précieux indi- 
cateur, riche d'affect et de symboles, n'a-t-il pas forgé l'ex- 
pression : manger de r argent, dévorer une j or lune, cracher 
itne somme, etc. 

Mais pourquoi ces tendances orales sont-elles, chez Adrien, 
si fortement inhibées ? Nous allons, avant de nous séparer 
de lui, en résumer très sommairement les principales raisons, 
La première, déjà indiquée, fut que ses tendances primitives 
avaient été très érotisêes vis-à-vis de sa mère nourricière, ins- 
tituée, par là, mère-objet, La seconde, que leur refoulement 
échoua, et, qu'après lui, le dit objet fut introjecté. A la suite 
de cette introjection la bouche du sujet lui-même fut érotisée 
à son tour ; et, du fait de cet investissement narcissique prit 
la valeur, ou la fonction, d'un organe féminin libidinal, sorte 
de vagin symbolique, sur lequel se centrèrent les tendances 
féminines masochistes. Plusieurs rêves mirent au jour la fan- 



^^■^^H* 



m>^ 



l'argent et les névrosés 625 



taïsie perverse du coït buccal. Une troisième raison enfin, fut 
qu'au stade anal-érotique, des éléments sadiques prononcés, 
vinrent s'adjoindre aux éléments oraux antérieurs et éveiller 
des désirs digression buccale contre la mère ; voire de mordre 
et de détruire son sein ; ou encore, ce dernier représentant une 
sorte de pénis, de la châtrer ; ou enfin, de châtrer également 
]e père ou le frère par ce même acte sadique oral. Ces désirs 
agressifs infantiles sont naturellement transférés aujourd'hui 
sur là jeune fille qui a pris la place de ces objets familiaux 
anciens, mais leur transfert ne supprime mal heureusement 
pas leur inhibition, au contraire. C'est pourquoi Adrien est 
totalement inhibé à l'égard de l'objet de son apparente pas- 
sion. Dès qu'il tente la moindre réalisation, il n'est poussé 
vers cette jeune fille, en réalité, que par un coin pi ex us refoulé 
de deux groupes de tendances orales, se rapportant chacun à 
un niveau régressif différent de l'organisation libidinale in- 
fcmtïle, savoir : des tendances « suçât oires » d'une part, sadi- 
ques de l'autre (2) (mordre, détruire). Aussitôt, par consé- 
quent, le sur-moi prononce son veto suspensif. Et l'inhibition 
s'étend, et empiète sur d'autres fonctions orales, même entiè- 
rement étrangères à la pulsion primitive, comme par exemple 
la parole. C'est pourquoi chaque fois qu'Adrien s'est trouvé 
en présence de sa riche Dulcinée , et malgré son désir intense 
de lui parler enfin, il fut incapable d'articuler un mot. Car il 
sentait bien, quoique obscurément, qu'il serait devenu agres- 
sif 

Ainsi donc, inconsciemment, il désirait au fond sucer le sein 
de son adorée, et simultanément le détruire. Nous exprimons 
ce fait analytiquement en énonçant qu'il avait fait sur elle 
une fixation orale complète et exclusive. 

Or, au cours de la névrose, ce sein (ou cette nourri tu re) de 

(2) Cette jcum» fille représentait également, à un autre niveau, soit pos- 
térieur, do l'organisation libidinale infantile* une sorte de mère phallique 
dont ri voulait détruire Porpfane imaginaire (sein phallus, équation très fré- 
qiiiMit^ ou pareil cas). Notre malade aussi était tenté, se sentant frustré ou 
m\ disposant plus rie l'attribut viril par suite de son très fort complexe de 
castration, de s'approprier sur le ni ode oral ce phallus (i. e. l'argent) de 
tente femme un peu virile (et riche) qu'il rencontrait- Ajoutons qu'il crut 
-être plusieurs fois follement amoureux de riches femmes mariées, Mais nous 
nous en tiendrons là pour l'instant afin de ne pas compliquer ce premier 
'tïxpnwé. C O. 

RJ3VUU FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 2 



^ V^ I^MMM I M »■ ■ r^ I ■■ ^M 

626 EEVUË FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

plus en plus ardemment convoité finit par être symbolisé par 
l'argent. Telle est la raison pour laquelle Adrien fixa toute sa. 
libido régressive sur cette riche jeune fille dont il voulait sucer 
(accaparer, s'incorporer) et détruire en même temps la for- 
tune. Il est évident qu j îl s'agissait là d'une a sublimation ra- 
tée n destinée précisément à échouer, étant donné qu'elle était 
entièrement érotisée. D'où son inhibition absolue. C'est là un 
point intéressant que nous ne faisons qu'effleurer en passant, 
nous proposant d*y revenir plus en détails au chapitre sui- 
vant. 

Donc, absolument rien de viril, de génital dans cet amour 
obsédant et névropathique, Tqut n'est, en dernière analyse, 
qu'infantilisme, passivité et féminité. Autant" "de tendances 
perverses qui, en fin de compte, s'attachèrent à un symbole 
capital : l'argent, et dont le malade cherche à se délivrer au 
moyen d'un acte désespéré et paranoïaque : la projection. 

L'on voit ainsi que le rôle de l'argent lui-même, son rôle 
concret ou matériel dirons-nous, n'était qu'apparent ou Ima- 
ginatif, et nullement réel, Telle est la première observation 
analytique que nous voulions rapporter. Elle n'est d'ailleurs 
que r très sommairement esquissée, mais servira, si insuffisante 
^oit-elle, d'introduction pour ainsi dire â la suivante. 






ï/aegekt ht j.ks névrosés 627 



CHAPITRE II 



2^ Observation. Le cas de Julien 



s 1. — Description cuniqi-k. 

Voici maintenant un second cas dont l'une des nombreuses 
particularités cliniques nous intéressera diriectement ici : 

Julien est un homme de 30 ans, jeune marié, sans enfants, 
qui avant sa cure psychanalytique a été longuement traité par 
divers médecins pour alcoolisme et dégénérescence, Il s'agit, 
en réalité, d'une grave névrose à sémeiologie très complexe, 
mais dont un des symptômes les plus nets illustre d'un nou- 
vel exemple frappant la fonction symbolique de l'argent. 

Dès les premières séances de psychanalyse, je pus me ren- 
dre compte que cet « alcoolique paresseux » était au fond un 
grand névrosé présentant en outre certains traits schizophré- 
niques. Citons les symptômes principaux : i° dépressions cir- 
culaires ; anxiété, sentiments d'infériorité et phobie de l'ave- 
nir ; blocage de la volonté et de la pensée devant la moindre 
difficulté, etc... ; 2° N'a jamais été capable de gagner réelle- 
ment sa vie, malgré un désir obsédant d'argent- 3* Impuis- 
sance et dégoût sexuel envers sa femme, tout en éprouvant 
pour elle une admiration sans bornes ; 4* fugues. 

Ces « fugues » en ville, il les réalise en « état crépuscu- 
laire », Elles ont, pour but apparent, de satisfaire d'invinci- 
bles impulsions à la dipsomanie. Elles sont, en général, sui- 
vies de phases dépressives voisines de la mélancolie. Voici la 
description que m'en donne le malade, fragments par frag- 



MM 



628 REVUE FRANÇAISE DÉ PSYCHANALYSE 



ments et non sans une très forte résistance, lors des premiè- 
res semaines de traitement : 

Première version : « C'est le plus souvent le lundi qu'elles 
me prennent. La veille, le dimanche après-midi s pendant une 
promenade, ou à la maison, .. brusquement Vidée (de « filer 
en ville ») me traverse l'esprit,.. Je lutte plus ou moins long- 
temps avec elle, puis j'arrive à la mettre de côté,.. Suit alors 
une forte dépression, un malaise immédiat et indéfinissable.,. 
Je n'en dis mot â* personne, surtout pas à ma femme,,. Et puis 
je n*y pense plus... 

Mais le lundi matin, quoique ne pensant plus du tout à filer 
en ville , j'éprouve l'impulsion irrésistible d'aller emprunter 
une somme d'argent (sa femme tient les comptes, et avec sou 
consentement s'arrange â ne jamais lui laisser plus de quel- 
ques francs sur lui, le plus souvent, même rien du tout) ; en 
général 20 francs au minimum ; plus, naturellement, si je 
peux.,, n'importe comment, à n'importe qui. Depuis que j'ai 
fondé mon « affaire » (3), j'emploie surtout le « truc des acom- 
ptes »... Je vais voir un client et lui demande un acompte,,, 
c'est ridicule... sans penser au mauvais effet que cela doit pro- 
duire,.. Ou bien j'envoie un apprenti toucher une note,,, Au- 
trefois, j'allais emprunter dans les magasins où mes parents 
se fournissaient,,, ou bien aux employés du tram qui les con- 
naissaient.,, je demandais 20 sous, 40 sous,., puis à un ami, 
puis à un cousin pour rembourser l'ami, etc. J'ai fini par de- 
voir ainsi 300 francs, et ne sachant plus quoi faire, suis tombé 
dans un désespoir incroyable, et j'ai voulu me suicider.,, jus- 
qu'à ce qu'enfin j'aie osé l'avouer à mon père (ce dernier mal- 
heureusement, ne lui donnait jamais d'argent). Cette question 
d'argent a été énorme pour moi,., j'aurais fait n'importe quoi 
pour m'en procurer,., (pourtant, il n'a jamais volé).,, c'était 
devenu une manie,,, je me rends compte maintenant que je 
devais être tout à fait anormal (entre 20 et 25 ans). 

Maintenant, il arrive aussi que je ne pense pas à la fugue, 
maïs que par hasard je touche une note ; par exemple qu'un 
client m'offre de me régler sa facture directement au lieu de 
la verser à mon compte de chèques (tenu par sa femme). Alors, 

(3) ]] a, depuis J 'analyse?, fondé une entreprise qui commence à bien 
marcher. C. O, 



l'argent et les névroses 629 

tout de suite Tïrîétf germe dans mon esprit... Car dès que j'ai 
la somme voulue en mains» ow dès que j'ai de l'argent en po- 
che, Vidée vient, s'installe, grandit (l'idée de la fugue), et 
dès cet instant ne me lâche plus. Je deviens alors complète- 
ment inconscient, comme si je rêvais,-, plus rien n'existe, ni 
mon travail» ni ma femme» ni l'angoisse qu'elle se fait, etc. 

Dernièrement j'ai essayé, sur votre conseil, de m 'analyser 
à ce moment-là, de lutter,», mais ça m'a mis dans un état 
nerveux indescriptible. J'ai tenté de me représenter l'idée de 
retourner au travail ; niais c'était un supplice,,, puis ma vo- 
lonté est tombée et je suis parti.., j'ai essayé aussi une autre 
fois de me représenter la douleur affreuse que j'ai toujours 
au retour, ma honte, mes remords si forts que je me roule 
dans mon lit-,, etc,,,, mais inutile, il n'y a rien à faire. Dès 
que l'argent est là» l'idée vient ; et dès que l'idée est là, tout 
s'atténue, tout devient flou, et il me serait absolument im- 
possible, quoiqu'il arrive, d'y résister. Ixs autres images ne 
peuvent pas venir.*, par exemple ma femme m 'attendant 
seule et pleine d'inquiétude à la maison,.. 

Par contre j joie intense d'avoir cet argent, „ Je pars. Je 
pense à mon itinéraire ; je nie le représente d'avance, et 
j'éprouve alors un sentiment violent et délicieux de liberté, 

(Il se rend alors dans un quartier populaire de la ville, 
toujours le même, I v a fugue est très stéréotypée)... et, j'en- 
tre dans un petit café,., toujours un café modeste, fréquenté 
par des ouvriers ou des femmes du peuple ; et ]k : dans un 
sentiment de bonheur profond, je bois coup sur coup cinq ou 
dix chopes de bière,., plus rarement des grenadines au 
kirsch... et alors le soulagement vient. 

Mais généralement, le soulagement ne dure pas, et sur- 
vient une sorte de dégoût... Alors, je vais dans un second 
café,,, puis dans un troisième... puis je u rôde » à gauche et 
à droite, toujours dans le même quartier dont je ne suis ja- 
mais sorti., jusqu'au moment où subitement, je reviens â 
moi, je me ressaisis ; et, plein de honte et de tristesse, je 
rentre chez moi. C*est presque toujours vers ï ou 2 heures 
du matin. » (Il s'évade en généra] à 2 heures de l'après-midi. 
Lors de sa première fugue, vers 23 ans, au moment où il re- 
vint à lui, il n'osa» pris de terreur, rentrer chez ses parents* 



630 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



de peur de devoir leur avouer son escapade et ses dépenses. 
En fait, rien ne justifiait pareille crainte. Il était environ 
minuit, et rien n'eût été plus simple que de rentrer directe- 
ment. Il avoue même aujourd'hui que, fort probablement, 
personne ne s'en serait aperçu. Au lieu de cela, il alla errer 
sur les bords du Rhône jusqu'à 7 heures du matin, en proie 
à de véritables sanglots et hanté par ridée du suicide. Quand 
le jour partit, ne sachant que faire, il alla se réfugier chez 
une infirmière qui l'avait soigné jadis. Celle-ci n'y compre- 
nant rien, téléphona au père, lequel dut venir le chercher 
chez elle.) 

... Quand je vais demander un acompte à un client, ajoute 
Julien, je ne pense absolument qu'à la question de savoir s'il 
me l'accordera ou non, s'il comprendra, ou au contraire me 
jugera mal,.. Je me tiens alors des raisonnements et j'arrive 
à me persuader sincèrement que cet argent m 'est utile, et même 
indispensable, par exemple, pour payer des notes ou des ou- 
vriers;,, et je me persuade d'autant mieux que je tiens plus à 
avoir cette somme. A ce moment-là, il n'y a qu'elle qui m* in- 
téresse, uniquement, rien autre,. , Et je nie répète; c'est bien 
naturel d'avoir à donner des avances à des ouvriers, puisque 
je les occupe au mois; ou même parfois à la journée... il faut 
alors bien les pa3^er ce soir. D'ailleurs, ils me réclament si 
souvent des avances.,, sûrement X.,, m'en réclamera une cet 

après-midi Il faudra aussi que je congédie Y... qui ne fait 

rien de bon,,, et il faudra bien le régler.,, etc. C'est ainsi que 
je me fais a ma suggestion,,, »; quelquefois elle a moins d'ef- 
fet, et alors je tremble en empruntant. Mais c'est rare parce 
que je retourne toujours vers ceux qui ont compris et avec qui 
ça a bien marché, etc., » 

Par conséquent, iî est bien exact qu'à partir du dimanche 
après-midi jusqu'au ni ornent où le lendemain, après avoir 
été saisi par son obsédante impulsion d'emprunt, il l'a réali- 
sée, et de ce fait est tombé dans une sorte d 'ivresse crépuscu- 
laire, l'idée de la fugue demeure écartée de la conscience. 
Cette répression est d'autant plus curieuse que ce n'est évi- 
demment que pour pouvoir faire sa fugue que le malade em- 
prunte une somme > Un second fait plus curieux encore con- 
siste dans la production d'une pareille réaction psycho-mor- 



l'argent et i,hs névrosés 631 

bide, disons d'un si complet bouleversement de l'esprit par 
la présence de quelques êcus en poche! 

Telle fut la première version que peu à peu, tout au loi] g 
de nombreuses séances, le malade me donna de ses fugues. 
Le lecteur sans doute aura été frappé , comme je le fus moi- 
même, par un phénomène assez curieux. Nous constatons en 
effet quatre temps successifs dans la psychogénèse de la 
fugue, 

i Q Apparition brusque, imposante, mais fugitive de cette 
idée; 

2° Sa brusque disparition, 

3 Apparition de l'idée de V emprunt d'argent, laquelle 
devient rapidement obsédante, puis impulsive et irrésistible 
alors que l'idée de la fugue continue d'être absente, 

4 Q Réapparition de cette dernière dès que l'argent est en 
poche* 

C'est surtout le troisième temps qui retiendra notre atten- 
tion. 

Abordons maintenant ce que j'appellerai la deuxième ver- 
sion de la fugue, que le malade me livra, peu à peu, après 
avoir vaincu une forte résistance : celle qu'il éprouvait à 
avouer son onanisme, Cet aveu se fit en deux temps : i°) ona- 
nisme prépubéral ancien ; 2*) onanisme actuel. Il fut suivi de 
] 'exhumation d'un matériel surabondant, se rapportant à 
l'enfance, et surtout à la sexualité pubérale et infantile, Kt 
ce n'est qu'après cette « grosse vidée », comme il disait, que 
notre soi-disant dipsomaue en vint alors â se rendre de mieux 
en mieux compte de ce qui se passait réellement an cours de 
ses fugues, et à en saisir clairement le vrai motif. Mais, ce 
n'est que peu à peu que celles-ci purent être entièrement 
reconstituées. Pendant une longue phase du traitement, en 
effet, il n'arrive à se rappeler les faits que jusqu'à cinq ou six 
heures du soir; mais â partir de ce moment, tous ses souvenirs 
s'éteignent, c'est le « blanc » complet. Puis quelques lueurs 
fragmentaires viennent éclairer ses actes vespéraux. Il se re- 
trouve tout à coup à onze heures, dans telle ou telle rue, 
n'ayant plus que cinq francs sur lui ; puis il reperd de nou- 
veau le fil jusqu'à sa rentrée chez lui, etc.. Lors d'une nou- 
velle phase, il se rappelle' tout jusqu'à neuf heures. De neuf 



^^■^ ^^^^^^* 



632 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



à minuit par contre, lacune persistante. Cette dernière lacune 
finalement s'efface bientôt. Exemple, en somme, intéressant 
d'une amnésie causée par une résistance, et qui disparaît 
progressivement, sous nos yeux, au fur et à mesure de la 
chute simultanée de îa censure inconsciente. Voici le résume 
d'une fugue typique, dans sa deuxième version : 

u Contrairement à ce que je vous ai dit, je dois reconnaître 
que depuis mon mariage (4) les désirs sexuels ont persisté 
dans mes fugues... et même à un degré très violent. Et si' 
j'ingurgite quatre ou cinq chopes de suite, parfois jusqu'à dix, 
c'est pour pouvoir les satisfaire, Car de sang-froid je ne le 
pourrai pas... Je quitte alors le café, et je me mets à « chas- 
ser *>.., J'inspecte la rue, je regarde certaines femmes, tou- 
jours des femmes du peuple, des ouvrières > femmes de mé- 
nage, lessiveuses, un peu mûres, aux hanches larges, etc. 
Puis je commence â en suivre une ; puis je l'abandonne pour 
une autre. Souvent aussi, j'inspecte les fenêtres, et si j'y vois 
une femme, je lui fais un signe.,. Parfois, j'en aborde une 
dans le café, et je lui paye â boire,,. Puis, je m'en tiens là, 
laisse un gros pourboire sur la table, et je m'en vais,,, dans 
un autre café où je recommence la même manœuvre,-, u 

Dépuis quelque temps > eu outre, toute une série de « ma- 
nies bizarres », qu'il réalise au cours de ses interminables 
allées et venues dans ce quartier populaire, lui sont devenues 
conscientes, alors que jusqu'ici, il ne s'en était jamais rendu 
compte." En voici quelques-unes : 

« Rencontrant une bande de gamins qui s'amusent ou 
voyant de jeunes couples qui me semblent suspects, je m'ar- 
rête, prends une attitude raide et importante, me compose un 
visage sévère et je leur crie en les fixant : « Qu'est-ce que 
vous faites ici ! Ce n'est pas permis ! Voulez- vous bien filer ! 

(4} Durant de longues fiançailles, il avait pris peu à peu l'habitude de 
filer dans le même quartier et d'y chercher des femmes « pour se détendre &. 
Antérieurement encore, c'est là en effet qu'une femme un beau jour, lui 
avait fait signe de sa fenêtre. Il monta Tt , et 3' perdit sa virginité. Impression 
formidable. Dès lors c'est toujours dans ce quartier qu'il retournera automa- 
tiquement. Mais, il est encore conscient et puissant, et pas encore dïpso- 
mane. Car ce n J est qu'à partir de son mariage, par contre, qu'il deviendra 
impuissant et qu'il fera ses fugues, tout en affirmant sans cesse à sa femme 
que pendant ses ■* moments d'alcoolisme » tous se* désirs sexuels tombent 
complètement, C. O, 



■^MBHMB 



ï/ ARGENT HT LES NÉVROSÉS ^33 



Allez, hop ! A cette heure-là vous devriez être à la maison ! 

etc*.. » 

Ce premier trait est d'autant plus caractéristique, que, 
dans la vie ordinaire, notre malade est un timide, un inhi- 
bé, qui n'a jamais pu, ou seulement à la suite d'un grand ef- 
fort, regarder une femme, ou même n'importe qui en face ni 
lui adresser la parole. Il écoute et baisse les yeux, Bn voici 
un second qui nous intéressera davantage : 

« J'ai une tendance invincible à jeter mon argent loin... 
et je le fais toujours au moyen de pourboires exagérés, ou 
absurdes ; ou encore de cadeaux. Par exemple, ayant re- 
marqué un type quelconque dans le café, ouvrier, musicien- 
ambulant, mendiant, etc.,, je dis au garçon : « Tenez, por- 
tez-lui ça ». (2 francs). Ou bien : « C'est moi qui paye pour 
ce monsieur-là » (tel consommateur inconnu dont le compte 
s'élève parfois assez haut). Aux garçons eux-mêmes ou aux 
sonimelières, je distribue régulièrement de gros pourboires 
tout à fait disproportionnés. Dans la rue, je donne de fortes 
aumônes à gauche et à droite,,, L'autre jour, je vois une pau- 
vre femme marchander une orange à une revendeuse. Alors 
je m'arrête, et fixant celle-ci dans les yeux, lui ordonne d'un 
ton sec : « Donnez-lui pour 2 francs d'oranges ! »... Le plus 
curieux est que je donne toujours ces ordres sur le même ton 
impératif et sec, par des phrases courtes, mêmes cassantes,,,, 
autoritaires,,, » 

Tout â l'heure, nous venons de voir son impulsion à jouer 
le rôle d'un c< gendarme ». Maintenant, c'est véritablement 
à un « officier » qu'il s'identifie. Comme il le dit lui-même 
ce sont des <r ordres » qu'il donne ainsi. Ajoutons que son 
père était officier dans l'armée française. 

« Cependant, il arive un moment où j'arrête ces prodigali- 
tés... C'est en général quand il rie me reste plus que 10 francs. 
Alors, je me remets en chasse,,, mais il faut toujours que je 
garde 10 francs environ,-. Car je suis hanté par l'idée et qu'il 
se passera quelque chose ». Ce quelque chose qui doit se 
passer est indéterminé, vague,., je ne sais pas exactement 
quoi..- mais ça joue un rôle énorme dans in a tête,., c'est ma 
seule et unique pensée,,, et c*est lié à l'idée de 10 francs... » 

« Si donc il me reste 10 francs, alors il m 'arrive d'accoster 



^ fc^ ÉÉ^^^^W«»^^^ 



634 revue française de psychanalyse 



une femme.,, en général je traîne les choses en longueur,,, 
et je l'entraîne -de- cafés -en cafés... Le plus souvent je la pla- 
que subitement, n'ayant plus 10 francs.*. Je reviens à moi, 
et angoissé, dégoûté, pensant au retour, au lendemain désas- 
treux, je rentre chez moi en pleurant... même en sanglo- 
tant Mais il m'arrive aussi, quoique cela soit beaucoup 

plus rare, de la suivre chez elle... Là, je suis en proie au dé- 
sir violent d'être caressé, ou déshabillée . Si elle y consent je 

me laisse faire, et c'est une immense jouissance D'autres 

fois, je "me force à être plus entreprenant, à prendre l'initiati- 
ve Mais alors, au dernier moment, tout-à-coup un affreux 

dégoût me prend Quelquefois même, j'éprouve un dé- 
goût tout de suite, dès mon entrée dans la chambre... alors, je 

jette 5 francs sur la table, ce qui me soulage énormément 

je me rhabille et m'enfuis, presque comme un voleur S'il 

me reste encore 5 francs, il m 'arrive de retourner chez une 
seconde femme,., mais là, même histoire,,, même dégoût.,, 
je p^iie et je me sauve comme la première fois, sans n'avoir 
rien fait. 

a C'est au fond à cause de cette idée qu'il doit se passer 
qittlquê clwse, qu'il me faut au moins 20 francs pour faire 
ma fugue... (5), Si j'ai moins il n'y a pas de danger. Mais si 
je touche plus, je suis perdu. Rien au monde ne m'y ferait 
renoncer. » 

Il ne nous reste pins maintenant qu'à mentionner une der- 
nière réaction qui s'est manifestée sous deux formes : r*) sous 
forme de fantaisies en dehors des fugues, 2 ) d'actes durant 
celles-ci. Autant dire, en d'autres termes que, pendant l'état 
crépusculaire, il a agissait n ou réalisait sa fantaisie. La 
voici en deux mots : 

Au moment où iî aperçoit une femme ou bien il la devance 
pour se faire suivre ; ou bien, si elle vient à sa rencontre, îl 
enfile une rue latérale ou prend ostensiblement un chemin 
détourné, désert, absolument certain qu'elle le suivra et fina- 
lement l'abordera ; ou bien il entre dans un café, dans l'es- 

(5) Il 'agit d'une idée qu'il se passera quelque chose avec une femme, 
c'est-à-dire au fond un coït normal. Dana ce quartier le prix en usage est de 
5 francs environ. Mais nous verrons plus loin quelle autre idée refoulée se 
cachait sous cette obsession. C. (X 



1^ - — f— .J~ _ 



1/ ARGENT HT LES NÉVROSÉS 655 



pair qu 1 elle l'y suivra, et Ce désir est ton jouis accompa- 
gné d'un vif affect, dans la règle d'une jouissance anxieuse ; 
mais naturellement il ne reçoit de satisfaction que bien rare- 
ment. Cela le déprime considérablement mais ne l'empêche 
pas de recommencer. Si d'aventure le truc réussit, alors il 
se laisse emmener chez elle, et là se montre entièrement pas- 
sif. Nous verrons plus loin que ce qu'il désire, au fond, ce 
.n'est pas une femme mais un homme. 

Il s'agit là, on le voit, d'une typique fantaisie (ou compor- 
tement) féminine passive s 'accompagnant naturellement, dans 
l'inconscient, du désir, non plus de payer la femme, mais 
bien d'être payé par elle. Cette fantaisie perverse fut la der- 
nière à sortir, et ce n'est pas sans une vive résistance que le 
malade finit par l'admettre. Mais une fois convaincu de son 
désir de s'identifier à la femme (et plus profondément à la 
mère) ayant reconnu ce trait de masochisme féminin, il en 
éprouva une grande honte, un sentiment pénible de rabaisse- 
ment- Cette découverte en effet, comme tout à l'heure chez 
Adrien, blessa profondément son sentiment de personnalité, 
son idéal masculin du moi (blessure narcissique). Cette réac- 
tion analytique explique suffisamment l'intensité du refoule- 
ment de ce comportement et pourquoi, corrélativement, ce- 
lui-ci était frappé d'une amnésie complète, après le retour à 
l'étal normal. C'est elle, en second lieu, qui ouvrit la voie au 
transfert, 

% 2, — INTERPRÉTATION PSYCHANALYT1QVK 

Te] est, en fin de compte, fidèlement rapporte dans sa ver- 
sion définitive consciente, l'enchaînement des phénomènes 
psychologiques qui constituait ce syndrome, soi-disant d ipso- 
maniaque, que nous appellerons « fugue crépusculaire né- 
vropathique » pour ne prêter à aucune confusion avec les 
fugues dites épileptiques. L, 'analyse, en nous en livrant les 
déterminants inconscients, nous a permis de reconstruire la 
psychogénèse de ce syndrome périodique et de le ramener à 
une sorte de déroulement régressif automatiquement réglé, 
d'un ensemble impressionnant de pulsions du soi, depuis les 
œdipiennes jusqu'aux orales, en passant par les anales. Nous 



636 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ne pouvons pas ici aborder les nombreux problèmes psychia- 
triques et psychana lytiques que soulève ce cas. Aussi nous 
bornerons-nous pour l'instant à ne le considérer que sous son 
angle œdipien, ce qui nous permettra de mettre mieux en 
relief une fonction symbolique fort intéressante de Pargent 
à laquelle nous avons fait allusion dans la précédente obser- 
vation ♦ 

Pour que ce syndrome fugal se réalise, se poursuive et 
s'achève, il fallait nous l'avons vu, que toute une série de 
conditions^ nécessaires et constantes fussent remplies. Afin 
de rendre notre résumé plus clair, nous le diviserons en para- 
graphes respectivement consacrés à chacune de ces conditions 
successives. 

A. L'excitation sexuelle 

C'est donc le dimanche après-midi qjue naît Vidée de la fu- 
gue. Parmi beaucoup d'autres particularités sexuelles, notre 
malade possède celle d'être fortement et spécifiquement ex- 
cité par la femme « habillée n, inhibé au contraire par la 
femme nue, Pour qu'elle ne le repousse pas, il est indispen- 
sable qu'elle ait au moins gardé sa chemise ou une culotte. 
Or l'après-midi du dimanche lui offre justement Tunique 
occasion de jouir de la compagnie intime de sa femme, ceïle-ci 
étant habillée, Le soir> par contre, il devient frigide, 

La première condition réside donc dans la production d'une 
forte excitation sexuelle ; et la haute intensité que peuvent 
atteindre ces états erotiques chez certains impuissants est un 
phénomène bien connu. L'idée de la fugue* ainsi, n'est pas 
du tout primaire ; elle ne naît pas d'elle-même, automatique- 
ment, comme on l'aurait crû en se basant sur les premières 
descriptions du malade. Elle est au contraire secondaire, en- 
gendrée par l'excitation sexuelle, laquelle constitue le « pri- 
muin moyens » de l'enchaînement tout entier. 

C'est donc sa femme habillée, qui le diniahche, développe 
et attise en lui des désirs sexuels. Le dimanche, en effet, est 
un jour particulièrement favorable, car alors Julien % délivré 
de l'obligation de travailler qu'il subit péniblement pendant 
]u semaine» recherche une compensation, 11 tend à se dédom- 



Pi" «p. 



*• 



L'ARGENT ET LES NÉVROSÉS 637 

mager de l'effort d'activité morale et sociale par des satisfac- 
tions libidinales. Mais nous montrerons an fur et à mesure 
de cet exposé comment celles-ci, en réalité, ne sont nullement 
génitales ni hétéro-sexuelles et pourquoi elles ne peuvent pas 
l'être. D'autre part l'effort qu'il doit soutenir pour travailler 
démontre que le travail chez lui, loin d'être harmonieusement 
érotisé par les pulsions masculines actives, se heurte, au con- 
traire, à de fortes résistances. En d'autres ternies, il ne peut 
travailler qu'en proie à un conflit intérieur. Toutes ses ten- 
dances profondes ,_ en effet, sont éminemment passives. C'est 
pourquoi le dimanche, jour passif par excellence, tend à les 
déclencher. 

Nous verrons plus loin le motif pour lequel le surinoi de 
Julien inhibe entièrement le but de toute pulsion sexuelle 
masculine. Mais nous pouvons ici déjà expliquer la raison 
pour laquelle il en défend l'objet. Celui -ci j son épouse en 
l'occurence, est, en effet, complètement tabou. C'est que son 
épouse malgré quelle excite en lui, je veux dire au niveau du 
moi, des désirs si pressants, représente pour l'inconscient une 
« imago maternelle >k 

Tl existe pour Julien deux types de femmes : celles appar- 
tenant à ce que nous nommerons la « série haute » et celles 
appartenant à la t< série basse ». Les unes sont interdites, les 
autres permises, au point de vue sexuel* Or, cette catégorisa- 
tion s'est opérée dès la puberté ; et dès cette époque critique, 
il a adopté envers les femmes de la première catégorie une 
attitude toute différente qu'envers celles de la seconde. Vis-à- 
vis des jeunes filles distinguées, inhibition absolue ; tandis 
que les a dames » de son milieu l'attiraient beaucoup. Mais 
vis-à-vis de celles-ci, il prenait l'attitude d'un enfant, un peu 
gâté et très sentimental, qui recherche une affectueuse pro- 
tection- A regard de sa mère, il éprouvait deux sentiments 
inverses ; une répulsion pendant la semaine, c'est-à-dire 
aussi longtemps que vêtue de sarreaux, tabliers ou négligés 
d'intérieur, elle s'occupait du ménage et restait en contact 
étroit avec les domestiques. En ce qui concerne inversement 
les domestiques elles-mêmes, les femmes de ménage, les lessi- 
veuses, etc, soit la série basse, son comportement était pres- 
que celui d'un jeune satyre. Ces femmes inférieures J'atti- 



Il I 



638 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



raient et l'excitaient de façon anormale. C'est donc vers elles 
que se dirigèrent et sur elles que se fixèrent tons les jeunes 
instincts sexuels qui montèrent et se développèrent si brus- 
quement en lui. 

Pareille dissociation de l'instinct naissant est un phéno- 
mène trop connu pour que nous y insistions davantage ici. 
Il est très fréquent, et les analystes l'envisagent comme l'écho 
pubéral du complexe œdipien infantile. Il a pour cause le re- 
foulement des pulsions incestueuses et pour but le maintien de 
l'amour maternel mais d'un amour purement tendic et affec- 
tueux, tandis que la sexualité s'écarte dç^ce premier objet et se 
dirige vers, un type inverse, c'est-à-dire vers la femme infé- 
rieure. Or, pendant la semaine, îa mère elle-même de Julien, 
en excellente maîtresse de maison, s'identifiait à ses veux aux, 
domestiques et menaçait ainsi d'attirer à nouveau sur elle les 
désirs défendus. C'est pourquoi dès son enfance, il éprouva 
un malaise étrange, une angoisse précoce , de même que des 
sentiments, d'hostilité réactiounels. Mais le dimanche, tous 
ces pénibles sentiments tombaient d'un coup. Et tandis que 
sa mère revêtait ses plus belles robes et redevenait vraiment 
une, darne, c'est-à-dire réintégrait la série haute, il retrouvait 
subitement pour elle toute sa forte et fiévreuse tendresse. Car 
alors son image n'était plus, comme celle des domestiques, 
associée inconsciemment à l'image œdipienne primitive, 
et cette dissociation le délivrait de l'angoisse engendrée eu lui 
par la réactivation de la pulsion défendue. 

Beaucoup plus tard une circonstance importante devait dé- 
terminer pareille réactivation, mais d'une manière réelle, in- 
tense et soudaine. C'était son mariage. Tandis qu'une phase 
de dépression croissante se manifestait, Julien décida brus- 
quement de se marier. Il porta son choix sur une jeune fille 
très supérieure, énergique et dotée d'un mélange assez heu- 
reux de traits masculins et féminins. C'est-à-dire qu'elle appar- 
tenait â la série haute, Il fut donc, en grande partie, déter- 
miné dans ce choix par son inconscient, lequel ie pressa dans 
un moment de crise à chercher à revivre, à réaliser puis à 
résoudre son complexe œdipien infantile. Mais ce fut un échec 
absolu. Vis-à-vis de cet « objet interdit » il se montra non seu- 
lement tout à fait impuissant, mais ressentit encore une ré- 



ipmi 



■ 

l'argent et les kévrosés 639 

pulsion physique insurmontable qui tourna peu à peu au dé- 
goût. C'est aussi que cette femme supérieure incorporait V exi- 
gence d'actes sexuels virils et normaux qui le plaçait, ou 
mieux plaçait son soi, dans une « situation de tentation » con- 
stante. Son sur moi, par conséquent, lui interdit cet acte viril 
reconnu par lui comme de nature incestueuse. Et l'angoisse 
s'installa définitivement. 

Revenons maintenant an dimanche .après-midi, ce moment 
critique par excellence, ce réel traumatisme en un mot, qui 
exaspère le conflit au plus haut point* Le désir erotique refou- 
lé continuellement surgit donc de façon brusque et impérieu- 
se. Mais comme Julien ne peut l'assouvir, il va souffrir d'une 
tension extrême. Il va courir ce grand danger que constitue 
toujours pour l'équilibre vital toute stase libidinale croissante. 
L'angoisse d'autre part redouble au niveau du système 
moi-surmoi et ce redoublement provient de l'exacerbation de 
la culpabilité d'une part, de l'angoisse de castration d'autre 
part, cette inévitable sanction de l'inceste. Et plus le sysème 
répressif sévit, plus le soi, en retour, devient pressant, Le 
fameux <f cercle vicieux névropathique » est alors établi. Et 
il n'y a plus pour Julien qu'un seul moyen d'en sortir : c'est 
la fugue. 

L'idée de la fugue va donc intervenir au milieu de cette pa- 
nique comme unique planche de salut. Car elle apporte une 
solution momentanée à cet insupportable conflit ; et cela en 
dirigeant le désir vers un ensemble de circonstances propres à 
faire tomber la censure et par conséquent l'angoisse, C'est alors 
le quartier populaire où précisément l'instinct génital viril 
s'est affirmé jadis avec succès. Ce sont surtout ses habitantes, 
c'est-à-dire ces femmes inférieures, sales et plus faciles, plus 
perverses aussi, â l'égard desquelles la censure semble se 
montrer moins rigoureuse, et qui rappellent à Julien, sans 
qu'il s'en doute., cl ai rement, certaines agressions sexuelles 
qui se passèrent dans son enfance et dont dès domestiques 
furent les tristes héroïnes. Ces agressions constituèrent, en 
effet, de néfastes traumatismes qui renforcèrent de façon pré- 
coce certaines pulsions exagérées déjà par une constitution 
rerveuse toute spéciale, et dont il sera question plus loin, 

Du point de vue psychanalytique, nous pouvons donc ênon- 



mm 



64O ftKVUE FÏJANÇAJSE DE PSYCHANALYSE 



cer déjà la proposition suivante. Le premier facteur psycho- 
dynamique de ta fugue qui entre en jeu est un désir œdipien, 
incestueux à l'origine, et détourné aujourd'hui sur un type 
de femme inverse, La femme inférieure est un a déguisement 
par le contraire )> de V imago de la femme idéale restée in- 
consciemment associée à Vimago maternelle * 

Tel est l'élément pulsionnel inconscient mis en action par 
les circonstances spéciales du dimanche après-midi et qui dé- 
termine brusquement le désir de la fugue. Mais il est loin 
d'être le seul à intervenir, car nous verrons que, s'il est le 
plus superficiel, étant de nature et d'origine génitales, il en 
recouvre bien d'autres, de nature et d'origine pré-génitales 
ceux-ci. Il ne constitue donc, à ce titre, qu'une détermination 
inaugurale de tout un enchaînement régressif libidinal, que 
la première étape d'un retour cotnplet â la sexualité infantile. 
Et c'est précisément en un tel déroulement régressif au delà 
du complexe de castration que consiste la fugue. Celle-ci ré- 
pond finalement â un syndrome compliqué destiné à permet- 
tre la satisfaction d'un ensemble compliqué de pulsions refou- 
lées. 

Nous rapporterons en terminant un rêve qui éclaire en le 
complétant le détenu in isme œdipien de ce désir de fugtie. Il 
nous en révélera le deuxième facteur, c'est-à-dire le complexe 
paternel, lequel fera précisément l'objet du paragraphe sui- 
vant. 

Rêve ) V — Je dots passer sous un pont particulier, très sur- 
baissé, pour aller dans le quartier (populaire) de mes fugues, 
mais c'est extrêmement difficile. Cette traversée me donne de 
l'angoisse.*, mais finalement j'y arrive. De Vautre côté, c'est 
à X... (le quartier en question) c'est la délivrance . 

Ce pont est celui qui se trouve dans le jardin de l'un de ses con- 
çu rrenls* .Jusqu'au sixième mois de l'analyse, il avait encore un 
fort « complexe des concurrents *^ c'est-à-dire qu'il était complète- 
ment inhibé devant eux. Chaque fois qu'une question de concur- 
rence entrait en jeu, il abandonnait toute lutte, renonçait même aux 
méthodes les plus honnêtes et les plus timides , et échouait. La tra- 
versée difficile s'associe directement à un échec sexuel de la veille, 
avec sa femme. Ces deux associations, parmi d'autres, suffiront à fai- 
re comprendre le rêve. En effet, le symbole du pont nous révèle que 



^ ^ É«a^ ^ m ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^— ^ 



L'ARGENT ET 1/ES NEVROSES 64 1 



l'acte sexuel est inconsciemment associe à une idée ou un « acte de 
concurrence i> et que c'est cette idée, ou mieux cette peur devant le 
concurrent plus fort, qui l'inhibe. Situation œdipienne par excel- 
lence (peur du père). Mais ce à quoi il ne peut arriver dans la réalité, 
il y arrive en rêve, malgré 1* angoisse. C'est-à-dire qu'il arrive à 
^'identifier au père, La deuxième partie du rêve le démontre. 

2° De Vautre côté on me met un uniforme d'officier. Les 
■uns .s. m*engueulent> me disant de Voter, que je n'ai pas le 
-droit*., etc. Les autres me font des compliments. 

Comme nous l'avons vu, les officiers ont été pour lui des sa 
tendre enfance, un idéal prestigieux et inatteignable, Son 
1ère éteit alors officier supérieur. Lui-même a été refusé à 
!a conscription. « De l'autre côté », c'est, comme, déjà dit, 
le quartier populaire; le rêve démontre donc clairement le 
caractère oedipien du processus de déclenchement de la fugue. 
Mais il démontre aussi une forte ambivalence, par la manière 
dont est reçu ou traité le malade, devenu officier. De la puis- 
sance virile empruntée au père (l'uniforme) ou au contraire 
de l'inhibition de cet emprunt (oter l'uniforme), laquelle l'em- 
portera. La réponse est déjà donnée par le récit de la fugue. 



B< L'Emprunt. 

Une excitation sexuelle physique intense, mais dont le but 
est psychiquement inhibé par le surmoi (Zielgehemmt) , d'où 
l'impuissance, vient donc de faire naître ridée de la fugue. 
Mais, nous -l'avons dit, cette idée va disparaître totalement du 
champ de la conscience jusqu'au lendemain, c'est-à-dire jus- 
qu'au moment précis où l' emprunt une fois réalisé, la présence 
de quelques écus en poche la fera brusquement ressurgir avec 
tout son puissant et irrésistible affect. 

S'agit-il d'un refoulement ? Non, car cette idée n'est en- 
core qu'une simple « formation substitutive >». Dépouillée de 
son affect et de son contenu pulsionnel, elle n'apparaît que 
sous la forme d'une pure représentation et se limite à l'idée» 
bien innocente elle-même, « d'aller boire une chope en ville ». 
Ce qui est refoulé, c'est l 'affect et le contenu en tant que ma- 
nifestations pulsionnelles pures, non conformes au moi ; c'est* 



642 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

_ 

â-dire ce qui se cache dans l'inconscient sous ridée, alors que 
celle-ci est seulement reléguée provisoirement dans le pré- 
conscient. Il s'agit donc ici, en réalité, d'un bel exemple de ce 
.phénomène particulier de répression psychique que sur la pro- 
position de M™ Sokolnicka la commission linguistique a in- 
troduit dans notre vocabulaire, et que, sur celle de M. H es* 
nard, nous avons nommé : êlusion* Preuve en sera que le len- 
demain ce ne sera, en fait, que pour pouvoir faire sa fugue 
que Julien fera son emprunt. Bien qu'inavouée, l'idée sera là, 
tel un régisseur général dans les coulisses. 

Àffect et contenu, par contre, sont réellement refoulés parce 
qu'ils correspondent à de pures manifestations pulsionnelles 
du soi, non conformes ou inconciliables au surmoi. C'est pour- 
quoi ce dernier leur barre l'accès du moi et de la motilité alors 
qu'il ne laisse passer que ridée innocente. L'on voit donc que 
celle-ci est innocente par un mécanisme d 'isolation . 

Le lendemain, en revanche, soit le lundi vers les deux heu* 
res, surgit brusquement une idée nouvelle et toute différente, 
celle d'emprunter de l'argent. Mais, cette fois, il ne s'agit 
plus d'une simple représentation « désaffectée », comme la 
veille, mais bien d'un désir intense, d'une impulsion vraie et 
impérieuse exigeant de par son affect une réalisation immé- 
diate. Ce désir est, en outre, â ce point exclusif qu'il chasse 
et supprime tout autre contenu du champ de la conscience, 
c'est-à-dire la réalité toute entière. Loin donc de ramener avec 
lui, comme on serait en droit logiquement de s'y attendre, 
l'idée de filer en ville, il l'évincé, au contraire, elle aussi. 
L'impulsion de l'emprunt va donc, pendant un moment, ac- 
caparer tout l'affect. De quelle haute valeur est-il donc nanti 
pour s'imposer si brusquement et pour, en second Heu, dé* 
clencher l'état crépusculaire? 

L'analyse du dit phénomène me permit une interprétation 
qui se révéla pratiquement heureuse. Elle me rendit, en effet, 
les plus grands services thérapeutiques à partir du moment où 
le malade, après l'avoir pourtant rejetée après une longue pé- 
riode de résistance, finit tout de même par en reconnaître le 
bien-fondé et par l'accepter pleinement, 

La tâche psychanaly tique qui m'incombait consistait à ten- 
ter de découvrir la valeur ou la jonction symbolique de ces 



l/ARGBK'f KT UW NÉVROSÉE 643 



^^te^f*« 



quelques francs empruntes et mis en poche. Car sans une théo- 
rie symbolique du phénomène, celui-ci demeurait inexplica- 
ble. Un petit rêve, mais fort important, me mit un jour sur la 
voie. 

Rêve. j v ) Dans une chambre... mon père entre..* il est bien 
disposé et gentil à mon égard. Il jette une pièce d'un franc 
dans une cuvette. 

Commentaires ; 

Le père. En réalité personnage distant,, mais bon, dont le fils 
pourtant s'est fait une imago paranoïaque (dès le début de l'ona- 
nisme et plus tard dans ses phases de dépression f à la suite surtout 
de ses emprunts et de ses fugues) d'un être sévère et dur vis-à-vis 
duquel il éprouvait une réelle terreur. Qu'on se rappelle sa première 
fugue ! Ce bon père cependant n'a jamais donné d'argent à son fils, 
et s'est toujours montré sévère dans cette question, et même avare. 
Sur ce point le malade a raison. Dans la question sexuelle, par con- 
tre, assez, indifférent, 

îm cuvette. Objtit très significatif. Liée intimement à toute l'en- 
fance et la jeunesse du malade, elle disparaît, par contre, complète- 
ment de sa vie dès son mariage. A ce moment, il quitte la vieille 
maison paternelle, emplie de cuvettes , pour s'installer avec sa fem- 
me dans un appartement moderne avec salle de bains mais dépourvu 
de toute cuvette. * La cuvette, c'est tout le bon vieux temps, avant 
ma maladie,.. (C'est-à-dire avant son mariage), Ça me fait penser 
que celle du rêve est la même que celle de mes parents,.. » 

Vn franc, « Ça me fait penser naturellement à mes emprunts, 
mes fugues,., mais ce serait bien insuffisant. Il me faut au moins 
20 francs pour que l'idée vienne avec l'espoir qu'il se passera quel- 
que chose.., dès que j'ai 30 francs en poche, je suis perdu,., etc., *> 

Interprétation. 

Me basant sur ces associations, ainsi que sur un grand 
nombre d'autres antérieures ou postérieures, je déclarai au 
malade que pour lui, l'argent symbolisait ou remplaçait la 
puissance virile ou la puissance génitale paternelle ; et plus 
particulièrement le pénis et ïe liquide spermatique. C'est, en 
effet, un liquide qu'on jette généralement dans une cuvette, et 
non de l'argent. Que celle-ci à son tour, représentait l 'organe 
pfénîtaï de la mère» en tant que récipient. Que le rêve enfin 
figurait une scène de coït parental. 

Pour notre malade, comme pour la grande majorité des né- 



644 REVUE FRANÇAISE DH PSYCHANALYSE 



vrosés, la mère est l'objet sur lequel la libido est reste fixée ; 
et c'est à cette fixation qu'ils doivent précisément renoncer au 
moment du mariage, pour pouvoir opérer un transfert sur 
réponse (comme lui-même dut alors renoncer à la cuvette). 
C'est précisément le point où il échoua. L'épouse demeura 
réellement la mère, donc défendue ; d'où l'impuissance conju- 
gale. Du jour où il se trouva en face d'une femme de son rang, 
et en outre vierge > il tomba malade et se réfugia dans la né- 
vrose. Du jour, par contre, où je lui révélai toute cette inter- 
prétation, il commença â pouvoir résister pour la première fois 
de sa vie à l'idée obsédante de la fugue. 

Le sjanptôme cardinal de la 3iévrose actuelle est donc la 
fugue- Nous pouvons en élargir maintenant la patliogénie ou la 
base pulsionnelle. Comme il a été dit au paragraphe précédent, 
elle répond tout d'abord au désir de rechercher et de « lever » 
une femme inférieure rappelant ou reproduisant des « objets i> 
sur lesquels sa sexualité naissante s'est fixée au moment de la 
puberté ; et cela dès rinstant où une bonne à demi habillée et 
dont le. buste était revêtu d'une sorte de tricot sale et déchiré 
est venu le secouer dans son lit pour le réveiller : agression 
dans laquelle il était donc passif (6), Nous savons aussi, d'au- 
tre part, que sous ou au travers de cette femme inférieure et 
négligée, Julien recherche une image maternelle travestie, soit 
l'objet par excellence de son enfance. Tel est le premier motif 
qui intervient. On peut le définir d'un mot : c'est un retour à 
la mère. 

Cette interprétation, outre que l'analyse toute entière l'a 
confirmée, a cet avantage de nous expliquer déjà et du même 
coup trois phénomènes connexes ; soit, pourquoi Vidée de filer 
en ville naît précisément dans un état d'excitation sexuelle 
provoquée par l'épouse, pourquoi il ne peut cependant satis- 
faire cette excitation auprès d'elle^ pourquoi enfin il est pris 
alors de l'envie invincible d'emprunter de l'argent. 

Car sous ce motif de l'emprunt se dissimule justement l'ac- 
tion du second motif œdipien de la fugue, soit le complexe pa- 
ternel. Cet élément paternel, à son tour, se compose de deux 
tendances psjrchiques, ou deux pulsions distinctes, quoique in- 
sécables, qui vont nous occuper à présent, 

(6) Voir plus loiiij sous Pulsions perverses;' 



l'argent et les névrosés 645 



1.) L'emprunt et le désir de castration. 

Comme on l'a vu, il est impossible â Julien d'utiliser l'ar- 
gent qu'il posède déjà, dont il dispose ou qu'il a encaissé , pour 
faire sa fugue. Il est obligé pour cela» au contraire, d'en em- 
prunter ou de s'en procurer d'une façon illicite ou irrégulière. 
C'est eu quoi consiste ce que nous appelons le « motif de 1* em- 
prunt ». 

En d'autres termes il est obligé de s'infliger, au préalable, 
une humiliation ou de se faire tort vis-à-vis de l'un ou de l'au- 
tre de ses clients. Et pourtant,- il en a encore si peu qu'il de- 
vrait inversement tout tenter pour ne pas leur déplaire. Les 
jours suivants, il ressent de la façon la plus vive, et disons la 
plu. s névropatliique, ladite humiliation, s'exagère énormément 
la portée du tort, plus imaginaire que réel, qu'il s'est causé, 
et se lamente sur ce thème, interminablement. C'est dans cette 
réaction que se révèle ou se trahit Y élément anio-punîtif du 
symptôme. 

Mais il en possède un second ; c'est l'élément libidinal, Cet 
élément pulsionnel à son tour répond à un désir agressif de 
castration, soit un désir haineux dirigé à l'origine contre le 
père, et qui se conjuguait aux tendances amoureuses inverses 
pour la mère. Ce sont là les deux éléments classiques du com- 
plexe d'QËdîpe* Nous verrons plus loin comment la régression 
vînt secondairement conférer à ce désir agressif, purement 
œdipien tout d'abord, un caractère anal puis oral, et le trans- 
former ainsi en 1111 désir sadique typique. Mais nous n'envisa- 
gerons pour l'instant que ses éléments œdipiens. 

Sans entrer dans des redites inutiles sur ce sujet connu, 
nous ne relèverons qu'un point- Connue l'observation de Ju- 
lien le met nettement en relief, l'enfant est porté à une atti- 
tude toute nouvelle par l'éveil du complexe à 'Œdipe, Jusqu'à 
cette phase critique, il ne différencie pas ses sentiments ou ses 
affects vis-à-vis de l'un ou de Vautre des deux parents. Tous 
ses instincts amoureux et agressifs se font indifféremment 
valoir vis-à-vis du père ou de la mère, et cela indépendamment 
de leur sexe. Cette notion du sexe n'est pas encore distincte, 
et ne peut donc intervenir. C'est pourquoi les tendances homo- 
sexuelles ou perverses futures se baseront sur les réactions de 



fc j I 



646 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



cette époque primaire au cours de laquelle l'organe sexuel fé- 
minin est méconnu. Aussi bien, tout l'intérêt va-t-il se concen- 
trer peu à peu et de façon de plus en plus ambivalente sur l'or- 
gane masculin extérieur (phase phallique de Freud) É Et à 
la suite d'inévitables comparaisons/ et dans certains cas aussi 
de fantaisies déclenchées par la vue ou l'obscure divination du 
coït, il naîtra chez le jeune enfant des sentiments croissants 
d' infériorité, d'injustice, de dénuement et d'impuissance to- 
tale. Il enviera, par conséquent, avec de plus en plus d'inten- 
sité, la puissance du père, ainsi que les privilèges et droits ab- 
solus qu v elle lui confère â P^gard de la mère aimée. Il enviera 
surtout l'organe qui symbolise cette puissance, et en regard 
duquel le sien si infime, — mais au niveau duquel, nous insis- 
tons sur ce fait, il a déjà éprouvé des sensations erotiques — ne 
peut entrer en ligne de compte. C'est alors, sur ce terrain bien 
préparé que va germer le désir agressif de castration . 

La grande révolution apportée par ce dernier consistera 
dans l'instauration d'une attitude de rivalité qui va remplacer 
l'attitude indifférenciée antérieure. De là la fixation définitive 
des tendances agressives sur le père et sur son organe, et se- 
condairement la fantaisie psychique beaucoup plus élaborée de 
s'identifier à lui, c'est-à-dire de prendre sa place et son rôle. 
Or c'est précisément cette pulsion agressive que réalise ou 
que satisfait actuellement, dans la névrose, l'impulsion à em- 
prunter. Et, l'une des phases les plus intéressantes de l'ana- 
lyse fut celle où je révélai et démontrai au malade que sa ma* 
nie d'emprunt était, au fond, un acte purement agressif, et 
que cette agression actuelle était la formation substitutive 
d'un désir primitif, dirigé à l'origine contre l'organe du père, 
lequel est symbolisé aujourd'hui par l'argent. Ou plus exacte- 
ment par de l'argent qui appartient à autrui et qu'il voudrait 
dérober. L'équation emprunter -■ dérober fut, en effets dé- 
montrée un nombre incalculable de fois par l'analyse, Tulien 
finit par admettre entièrement cette interprétation qu'il sen- 
tait si juste ; et à partir de cette adhésion tout à fait sincère à 
ma manière de voir, il commença à pouvoir surmonter ses 
envies impulsives d'emprunter. 

En même temps, par conséquent, que l'emprunt satisfait un 
désir d'agression, il délivre Julien de la si pénible situation 



m m 



^■^ 



l'argent et les névrosés " 647 



de ri va li té . Celui-ci en empruntant une certaine somme pour 
faire sa fugue, accapare du même coup la puissance enviée 
du père et se libère d'une intolérable infériorité. 

On saisit mieux maintenant pourquoi l'emprunt est l'indis- 
pensable condition préalable de toute fugue. Car il ne saurait 
être question pour un névrosé impuissant, qui se sent incons- 
ciemment pareil à un être émasculé, d'aller réaliser en ville 
ses désirs œdipiens refoulés avant de s'être auparavant « re- 
procuré iï dans la fantaisie — mais la fantaisie est la seule 
réalité dans tout symptôme impulsif — le viatique nécessaire 
â un tel pèlerinage infantile. Ce viatique n'est antre, disons 
!e mot» qu'un- pénis d'emprunt. Car pour se le procurer, il est 
obligé de l'emprunter. C'est pourquoi, finalement, cette re- 
cherche d'argent concentre momentanément sur elle, en obsé- 
dant Julien, tout Taffect et tout l'intérêt, de même qu'elle 
exclut de la conscience toute autre représentation, celle de filer 
en ville notamment. 

Tel est le principal motif de l'élnsion complète de l'idée de 
la fugue jusqu'à ce que l'emprunt soit chose faite. Car jusqu'à 
ce moment -là, c'est-à-dire tant que la re virilisât ion n'est pas 
accomplie, cette idée demeure en elle-même inopérante; plus 
encore, douloureuse et déprimante, puisqu 'irréalisable. En ef- 
fet, Julien reste profondément déprimé et angoissé depuis 
l'instant où elle surfit jusqu'à celui où, le lendemain, il a l'ar- 
gent en poche. 

L'impulsion incoercible à emprunter n'est autre, en fin de 
compte, qu'une expression particulière de ce complexe gêné- 
rai et classique dénommé par Freud: Y envie du pénis (Penis- 
neid). Sa présence et son action persistante témoignent tou- 
jours d'un besoin de compenser une infériorité intolérable par 
l'agression. Et c'est en fait de cette infériorité, devenue réelle 
et absolue à sa maturité, que Julien n'a jamais pu « se sortir », 
Et pourquoi donc ? Précisément parce que chez lui, ainsi que 
chez un grand nombre d'autres nerveux, tout dessein d'ac- 
tion ou de succès eût automatiquement pris, comme précisé- 
ment l'emprunt — soit cette unique tendance active qu'il ait 
jamais pu satisfaire dans sa vie — un tour agressif et impul- 
sif mal toléré par le moi, parce qu'irrationnel et nuisible, de 
même qu'une qualité pulsionnelle {rivalité œdipienne) non to- 



I — ■ " — 



648 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

lérée par le surin oi. Tel est le cercle fermé dans lequel il s'est 
trouvé bouclé. Pour en sortir, la seconde « unique planche de 
salut » après l'idée de la fugue, si nous osons nous exprimer 
ainsi, lui est précieusement fournie par l'emprunt. 

Cette envie refoulée du pénis, beaucoup de névrosés ne 
pourront jamais s'en délivrer. Et tandis qu'ils en souffriront 
toute leur vie, elle les portera constamment, et cela dans n'im- 
porte quelle situation sociale, â une attitude d'envie et d'agres- 
sion. Attitude intérieure surtout, mais menaçant de s'extério- 
riser à l'occasion de toute difficulté. Elle se fera principale- 
ment valoir, naturellement, à l'égard des concurrents ou des 
chefs. Ceux jqui en souffrent, au fond, cherchent moins à as- 
surer ou augmenter leur bonheur qu'à diminuer ou empêcher 
celui des autres, (au fond ; prendre leur femme). 

Un de mes malades était obsédé de fantaisies dans lesquelles 
tous ses concurrents faisaient faillite les uns après les autres, 
tandis qu'en réalité il laissait péricliter son affaire, La psy- 
chanalyse à ce point de vue est souvent parvenue à faire de tel 
« agressif » un « social » c'est-à-dire à le mettre â même de 
substituer des actes utiles à ses actes destructifs. Ajoutons que 
la sublimation de ce complexe inspire fréquemment le goût de 
la polémique et de la politique. 

Chez Julien > au contraire > ce complexe persistant, mais for- 
tement censuré, a exercé une action totalement inhibitrice. 
Celle-ci s'est révélée nettement au cours de l'analyse vis-à-vis 
de ses concurrents par exemple, comme nous l'avons noté â 
propos du premier rêve. Mais dès toujours elle l'avait destiné 
à rester un incapable complet. Or cette inhibition, s 'étendant 
peu â peu de l'activité sexuelle à l'activité sociale, a pour ori- 
gine et pour cause une réaction du sunnoi contre le désir œdi- 
pien et sadique de castration du père. Cette réaction qu'on ren- 
contre d'ailleurs chez un grand nombre de névrosés est au 
cours de l'évolution de plus en plus stéréotypée et automatique. 
Elle est fort probablement chez l'enfant le résultat ou le dé- 
pôt d'une longue série de réactions ataviques. Elle consiste en- 
fin dans une représentation qui terrorise l'enfant, celle qu'il 
sera puni de la même manière (talion). La peur d'une telle 
sanction, d'un si grand danger biologique, engendre ni ors la 
fameuse angoisse de castration. C'est elle, comme nous le ver- 



^ — ^— * ■ ■ - - r _ 



i/argent et les kévrokés 649 



rons, qui fera finalement échouer ce coup de force libidinal ou 
ce forfait œdipien, conçu dans le désespoir et tenté par le sym- 
bole , en quoi consiste la fugue de Julien, 

2°) L'emprunt et l'identification au père 

Une certaine élaboration psychique du désir agressif de 
castration conduit au désir plus complexe de s'identifier au 
père. Autrement dit l'enfant, dans sa fantaisie, veut mainte- 
nant profiter de la puissance qu'il vient de lui dérober et faire 
valoir les droits et les privilèges qu'elle implique ou qu'elle 
accorde vis-à-vis de la mère. C'est là la deuxième pulsion qui, 
se conjuguant toujours dans le complexe d 'Œdipe au désir 
haineux de castration, est considérée comme la pulsion amou- 
reuse ou incestueuse (7). C'est ainsi que Julien, après avoir 
satisfait la première au moyen de l'emprunt, se voit contraint, 
plus fort et plus fier qu'un roi (il disait toujours se sentir le 
roi du monde à ce moment-là), d'aller satisfaire la seconde en 
ville auprès de femmes du bas peuple. 

Chez lui, par conséquent, l'emprunt constitue un symptôme 
substitutif qui condense en lui les deux pulsions œdipiennes, 
la négative et la positive, Il réalise directement la première et 
conditionne la secondé. Car la base de celle-ci, ou si l'on veut 
son <( représentant psychique » n'est autre que le désir d'iden- 
tification au père. 

Nous avons cité plus haut un premier exemple de réalisa- 
tion symbolique de ce désir dans un rêve : l'emprunt d'un 
uniforme d'officier, Répétons â ce propos que le père avait été 
jadis officier supérieur suryle front français alors que son fils 
Julien n'arriva jamais â être seulement simple soldat. Cet 
échec fut une des « grandes amertumes* irritantes » de sa 
vie, L'uniforme symbolise bien l'écrasante supériorité pater- 
nelle et virile (S), L'analyse d'ailleurs nous livra une multi- 

.7) 11 est bon de faire remarquer à ceux qui regrettent ces interprétations 
freudiennes que s'il est désormais incontestable — chaque névrose le prouve 
— gue Penfant possède cette pulsion inconsciente, aucun freudîste n'a ja- 
mais prétendu qu'il en a la « notion » ou le « concept », C. O. 

(8} Même dans son état dit normal, mais plus encore pendant les fugues, 
dès qu'il entend des tambours ou des trompettes, ou aperçoit des fanfares, 
des militaires ou des uniformes, Julien « perd 1e nord » oublie tout et va 
suivre -le cortège pendant des heures. En accompagnant ces soldats, iJ 
s'identifie alors aux officiers ou au chef. La vue de l'uniforme déclenche 
donc chez, lui un petit accès crépusculaire. C, O. 



Mrt* 



650 REVUE FRANÇAISE I>E PSYCHANALYSE 



tude d'autres symboles de même ordre. Ainsi, peu de temps 
après s'être inscrit énergiquement en faux contre cette inter- 
prétation, le malade m'apporta cependant un nouveau rêve qui 
la confirmait. Le voici : 

Rêve 1 °), Je suis en costume marin et me sens très bien* très 
fort, « quelqu'un ». Je vois des paysans qui ont Vair bizarre 
et mal disposés. Mais je leur emprunte tout de même une char- 
rue y et me sens assez fort pour qu'ils ne me touchent pas. 

(C'est-à-dire pour qu'ils ne me reprennent pas la charrue = pour 
qu'ils ne me châtrent pas. Cette charrue est, en effet, un instrument 
simplifié et allongé). 

Rêve 2°), Sur la rue X. [qui conduit de chez lui au quartier 
populaire !] se voient des pompiers qui ont des tuyaux à lance 

-munis d'un robinet et de plusieurs branches. Ils m J en donnent 
un et je me mets à « gicler » (inonder), avec eux, V école 

de X ! 

{Il s'agit de Pécole de son enfance, Ecole = Heu où il reçut la 
nourriture spirituelle, où son esprit fut nourri. Symbole maternel). 

Associations. Costume marin. « J'ai pensé à mon réveil : c'est le 
costume de mon enfance, période très heureuse.,. J'ai eu longtemps 
le grand désir de devenir officier de marine... J'emprunte une es- 
pèce de charrue.., mes emprunts : ma femme m'a mis en garde (sa* 
medi)„, je lui ai répondu que je n'y pensais plus maintenant... 
(parle de ses manies d'emprunts, de la sévérité de son père au sujet 
de ses dettes). 

Tuyaux. C'est l'étroitesse qui m'a frappé et pourtant la force du 
jet., étonné d'une si forte pression dans ces petits tuj ? aux... à cet 
endroit habite une dame, une cliente où je n'ai pas pu retourner... 
elle est capricieuse, embêtante, je me sens tout à fait inférieur vis- 
à-vis d'elle... est-ce sexuel ?,„ le pompier m'a remis le jet entre les 
mains... je me sentais si bien, (dans le rêve) si heureux, vigoureux, 
sain, tout à fait à l'aise.., je dominais la vie.,, etc. » 

Par raison de discrétion, je m'en tiendrai là. Sachons seu- 
lement qu'officier de marine est une ancienne forme du com- 
plexe de l'officier ; que pompier est une image paternelle ; et 
que finalement il arrose la maison de la dame vis-à-vis de la- 
quelle j en réalité, il se sent complètement inhibe (épouse- 
mère) < 



1/ ARGENT HT LES NÉVROSÉS 65 1 



Ce rêve nous livre donc deux nouveaux symbolismes phal- 
liques qu'il convient d'ajouter à celui de l'argent ; la charrue 
et la lance. Ce dernier est assez clair pour se passer de com- 
mentaires. Le premier par contre, en même temps que le cos- 
tume marin , nous amène à deux syinbolismes maternels uni- 
versels : la Terre et la Mer, Labourer ou naviguer constituent 
en effet des images œdipiennes classiques* Je connais le cas 
d'un marin qui guérit d'une grave névrose après avoir renoncé 
à son métier. 

Charrue et lance sont donc tous deux connue l'argent, des 
objets qu*il emprunte et dont il se sert pour labourer la Terre 
ou arroser l'Ecole (symboles d'inceste). En tant que symboles, 
ils traduisent tous la même tendance, comme la traduisaient 
déjà, mais alors dans le comportement, certains actes ou traits 
de caractère, telle par exemple cette impulsion, au cours de la 
fugue, à figurer, ou à prendre le visage et le ton impératif et 
cassant, d'un officier ou d'un gendarme. Mais cette même im- 
pulsion, il l'avait déjà manifestée depuis longtemps dans la vie 

-ordinaire, donc en dehors de la fugue ; seulement, fait intéres- 
sant, il l'avait complètement oubliée, et c'est l 'analyse qui 
l'en rendit conscient. Dans sa jeunesse, il cherchait à copier 
le visage énergique et l'expression virile, décidée et militaire 

■de son père, « Pendant toute ma jeunesse, finit-il par m 'avouer, 
j'ai été tenaillé par l'idée d'être énergique, par le désir de 
chercher des exemples d'audace ; je fixais les gens de façon 
ridicule» ou bien je passais des heures devant mon miroir à 
me faire une tête de type courageux ou même d'npaclie... » 

Or> cette <t manie du visage énergique », depuis le maria» 
ge, a disparu de la vie ordinaire pour ne plus reparaître que 
pendant les fugues, dans lesquelles tous les désirs pulsionnels 
se concentrèrent de plus eu plus tandis qu'ils disparaissaient 
simultanément de la vie ordinaire où, par contre, la dépression 
et l'inhibition, bref le système punitif, prédominaient de plus 
en plus. 

L'identification œdipienne au père constitue en elle-même 
un phénomène de toute première importance. Il déclan che mê- 
me une véritable révolution dans l'âme faible de l'enfant mâle* 
Et bien qu'on en ait déjà beaucoup parlé dans cette revue, 



^ - - ■ ■-"*"-■ ■ ■-■ ■ ■*- ^^^^^^^^^^HH 

652 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



nous pensons que quelques remarques supplémentaires â son 
sujet ne seront peut-être pas inutiles. 

Il consiste, comme on le sait, dans Tintrojection du père, 
ou mieux de son image. Mais il ne faut jamais oublier que 
cette image, comme celle de Janus, est double et hétérogène; 
d'un côté, c'est l'homme qui aime la mère et dispose d'elle, au- 
quel tout est permis ; de l'autre c'est l'homme contre lequel 
on éprouve un désir agressif de castration. Or, ces deux ima- 
ges sont toujours inséparables dans tout complexe d'CEdipe 
bien analysé. 

Occupons-nous, tout d'abord, de cette seconde image. Elle 
est donc, en premier lieu, une image extérieure réelle qui con- 
centre sur elle les pulsions agressives. À ce stade-ci, intervient 
alors un mécanisme capital. C'est-à-dire que devant elle, le 
garçon commence à ressentir une angoisse croissante en vertu 
précisément de cette représentation terrorisante que nous avons 
mentionnée au paragraphe précédent et selon laquelle il s'ima* 
gine que le père va lui infliger le talion. Il est donc clair que 
ce mécanisme correspond à une projection des tendances agres- 
sives et sadiques, et que cette projection , en outre, tend à faire 
du père un persécuteur. Elle contribue, et c'est là son avantage 
économique, à délivrer l'enfant d'une bonne part de son agres- 
sivité. Il s'agit là, par conséquent, d'un processus paranoïaque 
typique que le moi, trop faible encore et sans contact concep- 
tuel suffisant avec la réalité, ne peut corriger. Telle est la pre- 
mière « idée de persécution >* à laquelle aucun homme 
n'échappe. 

Mais il intervient un second mécanisme, Cette image para- 
noïaque est introjectée et cette introjection forme le surmoi. 
Celui-ci va donc hériter de la fonction de l'image réelle et 
devenir à son tour le persécuteur ; dans ce sens, il va continuer 
à exercer constamment cette menace de castration contre le 
moi. Si donc ce dernier, au stade précédent, éprouvait une 
angoisse réelle devant un être réel, il va ressentir désonnais 
une angoisse autistique devant son surmoi, dont il se sentira- 
sans cesse menacé. 

En résumé l'angoisse de castration consiste: dans un pre- 
mier temps, en une réaction du moi devant un danger exté- 
rieur auquel il croit ; puis, dans un second temps, dans lequel 



l/ ARGENT HT Ï,KH NÉVROSÉS 653 



le danger est intériorisé, en une réaction du moi à ce danger 
qu'il sent intérieurement. Il est ainsi des cas, comme celui 
de Julien > où le snrmoi fera peser cette menace durant toute la 
vie en retendant sur chacun des actes, ou même sur chacune 
des velléités d'actes du malade. De là sa paralysie totale, et ses 
sentiments d'incapacité absolue. Et cependant, on retrouve 
des traces de ce mécanisme d'une menace inhibitrice chez tout 
individu mâle, même normal, c'est-à-dire même s'il Va sur- 
montée et est ainsi parvenu à réaliser ses tendances génitales 
et à exercer sa sexualité de façon adéquate. 

C'est dire qu'il y a toujours un germe originel de folie dans 
la constitution de l'âme humaine. 

Abordons maintenant la seconde image. Si l'introjection de 
la première créait l'angoisse, l'introjection de la seconde, in- 
versement satisfait un désir libidinal, soit une pulsion du soi. 

1 ■ 

C'est dans ce second processus que consiste à proprement par- 
ler l'identification œdipienne, laquelle mobilise ainsi la dite 
pulsion. Celle-ci étant de qualité incestueuse, et cette qualité 
étant connue du surmoi, sa mise en activité va créer un motif 
de plus à la contre-action punitive et inhibitrice de ce der r 
nier. D'où nouvelle augmentation parallèle de Pangoisse de 
castration* Mais nous verrons plus loin que ce cercle vicieux, 
chez Julien , avait encore d'autres causes plus profondes que les 
pulsions œdipiennes, et d'autres motifs plus régressifs. De 
toutes façons, il n'a jamais pu s'en évader... sauf en fuyant 
dans son quartier populaire, 

1/ identification à la double image paternelle répond donc à 
un processus qui instaure dans Pesprit une fonction double ou 
hétérogène : wne fonction morale (principe inhibiteur) à la- 
quelle le D r Alexander réserve la dénomination freudienne 
d'idéal du moi (Ichideal) et, nous, celle de surmoi; une fonc- 
tion pulsionnelle (principe libidinal dynamogène), soit le sur- 
moi du D r Alexander ou notre sur soi (9), laquelle tend,- comme 
on sait, à devenir régressîvenient sadique, 

{9) La meilleure critique qu'on puisse faire à ee ternie, et elle 111 J a été 
justement présentée par le D r Alexander, repose sur ce fait indiscutable que 
Ja fonction en question résulte d'une transformation qui s'est opérée au M- 
veau du système du moi, et non du soi. Elle répond donc à une influence de 
la réalité extérieure sur le moi, alors que le soi demeure iumflueiiçable par 
çelîe-ci. Mais l'on voit que cette critique ne vise que les tenues, et ïion les 



654 REVUK FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Or il est un point capital que l'analyse ne doit jamais per- 
dre de vue. C'est la répartition réciproque , dans un cas donné, 
de ces deux fonctions en question. Tandis que chez un malade 
la fonction pulsionnelle sera prédominante, et la fonction in- 
hibitrice sera faible, chez un autre ce sera Vin verse, La pre- 
mière éventualité favorisera plutôt Véclosion d'une névrose de 
caractère, où les pulsions ne sont pas très empêchées d'attein- 
dre les centres moteurs, ou encore d'une perversion. La se- 
conde éventualité, par contre, conduira plutôt à la névrose 
obsessionnelle. Entre ces deux groupes, l'hystérie à son tour 
tiendra â peu près le juste milieu, Il s'agît là» bien entendu, 
d'un schéma très grossier. L'on voit donc que la quantité re- 
lative et respective, pour parler dynamiquement, d'inhibition 
ou de défense d'un côté, de pulsion ou de permission de Vau- 
tre qu'introduit l'identification œdipienne dans V esprit, joue 
un rôle de tout premier plan dans la genèse et l'évolution de 
la névrose. Et pourtant, il s'agit là d'un phénomène très im- 
portant de dosage réciproque sur l'origine et la nature com- 
plexes duquel nous sommes m al heureusement encore très mal 
renseignés. Car il est souvent très difficile de dire pourquoi, 
dans une situation œdipienne donnée, c'est tantôt le méca- 
nisme^inhibiteur qui domine, tantôt au contraire Vêlement 
libidinal* Pourquoi autrement dit l'angoisse de castration peut 
varier tellement d'un cas à un autre. De toutes façons, elle 
avait atteint chez Julien à un degré qu'il nous a été donné ra- 
rement d'observer (jo). 

En troisième lieu, il existe encore chez lui, à côté ou au- 
dessous des pulsions încestueusesj plusieurs autres groupes* 
— deux surtout, les anales et les orales — de pulsions refou- 
lées. Les unes comme les autres sont ainsi complètement in- 

notions qu'ils cherchent à définir, et dont l'application pratique sVst révélée 
clans beaucoup de situations analytiques, par ailleurs obscures ou embrouil- 
lées, fort utile et tout à fait légitime. 

] 

cou 




par 

s'allie étroitement à lui, adopte ses mécanismes et fait sien ses désirs, C 'est- 
ce que les analystes entendent quand ils parlent du surin oi sadique on ma- 
sochiste. C. O. 

(io) 1 «'intensité de cette répression était due en grande partie à 1 Intensité 
et à la multiplicité corrélative des tendances, perverses, C. O, 



•ta^*l-V^^riiWH**i^^#i 



l'argent et les névrosés 65s 



h i bées dans Tétat premier, les dernières plus encore que les 
premières, étant de caractère pervers. Si bien, qu'en défini- 
tive, on peut énoncer que la libido tonte entière de cet homme 
se trouve inhibée par le sur moi dans la vie ordinaire. 

En résumé > nous avons pu mettre an jour chez notre malade 
les deux éléments réglementaires de tout complexe d'CEdipe 
pathogène* L'un, l'affect libidinal positif pour la mère est le 
premier à intervenir. C'est lui qui le dimanche déclenche 
Vidée de la fugue. À ce titre il prépare, et amorce par stase, la 
fugue. L'autre, Paffect négatif ou mieux ambivalent, pour le 
père, intervient le lendemain, et déclenche alors la fugue elle- 
même. C'est l'emprunt, Avouons qu'il est rare d'observer un 
si bel exemple de syndrome œdipien, et de voir ses deux élé- 
ments classiques se manifester successivement avec autant de 
précision et de pureté cliniques. 

N.-B, — Citons ici un rêve de castration produit à l'époque où 
nous analysions les tendances oedipiennes, et on notre malade com- 
plètement frigide encore vis-à-vis de sa femme, ne sentait plus une 
tension sexuelle angoissante que tous les deux dimanches et ne tai- 
sait plus de fugue que tous les quinze jours* 

Rêve. Je suis avec d'autres personnes sur une colline. Tout à coup 
un éclair brille et un ouvrier me coupe le doigt avec une hache. Mais 
je suis 1res étonné qu'il n'y ait pas de sang, )c ne suis pas ewnuyê. 
Au contraire, je suis très fier d'être estropié. 

Associations <t Ma première pensée au réveil a été : c'est le sym- 
bole de l'organe. La seconde a été un souvenir qui est revenu brus- 
quement. Quand j'étais tout petit j'ai vu dans un livre une histoire 
rii images qui m* a captivé* C'était une série de gravures que je vois 
encore comme si c'était hier, Les premières images, c'est un en- 
fant qui se met tout le temps le doigt au nez. Dans les suivantes, le 
nez enfle et devient toujours plus gros, toujours plus gros. Puis ar- 
rive un tailleur avec d'énormes ciseaux. On le voit alors couper le 
doigt du garçon. Dans la dernière image le sang jaillit et le doigt 
saute au plafond » 4 

Puis un second souvenir est venu ; « On ne doit jamais toucher 
çà ! Sans çà on te le coupera ! » Allusion à une sévère défense que 
mon père ma souvent faite. C'était un avertissement avant la mas- 
turbation. .. Et plus tard depuis que je l'ai faite, j'ai vécu réelle- 
ment dans des transes continuelles.,. Par exemple chaque foisqaeje 

BIBLIOTHÈQUE ) 



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656 REVUE FRANÇAISE Dli PSYCHANALYSE 



docteur venait à la maison, crainte terrible qu'il ne découvre ia 
chose ou la devine au premier coup d'oeil ; même à 20 ans encore, 
en passant la visite de la -conscription, j'avais encore cette frousse 
terrible... J'avais lu dans un dictionnaire que ça rend idiot et gâ- 
teux... je l'ai relu souvent, et quand je Pavais lu, c* était fini, une 
vraie persécution,,. C'était quelque chose de tragique, d'épouvanta- 
ble.., et dans mes désespoirs, il m'est souvent venu l'idée qu'il fau- 
drait mieux le couper, et eu finir une bonne fois... J'ai eu parfois des 
écoulements,,, liquide jaune,., et j'étais sûr que c'était le commen- 
cement de l'affreuse maladie qu'on m avait annoncée,., J*ai eu aussi 
l'idée que j'avais ainsi épuisé toutes mes réserves et m'étais enlevé 
tous mes .moyens de reproduction (ici, il bifurque sur ses dépenses 
ou gaspillages d'argent et ses emprunts dont la manie débuta à peu 
près à cette époque : argent — sperme! Puis il revient *à l'onanisme). 
J'étais persuadé que pour avoir un enfant il fallait de grandes quan- 
tités de sperme, et me suis mis dans la tête que j'étais inapte au ma- 
riage, Et plus j'avais cette idée, plus j*y pensais pourtant. .Le ma- 
riage est devenu ainsi un idéal qui me hantait mais que je croyais 
défendu, impossible pour moi,:. Et je vois maintenant pourquoi j'ai 
éprouvé un soulagement dans le rêve quand il m'est arrivé cette 
histoire (section du doigt),,. En réalité, j'ai souvent eu la pensée 
que si je pouvais ne plus avoir de besoins sexuels, tout irait bien et 
que je serai complètement guérie. Et quand alors ils sont tombés à 
zéro, j'ai eu un immense soulagement.,, *> Il passe ensuite à son 
obsession de la femme. « Dès l'âge de dix ans, je n'ai pensé qu'à 
çà, au mystère de la femme ; c'était formidable,.- dans la rue j'étais 
toujours comme dans un rêve et ne pouvais m 'empêcher de déshabil- 
ler en imagination celles que je rencontrais. Mais toutes celles de ]a 
sérîe haute, pour moi, ne pouvaient pas avoir d'organes sexuels ou 
d'anus. C'était absolument exclu.,, et,., » 

On n'imaginera qu'avec difficulté l'intensité des obsessions hé- 
téro-sexuelles dont il a souffert, comme il arrive souvent d'ailleurs 
chez des sujets qui ont refoulé complètement leur sexualité, La fem- 
me est devenue <r l'unique chose du monde », Et pourtant, elle lui 
était défendue. D'où conflit perpétuel. Cette idée que tout s'arran- 
gerait s'il pouvait se délivrer de cette obsession était parfaitement 
légitime. C'est dans ce sentiment qu'il partait souvent pour ses fu- 
gues (fuite de la femme réelle) où, comme nous le verrons plus loin, 
son premier soin était de se châtrer symboliquement. Dans le rêve, 
il est heureux d'être estropié. 

Le premier souvenir est intéressant. Cette histoire en images est 
un joli S3'mbole de punition de l'onanisme (nez qui grossit) par la 
castration. On se doute du mal que peuvent faire pareils « Livres 
illustrés pour la Jeunesse ». Quant au second, il a trait à une me- 
nace dont l'écho résonne encore dans son cœur sensible, Il entend 
ces mots aujourd'hui comme si son père les prononçait devant lui. 



ï/àrgent et les névrosés 657 



C'est un fait bien curieux, révélé par l'analyse, qu'une menace sî 
inhumaine puisse être proférée par tant de parents à leurs enfants , 
et cela dans tontes les couches de la population. -Il est plus que pro- 
bable que bien des parents n'ont pas entièrement surmonté leur dé- 
sir infantile et agressif de castration, qu'ils transfèrent ensuite sur 
leurs enfants sous couvert de morale. 

Jusqu'à la puberté, Julien fut hanté par l'image du tailleur et de 
ses gros ciseaux. À cette époque j il fut mal h eu reu sèment initié à 
l'onanisme par un jeune voisin vicieux et l'objet passif, de sa part, 
d'agressions perverses. Pendant cet acte, les fantaisies agressives 
furent inhibées et firent place peu à peu à des fantaisies uniquement 
passives (voir plus loin) lesquelles à leur tour redoublaient la ri- 
gueur du surnioï; Ainsi l'acte solitaire resta la seule satisfaction 
sexuelle possible et permise à Julien et cela jusqu'à l'âge avancé, 
bien après son mariage^ où il sera psychanalysé. C est pourquoi la 
lutte contre cette habitude fut tragique et vaine* Klle ne fit que le 
plonger de plus en plus dans la passivité, c'est-à-dire dans l'état de 
.castration. 

1/ emprunt vient alors jeter un clair rayon d'espoir sur ce som- 
bre tableau, a Quand je n'ai pas d'argent sur nioi^ me disait-il, je 
.ne me sens pas un homme.,. Et c'était toujours un grand étonne* 
ment t une sorte de stupeur, mais oui de stupeur et d'envie aussi, 
quand je voj'ais ces hommes sortir leur porte-monnaie, que celui-ci 
était plein d'écus,., et que je les voyais ensuite payer comme la chose 
la plus naturelle du monde... Moi, quand je suis sans le sou, je me 
sens anormal, inférieur, comme quelqu'un qu'on en a privé parce 
que c'est dangereux... Mais au café {après avoir emprunté) c'est tout 
le contraire*. Jînjhi je me sens quelqu'un, je suis un homme, je fixe 
le* gens avec assurance, je me sens comme les autres qui peuvent 
payer, et même plus qu'eux parce que je dépense plus qu'eux, etc. » 

Une impulsion dont Julien a toujours souffert est bien caracté- 
ristique de cette valeur absolue de supériorité qu'il a subjective- 
ment attachée à l'argent. « Quand j'achetais pour de petites som- 
mes, par exemple des pâtisseries, chocolat, cigarettes, ou n'importe 
quoi, c'était toujours une gêne formidable en face de la vendeuse ou 
du vendeur... c'était même une honte, Dès qu'il me regardait, je 
sentais qu'il me jugeait comme un de ces types sans le sou, toujours 
suspects, qu'il se moquait de moi, me méprisait... Bref, je sentais 
un malaise insupportable.*. Je vois maintenant qu'au fond je nie 
sentais coupable,,, c'est évident.., » 

« Et alors, tout à coup ,je doublais ou triplais mon achat. „ et 
j'achetais beaucoup plus que je n'avais besoin... Cette manie a duré 
jusqu'à mon mariage et m'a coûté très cher, » 

Depuis l'instauration de la névrose, elle a été naturellement inhi- 
bée. Pendant l'analyse, elle est réapparue, et dès que Julien a fondé 

son affaire, s'est manifestée à l'égard des fournisseurs, concurrents t 

RHVUE FRANÇAISE DK PSY C HAKALYSE 4 



658 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



etc.-. « Hier, je devais faire une commande vie 15 francs de... Eh 
bien, j'en ai commandé pour 30 francs, malgré que ce surplus me 
soit complètement inutile. C'est stupide, mais c'est plus fort que 
moi. Et çà finit par me faire de gros frais.*. Il y a là quelque chose 
comme une douleur si je ne le fais pas. Et c'est d'autant plus idiot 
que maintenant je manque tellement d'argent ». 

Un trait de même ordre était son impulsion à retourner dans tous 
les magasins où il avait acheté une fois quelque chose» même s'il 
n'avait aucun besoin de la marchandise qu'on y vendait. « Par exem- 
ple, je me fournissais de cigarettes chez une certaine vendeuse. Et 
puis je n'^i pas pu y retourner pendant quelque temps. Eli bien, je 
me sentais réellement coupable vis-à-vis d'elle. J'étais sûr qu'elle 
m'en voulait et avait un gros dédain pour moi,,. Alors, je n'ai plus 
osé y retourner et même, non seulement, je n'ai plus pu passer de- 
vant che& elle, mais je n'ai plus pu passer par la me on elle a son 
magasin y>„ 

Tous ces comportements, qui s'apparentent au gaspillage de l'ar- 
gent dans les fugues actuelles, sont des réactions au complexe de 
castration. Mais il s'y mêle aussi des réactions anales qui s'éclaire- 
ront au cours des paragraphes suivants. 

En ce qui concerne les tendances agressives proprement dites de 
Julien , soit les pulsions agressives oedipiennes contre le père, nous 
pourrions apporter ici un vaste matériel. Mais il n'aurait rien que 
de banal. Ces réactions négatives suscitées par l'oedipe sont aujour- 
d'hui trop connues pour que nous y insistions. Elles nous éloigne- 
raient en outre de notre sujet puisque nous nous sommes proposés de 
nous limiter autant que possible au rôle s^'inbolique que prit et joua 
de plus en plus, l'argent dans la sublimation de ce complexe pater- 
nel primitif. Et nous montrerons pourquoi cette tentative de subli- 
mation échoua. 

Un trait conscient pourra cependant intéresser le lecteur. Julien, 
dès l'adolescence, éprouva des « haines féroces ». Ces mouvements 
agressifs intérieurs ont eu pour objet, à l'école déjà, les maîtres et 
professeurs ; plus tard des camarades, supérieurs à lui, des chefs, 
des patrons, etc. ; aujourd'hui, pendant l'analyse, tous les concur- 
rents. <r Ces gens-là, je les sens venir, je devine d'avance qu'ils sont 
des concurrents, et je ne sais pas quel mauvais coup je ne leur ferai 
pas, dans mon imagination. Mais dès que je suis en leur présence, 
ou entré en rapport avec eux, je tombe dans un état effraj^ant, je de- 
viens tout pâle et tremblant, je bafouille, et tout est fini. C'est le 
coup d*assommoir qui dure alors plusieurs jours (dépression > inhi- 
bition). Je n'ai jamais pu me mettre en colère et j J ai souvent pensé 
que si une fois je pouvais y arriver, je serais complètement guéri i». 

En quoi il a entièrement raison. Mais il convient de traduire ce 
désir ainsi : si une fois je pouvais vaincre l'inhibition de l'oedipe, je 
serais un homme, et un homme comme les autres* Ces pulsions 



i/argekt et les névrosés 659 



agressives sortirent à la fin du traitement, comme il est de règle, 
L'analyse en effet doit marcher an rebours de la régression (n)* Ce 
transfert négatif une fois sorti, c'est-â-dire Y angoisse de castration 
devant Tan a] y s te. — père une fois surmontée, Julien peut noas dé* 
clarer : « Maintenant l'inhibition a calé. Je vois ce que c'est que 
d'être patron. J'ai pris une autorité inouïe. Je peux enfin diriger 
des autres hommes t quoi ; et leur dire leur fait à l'occasion. C'est 
un soulagement formidable.., » Autrement dit, l'homme « envié » a 
cessé d'être haï, Julien a trouvé un meilleur moyen que l'agression 
de résoudre l 'envie, 

« En outre, je sens pour ma femme des désirs normaux.,, et après 
je dors tout à fait bien. Kt le matin, je me lève de très bonne heure r 
pour aller au travail sans aucune fatigue. Et ce qu'il y a de plus ex- 
traordinaire, c'est que je suis content d'y aller ». 

Mais n'anticipons pas ! 

§ 3. — ï/êiat crépusculaire. 

A vrai dire, Julien n'a nullement cure d'aller s'alcooliser 
en ville. Si c'était le cas, qui donc l'empêcherait d'aller le 
faire rationnellement» dans n'importe quel café plus confor- 
table, disons un café « .de son rang », à n'importe quelle heure 
du jour ou de la nuit et dans un état psychique normal. Non 
pas. Car il n'est pas un alcoolique, « Ce qui me frappe le plus, 
me disait-il après l'analyse des complexes sexuels, c*est de voir 
'maintenant combien l'alcool est éloigné de mes pensées,.. Je 
sens très nettement que ce n'est pas du tout çà.„ Et c'est un 
grand soulagement, car je croyais que c'était î 'objet d'une 
passion incurable,,. J'étais d'ailleurs toujours très étonné de 
voir que cette absorption si grande (de boissons alcooliques) 
n'ait jamais de résultat mauvais (12). » Mais s'il n'est pas 
alcoolique, qu'est-il ? Tout simplement un névrosé qui veut 
revivre son œdipe et satisfaire ensuite d'un seul tenant toute 
la gamme des pulsions inhibées. Mais il ne peut réaliser ce 
plan secret qu'à une certaine condition, c'est que la censure se 
soit auparavant relâchée. 

Or, comme nous venons de Je voir, l'idée de la fugue qui 

(iï) C'est-à-dire une fois les pulsions prégénitales analysées. C O. 
{12) Il taisait allusion à une -grave maladie organique chronique dont îl ne 
sotrôre plus depuis l'analyse. Contrairement à l'avis ,e Mu x prévisions des 

médecins, ces libations copieuses lui faisaient phi tôt du bien à ce point 
de vue* *C, O, 



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660 REVUE FKANÇAJSE DE PSYCHANALYSE 

1 "-^^™ < ^ ■ n ■-■-_ n— *^n-i ■— ■ ■ — 1 ■— ^_ ■— -^ ,_. .-^ „, 

surgit le dimanche après-midi, n'a pas la propriété de réaliser 
cette condition indispensable. On mieux la situation psychi- 
que dans laquelle elle naît n'est pas apte à amener ce relâche- 
ment, ni à faire tomber l'angoisse de castration. Au contraire, 
ëllfe l'augmente. C'est pourquoi, en tant que simple idée : celle 
d'aller boire de l'alcool en ville, c'est-à-dire en tant que dégui- 
sement intellectuel, elle doit le lendemain céder la place à 
une impulsion vraie. En d'autres ternies, la pure rationalisa- 
tion qulelle constitue doit se démasquer et se transformer en 
un phénomène dynamique efficient, La brèche est donc ou- 
verte, le courant libidinal peut passer, l'énergie est libérée, 
Julien délivré d'un intolérable malaise, va pouvoir enfin satis- 
faire snbstituti vement tous les désirs violents qu'il a nourris 
depuis son enfance. Et pour commencer la série, il va emprun- 
ter 50 ou 100 francs,.. Et songez à la liberté inouïe qu'il prend 
là, tout à coup, en pleine inhibition, lui qui ne pourrait même 
pas, dans son état ordinaire, emprunter seulement un sou à 
son meilleur ami. 

Or, cet emprunt, comme il a été dit, donne le signal d'une 
profonde transformation intra -psychique dont la conséquence 
selon les propres termes de Julien, est un bonheur parfait. Et 
cependant, il y a encore une marge entre un bonheur, si parfait 
soit- il, et un état crépusculaire ; celle-là même qui sépare un 
état normal d'un état vésauique. Et pour passer de l 'un à l'au- 
tre, Julien franchit un pas qui supprime précisément tout con- 
tact avec la réalité, Quelle est donc la cause de cette chute sou- 
daine dans l'autisme ? 

Ce serait une erreur de croire que la ps3>ch analyse fût à 
même de résoudre un problème si coin pi exe. Cette jeune 
science n'est point assex avancée pour cela. Mais elle l'est déjà 
suffisamment pour jeter à l'aide de ses découvertes quelque 
lumière sur le mécanisme immédiat du phénomène, et montrer 
que ce phénomène .est avant tout d'ordre dynamique et "libidi- 
nal. Il est permis de faire remarquer à ce propos que les au- 
tres méthodes d'investigation, les recherches psychiatriques 
ou les théories toxiques et an atomiques par exemple, ne sont 
guère parvenues jusqu'ici, en se bornant à des descriptions 
cliniques purement objectives et pourtant excellentes, à dissi- 



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l'argekt et les névrosés'. ■ 66 1 



per l'obscurité qui plane encore sur les faits de cet ordre, sur 
les états crépusculaires notamment. 

C'est ici le lieu de retracer et de résumer clairement quel- 
ques faits, tels qu'ils découlent des considérations précéden- 
tes, 

Si l'on se base sur l'anamuèse et l'observation clinique di- 
recte i. 

A On doit admettre mie relation de cause à effet entre 
V emprunt et Véiai crépusculaire, le premier engendrant im- 
médiatement le second. 

Si Ton se base sur les données analytiques : 

B 11 est impossible d J interpréter cette action psychique de 
i J emprunt autrement que par une action symbolique, 

C On constate que dans Véiai crépusculaire, et ce fait le dé- 
finit justement, Y inhibition préexistante et si prononcée des 
pulsions du soi, tombe tout à coup. C'est connue si s'écrou- 
laient soudain les barrages qui endiguaient tonte la libido et 
lui fermaient l'accès dos voies motrices. En d'autres termes, 
cette suspension momentanée permet aux énergies libidinales 
. du soi de faire irruption dans le moi, de le submerger, d'en in- 
vestir les centres d'activité, tout en annihilant ses fonctions de 
contrôle. On peut formuler aussi ce processus un peu diffé- 
remment en disant que le moi s'identifie temporairement au 
système sursoi (33), en tout cas qu J ils se rapprochent considé- 
rablement et vont agir en accord l'un avec Vautre. 

Ce phénomène clinique soulève une telle quantité de pro- 
blèmes analytiques que nous nous bornerons, en trichant de ne 
pas nous égarer, à quelques indispensables considérations con- 
cernant l'objet de ce travail. 

Nous disposons maintenant d'un argument qui nous aidera 
n mieux comprendre pourquoi l'emprunt chez Julien entraîne 
de si graves conséquences subjectives. Il comparait lui-même 
cet éUii, tantôt à un rêve, tantôt à une délivrance complète. Or 
cette image était tout à fait exacte, cependant qu'il ignorait 
de quoi enfin il était délivré. Mais l'analyse, depuis, le lui h 
appris : il est enfin délivré de son angoisse de castration. 

En effet, après sa défaite du dimanche, après cette longue et 

(13) Je conserve ici cette terminologie pour plus de clarté. C. O. 

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66i REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

complète défaite que fut au surplus tonte son existence durant 
laquelle il s'est considéré et comporté comme un individu 
éinasculé, voilà qu'il trouve le moyen, moyen symbolique mair 
tout de même efficace, de se délivrer de son infériorité, de son 
infirmité « torturantes ». Le voilà enfin investi de virilité et 
de puissance, et réalisant son vœu obsédant de toujours : être 
comme les autres, devenir un homme, et surtout comme un 
homme d'affaires.;. « Quand je voyais un de ces types d'hom- 
me d'affaires, ou d'Américain, j'étais fascinée, et je me di- 
sais : comment arriverai-je jamais â avoir cette tête... La tête 
de ces gens qui gagnent ou perdent 100.000 francs... Quand 
j'entendais parler de telles opérations, c'était pour moi comme 
une chose irréelle, fantastique... Partant pour une fugue, je 
m J imagiue alors que j'ai cette tête... c'est une joie formida- 
ble... >* Et toute cette joie grâce à quelques écus en poche, Ce 
n 'est pas la payer trop cher ! » 

En réalité, les choses ne sont pas si simples ni si mathé- 
matiques. Car ce n'est pas l'emprunt "qui fait tomber la résis- 
tance, mais il témoigne plutôt de son premier fléchissement. 
Il va en profiter pour renverser les premiers barrages, ouvrir 
la voie aux pulsions génitales, lesquelles à leur tour l'ouvrent 
aux prégénîtales. D'où cette crotisation brusque du moi qui 
détermine l'état crépusculaire et qui est due à une mobilisa- 
tion massive de toutes les pulsions libidinales. Ce qui facilite 
probablement ce coup de force, c'est le fait que l'identification 
au père élimine celui-ci de la réalité extérieure. Son image 
inhibitrice, ainsi absorbée par le moi est supprimée» disparaît. 
Le moi et le surmoi ne font plus qu'un, se réunissent et s'har- 
monisent, si bien que la recherche ou la possession de la 
femme-mère devient enfin possible et permise. C'est ainsi que 
Julien, une fois son argent en poche, file en ville dans l'idée 
de trouver une femme. 

Il a lui-même très souvent comparé l'état d'âme où il tombe 
â ce moment-lâ à un rêve. On pourrait facilement imaginer 
qu'un malade de son genre, mais chez lequel l'inhibition ne 
tomberait à aucun moment, nous apportât des rêves de go- 
guettes et de débauches, où il empruntât et dépensât de l'ar- 
gent, s'enivrât au café ou poursuivît des femmes. Sa fugue à 






l'argent et les névrosés 663 



ce titre, n'est donc, somme toute, qu'un « rêve agi » ou si 
Von préfère, une sorte d'attaque de somnambulisme, 

En résumé , le primum moveiis de ce déchaînement brutal 
■est un relâchement de la censure, Nous disons relâchement 
car celle-ci ne sera jamais complètement abolie. Tout au long 
de la fugue, elle ne permettra à Julien de satisfaire à sa libido 
que sous des formes substitutives f qu'au moyen de symboles 
pu de fantaisies psychiques. Jamais, en revanche, il ne pourra 
réaliser, comme nous le verrons tout à l'heure, ses tendances 
perverses féminines ou homosexuelles. 

Malheureusement pour lui, en effet, tout ce complot œdi- 
pien qui amorce la fugue, n'est au fond qu'un prétexte ou 
qu'un écran. Les tendances génitales, à vrai dire, sont restées 
extrêmement faibles relativement aux tendances perverses. 
Ce furent celles-ci avant tout qu'il transféra en bloc sur sa 
femme, à l'époque du mariage. C'est pourquoi dès ce moment 
a les volets se sont clos » comme il me l'a dit si souvent. Et 
quand il file à toute vitesse dans son quartier populaire, il 
croit sincèrement qu'il s'élance à la rencontre d'une femme 
et qu J v il va enfin se passer quelque chose n. C'est même cela 
qui le rend si heureux . Mais ce n'est qu'une imagination. 
Tandis qu'il s'imagine la femme de son rêve, ce qu'il désire 
au fond : c'est P homme ; et dans une couche plus profonde, 
la femme phallique et le sein maternel. Quand il part, il est 
donc déjà dans mie attitude latente de passivité. Son emprunt 
d'ailleurs, il va se charger de le liquider rapidement, Mais ce 
sont là des motifs beaucoup plus refoulés qui n'apparurent 
qu'après un an d'analyse et qui vont faire l'objet des para- 
graphes suivants. 

On peut dire par conséquent que pour s'être éclipsée un ins- 
tant, l'angoisse de castration n'en tardera pas moins â repa- 
raître dans le cours même de la fugue : car Pempnint est tout 
de même, comme ou l'a vu, un acte agressif de castration. De 
3 à cette fuite ou cette chute dans la prêgénit alité passive. C'est 
pourquoi finalement ce syndrome fugal est beaucoup moins 
comparable à un accès maniaque qu'à un rêve éveillé de né* 
vrosé vrai, et pourquoi le diagnostic de névrose circulaire, 
-nous paraît, grâce à l'analyse, beaucoup plus exact que celui 
de cyclothymie posé pourtant par plusieurs psychiatres. 



664 HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Le phénomène déterminant de tout V enchaînement est donc 
ce brusque relâchement de la censure qui autorise une fantai- 
sie obsédante pure à devenir une impulsion efficace. Julien en 
effet a toujours été obsédé, « tenaillé )> par le désir de gagner 
de l'argent ; désir déprimant parce que ressenti comme un 
rêve irréalisable. C'est alors qu'il se comparait sans cesse et 
avec désespoir à ces hommes d'affaires dont il ne pourrait ja- 
mais avoir la tête. Il croyait, il sentait que sa propre tête, ou 
son visage, était tout différent était fait tout autrement et que 
toute le inonde le remarquait (visage d'homme châtré). C'était 
un visage d'essence féminine, de jeune fille timide et prude 
qui rougit dès qu'on la regarde, ou que sans la regarder, on 
fît allusion aux choses sexuelles, Or, cette fantaisie répon- 
dait au désir inconscient d'être femme. 

Durant toute sa vie ordinaire, Julien désire donc être fem- 
me et se comporte comme telle. Mais le dimanche après-midi, 
cet équilibre d'inversion psychique maintenu par Pinhibition 
est brusquement rompu. Le désir d'être un « mari *> surgit. 
Il est éludé jusqu'au lendemain où il reparaît sotts la forme 
régressive d'une impulsion œdipienne. C'est-â-dire l'emprunt. 

Cette régression, ainsi que la satisfaction pulsionnelle 
qu'elle apporte, prouve donc bien que la tension libidinale au 
niveau du soi était devenue extrême et que la censure lui a 
déjà cédé sur ce point. 

Un premier facteur > de nature dynamique, intervient donc 
ici. Le uiveau de la stase s'est élevé à ce point que, tel un raz- 
de-marée emportant une digue, elle, submerge Pangoisse et 
inonde le seuil de la conscience. Mais ce qui favorise certaine- 
ment ou même permet cette submersion de la censure, c'est le 
fait déjà noté que l'emprunt répond à 1 J identification au père, 
et la réalise enfin ; c'est-à-dire qu'il supprime ainsi la menace 
de castration et met provisoirement un terme au conflit d'am- 
bivalence. Ce second facteur, d'ordre plutôt économique celui- 
ci, joue un rôle essentiel, Mais il en est d'autres encore qui 
entrent en jeu. Leur interprétation analytique nous entraîne- 
rait toutefois au delà des limites de cette esquisse (14). 

[14) Il conviendrait de relever par exemple le facteur oral, qui jouait aussi 
son rôle dans> l'absorption ou la destruction du surmoi, Freud dans son 
introduction au Narcissisme a proposé une interprétation analogue* d^ Vac-- 



: 
I 



l/ ARGENT HT LES KKVRÛSKS 665 



N,-B. * — Une réaction spontanée et fort intéressante, survenue au 
début de la deuxième année de traitement, marqua un grand pro- 
grès. Sans que je ne l'y eusse engagé mais à un moment où il avait 
beaucoup d'arriéré et de gros embarras d'argent, Julien prît sur lui 
d'aller voir son père dans la petite ville de province où il s'était re- 
tiré. Et là, non seulement i] lui révéla avec calme sa maladie et ses 
fugues j — inutile de dire que le père en tomba des nues — mais il 
put encore hri emprunter directement tme assez jolie somme. L'ac- 
complissement normal de cet acte qui, si banal fût-il, lui eiit été 
pourtant impossible autrefois, démontrait que la tendance agressive 
commençait â se sublimer ; c est-à-dire qu'elle avait perdu son ca- 
ractère libidinal et défendu. 

S 4; — Les pulsions perverses, 

Après ses échecs sexuels, nous savons, par la description 
de la fugue que Julien, au cours de celle-ci, subit et réalise des 
impulsions féminines passives d'une part, orales d'autre part. 
Cela revient à dire qu'après ce refus, la libido traquée exige 
une compensation et qu'elle recherche une détente par une au- 
tre voie. Cette voie ne peut être que régressive, puisque le dé- 
versement normal, vers le haut, est barré par l'angoisse de 
castration. Il sera remplacé alors par un déversement « vers 
le bas » et nous entendons par là un retour à des positions 
libidinales ou des modes de satisfaction chronologiquement 
plus anciennes au cours du développement infantile, que la 
position génitale. Régression s'oppose donc à évolution, de 

ces maniaque* Dans cette hypothèse, le surin oi deviendrait l'objet ou la 
victime des pulsions * Cannibales », Il compare l'accès maniaque à une 
Jets ; et à une f&lc qui rappelk* le repas totem îqne des primitifs. Sans in sis- 




jeu dans le symptôme de l'emprunt, 
de castration du sjmnoi que réalise an fond ce dernier, c'est-à-dire de castra- 
tion du père introjeoté. Le surmoî de cette manière est en quelque sorte 
rendu impuissant et 1e mot muni d'argent (pénis) n J a plus de peine à pren- 
dre sa place. La tension préexistante entre le moi et le surmoî d J où pro- 
venait la dépression est ainsi supprimée* Ensuite la menace intérieure de 
castration est suspendue, écartée du psychisme, Ce facteur, on le comprend 
aisément, contribue pour une large part à rétablissement de Vétat crépus- 
culaire. Mais il ne peut intéresser que les psychanalystes orthodoxes. 

Un aphorisme en fin de compte s'impose^ On peut dire, en jouant quelque 
peu sur les mots*' que Julien demeure « emprunté * (cMtré) tant qji'îl n'em- 
prunte pas* J'ai pu constater que le complexe de castration est toujours 
actif chez les sujets atteints de la manie d'emprunter comme d'ailleurs chez 
ceux souffrant de la manie inverse de prêter. Son rôle est positif chez les 
emprunteurs, il est simplement négatif chez les prêteurs. C. O, 



666 REVUE FRANÇAISE DE TSYCHANALYSE 



même que névrose à santé. Ces positions pré-génitales sont 

aussi dénommées perverses ; et si le névrosé y revient ^ ce 
n'est qne pour éviter le conflit oedipien et échapper ainsi â 
ladite angoisse. 

Mais celle-ci, pour des raisons évidentes, n'épargne pas 
entièrement les tendances féminines passives, étant donné que 
la castration en est le postulat même, Kt nous tenterons de 
montrer au paragraphe suivant, consacré aux pulsions anales ^ 
pour quelles raisons ces tendances passives, loin de résoudre 
le conflit originel, l'entretiennent et même l'exacerbent chez 
des sujets comme Julien, Mais chez eux, en revanche, l'an- 
goisse de castration épargne davantage les pulsions plus pri- 
mitives, dites orales, car celles-ci comportent un caractère 
agressif ou sadique moins accentué (15), C'est pourquoi Julien. 
en régressant si loin, trouvera dans leur satisfaction un plai- 
sir suprême, disons Je seul plaisir complet et sans mélange 
qui lui soit réservé. C'est pourquoi le petit café populaire où 
il se réfugie périodiquement pour boire et déguster d'une fa- 
çon impulsive et incoercible - et tout comportement incoer- 
cible et irrationnel a toujours des motifs libidinaux incons- 
cients — lui apporte un tel soulagement (16). 

Mais cette régression aux stades prégénitaux anal et oral, 
en vue de la satisfaction des désirs primitifs qu'ils impliquent 
au moyen de symptômes ou de comportements symboliques, 
Julien ne l'effectue à vrai dire que pendant ses fugues. Dans la 
vie ordinaire, par contre, il est simplement inhibé et déprimé. 
Nous sommes donc placés devant deux états psychopatlriques 
fort différents qui forment l'un avec Pautre une frappante an- 
tithèse. Car cette dépression habituelle, et cette totale inhibi- 
tion qui l'accompagne, répondent â une réaction morale de la 
personnalité, à un système auto-punitif et défensif de répres- 

(15) Dans beaucoup de cas de névrose obsessionnelle franche, cet élément 
agressif oral est au contraire très marqué. Voir à ce sujet notre article paru 
ici-même, (Rew franc, de Psychanalyse, n° 3,) C. O. 

(16) H convient de remarquer à ce sujet que, comme nous Je relèverons 
plus loin, les pulsions orales comportaient tout de mênie chez lui, un cer- 
tain caractère agressif ou destructif. C'est la raison pourquoi ce soulage- 
ment ne dure pas longtemps. Car l'agressivité quelle qu'elle soit, c'est-à- 
dire qu'elle soit orale ou anale, ramène automatiquement le sentiment de 
-culpabilité et l'angoisse de castration. 

C'est à ce moment que julien quitte son petit café et se met à vaga- 
bonder, C O* 



1/ ARGENT ET LES NÉVROSÉS 667 



sion mis en œuvre par le sur moi et le moi contre les désirs 
'primitifs pervers du soi. 

Mais que survienne alors F état crépusculaire et nous ver- 
rons inversement ceux-ci se donner instantanément libre car- 
rière. Ce sont là les deux éléments connus de tout conflit psy- 
chomorbide, les deux aspects de toute névrose. Et si, dans la 
névrose obsessionnelle ou Phystérie par exemple, ils ont cou- 
tume de se superposer ou de s'intriquer d'une façon beaucoup 
pins ramassée et intime, chez Julien au contraire ils sont net- 
tement dissociés, ils se séparent, s'étalent dans le temps, et 
se succèdent périodiquement en se manifestant l'un après 
l'autre, à F état de pureté. Nous appellerons alors le syndrome 
dépressif, soit la vie ordinaire y Y état premier ; et le syndrome 
fugal, F état second. Cette terminologie nous permettra de 
dresser, en un tableau résumé, les antithèses les plus frap- 
pantes qu'ils présentent ; et nous classerons celles-ci d'après 
les pulsions respectives auxquelles elles se rapportent, en com- 
mençant par les plus primitives. 

À. Les pulsions orales 

Nous nous bornerons ici à quelques indications sommaires 
pour ne pas compliquer trop cet exposé. Dans le passé mor- 
bide de Julien, relevons tout d'abord un symptôme significatif 
qui fit écîosîon â Fépoque de la puberté. 

Notre futur malade s'adonnait alors avec excès â un ona- 
nisme impulsif. Mais cette pratique développa un sentiment 
■de culpabilité si prononcé, et s'allia à des scrupules religieux 
si excessifs que, refoulant brusquement toute sa sexualité 
naissante, il y renonça complètement et tomba dans un état 
anxieux. C'est alors qu'apparut (vers seize ans) ce qu'il devait 
appeler plus tard, au cours de l'analyse, « sa manie de ttian- 
geaîlle », Elle consistait en des sortes d'accès de boulimie et 
-de gloutonnerie qu'il* satisfaisait, en dehors des repas, en 
« chipant » tous les restes d'aliments, ou même toutes les 
victuailles non préparées telles qu'on les rapportait de la ville 
-ou du marché, qui lui tombaient sous la main. Il inspectait 
aussi buffets et armoires pour vider coupes de gâteaux et de 
bonbons, boîtes de chocolat ou de biscuits. Et le point intéres- 
sant est qu'i] subissait déjà ces « envies » comme de véritables 



MM 



668 nEVUE FRANÇAISE HE PSYCHANALYSE 

^^^_^ — - — — 

impulses incoercibles qu'il assouvissait avec une frénésie an- 
goissée. Il m'explique aujourd'hui qu'il se croyait alors forcé 
de manger parce qu'il était obsédé par l'idée-fixe ou la terreur, 
que la masturbation conduit à la folie et à la cachexie mortelle 
par le fait que le liquide ainsi perdu emporte avec lui toutes 
les substances nécessaires au cerveau et toute la graisse du 
corps. Cette idée, glanée dans des milieux religieux étroits , 
Ta littéralement terrorisé. Mais ce n'était, comme nous allons 
le voir, qu'une rationalisation. 

Il s'agissait, en réalité, d'un bel exemple de « cleptomanie 
orale ». Or ce symptôme ne s'est jamais manifesté en dehors 
de la maison, ni dans des magasins d'alimentation. Ces der- 
niers, certes, avec les cafés l'attiraient beaucoup et du mo- 
ment où il disposa de quelque argent de poche, il leur fit des 
visites de plus en plus fréquentes, surtout aux confiseurs. 
Mais il payait toujours ses achats et les payait même avec un 
grand plaisir, de caractère forcé et obsédant lui aussi, si bien 
que toutes ses économies et ses emprunts y passaient, Ce dou- 
ble impulse répondait déjà â un besoin de récupération orale 
de la perte anale qu'il venait de faire. Car nous comptons mon- 
trer en effet, au paragraphe suivant, comment et pourquoi 
toute dépense d'argent symbolisait une perte anale (17). 

Tandis qu'à la maison, au contraire, l'accent impulsif était 
entièrement porté sur l'acte de « chiper »> car ici, l'analyse le 
démontra, ses larcins devaient avoir pour objet des choses à 
manger qvi appartenaient à sa mère. 

(17} Nous avons pu établir, chez ce malade, Péquatîon symbolique sui- 
vante : * chocolat = fèces » ce qui nous a permis de dépister nue tendance 
perverse, très refoulée et très primitive, de « copropliilïe *. Or h\ persistance 
dan fi l'inconscient d'un désir infantile si repoussant, et de caractère presque 
sclnzophréntque, nous permettra de mieux comprendre tout à l'heure sans 
que nous y revenions, l'inhibition si totale de 1a faculté de gagner ou mieux 
t d'encaisser & de Tardent, malgré que le désir de Julien en fut si vif cl si 
justifié. 

Ce qui frappe d'autre part dans tons ces impulses oraux, c'est leur carac- 
tère agressif et destructif évident. Quand Julien est saisi par eux, il mas- 
tique avec force, les mâchoires nerveusement contractées ; i] dévore* il en- 
gloutit beaucoup plus qu'il ne mange. lîrcf il ne prend pas, mais il détruit 
la nourriture. Or nous relèverons plus loin une nouvelle équation en rela- 
tion avec celle dont il est question ici, soit <* pénis-ftces-sehi maternel ■» 
Cette chaîne symbolique indique- les trois principaux objets : génital-œdi- 
pien, anal et oral, élus successivement par la pulsion orale-sadique au fur- 
et à mesure des progrès de la régression. 

Ajoutons que la quantité rie chocolat que julien a absorbée dans sa jeu- 
nesse est invraisemblable. C\ O. 



' i^^M^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^g^^M^^^^^^^^^^^^MJM 



L 'ARGENT KT LKS kkvkosks 669 



Citons, pour illustrer cet élément si primitif du complexe 
maternel, un symptôme significatif. Il consistait dans tine 
élection spéciale des objets du vol, ceux qui parmi tous l'atti- 
raient le plus étant des choses à sucer. La libido orale, eu ef- 
fetj avait investi le suçage lui-même, c'est-à-dire l'acte de su- 
cer, et non la chose sucée. Retour substitutif, par conséquent 
au stade de T allaitement par le sein maternel, le sevrage, eu 
tant que séparation et perte du premier objet et nécessité de 
l'abandon de la passivité, ayant de ce fait entraîné une dé- 
ception traumatisante* Ce retour est alors déterminé par le be- 
soin d'échapper au conflit pénible d 'ambivalence engendré par 
ce traumatisme (iS), car la mère trop aimée, dès qu'elle se 
refuse, devient objet de haine. 

Dans le courant de l'analyse, notre malade eut une forte ré- 
sistance au moment où nous étions arrivés à la phase orale. 
Pendant plusieurs séances je gardais le silence. Ce « sevrage » 
brusque d'interprétations et de conseils fut alors ressenti par 
lui absolument comme une privation de nourriture (nourriture 
psychique de l'anaWste égalant une nourriture matérielle, et 
par-dessous maternelle). D'oiï état mélancolique typique, 
C'.est à ce moment si terrible pour lui, qu'apparut une réaction 
thérapeu tique négative sous forme d'un nouveau symptôme 
substitutif : V impulsion obsédante à sucer V r index . Les asso- 
ciations ramenèrent ensuite un souvenir oublié. C'est qu'à 15 
ans déjà il avait eu la même manie, Et il s* était tellement sucé 
le même doijçt qu'il en résulta une « gonfle » puis, une vilaine 
plaie douloureuse et envenimée. Il fallut intervenir. Un méde- 
cin appliqua des pansements prohibitifs. D'où profonde souf- 
france i)our le jeune Julien qui se mit immédiatement à sucer 
l'autre main* Finalement il chercha d'autres compensations 
et les trouva dans une autre manie, moins auto-érotique et 
plus objectale : celle de sucer des choses comestibles. 

C'est ainsi qu'il ne pouvait s'empêcher de chiper, dans les 
tiroirs ou armoires de sa mère, toutes sortes de boîtes de "bon- 
bons ou de fondants, de sucre béchiqiie ou de cachou, ou en- 



(rô) El) nous bornant à ces quelques indications, nous ne pouvons que 
renvoyer le lecteur aux' beaux travaux des D r * Laforgue et Pichon sur cû 
«iijel. C. O, 



—^^— ^™«n 



67O REVUJs FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

core des boîtes de médicaments tels que pastilles contre la toux: 
ou les maux de gorge, dragées, pilules purgatives, tablettes 
diverses, etc. Et alors, principalement le soir dans son lit, il 
se mettait à sucer ces choses bonnes on mauvaises l'une après 
l'autre, sans discontinuer et sans pouvoir s'arrêter avant que 
h boîte eût été complètement vidée, Et ceci, quel que fût le 
goût de la drogue. Que celle-ci fût amère, astringente, acide 
ou douce, cela ne lui importait pas. Fait intéressant, son esto- 
mac montra une remarquable tolérance â l'égard de toutes ces 
substances irritantes. Ce qui créait son plaisir, ou son ivresse 
même, c'était de sucer ces petites cîtoses rondes ; et leur sym- 
bolisme ne fut pas difficile à découvrir : elles représentaient 
un substitut du mamelon* Inutile d'ajouter que cette « manie 
de suçage », comme d'ailleurs sa manie de rnangeaille, a re- 
paru aujourd'hui dans ses fugues après avoir complètement 
passé dans la vie ordinaire. Elle constitue enfin une manifes- 
tation ou une solution auto-érotique du conflit oral, c'est-â- 
dire une compensation de cette sorte de « castration orale » 
que représente seconda irement, une fois la régression accom- 
plie t le sevrage. 

Le lecteur retrouvera au paragraphe suivant un secoîid 
exemple, anal celui-ci, de solution auto-érotique du complexe 
de castration. Et la remarque que nous ferons alors sur la no- 
tion de castration anale s'appliquera également à celle de cas- 
tration orale, toutes deux reposant sur la même équation sym- 
bolique : pénis-fèces-sein. 

Un mot encore sur la cleptomanie orale. Exactement com- 
me pour la manie de sucer, c'était avant tout l'acte ou le plai- 
sir de voler quelque chose à la mère qui était Jibidinalejnent 
investi, beaucoup plus que la chose volée, elle-même. Il s'agis- 
sait donc bien d'une tendance cleptomaniaque et non de sim- 
ple gourmandise. Il « chipait » en effet n'importe quoi, voire 
restes ou légumes crus, ou au contraire bonbons et pastilles 
selon que î 'envie venait de chiper ou bien de sucer. Or, en se 
reportant à l'équation ci-dessus et en la prenant comme base 
analytique du phénomène, on verra que ce dernier est au fond 
le même que celui de l'emprunt de l'argent. Nous nous éten- 
drons d*a il leurs davantage sur ces manifestations auto-eroti- 
ques au cours du paragraphe suivant, 



l'argent et les névrosés 671 

L'analyse, en fin de compte, a montre depuis lors que 
ces impulses oraux incoercibles étaient déterminés par un en* 
semble de pulsions très primitives, ayant eu le sein maternel 
pour objet, ayant persisté chez Julien â la suite d'un refoule- 
ment raté* et se composant de deux éléments principaux : un 
élément libidinal et un élément agressif. Il s'agit là d'une ré- 
gression inconsciente à la toute première source de jouissance 
que la vie procure à l'enfant, jouissance particulièrement vive 
en elle-même déjà, et épargnant ou excluant au surplus tout 
effort, toute activité, toute adaptation. Qu'il s'agît enfin de 
pastilles, de bonbons ou de vivres quelconques, l'impulsivité 
incoercible à les -prendre en bouche exprimait déjà le vivace 
désir inconscient du sein (ou lait) maternel. Ce désir, comme 
on le devine, est devenu aujourd'hui la base de la dipsoma- 
nie (19). 

Il nous reste maintenant un dernier point à relever. ïl con- 
cerne ïe rapport évident qu'il y eut entre l'onanisme et cet 
ensemble de symptômes impulsifs oraux au moment de la pu- 
berté. En effet > la si soudaine survenue de ces derniers au mo- 
ment précis :de la brusque suppression de l'onanisme constitue 
un fait digne d'attirer notre attention analytique. On constate 
que deux tendances, qui reparaîtront beaucoup plus tard dans 
les fugues, sont à l 'œuvre déjà-; dépenser et manger ou boire, 
et les deux avec excès impulsif. C'était là les signes avant- 
coureurs de la régression libidinale, c'est-à-dire qu'ils répon- 
daient à des recherches de compensations anales et orales de 
l'onanisme, soit d'une première activité génitale trop brus- 
quement suspendue avec succès parce qu'ayant engendré déjà 
une forte angoisse de castration. Cette ancienne recherche in- 
consciente de dédommagement prouve bien, et l'évolution ul- 
térieure de la névrose devait le prouver mieux encore, à quel 
point les instincts. d'appétence les plus primitifs de Julien 
étaient restés fixés sur sa mère, On peut traduire cette propo- 
sition en langage plus analytique en posant que chez lui> la 
zone buccale a toujours été très libidiualement investie* Cette 
érogénéité toute spéciale de ces ozones se rencontre très fré- 

(19)' Détail significatif : au café, Julien rie boit pas mais il su-ce ses bois- 
soiw. Il * s'absorbe » dans son verre, lequel « fait corps avec lui * dans un 
état de recueillement et de volupté. 



672 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



quemment en pareil cas. Elle tend à compenser régressive- 
ment l'abolition de l'investissement génital , due au complexe 
de castration. Ajoutons que, chez Julien, cette manie de nian- 
geaille et ces phases d*ap petit féroce et de gloutonnerie, ac- 
compagnées déjà de traits dipsomaniaques, persistèrent jus- 
qu'à son mariage ; mais qu'à partir de ce moment-là, elles 
disparurent par contre brusquement et complètement. C'est 
qu'aussi, la fuge apparut ! 

Résumons maintenant ce qui se passe aujourd'hui, c'est-à- 
dire ce qui s'est en fait passé depuis son mariage. 

Etat premier. Les pulsions orales sont, d'une façon géné- 
rale, inhibées, Julien n'a jamais faim. Il ne sait plus ce que 
c'est que d'avoir de l'appétit, C'est un tout petit mangeur t 
effroyablement maigre, À table, chez lui, il ne prend que le 
strict nécessaire et le prend, en outre avec résistance. Les re- 
pas sont de mauvais moments pendant lesquels il se sent plus 
inhibé que jamais. Et pourtant il ne présente aucune maladie 
d'estomac ni le moindre trouble digestif organique, à part une 
constipation nerveuse. En dehors des repas, sa répulsion â 
boire et à manger est toute pareille. Jamais il ne touche à une 
goutte d'alcool, lequel ne lui dit absolument rien. Et dire 
qu'on l'a traité des années pour alcoolisme ! On Ta même à 
diverses reprises, contraint de signer la tempérance. Inutile 
de dire qu'il ne put s'empêcher de déshonorer sa signature au 
cours de nouvelles fugues, et que l'unique résultat de ce bon 
conseil fut un accroissement de ses remords mélancoliques, et 
conséquemmentj une recrudescence des fugues (20). 

(20) Une autre mesure prise pai l'entourage, dans la meilleure intention, 
consistait en ceci. Au cours rie toute réunion on dîner de famille, la consi- 
gne était que Julien ne devait pas boire une goutte d*alcooh Aussi ne lui 
offrait-on jamais ni vin, ni lîqueurs. Quand par exemple, les plateaux de 
grands et petits verres circulaient, on passait devant lui sans s'arrêter et 
ci? disant : « Ah oui ! c'est vrai que lu n'en prends pas ! », Il était en 
outre continuellement gardé à vue* 

Mais toutes ces mesures, au fond, ne faisaient que l 'humilier, l'exaspérer 
et l'angoisser. Elles étaient antipsychologiques en ce sens qu'elles concou- 
raient à augmenter la stase libidinale orale et favorisaient ainsi le déclenche- 
ment de la prochaine fugue* II aurait été plus judicieux, au contraire, d'ac- 
coutumer Julien à boire dans son état normal, ce qui aurait contribué à di- 




^H~ 



l'argent et les névrosés 673 

Citons enfin un antre trait qui Pappareiite à Adrien, notre 
premier malade, et qui, comme chez lui, est en rapport avec 
.'inhibition des tendances orales. Il s'agit d'un trait de carac- 
tère, déterminé par le snrmoi et consistant dans l'incapacité 
générale de gagner de l'argent. Il convient ici de le considérer 
en lui-même et non pas par rapport à l'inhibition de l'activité 
en général, ou à l'impossibilité d'avoir une activité rénuméra- 
trice quelconque, Car il se manifesta chez Julien de plus en 
plus clairement dans le cours de l'analyse, et cela à partir du- 
monient où, ayant réussi à fonder une affaire, il aurait précisé* 
ment pu en retirer de justes profits et gagner de l'argent. Or, 
même alors, il montra une vive résistance à encaisser ses fac- 
tures, une incapacité incompréhensible à exiger, bien qu'elles 
fussent très modérées, leur règlement intégral et régulier; une 
peine énorme à les envoyer, si bien que finalement il ne les 
envoyait pas, ou bien les réduisant progressivement, n'en en- 
voyait plus que de dérisoires, 

13 serait, croyons- nous, malaisé de ne pas taxer de paradoxal 
et morbide un tel comportement chez un homme ayant par 
ailleurs, une telle soif de gagner et de se tirer enfin d 'affaire. 
Il s'agissait, eu effet , d'un conflit angoissant entre le moi et 
le surmoï. Ce dernier, du fait que l'action de prendre leur ar- 
gent aux autres était ré gressivem eut investie, par la névrose, 
de libido orale et associée symboliquement aux désirs censurés 
de cleptomanie orale, qu'il avait jusqu'ici rigoureusement in- 
hibés, inhiba également et avec la même rigueur tout désir de 
gain. De là le conflit avec le moi qui, lui, voulait gagner, c'est- 
à-dire a absorber » autant d'argent que possible ; et qui ce- 
pendant, dans cette lutte inégale, eut toujours le dessous, jus- 
qu'au moment où le symbolisme oral agressif de Pacte, pour- 
tant si légitime, de toucher de l'argent qu'on vous doit, fut mis 
-au jour par l'analyse. Dès ce moment le sentiment de culpabi- 
lité adventice tomba de lui-même et Julien fut à même d'en- 
voyer de grosses factures et de lés encaisser normalement et 
joyeusement. Je me hâte d'ajouter que ce résultat ne put être 
obtenu que parce qu'auparavant les complexes an aléro tiques 
venaient d'être analysés eux aussi. Il est, en effet, très impor- 
tant de bien analyser les relations étroites qu'ils contractent 
avec les complexes oral erotiques chez tous les sujets souffrant 

TtEVUK FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 5 



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674 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

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de difficultés anormales dans la question d'argent. Il s'agît là. 
de deux ouvertures du tract us digestif , celle par laquelle on 
absorbe ou prend, et celle par laquelle on lâche ou rejette* Et 
un investissement erotique pathogène de ces deux fonctions 
physiologiques est fréquemment tenté de gagner par exten- 
sion et de contaminer ces deux fonctions sociales de gagner et 
de dépenser. C'est là un principe dont les conséquences vitales 
peuvent être immenses et sur lequel nous reviendrons au para- 
graphe suivant. 

Un tel investissement anormal d'actes sociaux et moraux 
par des pulsions perverses est un phénomène fréquent. Il peut 
venir hautement compromettre des sublimations plus ou moins 
réussies, en quoi consistaient précisément jusqu'ici ces actes 
supérieurs. Car, une fois érotisés, ils deviennent des actes dé- 
fendus par le surmoi, lequel alors les inhibe. 

Ce phénomène de l'érotisation des sublimations joue un rôle 
capital dans la genèse et 1/ évolution de la névrose. La raison 
habituelle en est la production, due a un motif quelconque, 
d'une stase libidinale. Que survienne en effet une crise, suite 
d'échecs ou de difficultés extérieures ou intérieures, ou d'une 
nouvelle situation venant rallumer des conflits inconscients 
mal éteints — par exemple pour Julien son mariage — et nous 
verrons une part de libido ainsi remobilisée, mais à laquelle 
pourtant aucun emploi adéquat n'est apporté, venir se déverser 
dans la sublimation. C'est là une sorte de déversement d'ur- 
gence à la suite duquel une énergie, de plus en plus suspecte 
au surmoi, envahit peu à peu le moi et son activité. Autrement 
dit ce réinvesti ssement tend à narcissiser progressivement 
le moi et son activité. Suivant les cas, il pourra ne pas trop 
compromettre la sublimation pendant un certain temps, tout 
en lui conférant un caractère de plus en plus impulsif, hyper- 
sthénique et laborieux. I^e sujet agit alors sous l'empire d'un 
conflit, donc avec effort. Mais il arrivera fatalement un mo- 
ment où le sunnoi interviendra et dira son mot. Ce mot sera 
suspensif et la sublimation rédevenue ainsi un mode dç pure 
satisfaction libidinale défendue, se trouvera brusquement inhi- 
bée- D'où naturellement une nouvelle cause additionnelle de 
stase qui viendra à son tour favoriser la formation de symp- 
tômes substitutifs, c'est-à-dire de nouveaux déversements 



■■— 



L J ARGENT ET LES KÉVROSÉH 675 

d'ordre morbides ceux-là. C'est ainsi que 1*011 voit souvent une 
névrose débuter par l'inhibition d'une sublimation. Une forme 
fréquente en sera l'inhibition professionnelle. Une cure psycha- 
nalytique venant mettre un terme à ces investissements pa- 
thologiques pourra de cette manière augmenter considérable- 
ment le rendement de l'individu traité. 

Ici, relevons déjà, en anticipant quelque peu sur le paragra- 
phe suivant, que c'est exactement ce qui c'est passé chez Ju- 
lien. Ce garçon avant son mariage, avait tout de même fini par 
s'occuper, par « bricoler », par trouver des places où il ga- 
gnait plus ou moins. En outre il empruntait et dépensait fol- 
lement. À partir de son mariage, en revanche, il lui deviendra 
tout à fait impossible ni de gagner, ni d'emprunter, ni de dé- 
penser un sou* Toute sublimation 'orale ou anale sera inhibée. 

On voit par ces brèves considérations que la sublimation ré- 
pond à une pulsion, ou à l'activité d'une excitation pulsion- 
nelle primitive dont et l'objet et le but ont été modifiés et adap- 
tés lentement au cours du développement. La seconde condi- 
tion est que l'objet et le but nouveaux possèdent une valeur 
sociale. C'est dire que si 3 'énergie qui anime la sublimation 
trouve certainement sa source dans le soi, sa transformation 
cependant est surtout qualitative (désexualisation de Freud) 
et par là correspond à une intervention, à un travail du moi. 

Aujourd'hui par conséquent, activité,. gain, dépense, toutes 
ces sublimations chancelantes de jadis sont complètement in- 
hibées dans l'état premier. Dans l'état second d'autre part, 
elles reparaissent mais entièrement déformées, et disons cari- 
caturées, sous une forme erotique pure, c'est-à-dire sous la 
forme de symptômes morbides qui n'ont plus rien de social et 
tout d'autoérotiqiie. C'est là l'effet de la submersion du ' moi 
par le soi, 

Hiai second. On l'a vu par la description de la fugue, c'est 
exactement le tableau inverse. Les pulsions orales, inhibées 
depuis le mariage, sont soudainement délivrées de leur inhi- 
bition dans l'état crépusculaire. Elles ressortent alors de ma- 
nière obsédante et impulsive, une fois Julien installé dans son 
petit café, sous forme de dipsomanie et de gloutonnerie. 

L'analyse nous a permis de démontrer que ce petit café po- 
pulaire et familier où, fuyant tout à coup la réalité angoissante, 



676 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



il va, inconscient de tout, passer des heures délicieuses, n'était 
«antre qu'un symbole maternel oral. Dans un rêve, il se trouve 
avec sa mère dans un café* 

Mais ce café est un établissement distingué situé dans un 
quartier chic. Le garçon lui dit, d'une façon brusque, qu'il 
n'y a pas de bière ni d'alcool. Alors, il renonce à boire, C'est 
là un joli symbolisme de l'inhibition de la pulsion originelle 
vis-à-vis de la mère. Soit à l'état crépusculaire, soit aussi à 
Tétat normal, il lui est absolument impossible d'entrer dans 
un café chic situé en ville. Nous retrouvons là, exactement, 
comme pour les femmes, une série haute et une série basse: la 
première est tabou, la seconde seule, par déplacement, est per* 
mise. C'est pourquoi dans le petit café suburbain, la censure 
tombe, comme vis-à-vis des femmes du bas peuple, Il y peut 
alors, dans une atmosphère particulièrement favorable, se rem- 
plir de liquide à son saoul avec un sentiment invincible de 
bonheur absolument pareil à celui du nourrisson assoiffé qui 
retrouve le sein maternel. D'où le bien-être merveilleux que 
procure, cette première séance au café, où il « est nourri t> par 
une sommelière, c'est-à-dire par une femme inférieure* Celle- 
ci, nous le savons en effet, figure, par renversement, la mère. 
Cette parfaite félicité, en fin de compte, résulte de ce que son 
souhait éternel de névrosé, et de névrosé si fortement rivé 
à son infantilisme libidinal, est enfin exaucé : être entière- 
ment passif ; être délivré de toute nécessité d'activité, ou 
d'effort quelconque ; être dispensé surtout de l'obligation de 
se nourrir par ses propres moyens- L'argent avec lequel il 
paie ses consommations est en effet de l'argent emprunté 
(volé au père). Mais Julien, bien entendu, ignore ces méca- 
nismes inconscients. Aussi rationalise- t-il son comportement 
par l'idée, ou la conviction qu'il a besoin, avant tout, d'alcool 
pour se libérer de sa timidité vis-à-vis des femmes et de ses 
scrupules vis-à-vis de Padultère, qu'il va tenter tout à l'heure* 
C'est ainsi qu'il s'explique le soulagement parfait qu'il éprou- 
ve au café, 

À cette femme inférieure toutefois, il sera obligé de donner 
d'énormes pourboires, ou même encore tout l'argent (sauf 
10 francs) qu'il vient d'emprunter. Cet impulse traduit tou- 
jours le même souci obsédant d'échapper à la castration dé- 



l/ARGHhïT ET LES NÉVROSÉS 677 



terminé par l'angoisse qu'éveille la possession de cet argent. 
Il faut donc qu'il s'en débarrasse à tout prix pour pouvoir 
être tout â fait passif sans éprouver pour cela de malaise, c'est- 
à -dire tout à fait heureux. Elle condense en elle les deux élé- 
ments du complexe ; d'un côté la punition de Teniprat, de 
l'autre le désir masochiste féminin. Ce dernier est bien de 
mise dans ce café symbolique où Julien est précisément en 
pleine régression prégcnitale. 

Citons, au hasard, un autre trait. Nous venons de dire 
qu'après l'échec génital, il était porté à « récupérer » d'une 
façon prégénitale le plaisir ainsi manqué. Ce dédommage- 
ment sera aussi de nature orale et consistera en ceci: en sor- 
tant de chez la femme qui Ta fait monter chez elle en pure 
perte, Julien t dans un état de confusion et de malaise extrême, 
se précipite dans une pâtisserie ou une charcuterie pour a s'of- 
frir quelque chose de bon » absolument comme un gosse, Là* 
il achète dix petits pains, ou vingt gâteau x t ou un gros pâté, 
et les dévore d'un seul tenant avec une frénésie gloutonne. 
Puis après a avoir englouti toute cette lourde victuaille, il se 
remet à chasser », Après un second échec sexuel > il retourne 
au café ; ou bien il cherche à se faire suivre ; et ainsi de suite 
jusqu'à deux ou trois heures du matin > où, n'ayant plus le sou 
et l'objet (la mère) étant définitivement perdu, il tombe dans 
les idées de suicide et la mélancolie (21), c'est-à-dire dans un 
deuil pathologique. C'est là sa manière navrée de reprendre 
contact avec la réalité. 

N,-B, — Au cours du traitement, plus exactement à la suite de 
1* analyse de l'erotique anale, j'ai donné à Julien l'ordre d'aller boire 
un verre au café chaque fois qu'il en aurait envie, Cetttf intervention 
lui apporta un grand soulagement. Au début, il éprouva pourtant 
une angoisse à suivre ce conseil, Mais, bientôt, il put entrer facile- 
ment dans des cafés de tous genres, au hasard de ses courses en 
ville , et même dans ses cafés préférés du quartier populaire sans que 
cette « hardiesse » n'entraînât plus jamais la moindre idée de fu- 

{21) lyes analystes rapportent l'état mélancolique à une réaction psychi- 
que développée par la v perte de l'objet », Inversement la fugue de Julien, 
sorte d'accès pseudo maniaque engendre une telle joie et une telle excita- 
tion parce qu'alors l'objet (la mère) est retrouvé. Et, c'est l'emprunt, en 
fait, qui prépare cet état si particulier où l'objet perdu dans la réalité va 
pouvoir être retrouvé dans la réalité psychique. D'où l'excitation pseûdo- 
maniaque qu'il déclenche, C. CL 



■-D 



6?S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



gue, Enfin il lui était permis d'entrer dans un café comme les autres. 

Un matin il alla boire un verre de vin nouveau avant de venir à 
sa séance. Soudain au café l'idée lui vint ; « Je n'irai pas chez le 
Docteur !,.. C'est trop ennuyeux après avoir fait ça !» Il vint tout 
de même, et l'analyse lui prouva que la séance au café avait rallumé 
et excité ses tendances homosexuelles passives. D'où angoisse de ve- 
nir chez moi comme femme. 11 avait dû en effet donner un gros 
pourboire en plus du prix de sa consommation. Or, à la suite de 
l'explication de cette situation analytique d'auto-castratîon (voir S 
suivant) insérée dans le transfert, il s'écria : « Docteur, il me vient 
une idée. J J ai 50 francs sur moi pour payer un ouvrier. Alors on 
pourrait partager... et je vais vous en donner la moitié ! » Ce fut la 
première fois qu'il me paya spontanément. Je dis paya et non ho- 
nora, vu qu'il m'assimilait à un ouvrier. Car il existait pour les 
hommes comme pour les femmes une série haute et une série basse, 
la dernière seule étant élue comme objet homosexuel par l'incons- 
cient. Cela n'empêche pas qu'il s'agissait déjà d'un début de subli- 
mation de la tendance perverse. 

Une autre fois, il entraîna sa femme au café du Siècle, Et là, ils 
commandèrent un demi litre de Fendant (vin blanc). Il se sentit 
alors tout à fait à son aise. « Je sentis, me dit- il, un grand contente- 
ments M que quelque chose était radicalement changé. Mais après le 
premier verre déjà, la tête me tourna comme si j étais gris. Et pour- 
tant, dans la fugue, je peux boire cinq, dix verres de bière, de vin, 
ou de liqueurs d'affilée, ou même de plus grandes quantités encore, 
sans n'avoir jamais aucun tournement de tête, car il n'y a que l'état 
de rêve, tout simplement,,. Après, çà a passé et le soir j'étais très 
gai et nous avons beaucoup ri... i> 

C'est là un curieux exemple d 'utilisation différente du toxique 
par l'inconscient, suivant que le moi est érotisé ou non. Dans le pre- 
mier cas, l'alcool perd son action enivrante. Dans le second, cette 
action est immédiate et hypertoxique. 

Je lui avais aussi recoin mandé , et même prescrit de boire du vin 
à table, et de ne jamais se refuser un ou deux verres de vin ou de li- 
queur au cours des dîners ou des invitations. « Hier nous avons 
reçu du monde et' la famille. Mon père, qui est en visite chez nous, 
s ? est écrié au moment de nous mettre à table : Grande innovation, 
Julien boit du vin ! Tout le monde s'est regardé ; mais moi j'ai 
senti comme une immense libération, il n'y a pas d'autre mot, » 

L'on Voit que le matériel proprement analytique fourni par 
les tendances orales est en somme assez réduit. Et nous enten- 
dons par là ; formations subtitutives, symbolisât ion s, fantai- 
sies, sublimations, etc, bref autant de mécanismes qui ont été 
beaucoup plus nombreux au chapitre de l'œdipe et qui le se- 
ront davantage encore à celui des pulsions anales. Or c'est la 



*m 



l'argent et les névrosés 679 



règle. Car cette pauvreté relative provient de ce qu'au cours 
de la vie, les pulsions orales ont â leur disposition beaucoup 
plus de moyens et de possibilités de se satisfaire directement, 
et disons même physidlogiquement (nourriture, parole, etc), 

que les autres, 

1 

Citons, dans la même catégorie analytique, une des nombreuses 
pli obi es de Julien qui remonte à son enfance et persiste encore au- 
jourd'hui. Il a l'horreur des boutons, et plus précisément des bou- 
tons décousus, ou non cousu s 3 bref libres. On s'amusait souvent 
chez lui à lui en glisser un dans la main. Il poussait alors un cri, 
devenait blanc, et le jetait comme une chose dégoûtante ou dange- 
reuse. La vue d'une boîte de boutons devant la couturière, ou d'un 
bouton traînant par terre, l'angoisse. Sur les habits, un bouton qui 
commence à se découdre et menace de se détacher lui est encore dé- 
sagréable. Le bouton solidement cousu lui est au contraire agréable, 
ne lui fait plus rien. 

Or cette phobie se révéla comme une mesure de défense contre 
l'agression orale sur le mamelon, le bouton détaché symbolisant lé 
mamelon mordu et arraché. 

ZL Les pulsions anales. 

Ce n'est pas le lieu d'approfondir la question si complexe 
de l'érotisme anal. C'est là un phénomène qui heurte trop le 
■« bon goût », ainsi que les traditions psychologiques médica- 
les, pour ne pas éveiller de la répulsion ou un complet scepti- 
cisme. Pour l'admettre et parvenir â le bien comprendre, il 
faut, en effet, l'avoir observé souvent et de façon tout à fait 
objective au cours de l'analyse approfondie de nombreux obsé- 
dés. C'est précisément l'attitude critique et prudente que 
Freud s'était imposée depuis de longues années de labeur psy- 
chanalytique quotidien, quand enfin il se décida â publier son 
cours mémoire» désormais classique, intitulé u Charakter und 
Ânalerotik » (22), Dans cet article, il complète certaines no- 
tions concernant la. phase prégénitale sadique-anale qu'il avait 
exposées > en 1904 déjà, dans ses « Trois Essais sur la théorie 
de la Sexualité m. Il n'y a pas lieu de nous étendre dès â pré- 
sent sur ces théories que nous reprendrons dans la seconde 
partie de ce travail, nous bornant pour l'instant à relever chez 

(22) Kammlnng Kleînor Schrifteu fcfir Neurosen-lehre, II, Folge. 1910, 



Hmp 



680 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Julien, car lui seul nous intéresse ici, quelques réactions plei- 
nes d'intérêt au pcrint de vue pratique surtout- 
Son analyse, en somme, marcha assez bien pendant une de- 
mi année environ. Les .sentiments de culpabilité et d'infério- 
rité, l'œdipe et la castration, tout le « matériel de début » en 
un mot, put être analysé sans trop de peine et avec un bon 
résultat. Les fugues se firent de plus en plus rares, tandis que 
le malade se remit au travail. Jusque là, d'autre part, sa famille 
s'était arrangée à payer son traitement, quoiqu'avec de plus 
en plus de retard. Puis, apitoyé par son dénuement et vive- 
ment intéressé par son cas, je continuai le traitement gratuite- 
ment. Ce fut là une lourde faute de technique ; faute qui con- 
sista, en effet, à faire une grande concession à ses complexes 
erotiques anaux au moment où ceux-ci allaient précisément 
commencer à sortir, et où lui-même allait peut-être commencer 
à surmonter sa très grande résistance inconsciente contre eux. 
Dès cette seconde phase, l'analyse ne marcha plus du tout. 
Tandis que le même matériel revenait sans cesse et que l'an- 
goisse réapparaissait, les fugues reprirent avec de plus en plus 
de fréquence et d'intensité, Si bien que finalement Julien ne 
venait presque plus jamais à son traitement, 

La partie semblait perdue, lorsque l'idée me vint d'exiger 
qu'il m'apportât lui-même > chaque samedi, la somme de trente 
francs, pour les six séances de la semaine. Le choc fut si vio- 
lent, qu'il fit un gros emprunt et disparut trois jours de suite \ 
Et c'est à Lausanne,, cette fois, qu'il fit sa fugue. Il avoua 
ensuite que cette exigence pécuniaire l'avait désespéré et ré- 
volté en même temps. 

Il finit par accepter cette convention. Mais comme il 
n'avait à l'époque plus un sou et qu'il était complètement à 
la charge de sa belle-famille, il fut décidé d'accord avec sa 
femme, qu'il ferait un emprunt pour payer son traitement ; 
emprunt, en outre., qui serait déposé entre les mains de celle- 
ci, de façon que tous les samedis, elle pût lui remettre trente 
francs qu'il serait tenu de m'apporter et de me verser lui-mê- 
me. Ce chiffre de trente ne' fut pas choisi au hasard, mais sa- 
vamment fixé .au-dessus de la somme fatale de vingt francs' 
qui, comme on le sait, était suffisante, mais nécessaire en tant 
que minimum, pour déclencher immanquablement la fugue.. 



l/ ARGENT ET IKH NKVROSKS 6Sj 

Pendant cette période critique, je le fis enfin surveiller étroite- 
ment. Et l'analyse put reprendre son cours interrompu. 

Le premier samedi, sa femme me ramena à 6 heures, com- 
me d'habitude, et me déclara qu'il ne leur avait pas encore été 
possible de rassembler la somme fixée. Elle me laissa son 
mari qui, pendant toute la séance, manifesta une grande résis- 
tance et qui, en sortant, au lieu de rentrer chez lui comme il 
me l'avait promis,,,, fit une fugue ! Que s'était-il passé ? 

Le lundi suivant, il finit par m 'avouer que, l'a vaut-veille,, 
l'idée de devoir payer son traitement avait immédiatement dé- 
clanché l'idée de- faire une fuçue au lieu d'aller à la séance- 
Il avait alors, à 2 heures de V après-midi, envoyé son apprenti 
toucher un acompte de 20 francs. Ensuite, promenade avec sa 
femme ; puis, séance d'analyse, toujours avec cet argent en 
poche. Pendant la séance, l'idée de la fugue s'est présentée 
une fois â son esprit, mais il Ta éludée. Il sent et il sait, en ef- 
fet, que u s'il avait pu le dire, il ne serait pas parti ». Mais, il 
tenait â partir « à tel point le café le hantait depuis la reprise 
du traitement avec l'obligation de le payer ». La fugue, d'ail- 
leurs, fut plus courte que d'habitude. 

Le lendemain, dimanche, gros remords et dépression ; puis, 
au lieu d J éprouver , comme d'ordinaire, une excitation sexuelle 
en présence de sa femme, il ressent subitement de violentes co- 
liques et une diarrhée abondante qui l'oblige à « courir n con- 
tinuellement, chose qui ne lui était encore, aussi loin que re- 
montent ses souvenirs, jamais arrivée. Et aussitôt, Pidée sur- 
git : « Pourvu que je tombe gravement malade ; je n 'aurai 
alors plus besoin de retourner au travail. » 

Au cours des deux séances suivantes, l'inhibition et l'an- 
goisse dominent. Les coliques très douloureuses et la diarrhée 
persistent malgré tous les remèdes et les traitements imagina* 
blés, Le jeudi, à 11 heures, il reçoit par hasard un acompte. 
Le soir, au lit, l'idée d'une fugue à Bellegarde surgit tant à 
coup ; Bellegarde, petite ville d'ouvriers et de petits cafés qui 
le hante depuis longtemps ! Il s'endort avec ce désir brûlant 
et nostalgique et fait alors le rêve suivant : 

Rêve, - — Je suis dans un parc public... je cherche un W.-C. 
Il y en a un... mais tout ouvert et tout le monde peut voir, 
Alors je prends une serpillère et m'arrange un coin où je ne 



682 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



suis pas vu. Mais à peine installé confortabletnent, surgit un 
beiit chat noir... qui me dérange beaucoup 3 et m'empêche... 
Très angoissé, j'essaie de le chasser. Je nie bats avec lui, il me 
griffe, et s J accroche à mon derrière. 

Associations. — « C'est exactement la situation de mes fu- 
gues où je cherche à me cacher dans un quartier reculé ou dans 
in café où je ne sois pas vu, ni ne puisse être reconnu. C'est 
iussi pourquoi je les fais toujours dans de vieux habits sales 
ït usés (serpillières) ... et dans des accoutrements impossibles, 
e veu^t toujours être seul,,, seul dans mes fugues, (Il ajoute 
m fantasme très vif de son enfance et de sa jeunesse : celui 
l'être seul dans un grenier ou dans une petite chambre d 'ou- 
rler avec des vivres et des livres). Seul aux cabinets. Joie im- 
nense de m'y en fermer . C'est le meilleur moment de la j our- 
lée... (Et il finit par avouer non sans résistance qu'il éprouve 
tne véritable jouissance organique avant l'évacuation !) » 

« Chats, chats morts, mon frère les tuait,,., horreur... moi 
amais... (avec difficulté). À l'école de X... on appelait Por- 
;ane féminin, petit chat,., j> 

Il donne de longues associations sur le motif de castration, 
mis revient au motif anal, 

"(( Mes longues séances aux cabinets... Je voudrais qu'il y 
asse bien chaud, que ce soit plus confortable. Je me suis sou- 
ent plaint à ma femme que cet endroit soît toujours si incon- 
Drtable et laid... Même quand il fait jour, j'allume toujours. 
I me faut de la lumière... Au fond, j'y suis comme dans un 



êve. » 



En d'autres termes, ces séances quotidiennes aux W.-C 
e sont au fond des « petites fugues », lesquelles, comme les 
randes, et nous verrons pourquoi plus loin, satisfont ses ten- 
a n ces auto-érotiques et passives. 

Au cours des séances suivantes, il revient au « motif diges- 
f n comme il l'appelle (i. e. in tes ti no-anal) et sort enfin un 
ouveau symptôme aussi curieux que pénible, et dont surtout 

n'avait encore jamais dit un mot. Bt il y avait plus d'un an 
u'il me parlait de ses fugues presque à chaque séance ! C'est 
ire combien le motif digestif était refoulé. 

<( w.Àu fait, il y a quelque chose qui me devient maintenant 
'es clair. C'est que dès que Pidée de la fugue me vient, j'ai 



]/ ARGENT ET UÎS NÉVROSÉS 683 



un besoin pressant d'aller aux cabinets. Et cela, à quelque 
.heure de la journée que ce soit, et malgré que je sois allé le 
matin comme d'habitude* Mais le matin, c'est toujours long 
-et plutôt difficile à cause de ma constipation. Tandis que lors- 
que je pense à la fugue, c'est le contraire,.. C'est un besoin 
subit, urgent et qui provoque une très forte diarrhée... et ordi- 
nairement je suis forcé d'aller plusieurs fois de suite. Cela 
ni 'arrive aussi presque toujours quand je pars pour la fugue. 
Je m'arrange toujours à avoir des pièces de quatre sous sur 
moi pour payer la bonne femme de ces établissements (W.*C- 
■qu'il visite à maintes reprises pendant la fugue), à laquelle 
d'ailleurs je donne toujours un gros pourboire... (riant) elles 
me connaissent tontes, » 

Autrement dit, le désir de vider complète m eut l'intestin ac- 
compagne, et s'associe étroitement au désir de la fugue. Or, 
nous pourrons tout à l'heure, expliquer très clairement cette 
curieuse association t cette synergie, dirons-nous, 

Julien , en continuant d'associer, sort un nouveau sym- 
ptôme, 

« Il m 'arrive souvent aussi que mon ventre se remplit de 
gaz. Je sens alors un gonflement qui augmente toujours plus 
jusqu'à ce que ça devienne vraiment très pénible et je suis 
forcé de sortir, sous un prétexte ou sous un autre, pour aller 
me soulager. » 

En analysant de plus près le mécanisme de cette brusque 
flatulence, nous avons constaté qu'elle n'avait aucun rapport 
avec les périodes digestives ni qu'aucune cause organique dé- 
celable n'intervenait dans sa production. Mais qu'elle surve- 
nait régulièrement par contre dans trois situations psychiques 
nettement déterminées. Premièrement, pendant les visites que 
Julien doit faire. « Les visites ont toujours été mon cauche- 
mar,., 11 faut causer et je ne sais jamais que dire... Je suis 
horriblement gêné,., et puis je sens qu'on me regarde, et dès 
qu'on me regarde, je suis perdu. Je reste alors cloué sur ma 
chaise, je baisse les yeux, et la dépression vient toujours plus 
forte. C'est surtout quand ma femme est avec moi... Et alors 
mon ventre devient de plus en plus tendu.., se gonfle de gaz et 
e suis obligé de sortir. Ainsi, je ne peux jamais rester plus 
d'une heure, au maximum, en visite. Et quand je suis de- 



.j 



684 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



hors, ' c'est un soulagement, une joie sans nom de... de 
faire sortir tout çà,_ C'est â ce moment, le dimanche après- 
midi principalement (jour des visitesj que me vient parfois 
l'idée de la fugue... » 

Secondement, dans son travail. « Quand je dois parler :\ 
des ouvriers ou des fournisseurs, donner des ordres ou régler 
une affaire, tout d'un coup je sens une gêne, je ne trouve plus 
mes mots, surtout si l'autre m'a regardé ou fixé... Je me sens 
horriblement inférieur, je deviens comme un imbécile. Et là 
aussi., je sens que çà travaille lâ-dedans (dans le ventre) et 
alors je lâche une série de vents. Là je peux me soulager tout 
de suite, parce que ça c'est presque toujours dehors que ça 
se passe,,. » 

Troisièmement, au café. <c C'est exactement la même chose 
qui m 'arrive souvent au- cajê s pendant mes fugues. Après 
avoir bu ou mangé; mais là, à cause de mon état de rêve, je 
Pavais complètement oublié, Çà se produit souvent par exem- 
ple, quand des gens qui sont là me fixent, mlexaminent. Il 
faut dire que j'ai toujours des accoutrements impossibles. Au 
fond, plus*j J y réfléchis, plus je vois combien toutes ces choses 
digestives (anales) corsent toutes mes fantaisies. » 

Résumons ou plutôt recherchons le caractère psychologique- 
commun à ces trois situations. II saute aux yeux. Ce sont des 
situations ou Julien doit, ou devrait être actif, devrait agir, et 
en outre toujours en présence de gens dont il se sent regardé. 
Nous pouvons, donc supposer déjà que le symptôme est une 
réaction {par conversion) contre l'activité ou contre la fonc- 
tion sociale, et qu'il réalise, par opposition, un désir* de passi- 
vité ou en tout cas une satisfaction anale, vu qu'il oblige Ju- 
lien â sortir du lieu social où il se trouve ou à interrompre ses 
entretiens d'affaires avec des clients ou des employés* Il est 
en outre évident que cette flatulence massive et l'expulsion 
qu'elle nécessite est de même ordre que l'accès de diarrhée. 
Tout ce que nous allons dire sur ce dernier, se rapportera par 
conséquent à cette sorte de diarrhée gazeuse que constitue 
cette mitraille <c de flatus ». Et nous pourrons montrer qu'il 
s'agit bien dans un cas comme dans l'autre, d'une compensa- 
tion inconsciente de l'effort d'activité par une satisfaction fé- 
minine passive, ou mieux d'une fuite devant Pangoisse d'être 



^^"^*M*^B>^^^^^^B-^^VP 



l'argent et les- NÉVROSÉS 68s 



viril, dans la passivité, Même fuite dans la passivité, mais à 
un degré et sous une forme psychique ultimes, que la fugue 
elle-même et le café ! 

Nous pouvons ni a in tenant esquisser une petite analyse de 
cet enchaînement réactionneh II démontre clairement que. Ju- 
lien n'est pas assez évolué ou trop infantile encore pour faire 
de l 'argent un usage rationnel et objectif et plus encore mo- 
ral, c'est-à-dire, par exemple, payer des honoraires. Non, l'ar- 
gent est pour lui entièrement érotisé, ou en d'autres ternies, 
est resté un symbole uniquement libidinal, Et dans cette re- 
lation subjective, il ne peut servir qu'à des fins auto -erotiques. 
Mais ici une tourte explication s'impose. 

Jusqu'à présent, l'argent nous est apparu chez Julien com- 
me un symbole de puissance virile f un symbole phallique évi- 
dent (phallus paternel). Mais, il va constituer maintenant un 
nouveau, an second symbole ; soit un symbole fécal. Dès lqrs, 
comment expliquer pareil « sur symbolisme », Tout simple- 
ment, par la régression. On sait, en effet,, que la libido des en* 
fants frappés d'une forte angoisse de castration, cherche spon- 
tanément à I -époque de l'CRdipe, des substituts ; et elle les 
trouvera en retournant se fixer à des satisfactions ou des po- 
sitions libidinales antérieures plus ou moins abandonnées 
déjà. Et, sur cette voie régressive, les premières qu'elle ren- 
contrera seront précisément les satisfactions an al -erotiques. 

Or à ce stade-ci d'organisation prégénitale, certains en- 
fants, et cette propriété les prédispose précisément à l'Obses- 
sion ou à îa Perversion futures, avaient éprouvé de réelles 
jouissances au niveau de l'anus, soit par la friction opérée par 
les matières, soit souvent aussi, par un onanisme anal pré- 
coce. Nous venons justement de voir à ce propos, qu'aujour- 
d'hui encore, Julien éprouve pareilles sensations, aux W.-C« 
notamment. Et, l'analyse, en outre, nous a permis de décou- 
vrir que, seul dans son lit, il s'adonne souvent à l'onanisme 
anal ; ou bien, parfois aussi, après certaines fugues, à l'ona- 
nisme génital ; mais il doit alors > pour obtenir l'orgasme, s'in- 
troduire simultanément un doigt dans l'anus. II, présente 
d'ailleurs une multitude d'autres impulsions auto-érotiques 
quMl serait trop long d'énumérer ici. Rappelons seulement le 
« flatusisme ». 



^F^fW^^"^^^^ 



686 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

À ce -stade régressif , par conséquent f Vanus se comporte _, ou 
s'offre, comme un organe éminemment passifs alors que la co- 
lonne stercorale prend le rôle> abandonné par le pénis, de V or- 
gane actif. Le premier p par extension régressive t prend ainsi 
la valeur de V organe féminin, et les matières fécales celle de 
l'organe masculin. C'est là l'explication la plus claire de ce 
fait que, dans toute analyse d'obsédé ou de pervers , il arrivera 
toujours un moment où le vagin sera symbolisé par Tairas et 
l'ampoule rectale ; et le pénis d'autre part par la colonne ster- 
corale + Mais nous devons ajouter qu'en réalité les choses ne 
sont pas si simples, car elles se compliquent du phénomène du 
« sadisme anal », liais cette question complexe sera laissée 
de coté. 

Ayant ainsi régressé au stade anal, l'individu en question 
retrouvera par substitution toutes les possibilités libidinales 
que la castration lui a refusées. Etant homme et femme à la 
fois, il peut dorénavant se passer de tout le monde, c'est-à- 
dire de la femme en tant qu'objet héréto-sexuel et de l'hom- 
me en tant qu'objet homo-sexue] ou pédérastique, l'un et l'au- 
tre étant sévèrement défendus par le surmoi. Telle est très 
sommairement exposée Tune des solutions régressives du 
complexe de castration que l'on rencontre fréquemment. Rlle 
est dite; solution auto-éroiîque anale. Elle joue enfin un rôle 
de premier plan dans tous les complexes d'argent et notam- 
ment dans l'avarice, comme nous aurons souvent l'occasion 
de le montrer au cours de la seconde partie de ce travail- L'in- 
dividu qui l'a adoptée sera, en effet, invinciblement porté à 
a retenir », à ne pas lâcher ce substitut, cet « Ersatz » pré- 
cieux de la castration génitale. D'où une tendance générale à 
la « rétention », qu'on constate souvent dans son caractère 
inoral et qui est une sublimation de la rétention anale primi- 
tive, Le populaire appelle souvent ces gens-là des « consti- 
pés t> ! Et la première des choses qu'ils seront portés à rete- 
nir, c'est naturellement l'argent en vertu de sa haute fonc- 
tion, symbolique et sociale à la fois, 

Julien, pour revenir à ses réactions, a donc « retenu » les 1 
20 francs qu'il avait sur lui lors de la dite séance du samedi. 
Au lieu de me les verser à titre d'honoraires, il les réserva, les 
retint pour une fugue prochaine. Or, pendant la séance, il 



l'argent et les né vk osés 687 



n'était pas encore complètement en état crépusculaire, et l'un 
de ses traits les plus frappants quand il est dans l'état pre- 
mier consiste précisément : i°) dans une impossibilité de dé- 
penser ou de payer, bref de lâcher de V argent ; 2 e ) de ne pou- 
voir inversement dépenser dans ses fugues que de l'argent 
emprunté ou touché d'une façon irrégulière ou illicite. Nous 
avons déjà insisté sur ce second comportement à propos du 
symbolisme de l'emprunt, mais nous pouvons mentionner ici 
un nouveau fait qui l'illustre. 

Avant son mariage, il avait fini par accepter une place qu'il 
occupa pendant quelques mois et qui lui rapporta un modeste 
salaire. Et le hasard voulut qu'à ce moment-là il fît un petit 
héritage d'un oncle (frère du père = imago paternelle). Rh 
bien, son salaire, c'est-à-dire l'argent normalement gagné, 
devint tabou. Il n'y toucha jamais, Bien plus, il ne pouvait 
comme les autres employés aller le toucher à la caisse. Il fal- 
lut qu'on le lui apportât dans la petite- chambre qu'il avait 
louée dans la fabrique et où il le laissait traîner sur la table. 
Par contre, il allait régulièrement, et avec une joie immense, 
toucher à la banque, où cet héritage était déposé en compte- 
courant, une série de petites sommes qu'il consacrait immédia- 
tement à des tournées en ville. Ces tournées, qu'il faisait tou- 
jours seul, bien qu'à l'époque il eût une « amie », consistaient 
à s'offrir de bous dîners dans des restaurants de luxe, des con- 
sommations raffinées dans des cafés chics, de bonnes cigaret- 
tes, des gourmandises, des ballades en taxi, etc. C'était là, 
on le voit, le prélude auto-erotique des fugues futures ; ou 
même déjà des espèces de fugues, mais accomplies dans la 
« série haute », donc sans recherches de femmes et unique- 
ment « orales » et « anales » (manger et dépenser). 

Et jamais il ne lui vint à "l'idée d'emmener son « amie » avec 
lui. Il la laissait chez elle, dans un quartier suburbain et po- 
pulaire où il avait avec elle, entre temps, de rares rapports 
sexuels, mais à condition qu'elle se livrât sur lui à certaines 
manœuvres perverses; à celle entre autres de lui introduire un 
doigt ou des objets dans l'anus, tandis qu'elle devait prendre 
un rôle actif et une posture masculine et que lui, inversement, 
demeurait passif. Ce n'est que beaucoup plus tard, grâce à 
l'analyse, que ce bizarre comportement lui redevint conscient 



688 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



et qu'il finit par reconnaître lui-même que ces tournées répon- 
daient, â cette époque déjà, â des espèces de fugues. Elles 
étaient des manifestations purement auto-erotiques, et réali^ 
sées déjà en demi-état crépusculaire évident ; mais seule la 
hantise de la femme inférieure faisait défaut, car il en avait 
une â disposition à qui il osait demander ces dites manoeuvres > 
dont le désir, et plus encore même le souvenir, fut complète-: 
ment oublie, disons refoulé, depuis ses fiançailles. 

Ce refoulement, dû à un très fort sentiment de culpabilité , 
lui épargne aujourd'hui l'effort, qui serait trop angoissant, 
de demander â sa femme des offices si repoussants. Bref, ce 
petit héritage fut rapidement « mangé » et l'analyse démon- 
tra que l'argent hérité était un équivalent subjectif de l'ar- 
gent emprunté : argent qu'on reçoit, ou qu'on prend à une 
personne symbolisant le père après sa mort (désir de mort). 
Dans ses rêves, le motif infantile suivant revint souvent : 
« Après la mort de mon père, j'hériterai de son pénis » ; et 
même dans la suite : «. désir de sa mort pour lui dérober son 
pénis ». Dès lors, on comprend mieux pourquoi le désir de 
î emprunt, sorte de vol agressif déguisé, était lié à un senti- 
ment si intense de culpabilité, et pourquoi, conséquemment, 
iî fut complètement inhibé dans la vie ordinaire (23). 

Tout ce comportement, en un mot, répond donc manifeste- 
ment au complexe de castration. Mais, n'oublions pas que no- 
tre tâche, dans ce paragraphe spécial, est précisément de 
transposer, ou de reporter ce complexe sur le plan anal. Or, à 
ce niveau régressif, dépenser, payer une note d'honoraires, 
comme d'ailleurs n'importe quelle antre note, correspond à ce 
qu'on dénomme, en un sens extensif, une castration anale . Et 
c'est là une réelle mutilation que, dans son état ordinaire, le 
moi de Julien ne peut accepter ; ou plus exactement son moi 
idéal et viril. Elle entraîne en effet une angoisse suprême au 
niveau du moi, ainsi qu'un sentiment d'anéantissement au 
niveau de F idéal du moi. Angoisse et anéantissement d'un 

(23) On retrouve aujourd'hui, dans la névrose, Pexact équivalent de ce 
comportement*. .;♦ En efletj quand il part en fugue, il abandonne complète- 
ment, il oublie, il supprime sa femme de son esprit. Deuxièmement, il ne 
sera jamais tenté de faire une fugue avec de l'argent qu'il a déjà dans son 
Uroîr ou dans son portefeuille. Cet argent- là, il n'y pourrait toucher pour 
un empire. De toutes façons t et en conclusion de tout ceci, Julien ne peut 
vivre que d'emprunts... même s'il gagne. C. 0- 






l/ ARGENT ET LES NÉVROSÉS 689 



côté, abandon symbolique d'une jouissance auto -erotique de 
l'autre, qu'il lui est impossible de supporter ou même d'envi- 
sager seulement, car son résultat est de faire véritablement de 
lui, un. être privé de pénis, mais doté de vagin. 

En effet, toujours au niveau de la réalité psychique, c'est- 
à-dire d'une réalité subjective qui est la seule réalité pour lui, 
cette castration anale le transforme en femme. Car, l'intestin 
vide devient manifestement l'organe féminin, que, d'ailleurs, 
il représentait déjà auparavant, mais de façon latente, c*est-à- 
dire relativement à son contenu- (substitut régressif pliallique) 
et dans une situation auto-érotique. La perte du contenu, par 
contre, impliquerait un dénouement de cette situation ou un 
renoncement à la solution auto-érotiquc que Julien ne peut 
encore admettre ni réaliser, étant donné que cette dernière 
constitue justement un mécanisme de défense contre les ten- 
dances féminines ou un artifice de protection contre les désirs 
erotiques anaux passifs, c'est-à-dire, au fond, pédérastiques 
(être coïté !) 

Or, au point où en. était l'analyse à ce moment-là, ces pul- 
sions passives étaient encore trop fortement refoulées, trop in- 
hibées par le surmoi pour pouvoir « sortir )>, même sous une 
forme seulement symbolique. Celle-ci eût consisté, en effet, à 
priyer l'analyste, c'est-à-dire à réaliser la castration anale de- 
vant lui, à avouer ainsi le désir refoulé, bref à se livrer à lui 
■comme femme. Et l'inhibition du payement prouvait que le 
dit désir homo-sexuel commençait à jouer vis-à-vis de lui, par 
le transfert, 

Ce n'est, en effet, que plus tard que la tendance perverse 
passive devait sortir peu à peu et de plus en plus clairement. 
Et elle ne sortit, en fait, que grâce à mon exigence absolue 
que le malade me payât lui-même et directement mes hono- 
raires. 

Cette mise au jour du désir passif, c'est-à-dire sa libération 
du refoulement, en même temps que son acceptation par le 
moi constitua le moment le plus critique et le plus pénible de 
toute l'analyse , véritable « tournant » de la cure après lequel 
celle-ci fit de sensibles progrès. 

Telle est la raison dernière pour laquelle Julien dans s>n 
^tït ordinaire, ne peut payer, ni dépenser. Cette inhibition ré- 

HEVaE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 6 



690 REVUE FRANÇAIS! DE PSYCHANALYSE 

pond donc à la fois et à un mécanisme narcissique d'* défense 
et à une jouissance auto-érotique. Dans l'état second, pjr cen- 
tre, comme en ce qui concerne les pulsions orales, cette inhi- 
bition va tomber. C'est pourquoi, cet argent qu'il n'a pu me 
donner, il va tout à l'heure, dans sa fugue, le dépenser au 
café avec une joie enfantine ; c'est pourquoi aussi l'idée de 
payer son traitement avait été immédiatement remplacée par 
celle de faire une fugue, c'est-à-dire de se faire femme à l'aide. 
de l'état crépusculaire au lieu de le faire en présence de l'ana- 
lyste à Tétat normal, ce qui était encore défendu. Au cours 
de celle-ci, il dépensa dix-sept francs sur vingt, et se réserva. 
trois francs seulement pour « la chose qui doit se passer ». 
Cette réduction est un progrès! Elle montre qu'il n'y croit 
plus beaucoup à cette « chose j> et que les tendances prégéni- 
tales sont déjà un peu plus conscientes. 

Mais le lendemain survinrent les coliques ! Ce symptôme 
inédit, remplaçant la pseudo-excitation hétéro-sexuelle du di- 
manche, me parut de suite de très bon augure. Il indiquait, en 
effet, que Julien s 1 et ait enfin engagé sur la voie curative du 
« défoulement » de sts pulsions erotiques anales passives. 
Mais il était encore ambivalent, constituant une auto-punition 
de celles-ci (douleur s , dépression, etc.) en même temps qu'une 
première réalisation , un premier aveu symbolique du désir 
féminin de castration anale, c'est-à-dire du désir passif lui- 
même. Car cette subite poussée d'entérite, en fait, entraîne 
une transformation matérielle du contenu intestinal : de solide 
{Julien est toujours constipé) il devient liquide. En outre, il est 
expulsé au fur et à mesure de sa formation comme les gaz tout 
à l 'heure. Cette, double conséquence révèle clairement le sens 
psychique de ce symptôme physique, Liquéfaction et expul- 
sion égalent suppression du pénis anal, donc abandon de Pim- 
mise auto-érotique d'une part, expression du désir passif de 
/autre. L'intestin maintenu continuellement à l'état de va- 
cuité devient, pour l'inconscient de Julien, un substitut du 
vagin , Donc, renoncement â l'excitation auto-érotique de la 
muqueuse par un corps solide et, à sa place, désir de son exci- 
tation alloérotique par un phallus étranger. Ce symptôme dé- 
montre ainsi que le surmoî commence à accepter, ou à refouler 
avec rtioins de rigueur, le désir passif pervers. 



l/ARGKN'T KT UÎS XKVROSHS 6g I 



Ce dernier ressortit, d'ailleurs, dans le désir conscient que 
cette entérite pût le dispenser de travailler, autrement dit 
justifier sa passivité. Et il est fort probable que, sans psycha- 
nalyse, il eût fait une entérite chronique ! Ajoutons que ce 
symptôme fonctionnel si typique persista cinq jours de suite 
;ivec une rare violence (débâcle). 

Le vendredi après-midi, soit le lendemain du rêve sus-men- 
tion né, et quoique très souffrant, il file tout de même à la gare 
pour faire une fugue à Bellegarde ; et là t en attendant le dé- 
part du train, il ingurgite une quantité impressionnante de 
bière glacée. Il l'ingurgite d'ailleurs dans la crainte (bien jus- 
tifiée) que cette libation froide, par un temps froid et dans un 
local froid, n'aggrave irrémédiablement son entérite. Eh bien, 
c*est pourtant le contraire qui arriva* Exactement à partir de 
ce moment-là, ces coliques et cette diarrhée, rebelles à tous les 
remèdes, disparurent complètement. Or, l'explication analyti- 
que de cette guéri son paradoxale est aisée. C'est forcément 
que le désir inconscient qui les avait déterminées et entrete- 
nues avait trouvé une satisfaction substitutive quelconque ; et 
cette satisfaction vieariante n'était autre que le gaspillage de 
l'argent emprunté qui inaugure chaque fugue et que nous 
avons déjà maintes fois mentionné. 

Nous l'interprétions alors comme une auto-castration géni- 
tale. Cette interprétation demeure exacte ; mais elle était en- 
core incomplète ; car il convient de lui adjoindre une nouvelle 
signification : celle d'une auto-castration anale (24). 




coin 

dernier sous un angle non pas 
qui se développe, l'anus est d'abord l'anus et les fèces "sont les fèces, et rien 
d'autre ni de plus- L'erotique auale primaire est doue toute autre chose que 
ce que nous teutons de décrire ici : elle répond à l 'érotisation de la fonc 
lion anale en elle-même. Pareille remarque s'applique aussi à l'erotique 
orale primaire* Mais survienne la phase génitale, avec le complexe œdipien 
et le vrai complexe de castration qu'il implique, et c'est alors le renversement 
bien connu des tendances actives en tendances passives (forme négative .du 
complexe cPCKdipe) et ce renversement génital préalable est précisément le 
point important, le nœud de toute la question en tant que condition essen- 
tielle de la régression. Car les tendances anales, essentiellement passives du 
fait du plaisir engendré par la rétention, vont secondairement offrir un point 
d'appui ou de fixation susdites tendances devenues passives à la suite' de 
l'angoisse de castration. Mais ces dernières sont et restent des tendances 
génitales, mais qui sont venues second ai relient) e'est-à-dirc par régression, 
a s'analérotiser », Ce tenue de castration anale ne petot et ne doit être 
entendu que dans un sens extensif et non littéral. CYO. 



6q2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 




Ce gaspillage inaugural nous révèle donc maintenant que 
jeu tient surtout à se « faire femme » dans sa fugue, et 
à la réaliser par conséquent dans une attitude perverse et pas- 
sive. Et ce trait vient éclairer d'un seul coup la plus grande 
partie de ses comportements si bizarres ; par exemple, cette 
manie de se faire suivre par les femmes au lieu de les suivre, 
cette autre d'exiger d'elles des caresses de façon passive, cette 
troisième de distribuer le peu d'argent qu'il a à tous les pau- 
vres ,~ïioïflïnes, fenjmes, qu'il rencontre. Si j'osais recourir à 
Une métaphore douteuse, je dirais que le plus bel arial du 
monde ne peut donner que ce qu'il a. C'est. aussi pourquoi, 
dans la chambre fatale où son moi veut malgré tout prouver 
sa puissance génitale, il ne pourra rien d'autre que de lâcher 
un écu sur la table de nuit. Et, dans tous les cas analogues, 
l'argent se dresse comme un obstacle, ou demeure le seul lien 
possible entre l'homme et la femme. Cette castration anale 
enfin est une bonne préparation à l'orgie orale qui va suivre. 
Bile la justifie même en un certain sens, car ce qu'il vient de 
perdre ainsi, Julien doit le récupérer immédiatement, Il faut 
de nouveau « reboucher le trou » (25), sinon c'est le réveil 
certain de l'agressivité (envie du pénis paternel) et partant du 
sentiment de culpabilité et de la terreur inconsciente de castra- 
tion . 

Dans Pétat premier inversement, nous savons que chez lui 
lès tendances anales, comme les orales, sont complètement in- 
hibées. Et dans cet état, nous savons aussi qu'en ce qui con- 
cerne l'argent, il lui est impossible ni d'en gagner (comme 
Adrien tout à l'heure) ni d'en dépenser, Or il se déroule là- 
dessotïs tout un jeu curieux de tendances libidinales, â carac- 
tère primitivement digestif, dont on retrouve l'action sous- 
jacente, au moyen de l'analyse, chez un grand nombre de ma- 
lades atteints de complexes pécuniaires morbides, On observe 
aussi très souvent que tel d'entre eux qui ne gagne rien, ou 
gagne peu, tend â économiser. C'est sa manière de se rattraper 
et de conserver l'équilibre. Il doit « retenir » le peu qu'il a ou 
qu'il absorbe, et s'en contenter, La constipation, c'est notoire, 

(ï5*) Si j'use ici de cette image vulgaire, c'est que le langage populaire me 
î*a soufflée. Ne l'emploie-t-il pas couramment, en effet, pour designer des 
pertes d'argent qu'if s'agit de compenser ! 



l'argent et les névrosés 693 



ôte. l'appétit. Si l'on mange beaucoup, au contraire, force est 

d'évacuer beaucoup. 

Pouvoir gagner, c'est aussi pouvoir dépenser , si l'on n'est 
pas névrosé : ou encore, gagner, c'est devoir dépenser. N'est- 
ce pas là une application moderne bien imprévue du principe 
de la « vis a tërgo » si cher à nos anciens maîtres de physio- 
logie ! 

Nous nous bornerons ici à ces très brèves considérations sur 
l'influence curieuse que les deux complexes oral et anal eij 
question peuvent exercer dans certains cas sur le caractère et 
le sens pratique. Elles suffiront peut-être à donner une idée 
du sort divers réservé à la sublimation de ce couple de tendan- 
ces ou de pulsions dont les actions respectives , ou le voit, se 
conjuguent de façon si étroite dès qu'il s'agit de questions 
d'argent. 

Nous craignons d'allonger un peu trop ce paragraphe cho- 
quant, tout en nous tranquillisant â l'idée qu'il s'adresse sur- 
tout à des médecins au courant des désagréables découvertes 
que réserve à l'humanité l'étude des pulsions du soi. Mais il 
convient pourtant, avant de conclure, de rapporter deux rê- 
ves particulièrement instructifs et qui pourront contribuer à 
étayer notre argumentation. 

Le premier n'est autre que celui décrit tout à l'heure. Rap- 
pelons qu'il fut la suite, on le prolongement direct de l'idée 
consciente de faire une fugue le lendemain, idée qui hantait 
justement Julien au moment où il s'endormit. On est donc en 
droit d'admettre, surtout après tout ce que nous savons déjà, 
qu'il constitue le mode d'expression inconsciente de ce désir 
conscient, En d'autres termes, qu'il exprime le désir incons- 
cient lui-même, ou la pulsion du soi qui détermine et actionne 
la fugue. Et s'il l'exprime si clairement, cela tient précisé- 
ment â la chute de la résistance contre les pulsions anales, 
chute certainement imputable à la nouvelle technique pécu- 
niaire que j'avais récemment adoptée dans le traitement. 

Julien se trouve donc dans un parc, c'est-à-dire dans un en- 
droit public et nettement délimité : c'est le quartier populaire 
de la fugue où, comme il nous l'a si souvent répété, il se sent 
enfermé, ne pouvant en franchir les limites précises qu'il lui 
a assignées. Le rêve démontre donc que, dans ce quart^r, il est 



«M^ta 



694 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



en quête de satisfactions anales, substitutives, absolument 
comme aux cabinets, et cela pendant les interminables séances 
qu/il y fait chaque jour, et pendant lesquelles il recherche des 
jouissances anales vraies. Mais naturellement, la femme, on 
l'idée de la femme représentée par le chai r ne peut que trou* 
bler cette attitude auto-érotique et passive ; et cet animal, as- 
socié à des sentiments de terreur, est ressenti comme un enne- 
mi dangereux. Un motif réel et actuel contribue d'ailleurs à 
cette réaction et favorise la dramatisation onirique régressive; 
c'est ïa ta présence de sa femme à côté de lui, dans le lit jumeau. 
Depuis son mariage, l'obligation de partager sa chambre avec 
une femme fut l'occasion d'une sourde irritation et d'une souf- 
france croissante. Car cette femme incorpore des exigences 
qui menacent son auto-érotisme. Tout ce qu'il aimerait,; c'est 
de loger seul dans une chambre, d'être seul dans un lit pour 
rêvasser et se caresser. La seule idée de devoir aller dans celui 
de sa femme l'angoisse, le moindre attouchement de celle-ci 
l'exaspère. Il sent qu'elle réclame une chose qu'il ne veut et 
aussi qu'il ne peut pas lui donner. Et c'est précisément l'an- 
goisse de castration qui le rend impuissant. Dans le rêve, en 
effet ce chat agressif menace puis attaque de ses dents et de 
ses griffes la région génito-anale qu'il a mise a nu pour se pré- 
parer avec délice à l'exonération. C'est là le fantasme infantile, 
bien connu des anah^stes, intitulé : « vagin a dentata et ungu- 
lata ». Et nous savons que s'il s'est « réfugié » dans l'auto- 
érotisme anal, c'est précisément pour corriger ou échapper 
à la castration ; et que s'il fait des fugues c'est, corrélative- 
ment, pour échapper à sa femme qui l*a excité. 
Ce rêve fut suivi d'un fragment significatif : 
B Je suis avec ma femme à l'Hôpital *„.* Nous ne trouvons 
pas de lit. Elle me dit : Mais couche-toi donc avec ttn de ces 
hommes. Cette proposition me dégoûte et je ne comprends pas 
qu'elle puisse me demander ça. 

Ce rêve fait allusion à un séjour dans un hôpital qui fut 
pour lui un épouvantable cauchemar, du fait surtout de devoir 
loger et dormir en salle commune. Le désir homo-sexwel, on 
le voit, sort enfin très clairement, bien qu'il « dégoûte » le 
moi. Et ce dernier fragment nous amène au second rêve que 
je voulais rapporter avant de clore ce paragraphe, et qui se 



l'argent et les névrosés 695 

produisit la nuit -suivante ; par conséquent immédiatement 
après le retour de la fugue de Bellegarde, En voici le texte : 

Je suis duns la rue X (rue populaire) avec ma mère Tout 

à coup ma mère tombe et je vois sa bouche ouverte, comme un 
grand trou noir, et çà me fait très peur. Puis mon père se trou- 
ve la. Il entre furtivement dans une grange; je le suis^ étonné f 

il me dit avec effroi qu'un pédéraste le poursuit un jeune 

homme. Je suis navré de voir mon père dans un tel état et je 
me réveille très angoissé. C'était un véritable cauchemar. 

Nous ne transcrirons pas les très longues associations que 
Julien fait sur ce rêve durant plusieurs séances pour en arri- 
ver directement à l'interprétation. 

Ce rêve est un typique rêve d'Qidipe négatif ou renversé. 
La chute brusque et effrayante de la mère représente un coït 
parental auquel l'enfant a assisté. Mais du fait du déclenche- 
ment contemporain de désirs agressifs violents de castration 
dirigés contre le père, et de l'angoisse corrélative du talion, 
il a transformé ces désirs sadiques actifs en désirs passifs 
masochistes en les retournant; contre lui-même (désir tal ioni- 
que d'être châtré). En somme un mécanisme de défense accom- 
pli sous l 'empire d'un énorme sentiment de culpabilité, et 
qu'ont peut formuler ainsi : rc Je ne veux plus, je renonce à 
châtrer mon père et à posséder ma mère, mais c'est mon père 
qui me châtre et qui fait avec moi ce que je voudrais faire avec 
ma mère » (26)* Mais dans ce rêve, ce désir n'est accepté par la 
censure que sous sa forme retournée: c'est le pédéraste qui 
poursuit le père. Quant au grand trou noir, c'est l'anus, organe 
au moyen duquel dans la fantaisie de Julien enfant, étant 
donné que le vagin était totalement ignoré, s'opèrent les rap- 
ports sexuels et la naissance des enfants, 

On voit donc que Julien s'est identifié à la mère, au lieu 
de le faire au père, d'où sa féminité. Ce grand trou l'angoisse 
parce qu'il représente l'intestin vide, et c'est la première fois 
que sort pareille représentation, ainsi que le désir passif 
qu'elle implique : ce dernier impliquant à son tour un premier 
j'en on cernent à la solution anale auto-erotique (c'est-à-dire à 

(26) Formule de vernie classique et empruntée à un intéressant article du 
XP Alexander intitulé : Kastrationskomplex tmd CharaMer. Zcitschrîft f. 
'Psychanalyse 1922, p. 144. 



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696 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHAKALYSE 



la rétention de l'équation : fèces, pénis) ainsi qu'à une pre- 
mière victoire remportée sur l'angoisse de castration. Telle est 
la raison pour laquelle ce rêve constitua un grand progrès, tout 
progrès dans chaque psychanalyse consistant toujours en une 
libération d'une nouvelle parcelle de l'inconscient. 

Un dernier mot sur le symbolisme d'un fait très significatif 
dont nous avons eu souvent l'occasion de parler au cours de cet 
exposé. Il s'agit de la « présence d'écus ou d'argent en 
poche », et du bonheur intense qu'elle engendrait. Cet effet 
remarquable nous est maintenant tout à fait compréhensible, 
La poche, sorte d'organe creux qu'on a sur soi, c'est un sym- 
bole anal, c'est le contenant, et parlant l'organe féminin. 
Comme nous savons, d'autre part, ce que signifie l'argent, 
soit le contenu, il devient clair que cette présence équivaut à 
une satisfaction symbolique du désir anto-érotique, d J où pré- 
cisément son effet euphorique, Julien, en effet, a toujours in- 
sisté dans ses associations, sur le fait que c'était d'avoir pu 
placer ou enfouir son argent dans sa poche, et de le sentir là, 
sur lui, ou en lui, (identifiant ses habits à son corps) qui avait 
le plus d'importance et déclanchait vraiment ce sentiment de 
bonheur, de « réjouissance profonde » sur lequel il a, pen- 
dant le traitement, si souvent insisté. 

Arrivés au terme de cet exposé clinique, résumons briève- 
ment la psychogénèse de ce cas, ou mieux la structure de cette 
névrose. Tout d'abord, ce serait une erreur de croire que Ju- 
lien fût une sorte de monstre de perversité et d'insouciance, 
dénué de toute notion de morale et de respect humain. Il est 
vrai que son entourage le tient pour un parfait égoïste, ainsi 
qu'un alcoolique doublé d'un paresseux. Cependant il n'en 
est rien. Sous cette apparence trompeuse se dissimule et 
s'agite, au contraire, une très vive sensibilité. 

C'est en effet, un garçon hypersensible et fin, animé à l'oc- 
casion de mouvements de grande délicatesse. Et bien des gens 
apprécient en lui ces qualités féminines. Maïs elles s'exercent 
davantage dans la fantaisie que dans l'action et demeurent le 
plus souvent à l'état de velléités obsédantes et stériles. Il se 
consume ainsi en vaines auto-accusations et se reproche sans 
cesse sa conduite et son inaction. Il est hante par le désir irréa- 
lisable de gagner sa vie, de faire quelque chose, n'importe 



i/argent et les kévrokés 697 



quoi, pour parer au dénuement extrême dont ils souffrent sa 
vaillante femme et lui ; et pour épargner à celle-ci les soucis 
angoissants dont il l'accable, il lutte désespérément contre 
l'idée ou la tentation de la fugue, mais en vain. Et celle-ci 
accomplie, il sombre, comme nous le savons, dans des remords 
mélancoliques. 

Cette impuissance dans laquelle il se débat comme tant d'au- 
tres malades, résulte donc finalement d'un système libidinal 
inconscient révélé par l'analyse et qui, véritablement, le « lî- 
gotte )> ; on en termes plus exacts, il est enchaîné dans un 
cercle vicieux que nous allons tenter de schématiser en deux 
mots (27) : 

Prenons pour point de départ les faits les plus fréquents, 
soit l'envie de Julien de « faire quelque chose, n'importe 
quoi )>, prendre une place ou fonder une affaire, pour sortir de 
son indigence et de sa passivité. 

A. Tentative d'activité quelconque. Elle déclenche, immér 
diatement le désir inconscient, de nature génitale et œdipien- 
ne, d'être comme le père, de prendre sa place* Ce désir réveille 
automatiquement au niveau du soi une forte agression incons- 
ciente contre lui et par extension contre toutes les imagos pa- 
ternelles, (par exemple chefs ou concurrents), de même que 
l'envie du pénis, c'est-à-dire l'envie de les châtrer, 

B.-Kn vertu du talion, ce désir agressif entraîne automati- 
quement, au niveau d'une autre organisation ou d'un second 
système psychique, la peur d'être châtré, soit l'angoisse de la 
castration, C'est là une réaction morale et punitive du surmoi 
à la suite de laquelle celui-ci prononce son « veto suspensif ». 

C. En vertu d'une loi dynamique, la libido ainsi bloquée doit 
chercher une autre voie, doit trouver un déversement substitu- 
tif. Abandonnant l'attitude active, elle va le chercher dans 
l'attitude passive- Donc transposition de la tendance active 
(agression contre le père, possession de la mère) en tendance 
passive. 

(27) Nous laisserons de -côté, pour, simplifier ce schéma, les tendances 
orales qui sont, chez Julien, comme la doublure des anales. Et comme elle* 
agissent * en écho » de façon sous-jacente, au moyen des mêmes mécanismes 

que ces dernières, cette omission ne compromet en rien l'exactitude de 
ce schéma, C, O. 



^ta^ta^Hfe 



698 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



D. Cette dernière répond, â ce niveau œdipien, à une pulsion 
qu'on peut encore appeler féminine. Mais elle va régresser au 
stade anal, et devenir alors une tendance passive proprement 
dite* D'où ^éveil automatique du désir passif anal (pédérastie 
passive) et en partie oral aussi. 

E. Ce dernier, à son tour, va entraîner une réaction violente 
au niveau du système du moi, ou plus exactement au sein 
d'une organisation qui mérite la dénomination de moi îdéa], 
ou de sunnoi supérieur, ou de surmoi moral (28). Cette réaction 
est double, et consiste : d'une part en un sentiment intolérable 
de danger et d'infériorité, la reconnaissance du désir passif 
anal étant implicitement incompatible avec l'idéal narcissique 
masculin et actif; d'autre part -en un sentiment de culpabilité 
encore plus fort qu'au stade B, car il est de règle que la régres- 
sion aux pulsions anales vient renforcer considérablement les 
désirs agressifs oedipiens et les hausser en désirs sadiques. 
D'où renouveau d'angoisse et de tension. D'où refoulement 
violent du désir passif* 

F. La conséquence automatique de la réaction E sera alors 
le besoin pressant d'échapper à ce retour d'angoisse, plus forte 
encore qu'au stade B, c'est-â-dire de tendre de nouveau vers 
l'activité génitale pour sortir de cette passivité perverse ou 
prégénitale que le moi idéal ne peut tolérer, dans l'état premier 
tout au moins. Car la reconnaître, c'est implicitement admet- 
tre la castration > renoncer à la masculinité, ce qui est exclu 
par le moi. Mais cette tentative malheureusement va réveiller 
automatiquement l'agression et l'angoisse connexe de castra- 
tion. Et nous nous retrouvons ainsi au stade A et tout le même 
enchaînement réactionnel va recommencer. Quoique fît ou 
que tentât Julien, il ne pouvait aller que d'une terrible Cha- 
rybde en une Scylla plus terrible encore, que de la pluie sous 
la gouttière, comme dit le proverbe allemand. Dès lors com- 
ment sortir de ce cercle vicieux incompatible avec l'existence 



même. 



G. Par la solution auto-êrotique anale (et en partie orale) du 
conflit, ce dernier n'étant soluble d'aucune autre manière. 
C'est la seule, en effet, qui résolve d'un seul coup les trois 

t*R\ T-ck iwclianalvïîtos ne se sont pas encore mis d'accord sur ces termes. 



i/argekt et lks névrosés 699 



problèmes capitaux qui se posent en pareil cas, soit de renon- 
cer à l'agression, de renoncer ensuite à la perversité passive, 
enfin et surtout, d'échapper à la castration. C'est là, en der- 
nier ressort, la solution narcissique par excellence, que Julien 
recherche et r 6a lise dans ses fugues. Mais cette solution nar- 
cissique, et si puissamment refoulée, nous n'avons pu la décou- 
vrir et la libérer du refoulement qu'en imposant au malade 
r obligation de payer lui-mcme son traitement, c'est-à-dire de 
renoncer dans l'état premier, et pour la première fois de sa vie, 
à son auto-érotisme anal et cela vis-à-vis de l'analyste, ou 
autrement dît vis-à-vis du père, Cette obligation, à son tour, 
nous a permis de découvrir et d'établir l'équation « fèces- 
pénis n qui constituait le nœud de toute la question. 

Cette équation enfin nous a permis, à son tour, de recons- 
truire tout le schéma que nous venons de décrire. Ce cercle 
vicieux consistait donc en une manifestation régressive de phé- 
nomènes libidinaux } lesquels déclenchaient des mécanismes de 
défense interréactionnels. La tâche difficile de l'analyste était 
de mettre au jour cette interréaction automatique qui ma in te- 
nait le malade dans une inhibition absolue d'une part, ou dans 
un auto-érotisme absolu d'autre part. Et ce résultat ne put 
être atteint qu'une fois le désir passif anal duement analysé. 

N.-B, — Nous pensons qu'il y aurait peut-être un certain inté- 
rêt à signaler ici quelques faits analytiques qui., à 3a lumière des 
considérations précédentes , ne manqueront pas de prendre du re- 
lief. 

Ce n'est quç dans la phase anale du traitement que Julien sortit 
un nouveau détail de la fugue, dans le courant des associations. 
« Avant de filer au café, dit-i], 1] m 'arrive bien souvent d'aller di- 
rectement chez le coiffeur. Et là, je m'installe, et tombe dans un re- 
cueillement, une torpeur exquise,,, une sorte de volupté à être la 
victime du coiffeur... de ces garçons en général si gentils et jolis.,, 
dans un bon fauteuil, dans un endroit où il fait chaud... et puis la 
sensation du peigne, ou des ciseaux est une grande réjouissance,., 
les attouchements du garçon, comme de véritables caresses... Eh 
bien, j'ai réalisé que c'était absolument la même chose, le même 
état, k même recueillement que j'éprouve aux W,-C. avec en moins 
la jouissance au moment où çà sort... » Cette association est très si- 
gnificative. Elle traduit le complexe de castration dans ses deux 
formes : génitale et anale, Couper les cheveux*, raser la barbe, sont 
des sj'mboles bien connus de la suppression d'un attribut mascu- 
lin. L'instant d j après, il ira dans la rue ou au café « jeter son ar- 



m*n- 



700 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



gent loin ». Tous ces, actes symboliques qui inaugurent la fugue dé- 
montrent une fois de plus qu'il va accomplir celle-ci, dans une atti- 
tude féminine-passive. 

Quand il distribue tout son emprunt à la somme] i ère , c'est une 
façon de lui dire : Voyez-vous, ce n'est pas vous qu'il me faut, c'est 
un homme ! 

«Dès l'âge de quinze ans, ajoute-t-il, le coiffeur (salon de coiffure) 
a été un refuge. t Là, tous les soucis disparaissaient... j étais tran- 
quille, protégé , comme quand je suis enfermé aux cabinets, senti- 
ment que personne ne peut m' atteindre* Et je prolongeais aussi déjà 
la séance autant que possible... » 

Rêve actuel : Un cousin de m-a femme, antipathique, m'embrasse 
sur la bouche. Je sens ses moustaches 'qui me piquent de plus en 
plus fort... horreur... dégoût. Je me réfugie dans la chambre des 
bonnes et leur dit : Faites bien attention qu'il n* entre pas. 

L'agression homosexuelle est symbolisée par la moustache sur la 
bouche. Il se défend alors contre ce désir en remplaçant l'agresseur 
par deux bonnes. Il associe : « Maintenant il me revient une imagi- 
nation que j + * avais complètement oubliée. Quand je me masturbais 
autrefois, je me répétais : « Deux femmes me prennent. » Je pense 
maintenant que c'étaient deux bonnes que ma mère a eues 'Q-ia ans), 
et alors je laissais la porte ouverte, en me déshabillant, pour qu'el- 
les viennent, me caressent, et même me maltraitent... A 8 ans, je 
suis tombé sur une édition non expurgée du « Voyage de Gulliver » 
et un passage m'a beaucoup frappé où d'immenses femmes s* amu- 
sent, avec le tout petit Gulliver, le posent sur leur corsage... et en- 
core d'autres jeux ! Je n'avais pas osé marquer ce passage, mais je 
le retrouvais facilement. Il a beaucoup fait travailler mon imagina- 
tion. Dès ce moment, j'ai eu des fantaisies dans lesquelles des bon- 
nes ou des bohémiennes vêtues de noir s J am us aient avec moi^ 
me mettaient entre leurs jambes ou sur leurs seins, me caressaient, 
me masturbaient et. # . ». Il est donc évident que le petit Gulliver est 
un symbole phallique. Nous verrons, tout à l'heure, quelle autre 
fantaisie se dissimulait sous celle-ci. La bonne en sarreau noir t 5a 
bohémienne en noir, etc., sont des renversements de l'image primi- 
tive de la mère en blanc, ou en chemise* 

Il s 'avère cependant de plus en plus, dans l'analyse, que tout son 
intérêt, pendant la fugue t se concentrait sur les hommes (militaires, 
musiciens, garçons de café, etc.). Une fantaisie sortit à ce propos : 
« Depuis longtemps je m'étais fait une imagination qui est devenue 
de plus en plus forte. Celle d'être V objet de V admiration et de Y af- 
fection d'un homme riche et gentil, qui aurait fini par me prendre 
-sous sa protection, ou me faire son secrétaire. Alors j'aurais été 
complètement heureux, etc. ». Cette fantaisie traduit l'attitude pas- 
sive envers le père et s*associe à une ancienne et vive Jalousie con- 
tre le frère aîné, ainsi qu'au désir d'être le préféré du père et l'objet 
de son admiration. Dans le traitement, elle amorce le transfert po^ 



l'argent et i>;s nhv rosés 701 



sitif homosexuel et se heurte à une vive résistance. Une fois avouée, 
«elle amena une quantité de rêves. Nous n'en citerons que quelques- 
uns. 

RÊVES 1°) Je suis accroupi par terre. Derrière moi il y a aussi 
un homme accroupi. C'est un gros capitalisiez. Il s'avance vers 

moi J'ai très peur. Quand il est tout contre moi, je sens son organe 

mais il est tout petit Angoisse affreuse. C'était un cauchemar. 

Le capitaliste gros 011 gras est un type d'homme qui lui répugne, 
qui l'inhibe (censure de la pulsion). Il est au contraire fasciné par 
le type maigre, élégant, <r anglais », qui a de la ligne. Accroupi s'as- 
socie à \V\ C. etc., ; l'organe tout petit à une terreur de l'érection* 
.suite d'un traumatisme infantile. Cette terreur consciente était un 
produit réactionnel du complexe de castration d'une part, du désir 
homosexuel de l'autre. Ces deux facteurs sont à la ta se de l'impuis- 
sance et ont largement contribué à le pousser dans l'auto-érotisme 
■anal* 

2°) Dans un café (un de ceux qu'il préfère pendant la fugue) le 
tenancier lui prend quelque chose et le met. sous clef, Puis un ignoble 

individu- complètement ivre monte sur la table et exhibe un 

pénis énorme, tout rouge, suite d'érection monstrueuse Terreur. 

Réveil. 

Analyse : Après avoir été châtré par le tenancier, il réalise un 
second désir, celui d'être la victime, comme il dit, de cet exhibition- 
niste ivre. A la suite de cette interprétation sortît le traumatisme 
primitif, soit la vue du pénis paternel en érection. D'où terreur et 
pulsion agressive contre cet organe, lequel, en un second temps, 
d'objet d'agression sadique qu'il avait été tout d'abord est devenu, 
par régression anale, objet de désir passif. Ceci s'est passé vers 3 ans. 
Beaucoup plus tard, Julien adolescent sera épouvanté par l'idée, née 
dans un établissement de bains, qu'à la suite de l'onanisme l'organe 
devienne toujours plus grand, plus énorme, et qu'alors ça se voie": 
« A la fin j'étais sûr que tout le monde le savait et fixait tout le 
temps mon organe*. .*. Et je pensais que çà donnait une grave maladie 
et qu'il faudrait m 'opérer, etc » 

A cette époque comme déjà dit, il avait été séduit par un jeune 
voisin de son âge, qui s'était en outre livré à des agressions orales 
et anales. Ce nouveau traumatisme a joué un rôle capital* Julien au 
comble de l'angoisse rompit brusquement ces relations* Depuis lors, 
ce type lui est devenu odieux. Eh bien, aujourd'hui pendant l'ana- 
lyse précisément du transfert positif, il sort la fantaisie suivante qui 
lui est venue au cours d'un acte d'onanisme pratique au retour d'une 
fugue : a Autrefois c'était toujours pendant que je me masturbais 
que venait l'imagination que deux femmes en sarrau noir me pre- 
naient. Cette fois ce fut d'abord çà ; mais tout à coup cet homme 
odieux: et gras, avec ses grosses lèvres est entré dans la chambre, il 

est venu vers moi, m'a déshabillé, caressé etc puis j'ai réalisé 

avec intensité un acte de pédérastie dont j'ai été la victime. Un grand 



702 REVU1Î FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



nombre de faits de ce genre ont fini par démontrer que la fantaisie 
passive, et réalisée parfois au cours de certaines fugues, d'être 
l'objet de caresses perverses de la part d'une femme inférieure n'était 
au fond qu'un écran. Bien qu elle ait accompagné en sourdine toute 
sa vie imaginative erotique depuis la puberté , elle ne faisait que 
recouvrir l'autre fantaisie plus refoulée d'être la « victime » (anale) 
d'un homme inférieur et repoussant, laquelle fut en quelque sorte 
sublimée dans le désir obsédant d'être 1 objet de l'aiîection d'un 
homme supérieur, riche et distingué (substitut paternel). Le capita- 
liste, l'homme pourvu de beaucoup d'argent, c* était en fin de compte 
l'homme, pourvu d'un gros pénis , d'une puissance sexuelle énorme. 
Il y a donc dans le complexe paternel comme dans le maternel, une 
série haute et une série basse (29). 

Nous avons dit plus haut qu'il avait transféré ces tendances per- 
verses sur l'épouse, femme très énergique et bien plus masculine que 
lui à beaucoup d'égards. Or les rêves suivants montreront ce qu'il 
avait inconsciemment recherché en elle. II les eut à la même époque, 
alors qu'il en était enfin venu à pouvoir supporter de coucher dans le 
lit de celle-ci. 

3 ) Ma femme parle d'un savant allemand (l'analyste) et explique 
qu'il a wi drôle de tîe à la figure. Pais elle V imite.., et peu à peu 
prend une tête d'homme qui devient affreuse, énorme, et toute rouge, 
gonflée (symbole d'érection). J'en ai une honte affreuse devant mon 
frère. 

4°) « Un hommt est couché à côté de hkii il m'attire toujours 

plus avec les pieds et les jambes. J'étais horriblement gêné car c'était 

une avance Je me réveille en sentant son corps sur mon dos t avec 

dégoût. Et c'était ma femme. Alors un fort désir me prit, et j'ai 

eu pour la première fois l'impression que c'était un désir naturel et 
véritable qui me poussait vers elle. » 

Joli exemple de ce fait qu'une fois qu'un désir refoulé est redevenu 
conscient, il est facilement condamné et écarté par le moi et ne peut 
plus s'opposer à ses désirs normaux. Sa femme représente toujours 
pour lui, quand il est dans une situation homo-sexuelle, une femme 
phallique. 

Dans d'autres situations, elle représente sa propre féminité qu'il 
cherche à projeter sur elle. 

5°) Je me promène sur le trottoir avec X, Mais j'ai un chapeau 
de femme sur la tête* Je suis horriblement çfatê car je n'arrive pas à 
Voter. 

X, est un inverti, une « tapette notoire », d'allure très féminine, 

■ 

(29) L'analyse a fait ressortir un grand nombre de souvenirs relatif? a mur 
époque, où, jeune garçon, les tendresses et les caresses de sa mère lui 
étaient insupportables (ce enri est fréquent) mais où par contre ecïles du 
père lin procuraient un plaisir immense et fort suspect. C. O. 



l'argent et les névrosés 703, 



auquel Julien par conséquent s'identifie en faisant le trottoir avec lui. 
Le chapeau lui rappelle celui de sa femme. 
Le rêve continue ainsi : 

6°) Dans une chambre. Il y a un danger. Cambrioleur f }e suis 

avec ma femme et mon père. Mais le danger v J existe que pour moi, 
pas pour eux. Ils peuvent avoir des rapports se.\ueïs mais à moi 
cest défendu. 

Dans le premier fragment du rêve, il s'identifie à sa femme (cha- 
peau) , Dans le second, sa femme le représente donc lui-même, ou 
mieux sa féminité, laquelle se fait alors valoir vis-à-vis du père. In- 
terprétation : Je peux (ou je désire) avoir des rapports Oiomo) sexuels 
avec mon père tandis que je ne peux pas avoir des rapports (hétéro) 
sexuels avec ma femme, en tant que mari, car il me sont défendus 
par l'angoisse de castration (danger) (30), Enfin le troisième frag- 
ment où sort directement la pulsion homosexuelle passive : 

7 ) Je suis accroupi par terre a la campagne, sur mir taupinière 

comme quand on veut déféquer. Tout à coup sort de cette taupinière 
un énorme serpent qui me menace. Dans mon effroi je me sauve der- 
rière un portail mais du mauvais cèié, c J est-à-dire devant t Ma femme 
qui est de Vautre côté et qui ne risque rienj se moque de moi. 

Autrement dit sa femme est du bon côté. Elle ne risque rien parce 
qu'étant femme, ses désirs féminins sont normaux, Elle, elle n J a ja- 
mais eu peur du serpent , au contraire, 

La fantaisie passive où une femme l'attaque, le manipule^ le ca- 
resse, Tonanise, et pratique aussi la fellation a été très forte et très 
obsédante. A un certain moment de l'analyse, il là transférera sur 
des femmes de la série haute- Par exemple, désir impulsif, d'aller se 
faire masser par une masseuse, ou traiter les dents par une femme 
dentiste, avec l'idée qu'elles lui feront quelque chose de sexuel. Mais 
après deux séances chez Tune ou l'autre, il interrompit ces soi-di- 
sant traitements en proie à une vive déception, L'élément principal de 
cette déception était d'abord qu'elles n avaient rien fait, mais sur- 
tout qu'elles étaient des femmes très propres et très soignées, qu'elles 
portaient un grand sarreau blanc impeccable. Alors il compense 
cette déception en allant assister tous les jours, malgré son travail, 
à la sortit des fabriques pour voir des ouvrières sales et mal soignées, 
et alimenter avec elles ses fantaisies. Mais là, nouvel échec de réali- 
sation. Alors l'idée de la fugue revint. C'était une règle absolue chez 
lui que ce retour à la fugue à la suite de chaque déception sexuelle^ 
répétition automatique de la réaction infantile ou après la déception 
primaire causée par la mère, il a élu le père comme objet, puis ré- 
gressé au stade anal* 

Il y aurait encore sur ce cas une foule de choses à dire. Il convien- 
drait notamment de démontrer, et nous pourrions le faire par une 

(30) Cambrioleur = image paranoïaque du père, C. (X 






704 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



multitude de rêves-, de fantaisies, ou d'associations, comment Julien 
enfant, après avoir dû renoncer à la mère qu'il avait tant aimée, la 
prît en haine (mécanisme de défense et dé vengeance à la fois) et nour- 
rit contre elle de violents désirs d'élimination et de mort. Comment 
ensuite, il s'identifia à elle dans une situation masochiste pure, ce 
qui devait développer plus tard quantité de fantaisies obsédantes où 
toujours, il sera malade, blessé, l'objet d'agressions sanglantes, etc.. 
Dans une série de cauchemars, il est à la guerre et brutalement atta- 
qué puis a enterré » par l'ennemi. Il a aussi la « manie des enter- 
rements », mais seulement des enterrements de femmes {parentes, 
connaissances éloignées ou même inconnues), lesquels exercent sur 
lui un -attrait irrésistible. C'est pour lui une réelle jouissance de por- 
ter le deuil. Il a toujours désiré a être plaint » et joui d'être un objet 
de pitié. Dans ses fugues, il raconte souvent à des inconnus ou des 
gendarmes tous ses malheurs, et il se met à pleurer. Au café, les 
larmes lui viennent facilement aux yeux. Autrefois il aimait être 
malade, être soigné ; il jouissait de la souffrance, et a fait de longues 
maladies, soi-disant organiques, que son inconscient a soigneusement 
entretenues. Marié, toutes' ses fantaisies brodent sur le thème de 
Félimination ou de la disparition de sa femme. En proie à une pro- 
fonde dépression, l'idée lui est venue : « La seule chose qui pourrait 
me sauver, c'est de me louer une chambre à (autre quartier popu- 
laire) et d'aller y habiter seul c'est uniquement comme çà que 

je pourrai me remettre au travail. » Quand sa femme s'absente, il se 
sent mieux et reprend courage. A la gare, quand il va F attendre à 
son retour, il pense tout à coup :,«. « Si le train avait déraillé! » 

Mais tout ce vaste matériel masochiste-féminin nous entraînerait 
trop loin. Bornons-nous à l'essentiel en rapportant encore un ou deux 
faits susceptibles de mettre en évidence la forme anale des pulsions 
féminines-passives. 

Par exemple, le rêve suivant composé de trois fragments : 

A, Mon ami X. f avec énormément d'habileté remet un pied a un 
tabouret. 

X. est une condensation de deux individus, l'analyste et un ami 
plus âgé dont il a brusquement vu un matin, à dix ans, l'organe en 
érection (trauma,). C'était un type extraordinaire, très déluré, par* 
Jant sans cesse de choses sexuelles et de petites femmes, et à qui tout 
réussissait. C'est donc un type qui a surmonté ou résolu la castra- 
tion (remettre un pied au tabouret), 

B Je suis malade, au lit, entortillé dans des couvertures. Je vois 
mon infirmière en blanc, très belle femmg qui vient pour me détor- 
tiller et m f arranger. C'est M"* X. 

M me 2T« c'est la femme dentiste en question. Dans un autre rêve 
elle était là aussi et une dent tombait de la bouche de Julien (castra- 
tion). La dentiste est la femme phallique qui pratique des agressions 
dans la cavité buccale avec des instruments. Dans le rêve, maladie = 



■ "■ ^^-^— ^^m—^^m^^^^—^—^ 



l/ ARGENT ET LKfi NÉVROSÉS 705 



castration = passivité = infantilisme. Julien se livre à cette femme- 
homme. Surtout une quantité de souvenirs d'enfance où sa mère eu 
tablier blanc le soignait, Pôtait du lit pour le mettre sur le vase, 
lui retirait des oxyures de l'anus avec une épingle â cheveux, lui 
donnait des lavements, etc 

C Je suis complètement nu et un gros serpent inattaqit-e par der- 
rière; et quand sa tête est dans Vanus, j J ai une telle angoisse que je 
me réveille, C* était un cauchemar. 

L'antithèse affective est frappante : en A, sentiment d'infériorité; 
en B, sentiment de bonheur, de cal me , de tranquillité ; en C angoisse. 
Ce fut, en effet, une des phases les plus ardues du traitement que 
celle où la fantaisie passive envers la femme dut céder le pas à la 
fantaisie passive envers l'homme et où celle-ci vint se transférer sur 
T analyste. Mais ce fut après ce transfert que les fugues cessèrent, 
-et mieux encore que toute idée de fugue disparut. Car alors l'analyse 
offrit une satisfaction psjThique substitutive aux tendances perver- 
ses. Ajoutons enfin, que nous pûmes reconstruire toute une période 
de son enfance au cours de laquelle il fut tout simplement masturbé 
par une nourrice, 

A la suite du paragraphe de l'emprunt, nous avions relevé, d'autre 
part, sa manie, comme jeune homme^ d'augmenter, de « corser » 
toujours plus ses achats en face du vendeur, et ceci pour éviter Tan- 
goisse d'être inférieur, ou d'être taxé de « pauvre type », de « rien 
du tout », qui n'a pas le sou. Eh bien cette impulsion incoercible est 
ressortie plus tard, au cours du traitement, mais s'est faite alors va- 
loir uniquement à l'égard de certains fournisseurs assez grossiers (31} 
avec lesquels ses affaires le mettaient en contact, et auprès desquels 
il doublait, triplait ses commandes. Il finit ainsi par accumuler tout 
un stock de marchandises parfaitement inutiles. Or on a deviné 
maintenant la pulsion profonde, qui, au niveau anal, déterminait un 
comportement pécuniaire si sttipide de la part d'un jeune débutant 
qui manque tellement d'argent au moment où il crée une affaire. Le 
fournisseur grossier n'est autre que l'objet homosexuel inconscient 
en face duquel Julien cherche à se faire aussi femme que possible en 
lui versant, en se dépouillant d'autant d'argent que possible. Sorte, 
en somme» à l'instar du gaspillage de la fugue, de diarrhée ou de fla- 
■ tu sis me symbolique. 

Concluons. Julien fut dès toujours un homo-sexuel sans le savoir. 
'Telle a été sa maladie. Et pourtant, sa grande et constante, obsession 
fut ce qu'il appelait le « mystère de la femme », <s îe grand mystère 
de toute sa vie ». Vis-à-vis de la femme élégante, jolie, soignée, 
en un mot féminine, nous le savons, c'était le « calme plat », l'inhi- 
bition. La femme au contraire un peu perverse et sale, ou « louche » 
selon sa propre expression, ou encore la femme en sarreau noir, ou 
blanc comme la masseuse ou la dentiste, la femme vêtue d'un grand 

(31) Il les appelle des *r marlous ». C, 0, 

ElïVtft FRANÇAISE DE PS YCH ANALYSE 7 



70Ô EEVÛE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



manteau neutre, l' ouvrière en tablier ou la plébéienne qui s^affuble de 
n'importe quoi, en un mot la femme non-féminine, telle est l'image 
qui l'excitait et qui nourrissait sa fantaisie perverse. « Longtemps 
je n'ai pu m 'empêcher de déshabiller mentalement n'importe quelle 
femme de cette espèce que je rencontrais, mais jamais jusqu'au bout; 
et je m'aperçois maintenant que je le faisais tout le temps , dans la 
rue même, surtout dans la rue, comme dans un rêve, en oubliant 
tout le reste » Cette fantaisie obsédante de déshabillage s'ar- 
rêtait pourtant devant la nudité. Il fallait qu'un ultime vêtement 
masquât la région génitale et fessière, autrement dit masquât la. 
représentation concrète et insupportable de la castration, 

L'analyse dévoila le nwstère, Julien était ainsi liante par ce type 
ïn'bride de femme- homme parce qu'inconsciemment il recherchait 
-chez elle le phallus. Le mystère, ce n'était pas l'organe féminin, 
complètement tabouisé, ignoré, mais l'absence de phallus. Pendant 
plusieurs semaines du traitement, surgit une nouvelle obsession: celle 
de voir une femme aux cabinets {retour d'une fantaisie infantile re- 
foulée ayant eu la mère, puis des domestiques pour objet). Elle fut 
très forte et très pénible, mais très utile cependant. Kl le fit compren- 
dre à Julien le motif repoussant et inconscient de sa hantise, en lui 
révélant l'image représentée sur le mode anal, de la femme phalli- 
que, en lui rendant clair son désir de corriger ainsi la castration fémi- 
nine (le grand ni}? stère) et en lui démontrant enfin ce qu'il recher- 
chait vraiment chez ces femmes louches. 

'Peu après, il eut le petit rêve suivant : « Je suis aux W. t\ et 
j'expulse avec joie un-e saucisse. Mais elle s J arrête et reste sus- 
pendue Çà m*ennuie beaucoup ». En s'identifiant donc à la 

femme phallique, il satisfait <t avec joie » sa féminité par la cas- 
tration anale, puis tente un premier effort <r très ennuj^eux » de 
la corriger. Mais cet arrêt en chemin du boudin fécal signifie somme 
tonte, un compromis entre la tendance féminine (vider) et la solution 
auto-érotique (retenir). Et c'est ainsi à la suite d'innombrables corn- 
promis de ce genre que de tels malades finissent par guérir. 

Mais ce mystère avait une autre cause, essentiellement psychopa- 
tliologïque celle-ci. Au chapitre I, à propos du cas d'Adrien, nous 
avons rapporté un premier exemple de projection. C'est là un méca- 
nisme qui, pour être de nature paranoïaque en ce sens qu'il répond 
à une déformation aulistiquç, ou même à une négation d'une partie 
de la réalité, n'en joue pas moins un grand rôle dans les psycho- 
névroses. Dans toute psychanalyse, on est toujours uft peu à cheval 
sur la limite entre la névrose et la psychose. Et les incursions du 
malade dans le domaine paranoïde sont d'autant plus fréquentes que 
la névrose, comme celle de Julien, est plus narcissique* 

Pour lui, en effet, la femme inférieure, ou sale, se révéla dans un 
grand nombre de situations analytiques comme la projection de sa 
propre féminité anale. Nous sommes ici dans la série basse, c'est-à- 



l'argent et les névrosés 707 



dire qu'il s'agit de la projection de la pulsion perverse primitive, in- 
fantilemcnt grossière, en un mot anale. Tout à l'heure, par contre, 
nous avons cité un rêve de projection de la même pulsion» mais su- 
blimée, (ou mieux dont Télé ment anal malpropre était scotômîsé), sur 
l'épouse, c'est-à-dire dans la série haute, La femme supérieure, à ^e 
point de vue, symbolise la féminité « désanalisée 0. La preuve en est 
que Julien a toujours vécu dans l'idée, ou la fantaisie^ que les femmes 
« bien », vraiment féminines, étaient dépourvues d'appareil intes- 
tin o-an al* « Çà m*était impossible, m'a-t-il souvent répété, de penser 
qu'une femme supérieure doive aller aux cabinets. .. et quand je vou- 
lais y penser, çà n'entrait pas dans mon esprit.,, c'était exclu qu'elle 
ait cet organe dégoûtant.,, » Dans beaucoup de rêves, inversement , 
il était au café où il voyait des ouvrières être l'objet ^ de la part Je 
h marlous », de toutes sortes d'agressions sexuelles, niais surtout 
à tergo. Vers la fin de l'analyse, ces mêmes rêves revinrent ; mais 
alors, pris de dégoût, il pensait à sa femme et quittait le café. Ces 
ouvrières, autant de projections de sa féminité anale ! 

Quant au résultat économique considérable de ces mécanismes 
projectionnels, nous l'avons relevé déjà à propos d'Adrien, et nous 
n'y reviendrons pas ici. 

Nous espérons que le lecteur aura maintenant saisi la haute « va- 
leur de protection » que révèle la dite solution auto-érotique, en tant 
qu'elle protège le sujet contre les désirs pédérastiques refoulés. En 
transposant le mécanisme de défense dans le domaine pécuniaire, on 
saisira également comment il a protégé Julien contre des tendances. 
qui, sans son intervention, auraient parfaitement pu aboutir à la clep- 
tomanie , ou encore à l'une de ces « empruntomanies » qu'on ren- 
contre assez souvent dans des cas analogues à titre de symptôme 
essentiel ou secondaire* Rn revanche, ce même mécanisme l'a conduit 
à l'incapacité de gagner et de dépenser, soit en somme à une forme 
spéciale d'avarice. 

Revenons, pour clore cet exposé, à notre point de départ ; je 
veux dire à l'idée obsédante qui dominait toute la fugue : l'idée 
qu'« il doit se passer quelque chose », chose pour quoi il se réser- 
vait dix francs malgré qu'il ne se passât jamais rien* Or nous savons 
maintenant que cette obsession était une compensation, et que ce 
quelque chose aurait du être une agression anale par un homme. 



Epilogue 

- 

* Hier soir, dit-il, j'ai décidé d'aller au Concours hippique. Mais 
en chemin l'idée m'a pris d'aller au café. Là, après avoir bu et 
mangé, la fantaisie m'a pris que j'étais un cavalier célèbrej un de ces 
élégants officiers français qui ont un prestige formidable pour moi... 
<jue j'avais gagné le concours et qu'on me faisait une ovation » 

«Puis j'ai dévié. Sorti de ce rêve, mon attention s'est fixée 



708 KËVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sur la serveuse j J ai engagé une conversation avec elle, lui ai 

parlé très librement de sa santéj lui ai fait un cadeau » 

« Puis j'ai aperçu un homme, un de ces types très chics, maigres , 
et tout de suite je suis reparti dans mon imagïnatibn que j'étais 
l'objet de son affection, que nous faisions connaissance, qu'il m'emme- 
nait et me racontait sa vie privée (homme série haute = pulsion 
homosexuelle subligiée), 

« Puis il y avait dans un coin des ouvriers qui mangeaient une 
fondue au fromage, de ces types qui me dégoûtent ; dont la peau est 

sale et les formes vilaines Il 3^ en avait un surtout, très gros.-* et 

subitement j'ai réalisé l'acte homo-sexuel avec lui, mais je me le 
suis représenté comme une agression très brutale de sa part (série 
basse, objet de la pulsion), El alors, ça m J a tellement dégoUté que je 
suis sorti brusquement du café et que je suis rentré chez moi direc- 
tement. 

<* Ce matin* j'avais des choses difficiles et pénibles à faire. Autre- 
fois j'aurais remis tout à plus tard ou bien j'aurais été sombre et 
angoissé en allant au travail t.* Eh bien ce matin j'étais gai, mais 
très gai\ J'y suis même allé en sifflant sans aucune appréhension. 
Et naturellement le travail qui me paraissait une montagne a été très 
facile. Et j'ai imposé ma manière de voir à mes clients, alors qu'au- 
trefois c'aurait été une gènt épouvantable, un bredouillage, avec un 
sentiment affreux d'être inférieur et de rougir. Maintenant que je 
suis mieux que jamais, l'idée de la fugue t quand elle traverse mon 
esprit, me paraît complètement étrangère, Et quand je pense à ces 
cafés dégoûtants où je me réfugiais, j'y pense avec dégoût et avec 
horreur »• 

L'on peut.se rendre compte, par ces brèves citations, que le 
résultat de la cure psychan a ly tique a été, sommé toute, excel- 
lent. Aujourd'hui Julien dirige une affaire qui prospère . Il est 
devenu un vrai mari, Il a rétabli sa situation financière. Il ne 
fait plus de fugues. Et songeons pourtant qu'avant le traite- 
ment, il était tombé dans une phase fort inquiétante où ses 
fugues avaient fini par se succéder de façon presqu 'ininter- 
rompue, sorte v d*état de mal crépusculaire » pour lequel , en 
désespoir de cause, il fallut l'interner. Il y laissa d'ailleurs une 
fortune (32), Nous n'insisterons cependant pas davantage sur 
sa gué ris on, car le recul nous manque encore (un an seule- 
ment !) pour en apprécier la valeur et la stabilité. On ne sau- 
rait être trop prudent en pareille matière. 

Nous ne relèverons pour terminer que trois points. Le pre- 

{$1} Il dépensait alors plus de 100 ou 200 francs dans chaque fugue, C. O. 



i/argknt et i,ks névrosés 709 



mier est que ce syndrome f*gal répond en un mot à une cu- 
rieuse reviviscence chez un adulte de pulsions régressives, et 
qu'il reproduit dans leur succession originale tous les stades 
de cette régression • Il s J agit donc du déroulement d'une sorte 
de film prégénital an delà d'un complexe de castration irrésolu, 
déroulement dont un emprunt d'argent, soit une réaction lié- 
vropathique contre ce complexe, donne le signal. 

Ou en termes psychanalytiques en t plus précis , il s'agit 
d'un brusque soulèvement des tendances actives trop répri- 
mées, soulèvement révolutionnaire qui fait éclater ensuite un 
combat entre ces dites tendances et les tendances passives. Au 
milieu de cette lutte, intervient alors l'angoisse de castra- 
tion qui en affaiblissant, puis en anéantissant les premières > 
apporte finalement la victoire aux dernières . 

L,e deuxième point intéressera plus spécialement les psy- 
chiatres. C'est la production constante d'un état crépusculaire 
dès que et chaque fois que le malade tombe sous l'empire de 
ses pulsio3is passives (homosexuelles inconscientes), état cré- 
pusculaire d'autant plus prononcé que les dites pulsions sont 
réalisées de façon plus systématique, plus complète et plus 
variée (33)^ 

!Le troisième point attirera l'attention des psychanalystes. Si 
l'on réfléchit â ce cas, en en considérant l'ensemble complexe 
d\in peu plus haut, l'on ne tardera pas à en découvrir le 
nœud caché et central : c'est qu'au fond Julien n'a jamais 
pu supporter Î J infériorité. Toute sa vie, toute sa névrose ont 
consisté en une lutte acharnée contre la féminité, contre la per- 
version homosexuelle. Et c'est pour cette raison qu'il n'est 
pas devenu un pervers, mais bien un névrosé, et qu'il s'est 
réfugié finalement dans la solution auto-érotique. 

Ces faits prouvent clairement que la fonction génitale > et 
que le narcissisme masculin, s'étaient tout de même dévelop- 
pés. C'est là une circonstance favorable qui permet en pareil 
cas, et dans la névrose obsessionnelle notamment, de porter un 
bon pronostic. Mais si cet idéal viril s'est formé, il n'en est pas 
moins resté latent en raison du dualisme du surmoi, lequel 

(33) J J ar exemple, la fugue ; puis tes manifestations militaires, le cinéma, 
)c café, les W,-C. } le coiffeur, etc.. ; en outre, chaque fois q\i*ï\ est pris par 
une fantaisie obsédante* 



7tO REVUE FRANÇAISE D£ PSYCHANALYSE 



fait le jeu du soi, C'est donc ce dualisme que la psychanalyse 
doit toujours viser à supprimer* 



Conclusion 

Dans la brève introduction â l'étude de ces deux cas, nous 

énoncions tout à Flieure que le rôle étiologique joué par la 
« question d'argefit* dans les psychonévroses, n'était que sym- 
bolique,* autrement dit tout à fait secondaire .». Et c'est â des- 
sein que nous avons formulé ainsi cette proposition ; c'était 
pour prévenir le lecteur contre un abus. Mais après la lecture 
de ces deux observations, il la trouvera peut-être un peu trop 
catégorique. Et il aura raison. Car ces deux cas, du moins 
nous l'espérons, auront contribué â lui démontrer la grande 
valeur de cette fonction symbolique, en même temps que son 
polymorphisme et sa surdétermination. Ce sont là deux carac- 
tères, en effet, qu'on constate très souvent dans les psychana- 
lyses menées à terme. 

Si bien qu'en définitive, ce rôle symbolique est loin d'être 
secondaire. Mais ce que nous voulions dire, c'est que l'argent 
étant une valeur d'échange abstraite, l'inconscient ne peut 
l'apprécier ni le connaître comme tel. Il ne peut l'utiliser qu'à 
titre de chose matérielle > mais de chose matérielle qui se prête 
éminemment à la symbolisation des tendances libidinales in* 
fantiles grâce à sa fonction humaine et sociale si importante 
chez l'adulte* 

(À suivre), 



Sur les traitements 

j 

psychothérapiques courts 

d'inspiration freudienne 

chez les enfants 

Par Ed. Pichon et G, Parcheminé Y (i) 



La psychanalyse, en tant que mode d* investigation psycho- 

<£Îi nique, nous a fait connaître toute tme série de mécanismes 
psychiques par où s'engendrent des états névrotiques, ou 
même psychotiques, plus ou moins graves. 

Il semble logique d'admettre que nous puissions, dans les 
cas où nous n'allons pas jusqu'à instituer une psychanalyse, 
faire au moiris bénéficier les malades des connaissances psy- 
cho-pathologiques que la discipline clinique freudienne nous 
a fait acquérir. De fait, la clinique vient confirmer notre at- 
tente. 

Tout récemment notre ami Odicr a conté (2) comment il 
avait pu, en deux entretiens thérapeutiques, guérir une petite 
fille de onze ans d'une curiosité morbide qui commençait à 
^devenir socialement intolérable, 

Pour notre part, nous apportons ici deux faits cliniques de 
^uêrison d'un <c état nerveux » insupportable au moyen d'un 
seul entretien psychothérapique d'inspiration psychanalyti- 
que, 

{1) Mémoire parvenu à la Rédaction le 21 octobre 1928. 
(2) Ch, Odier, Curiosité morbide^ Archives de psychologie. Tome XX [> 
11° 81 , mars 1928, pp. 76 sqq. 



712 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






Le premier cas (3) concerne un enfant de onze ans, Pierre P„ v que 
l'un de nous avait soigné longtemps pour du rhumatisme cardiaque 
évolutif, et qui avait déjà, de ce point de vue, fait le sujet d'une 
publication antérieure . (4) . Ni chez lui, ni pendant les trois mois et 
demi (58 avril au 10 août 1924} passés à l'hôpital, l'enfant n'avait eu 
d'accidents psychopathiques analogues à ceux dont il va être question. 
Psychiquement, c'était un enfant très éveillé, très gai, recevant avec 
joie les visites de ses parents et de sa petite sœur, et se montrant af- 
fectueux et câlin envers les infirmières et envers nous- même* 

En juin 1925, après une année d'écolage écoulée très normalement, 
l'enfant entra de nouveau à l'hôpital des Enfans-MaladeSj où il fut 
soigné cette fois pour une fièvre typhoïde. Rien d'anormal encore ne 
fut remarqué au point de vue psychique. Aussitôt qu'on le leur per- 
mit,, l^.s parents le remmenèrent, et c'est chez eux que s'écoula la 
convalescence* 

C'est à l'automne de la même année que Pierre P„, m'est amené 
par sa mère pour des symptômes d'ordre psychique. Il est maintenant 
parfaitement guéri de sa fièvre typhoïde ; il n'a ressenti aucun nou- 
veau trouble rhumatismal ; bref, il ne donne aucune inquiétude ac- 
tuelle à ses parents au point de vue de la santé physique. Mais, lui 
auparavant enjoué et même hardi, il est devenu grognon et pleurni- 
chard. Il refuse absolument d'aller à l'école, où l'année précédente il 
se rendait hardîment et où même il se chargeait de conduire sa petite 
sœur. Il reste maintenant à la maison , où, dès son lever, il rejoint sa 
mère pour ne plus la quitter de la journée ; c'est littéralement qu'on 
peut dire qu'il se blottit dans ses jupes et s y cramponne, au point 
même qu'il la gêne grandement dans ses travaux ménagers. Monsieur 
P.,,, bien que ce] ê lui soit très incommode à cause de ses heures de 
travail, s'astreint quelquefois à mener Pierre par la main jusqu'à 
l'école pour en débarrasser sa femme ; mais alors Pierre boude dans 
un coin de la classe, ne prenant aucun intérêt à ce que dit l'instituteur, 
ne répondant pas aux questions s et ayant même de longues crises de 
larmes : devant ce comportement, l'instituteur a demandé qu'on ne 
le ramenât plus à l'école avant de l'avoir fait soigner pour son « état 
nerveux », 






A l'examen de Pierre P,. M il est facile de se rendre compte 
que son fonctionnement intellectuel n'est pas atteint. C'est à 
un trouble affectif que ] 'on a évidemment affaire. 

{3) Observation de M. Pi chou* 

(4) E, Pic] ion, Le problème du rhumatisme cardiaque évolutif chez l'en- 
fant, Revue de Médecine, 1924, voir pp, 617 sqq. 



PSYCHGTHÉRAPÏÏÎS COURTES CHEZ LES ENFANTS 7*3 

IJ nous faut indiquer, pour l'intelligence de ce qui va sui- 
vre, que nous savions que Pierre couchait depuis plusieurs an- 
nées , et avait notamment couché durant tout l'intervalle en- 
tre ses deux séjours aux En fans-Malades, dans un petit ca- 
binet assez éloigné de la chambre de ses parents, — 

Aussi ridée nous vint-elle d'amener la conversation sur le 
logement des P.,., que nous avions le plaisir de connaître, et 
de demander à la mère du bambin : « Et Pierrot couche- 1- il 
u toujours dans sa petite chambre ? » Nous apprîmes alors 
que, pendant la convalescence de la dothîénentérie et jus- 
qu'aux derniers jours avant l'essai de remise de Pierre à 
l'école, ses, parents, soucieux de pouvoir étroitement surveil- 
ler les incidents de la santé plrvsique d'un enfant qui durant 
deux années successives leur avait donné tarit de, diverses 
inquiétudes, l'avaient fait couche] - dans leur propre chambre, 

Muni de ce renseignement, nous priâmes la maman de nous 
laisser seul avec Pierre. Sans faire aucune allusion directe à 
l'observation que Pierre avait pu faire du coït de ses parents, 
nous nous contentâmes d'expliquer à Pierre que les parents 
avaient pour fonction de préparer leurs petits garçons à deve- 
nir des hommes, et qu'à cet égard ses parents, qui lui avaient 
donné tant de preuves de leur sollicitude, méritaient toute 
l'affectueuse reconnaissance que je savais qu'il leur donnait ; 
mais qu'un enfant n'avait pas à demander davantage ;-que sa 
maman était la femme de son papa et non pas la sienne ; que 
son père et sa mère s'étaient choisis l'un l'autre quand ils 
étaient jeunes, avaient fait leur vie et monté leur maison en* 
semble, avaient eu des enfants ensemble, et que dès lors il 
était naturel qu'ils eussent entre eux une intimité à laquelle 
leurs enfants ne fussent pas admis ; mais que sa part à lui, 
Pierre, était largement aussi belle que celle de sou père, Son 
père avait derrière lui les plus belles années de la jeunesse ; 
lui au contraire avait tout l'avenir devant lui. J'étais sûr que 
déjà il s'intéressait, très légitimement et en toute honnêteté, 
aux petites filles de son âge. Bientôt, il allait arriver à l'âge 
où les poils poussent, où Ton devient un homme ; il fréquen- 
terait les jeunes filles, et, à son heure, en choisirait une pour 
sa femme à lui ; c'est à cela qu'il fallait penser, vers cela qu'il 
fallait s'orienter, au lieu de se cramponner aux jupes de sa 



«^^ 



714 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



maman, comme un bébé n'ayant pas encore compris la vie. Il 
allait être un grand garçon ^n'est-ce pas ? 

L'entretien avait duré un peu plus d'une demi-heure* Pierre, 
maintenu debout, entre nos genoux, face à nous-mêmc qui 
étions assis, avait écouté attentivement ; il avait lancé quelques 
protestations d'affection envers ses parents au moment où nous 
avions parlé de cela ; plus tard de grosses larmes lentes 
s'étaient mises à lui rouler sur les joues. Quand nous eûmes 
irai, nous le prîmes sur nos genoux, le confortâmes, l'embras- 
sâmes, puis le reposâmes à terre en lui disant que nous ne 
rappellerions sa maman que quand lui-même le jugerait oppor- 
tun. Au bout de cinq minutes environ, les yeux séchés, il nous 
pria de la faire rentrer. Nous ne donnâmes â la mère, qui était 
pleine de confiance en nous, aucune explication sur l'entretien 
<jue nous avions eu avec l'enfant. 

Dès le lendemain, Pierre retournait à l'école, reprenait le 
^ours normal de ses études, et abandonnait, à la maison, son 
comportement pathologique. Nous avons eu l'occasion de re- 
voir Pierre P. le 17 octobre 19285 c'est-à-dire trois ans après 
les événements que nous venons de relater : il a quatorze ans, 
il est pubère, il poursuit normalement sts études et ses parents 
ne se plaignent nullement de son caractère : tout au plus lui 
reprochent-ils une pétulance toute naturelle à son âge et qui 
ne risque d'être fâcheuse qu'en raison des ménagements qu'il 
y a lieu d'avoir envers un cœur porteur d'une lésion mi traie. 






Certainement, une intervention thérapeutique aussi courte 
n'a pu toucher que les mécanismes psychologiques les plus 
superficiels, et nous ne voudrions pas prétendre avoir obtenu 
ici aucunes données comparables à celles qu'eût éventuelle- 
ment pu fournir un traitement plus prolongé, et mené suivant 
les règles classiques de la psychanalyse. Mais pareil traite- 
ment eût-il été utile , au cas de Pierre P. ? Il ne le semble pas. 
Vraisemblablement il s'agissait d'une évolution libidinale se 
poursuivant en gros de façon normale, et n'ayant subi qu'un 
accroc, du fait d'une circonstance occasionnelle qui' avait re- 
donné, au vieux complexe œdipien en voie d'évolution normale* 



- — — ■ - _ ^_ 1 __ll__! ,__^___ 

PSYCHOTHÉRAPIES COURTES CHEZ LES ENFANTS 715 

une nouvelle vigueur, en lui fournissant un aliment sexueL 
Que si l'intervention thérapeutique, si courte, voire superfi- 
cielle, soit-elle, a suffi à stopper l'accroc, il était inutile d'aller 
plus profond. 

D'ailleurs, comme M, Freud lui-même l'a bien montré, les 
névroses se présentent dans l'enfance à l'état naissant. Les 
complexes où elles ont leur source sont encore actuels ; les mé- 
canismes psychologiques génétiques des névroses sont encore 
à fleur d'eau, À cet égard, l'observation suivante est très ins- 
tructive, car elle nous montre sur le vif le mécanisme psycha- 
nalytiquement classique de la formation d'une névrose obses- 
sionnelle, 

■ 

L'enfant Paul (5) est amené à l'un de nous par sa mère, en juin 1928. 
Depuis quelque temps, dit-elle, l'enfant, jusqu'alors normal, présente 
une modification profonde de son caractère : il est devenu sombre, 
inquiet, taciturne ; il vit avec une terreur perpétuelle des microbes et 
des maladies, et surtout, nous dit la mère, chose étrange, il passe ses 
journées à se laver les mains ; si par inadvertance ses mains touchent 
un objet quelconque, il faut qu'aussitôt il se les relave ; aussi pour 
éviter tout contact tient-il constamment ses mains élevées, l'avant- 
bras en demi flexion. 

Ces troubles ont coïncidé avec les préoccupations religieuses précé- 
dant la première communion, et ont eu leur maximum dès le lende- 
main de cette cérémonie ; c'est de ce jour que date notamment la 
eo m pulsion obsessionnelle à se nettoyer sans cesse les mains. 

Un interrogatoire plus précis donne les renseignements suivants : 
c'est en mai que l'enfant a commencé à présenter des réactions anor- 
males : a^yant été à confesse i il prétendait le lendemain qu'il n'était 
plus en état de grâce, et qu'il devait se confesser à nouveau/ Le prêtre, 
le voyant en cet état d'inquiétude, le consola et lui dit qu'il ne fallait 
pas être trop scrupuleux , et que, s'il avait oublié un péché, il en fe- 
rait part au confesseur la prochaine fois. 

Quelques jours après, l'instituteur faisait une leçon sur les micro- 
bes et les maladies qu'ils causent. L'enfant rentra à la maison, très 
préoccupé, nous dit la mère. Le lendemain, il arrivait en criant a j'ai 
avalé des microbes », en se tenant la gorge et en disant : g je vais 
mourir, » Sa mère réussit à grand 'peine à le calmer. Dans les jours 
suivants, même crise de terreur et de désespoir, Paul ayant été en 
«contact avec un petit ami, soigné naguère pour tuberculose. 

(5) Observation de M, Parclieinjney. 



rtk* 



716 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Puis progressivement Paul se déclara très fatigué ; il refusa la 
nourriture habituelle. Ra mère parvenait à lui faire prendre des ba- 
nanes ou des oranges, parce qu'il était sûr que personne n'en avait 
touché l'intérieur* 

Le vendredi, avant- veille de sa première communion , en revenant 
de la retraite, Paul rentra à la maison, ne voulant plus avaler sa sa- 
live, soi-disant parce que le prêtre avait un cancer de l'estomac et 
avait pu le contaminer par son haleine ; il était en proie à une crise 
aiguë de désespoir ; il se rinçait continuellement la bouche avec des 
antiseptiques. Le lendemain, veille de la première communion, H 
rentra dans un état analogue, déclara qu'il n J était pas en état de grâce 
pour sa première communion solennelle, qu'il ne communierait pas 
et se contenterait d'en faire le simulacre* L'on n'arriva à le calmer, 
et à le mettre en état de s'endormir, que sur la promesse que sa mère 
irait trouver le prêtre je lendemain, et que celui-ci lui donnerait 
V absolut ion • 

Le dimanche, pendant la cérémonie, Paul se comporta assez bien. 
Toutefois au moment de la bénédiction du pain, une brioche étant 
tombée à terre, le suisse la ramassa et la remit dans le panier ; quand 
on distribua les brioches aux enfants, Paul refusa d ? en prendre au- 
cune, arguant qu'il pourrait avaler celle qui était tombée sur le sol 
auparavant. 

Au retour de la cérémonie, à déjeûner, il se dérangea vingt à trente 
fois pour aller se laver les mains, se rincer la bouche, se passer les 
lèvres et la figure à l'eau de Cologne ; il était profondément triste ; 
impossible de le faire sourire ; et il refusait de s'alimenter. 

Depuis ce moment jusqu'à notre visite médicale, cet état de choses 
13 J a fait qu'empirer. Pendant ces quinze jours, il fallait continuelle- 
ment au cours des repas changer de fourchettes, d'assiettes, etc.. 
Paul ne voulait absorber que des biscottes, le pain n'étant pas vendu 
enveloppé. Mais le symptôme capital, comme nous l'avons dit plus 
haut, était que l'enfant passait son temps à se laver les mains, sans 
même les essu}>er, de peur que la serviette ne fût pas assez propre : 
il tenait continuellement ses mains en l'air, afin qu'elles ne touchas* 
sent à rien ; et dès le moindre contact avec un objet, il courait se les 
relaver. 






Dès que nous eûmes terminé notre enquête sur l'histoire 
clinique de cette affection psychique, nous demandâmes à la 
mère, hors de la présence de Paul, s* il ne se touchait pas. La 
mère répondit qu'elle n'avait jamais surpris, de la part de 
son enfant, aucun acte de nature sexuelle. Elle est très affir- 



IMIBBa^^rt^M^^MUta^.^mM 



PSYCHOTHÉRAPIES COURTES CHEZ LES ENFANTS 717 

niative sur ce point. D'après elle, l'enfant serait dans l'igno- 
rance complète de la masturbation et de toutes les autres ques- 
tions sexuelles. L'enfant, dit-elle > a toujours été très suivi et 
surveillé par elle, (6) Malgré ces dénégations, la genèse de 
l'obsession de Paul nous apparaissait clairement. 

Ayant pris l'enfant à part, nous lui demandâmes tout 
•d'abord si lors des confessions, il avait toujours avoué au prêtre 
ses pratiques sexuelles. 

Dès cette première question l 'enfant nous raconta que de- 
puis plusieurs aimées il se livrait à l'onanisme, mais sans con- 
trainte morale, semble-t-ih 

Par contre , dès les premières instructions religieuses, il 
avait éprouvé un sentiment de culpabilité, d'action honteuse, 
défendue, et susceptible de châtiment. 

L^s semaines précédant la cérémonie de première commu- 
nion s'étaient écoulées pour l'enfant dans une lutte entre ses 
pulsions masturba toi res et la crainte du châtiment, c'est-à- 
dire dans une tentative constante, plus ou moins réussie, de 
répression : c'est pourquoi l'enfant, que Ton qualifiait de scru- 
puleux à l'excès, ne se sentait pas suffisamment soulagé par 
les paroles de son confesseur. 

À cette époque se place, sur ce fond de culpabilité anxieuse, 
l'émotion violente causée par une conférence du maître d'école 
sur les microbes et les maladies. Immédiatement apparaît la 
phobie de la maladie et la peur de mourir, telles qu'elles ont 
été décrites plus haut. 

Puis apparaît le dernier traumatisme psychique qui trans- 
forme en un refoulement complet une répression plus on moins 
réussie. 

L'enfant raconte s'être de nouveau, la veille de la cérémonic 
de première communion, pendant ïa nuit,livré à la masturba- 
tion, alors qu'il venait de faire une confession ultime avant la 
cérémonie. 

Dans les heures qui précédèrent cette communion, ce fut, 
pour lui, une torture et une souffrance terribles que l'idée de 
ne pas être en état de grâce pour communier ; or, au dernier 

(6) ^ Nous notons d'autre part que, pendant les trois premières années <lc 
sa vie, Paul est resté sans connaître son père, celui-ci étant alors à la 
guerre. G, P, 



■ ■■I ■■ « 



718 REVUE FRANÇAISE DE PSVCHAKALYSE 



moment, il semble qu'il n'ait pas reçu du prêtre une conforta- 
tîon adéquate à ce profond sentiment de peur et d'indignité, 
cet ecclésiastique lui ayant parlé avec beaucoup de bonté et de 
bienveillance, mais ayant mis sur le compte d'un tempérament 
scrupuleux à l'excès le bouleversement affectif de l'enfant, 
alors que celui-ci savait avoir « péché » en effet > et requérait 
le pardon implicite de ce péché . 

« Depuis ce jour j>, nous dit Paul^ « jusqu'à maintenant, 
« je ne me suis plus livré â aucun acte défendu ; je n'en avais 
« plus envie : cela ne me disait plus rien, n 

Interrogé sur sa « manie » de se laver les mains sans cesse, 
l'enfant me répond : « Je sais bien que, comme mes parents le 
« disent, j'ai les mains propres, mais c'est plus fort que moi, 
« il y a quelque chose qui me force â le faire (7), » 

Nous expliquons à l'enfant les grandes lignes de la sexua- 
lité, son but, en nous efforçant de lui montrer l'absence de tout 
caractère coupable ni honteux, et en insistant sur sa peur du 
châtiment, de l'enfer etc. Puis nous lui montrons le plus clai- 
rement possible le pourquoi de ses obsessions et leur méca- 
nisme. 

.Dans les semaines qui suivent, la mère nous écrit qu'une 
amélioration étonnante s'est produite, et qu'à part quelques 
incidents (émotion à l'occasion d'une piqûre de mouche), l'état 
de son fils n'est plus comparable à ce qu'il était avant notre 
intervention. 



* 



Cette dernière observation a le grand intérêt de nous mon- 
trer sur le vif, comme nous le faisions pressentir ci-dessus, la 
genèse d'une névrose obsessionnelle. 

La période d'invasion de la névrose commence le jour où 
entre dans le psychisme du malade la notion que la masturba- 
tion est à bannir. Entre la force de la pulsion interdite et 1! ef- 
fort conscient de répression, une lutte s'engage. I3t cette lutte 
s'engage â cet âge même que M, Odier {8} nous signale comme 

(7), Belle illustration clinique, par les paroles mêmes d'un malade, de la 
notion de compulsiov obsessionnelle (en allemand ; Zwang), R P. — <*■ P. 

(8) Ch. Odier, La névrose obsessionnelle* Revue française de psychana- 
lyse, tome I, p. 483. 



^^^^^^^^^n^^^^m 



PSYCHOTHÉRAPÏES COURTES CHEZ LES ENFANTS 719 



particulièrement important pour la genèse de la névrose obses- 
sionnelle- Toutefois, tant que l'instance morale naissante (sur- 
moi en formation) peut maintenir la lutte sur le ter rein plei- 
nement conscient, et sans déguisement, l'on n'est pas encore 
entré dans la névrose. 

Mais très vite l'instance morale encore imparfaitement for- 
mée laisse en quelque sorte glisser dans l'inconscient une par- 
tie du sentiment de culpabilité, qui se transforme en besoin de 
punition. Là peur du châtiment s'accentue, et prend texte de 
la leçon de l'instituteur sur les maladies microbiennes pour se 
déguiser ; le malade a peur de la mort, mais il donne comme 
cause consciente â cette peur les nuisances microbiennes, et 
preinl contre elles des mesures de défense qui tendent vers le 
cérémonial obsédant. 

Après deux mois d'un pareil état, le conflit atteint son plus 
haut période; le jour de la première communion , on peut consi- 
dérer qu'on entre dans la période d'étal de la maladie, â savoir 
la névrose obsessionnelle proprement dite : en effet, la répres- 
sion n'a plus lieu de s'exercer ; le refoulement a fait disparaî- 
tre toute la sexualité dans l'inconscient, de sorte que Paul ne 
ressent plus aucune sollicitation erotique. Mais si la a repré- 
sentation )>, la substance du péché, est ainsi bannie du cons- 
cient, l'affect obsédant persiste dans le psychisme sons forme 
de compulsion obsessionnelle (9), et le jeune garçon se voit 
forcé de se laver les mains à tout bout de champ. Il y a 
d'ailleurs lieu de remarquer que c*est sur les mains, outil de 
la masturbation, que la compulsion au lavage s'est finalement, 
localisée (10). 

À cet égard il convient d'ailleurs de faire observer que Tétat 
névrotique dont nous venons d'essayer d'indiquer sommaire- 
ment la genèse, n 'a sans doute pu se développer, que par super- 

(9) Cf, Ch. Odîer, loc. cit, p. 433* 

(10) Sur ce rôle des mahts comme organes censés * responsables » de la 
masturbation, cf. Jacques malade de M me Morgensteni, qui dessine une 
scène où, par déplacement des choses cou cernant v Jacques sur la psvch ana- 
lyste elle-même, 011 coupe les mains à celle-ci, parce que ces mains sont 
a mauvaises » (S, Morpfensterci, Un cas de mtttiswi-e psvckogèw t Revue 
française de psychanalyse, t. I, p. 499, et planche XVT t fig, 22.) Cf. aussi 
la main « noire » du rêve de M, G,. TJ rapporte par M, Allendy (R. AUendy, 
Sentiment d'infériorité, homosexualité et complexe de castration* Ibid. T 
pp. 506 et 507), E. P. — G. P. 



^^^■«^PW^^^i^BIHIMril^^^^^^^mi 



720 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



position à un noyau infantile profond, qui s'est trouvé sensibi- 
lisé par les circonstances et qu'une p$3^chanàlyse seule aurait 
pu mettre en évidence. Le refoulement effectué à. l'occasion de 
l'acte de la communion nous autorise à croire que, selon toute 
vraisemblance, cet acte trouvait, au plus profond de l'incon- 
scient du sujet, un écho, une résonance particulièrement forte, 
dans une situation œdipienne mal liquidée. Avant la période 
d'invasion par laquelle nous avons commencé notre petit 
résumé du cas a donc dû exister une période d J incubalion. 

Quoi _ qu'il eu soit," notre entretien thérapeutique, bien 
qu'unique, paraît avoir étouffé la jeune névrose au sortir 
même de l'œuf. 






Nous voulions montrer que cliniquement, il est quelque- 
fois possible de faire bénéficier les malades des connaissances 
psychanalytiqxies de leur médecin, même au cours d'interven- 
tions psychothérapiques n'ayant pas par elles-mêmes les ca- 
ractères de la méthode thérapeutique proprement psych a naly- 
tique, Nous espérons que la lecture des deux observations ci- 
dessus aura rendu plausible cette opinion. 

C'est surtout chez les enfants, parce que plongés dans les 
conflits névrosants actuels ou encore tout proches de ceux-ci, 
que Ton pourra, dans certains cas, arriver â de bons résultats 
par de pareils entretiens psychothérapiques, uniques ou peu 
nombreux, d'inspiration psych analy tique. Mais il faudrait se 
garder de croire que ce procédé simple pût convenir à tous les 
malades. À chaque cas concret convient en médecine son trai- 
tement particulier, que le clinicien essaie d'adapter le mieux 
possible à la situation telle qu'il la voit, D'ailleurs, il ne faut 
pas oublier que pareil entretien thérapeutique, même couron- 
ne de succès, ne donnera pas, pour l'avenir, des garanties 
aussi solides que le pourrait faire une psychanalyse en règle, 
Bu particulier, en ce qui concerne le jeune Paul, celui de nous 
deux qui Ta soigné et guéri pense ne pas pouvoir préjuger de 
l'avenir du malade ; il croit que l'évolution mentale de cet en- 
fant demande toujours une surveillance attentive > tant paren- 
tale que médicale. 



MÉMOIRES ORIGINAUX 

(PARTIE APPLIQUÉE) 



La psychanalyse et les écoles nouvelles* 

Par Haks ZmjJGER 
Traduit de V allemand par M"* L. Leuzmger, 



So 



mmaire 



CiîAPrTKK Premier. — - Introduction. 
Chapitre II. — V école-communauté. 

Chapitre III. — Un exemple concret du fonctionnement de 
l 'école-communauté. 

Chapitre IV. — Que tout pédagogue doit connaître la psy- 
chanalyse. 

Chapitre V. — Un exemple concret de l'action psychana- 
lytique du pédagogue sur un cas individuel. 

Chapitre VI. — Conclusion, 



(i) Mémoire reçu par la Rédaction le 3 novembre 1928. Paraissant pour la 
première fois sons cette forme-ci. 

RSVUZ FRANÇAISE DÇ l'SYCHANALYSB $ 



» ' 



722 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHAPITRE PREMIER 



Introduction 



La psychanalyse est issue de la médecine. En la fondant,, 
Sigmund Freud a trouvé une méthode nouvelle mettant en 
pleine lumière les causes les plus cachées de certaines maladies 
nerveuses, permettant d'en détruire les effets néfastes et de 
guérir les malades. 

Les philosophes avaient affirmé déjà, il est vrai, l'exis- 
tence de V inconscient, mais c'est Freud qui en traça les li- 
mites et lui donna des formules scientifiques* 

La psychanalyse a grandement contribué au- développement 
de la psychologie affective et a jeté une lumière nouvelle sur 
le mécanisme de l'inconscient. Au début, on pensait que les 
cléments nouveaux apportés à la psychologie par la psychana- 
lyse auraient simplement pour conséquence d'enrichir la thé- 
rapeutique, mais il apparut bientôt avec évidence que la mé- 
thode freudienne se développait très rapidement et avec une 
force triomphante sous la forme d'une psychologie. C'est cette 
nouvelle psychologie qui est devenue l'élément essentiel, 

La psychanalyse médicale, telle qu'elle est pratiquée au- 
jourd'hui par les neurologistes et les psychiatres n'est pas 
autre chose qu'une mise en pratique de la psychanalyse spé- 
cialisée t devenue technique médicale ; pour des raisons histo- 
riques déjà, celle-ci est aujourd'hui la plus avancée et la plus 
développée. 

L'école de Freud a fait depuis longtemps déjà des essais 
pour introduire les résultats et les méthodes de recherches de 
la psychanalyse dans d'autres domaines scientifiques. Il est 
permis d'affirmer aujourd'hui que presque toutes les sciences 



PSYCHANALYSE HT ÉCOLES NOUVÊIJ-KS 723 



01.1t été considérablement enrichies par les méthodes nouvelles 
auxquelles la psychanalyse a donné naissance. On peut en 
dire autant de l'emploi de la psychanalyse en matière de péda- 
gogie. 

Pour deux raisons, l'enseignement de Freud paraît s'appli- 
quer avec fruit à V éducation des enfants. 

Tout d'abord, il est â remarquer que dans chaque cas de 
névrose, il faut rechercher l'origine de la névrose chez l'en- 
fant, et toujours dans la première enfance du malade. Par con- 
séquent, l'éducation doit tendre à éviter les névroses. 

Ensuite, la pédagogie ne peut pas ignorer la psychologie 
profonde dérivée de la psychanalyse, Les devoirs imposés à 
îa pédagogie sont beaucoup plus importants qu'il y a un 
siècle ; c'est pourquoi on ne saurait négliger l'apport de îa 
psychologie dans ce domaine. Autrefois, dans renseignement, 
on estimait suffisant de savoir lire, écrire, calculer, réciter 
son catéchisme, 

Freud lui-même a approuvé la pratique de la psychanalyse 
en matière d'éducation et il s'est élevé publiquement contre 
ceux qui seraient tentés de restreindre son enseignement à la 
médecine. Pour ma part, je suis convaincu que la psychana- 
lyse pédagogique contribuera davantage au bonheur de l'hu- 
manité que la psychanalyse médicale. Seulement, il faut que 
Ja psychanalyse pédagogique se fraye un chemin victorieux, 
grâce à l'appui de pédagogues qui apprendront à la connaître 
et à s'en servir. 

Si je me laissais arrêter par les difficultés que présente la 
psychanalyse, je perdrais tout espoir. Non seulement, les ou- 
vrages traitant de cette science sont fort abondants , mais sur- 
tout, il est impossible d'en acquérir les connaissances essen- 
tielles et utiles autrement que par une analyse personnelle. 

Une analyse apparaît aux malades ou â r étudiant {analyse 
didactique) comme une épreuve pénible qui demande beaucoup 
■de temps et qui coûte cher (2), et il s'agit de savoir si, parmi 
les pédagogues, la majorité aurait assez d'énergie pour se 
soumettre à une cure psychanalytique. 

(2) La peine qu'on a, le temps qu'on donne, les dépenses qu'on fait, pa- 
raissent peu de chose si Ton tient compte du bénéfice d'une anaVyse réussie 
augmentation de la capacité de travail et possibilité d*une plus grande som- 
me de bonheur. — H. Z. . 






724 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHAPITRE II 



L'école-communauté 



Lorsque nous nous demandons si l 'étude de la psychanalyse 
est nécessaire ou non au pédagogue moderne, nous répondons 
par l'affirmative, En cela, nous ne sommes guidés ni par un 
sentiment personnel , ni par la conviction qu'une grande partie 
du corps enseignant souffre de névroses plus ou moins graves, 
qui naturellement se répercutent dans l'enseignement- Suppo- 
sons que tous les pédagogues jouissent de leur pleine santé 
pS3' r chique et essayons d'envisager le problème dans l'esprit 
des écoles nouvelles. Tous les essais d'écoles nouvelles, que ce 
soit en Allemagne, en Suisse, en France, en Italie, à Vienne, 
â Prague ou en Russie soviétique, tendent à faire, des écoles 
nouvelles, l'école communauté. 

I/école-communaiité, qui est au centre des préoccupations 
contemporaines, est devenue institution officielle, alors qu'elle 
existait d'abord à l'état sporadique et surtout dans des milieux 
restreints* Il est cependant à remarquer que la formule « école- 
communauté » recouvre des conceptions fort différentes ; les 
nus s'imaginent avoir trouvé un moyen nouveau de co-éduca- 
tion ; d'autres combattent l 'école-communauté comme un 
effort à leur profit > dicté par certaines organisations politiques, 
économiques ou religieuses ; d'autres enfin la recommandent 
justement pour mettre leur jeunesse entre les mains de per- 
sonnes compétentes, unies entre elles par des points de vue 
communs sur le monde et sur la vie et qui sauront empêcher 
h jeunesse de voir au-delà de ce cercle de connaissances; enfin, 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOUVELLES y 2$ 

il y a des hommes politiques qui défendent l'école-commu- 
nauté comme école d'Etat et rejettent tout autre essai d'orga- 
nisation, 

Sous le nom d 'école-communauté, nous voulons désigner ici 

les écoles d'essai, telles qu'elles existent en grand nombre 

dans les campagnes ou dans les villes allemandes. Ce qui dis- 
tingue ces écoles, ce n'est pas avant tout une organisation 
extérieure, (les lois ou prescriptions ne sont pas l'essentiel); 
c'est pourquoi on peut les adopter dans renseignement d'Etat 
comme dans l'enseignement privé. 1/ organisation intérieure, 
les rapports entre les maîtres et tes élevés, voilà les points de 
toute première importance, Les écoliers ne sont pas comme 
une troupe groupée au hasard, réunie seulement sous la con- 
trainte des lois scolaires. Non, un sentiment d*imion Us aminé* 
Des liens les rattachent les ans aux autres T des sentiments dé- 
finis relient les élèves au maître, la classe a sa physionomie, 
son empreinte morale, donnée par la volonté-conductrice du 
maître. Du sentiment et de la volonté de commit a mité se dé- 
gage un esprit de classe, — -l'école est comme un petit Etat 
idéal, dans lequel on respecte le maître comme une autorité 
qu'on aime. 

Sans doute , on connaissait l'esprit de classe déjà aupara- 
vant ; mais, avant les réformes scolaires, les maîtres le crai- 
gnaient et le combattaient comme une tendance ennemie des 
écoliers, IV ancien ne école encourageait l'individualisme mal 
compris et égoeen trique : mieux faire, mieux savoir que son 
camarade, se mesurer intellectuellement pour dépasser l'autre, 
lutter pour briller, concourir afin de gagner un rang, tout cela 
était â l'ordre dn jour. Dans l 'école-communauté, chacun doit 
donner le meilleur de ses forces pour le bien de V ensemble f 
— le travail individuel ne prend toute sa valeur qu'à la lu- 
mière du travail de l'ensemble ; isolé, il a peu ou n'a point 
d'importance. On ne l'accomplit pas en vue d'abaisser ou 
de dépasser quelque camarade, pour briller ou être le premier 
à la distribution des livrets scolaires, mais il procède jjlu senti- 
ment de responsabilité de V individu envers l J ensemble. L'es- 
prit de classe ne signifie plus une entente clandestine des élè- 
ves pour tromper le maître, lui jouer de vilains tours ou le fâ- 
cher. 11 est devenu un moyen éducatif de première valeur, 






726 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

1 . — 1 »^—- 

parce que V élève isolé ne veut pas faire tache dans le cadre de 
la communauté en brisant la volonté commune dirigée par le 
maître et en suivant son propre chemin : il devient la base 
morale de la classe^ détermine sa conduite sociale, sa capacité 
de travail et, en nié me temps, conduit aussi le développement 
intérieur de chacun des élèves. 

Sous le terme de « communauté », dans « école-commu- 
nauté », nous entendons donc une somme de relations spiri- 
tuelles entre camarades d'une part, entre la classe et le maître 
d'autre part, relations devant servir à la culture intérieure et 
au développement intellectuel * 

Pour créer de pareilles communautés, il faut des maîtres qui 
soient autre chose que des fonctionnaires, il faut des personna- 
lités qui possèdent le talent de conduire, des personnalités qui 
soient prêtes à donner jusqu'à leurs dernières forces pour 
Tidéal de leur profession/ Il y aurait à parler ici du choix des 
maîtres et de leur formation, mais nous laissons volontaire- 
ment ce sujet de côté* Nous ferons seulement remarquer qu'il 
existe de ces pédagogues de valeur. Ce qui les distingue des 
autres, c'est leur intuition ; ils ont en eux ce qu'il faut, ils 
peuvent et savent- Par contre, un grand nombre de leurs col- 
lègues n J ont pas cette intuition, ne peuvent pas et ne savent 
pas. Et, parce que ces derniers sont malheureusement de beau* 
coup les plus nombreux, ce sont les maîtres d'école eux-mê- 
mes qui présentent le plus sérieux obstacle à une réforme sco- 
laire décisive. 

Les plus redoutables parmi eux, ce sont ceux qui échouent 
devant quelque difficulté, après avoir, pleins d'espoir, com- 
mencé des réformes dans leur propre classe ; ils perdent la foi 
en eux et en la cause elle-même et se réfugient â nouveau dans 
l'ancienne méthode, tout en tranquillisant leur conscience par 
ces raisonnements exprimés avec conviction : <c Nous-mêmes, 
« et des millions d'autres, avons été formés à V ancien ne école, 
« Nous faisons tous aussi notre chemin. Pourquoi échange- 
« rions-nous une position éprouvée contre cette nouveauté si 
« incertaine ? » 

Il en est d'autres qui ne se déclarent pas franchement enne- 
mis des réformes, Ils apportent quelques améliorations, ob- 
tiennent certains succès, puis (tout comme on met le vin en 



PSYCHANALVSE ET ÉCOLES NOUVELLES 727 

bouteilles), s'empressent de formuler leurs idées sur y école 
et. l'éducation en phrases, en préceptes, se hâtent de multiplier 
les organisations, les ordres scolaires, les paragraphes, les 
programmes, les plans ; alors, rassurés et confiants, ils s* arrê- 
tent eii plein développement. Ils semblent oublier que l'édu- 
cation plus que toute autre chose demande une certaine adapta- 
tion constante, si elle ne veut pas devenir chose morte et ina- 
nimée, Là où l'esprit de l'école n'est plus comme un fleuve 
mouvant — et la faute en est toujours à la paresse du maî- 
tre — l'école perd contact avec la vie. Elle devient schéma et 
routine, quand même, ou peut-être même parce qu'elle affi- 
che à l'extérieur le cachet d'une école réformée. 

Les causes pou/ lesquelles beaucoup de maîtres, sur qui Ton 
avait fondé les plus grandes espérances, sont paralysés dans 
leurs efforts et s'éloignent de l'idéal de leur jeunesse, pour- 
raient être découvertes au moyen de la psychanalyse. Elles ne 
sont pas à rechercher dans des formules, mais dans la nature 
même et le caractère des maîtres. Ils résisteraient mieux aux 
oppositions s'ils voyaient clairement en eux-mêmes, s'ils 
n'étaient pas retenus dans une certaine mesure par l'impa- 
tience et la crainte, par le désir de se créer une tranquille 
existence dans le confort bourgeois • Une psychanalyse entre- 
prise au bon moment pourrait très probablement les aider â 
vaincre leurs difficultés et les rendre entièrement à une grande 
et noble cause. Leurs manquements intérieurs n'entrent que 
pour une part restreinte dans les éléments négatifs qui suppo- 
sent à la réforme scolaire, si on les compare à ceux du grand 
nombre des pédagogues. Tandis que les premiers sont capa- 
bles, pendant un certain temps au moins, de suivre le mouve- 
ment de réforme, les autres ne peuvent réussir. Ils possèdent 
à un trop faible degré la vie et la mobilité intérieures qui per- 
mettent de surmonter, chemin- faisant, les petites et les gran- 
des difficutlés qui attendent le « maître-conducteur » d'une 
école-commun auté . 

Il va sans dire que nous comprenons fort bien les arguments 
du dehors dirigés contre l'école-communauté, comme aussi la 
confiance qui lui est témoignée. 

Un conflit douloureux commence pour le maître au moment 
ou il rencontre dans sa classe des obstacles qu'il ne sait pas 



?2$ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

comment vaincre. S'il est déçu dans tons ses efforts, il faut 
attribuer cet échec au fait que son intuition se trompe ou re- 
fuse de lui venir en aide. Dans ce cas, il sera porté à recourir 
aux anciennes méthodes et aux anciens procédés d'enseigne- 
ment, il préférera un tiens â deux tu-Pauras. 

La grande majorité des pédagogues devrait être mieux in- 
formée sur la psychologie des niasses afin de pouvoir se défen- 
dre contre les insuccès. Il faudrait connaître exactement les 
relations entre les élèves, considérés dans leur ensemble com- 
me esprit de masse, et le maître en tant que conducteur ; mais, 
il ne suffit pas que ce>s connaissances soient descriptives, sta- 
tiques ; il les faudrait de nature dynamique. L 'intuition est 
une fort belle chose, et sa valeur ne. peut pas être contestée. 
Mais là où elle est aidée par les ressources de la science, elle 
agit dans une beaucoup plus large mesure, Un certain nombre 
de résultats procédant des recherches psychanalytiques per- 
mettent de pénétrer la psychologie dynamique des masses (3). 
Ils donnent au maître le moyen de manipuler^ comme s* il 
s'agissait d'outils réels, les relations des élèves entre eux et 1 
leur conducteur. 

Sans vouloir traiter cette question en détail, j'aimerais ce* 
peiïdant ajouter ici quelques remarques ; 

Quand on lit des rapports sur des classes d'essais, on 
s'étonne de ne jamais y trouver d'insuccès. On s'étonne d'au- 
tant plus si Ton a soi-même visité une de ces classes, si on a 
pu en suivre la marche pendant une assez longue période, ou 
si, avec ses propres élèves, on a tenté des réformes sembla- 
bles. Dans ces occasions, on a certainement rencontré des dif- 
ficultés. Tantôt c'est un garçon, tantôt c'est une fillette qui ne 
cadrent pas dans l'ensemble de la classe. Cela arrive, soit par 
un caractère récalcitrant, soit par des capacités intellectuelles 
insuffisantes, soit par la nature des relations particulières avec 
tm camarade ou avec le maître. Dans ce dernier cas, on verra 
bientôt se former des groupements séparés, nullement sem- 
blables à ceux organisés en vue d'un travail commun : ce se- 
ront des foyers de mécontentement, de jalousies ; et, une fois 
qu'ils auront envahi la classe, il sera impossible de s'en ren- 
te) Voir Freud : Psychologie collective et analyse âti moi, Fayot (Massen-- 
psycliologie und leh-Analyse), Iiitemat-psa. Verlag, Vienne* 



PSYCHANALYSE ET ECOLES KOrvEU.ES 729 



dre maître, même par les plus savantes discussions ; quelque 
chose aura changé dans la vie affective des élèves, La crise 
pourra peut-être être surmontée si le maître, capable de péné- 
trer dans les sentiments, sait — toujours par intuition — 
prendre les justes mesures. Cependant, je ne crois pas que 
cela réussisse dans tous les cas ; si les personnes qui font des 
rapports sur les écoles d'essais ne parlent que de succès* elles 
ont 3 ou bien oublié tous les insuccès, ou bien eu une chance 
exceptionnelle qu'elles doivent attribuer moins â elles-mêmes 
et à leurs efforts qu'à la santé relative de leur classe, Pour ma 
part, j'incline à croire qu'elles ont plutôt oublié les insuccès :. 
l'homme a l'heureuse faculté d'oublier vite tout ce qui est 
sombre et triste, et de se réjouir mieux du Beau et de ce qui 
élève , 

Demandons-nous ce qui, dans une classe, détermine des 
changements constituant un danger pour toute la structure 
psychique de V ensemble. I^e plus souvent, il arrive qu'un 
élevé ou un élève, dans son inconscient, substitue le maître 
à une autre personne, généralement à son père. Cela dépen- 
dra de son attitude vis-à-vis de son père, attitude qui a pu se 
manifester antérieurement, dans les premières années d'en- 
fance et qui a pu être oubliée depuis. Dans ce cas, l'enfant, 
par rapport au maître, ne se sent plus comme faisant partie 
d'un ensemble, donc de la classe. Il se comporte plutôt comme 
si les autres n'existaient pas ou comme s'ils étaient ses rivaux: 
il en arrive à avoir avec le maître une relation à deux. En cela, 
il reproduit ce qui se passe dans la famille, où chaque enfant 
vit avec chacun des parents cette relation à deux, cherchant à 
accaparer le plus d'amour possible du père et de la mère et ne 
tolérant les frères et sœurs que pour autant qu'ils ne le gênent 
pas dans ses revendications, (Cela ne nuit pas à l'amour fra- 
ternel, car nous connaissons ce qu'on appelle ambivalence {4): 
l'exiétence et la marche parallèle de sentiments contraires 

dans l'enfant,) 11 suffit, pour que cette attitude se communique 
aux autres élèves, qu'un seul enfant l'ait prise vis-à-vis de 
son maître qui ne s'en aperçoit pas, ou qui finit par l'admettre 

(4) Voir Graber, L'ambivalence de l'enfawt, (Dîe Ambivalent des Kindes),, 
Internat, psychoanalyt. Verlag, 



HBdtaMMA 



730 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

■ 

volontairement. Ou bien les enfants chercheront à avoir avec 
l'éducateur une même relation à deux et, s'il leur est possible, 
^rivaliseront pour gagner le cœur du maître, ou alors ils se 
sépareront et formeront des groupes ennemis de l'enfant privi 
légié. Celui-ci sentira très vite qu'on l'isole ; il se cherchera 
des compagnons, ce qui occasionnera la ruine de la commu- 
nauté, en fera un chaos: tout ce que le maître avait érigé avec 
peine et soin, tout ce qu'il croyait édifié d'une façon durable 
et réussie s'effondrera d'un coup. 

Ce que je représente ici " schéma tiquement et à gros traits, se 
passe en réalité d*une manière beaucoup plus subtile, presque 
inaperçue, et ce sont les résultats seuls qui se montrent pres- 
que toujours subits et surprenants. Ils sont là, néfastes ; mê- 
me si la classe continue à exister en tant que communauté — 
une organisation n'est pas toujours l'expression de l'esprit 
animateur — -, c'est souvent un fantôme qui n'a plus de la 
puissance que l'apparence. 

Le maître qui connaît la psychanalyse peut prévenir l'écrou- 
lement. S'il a été analysé, il se gardera bien de faire lui-même 
parmi ses élèves, des confusions inconscientes de personnes 
(son âge et son expérience ne le mettent pas à l'abri de pa- 
reilles erreurs.) Il ne favorisera pas les prétentions libidinales 
des écoliers, puisqu'il les découvrira ; et il saura qu'en les ac- 
ceptant, il nuirait au bien de la communauté. Celle-ci ne peut 
exister que s'il y a « renoncement » total de la part de l 3 édu- 
cateur. S'il lui arrive d'éprouver des sympathies ou des anti- 
pathies à l'égard de certains de ses élèves, il en recherchera 
les causes et il saura mieux se défendre contre ces sentiments 
à complexes. Si un élève essaye de briser le renoncement 
voulu du maître j s'il cherche à créer avec lui la relation à 
deux, l'éducateur se servira de contre-mesures énergiques ; il 
ne tâtonnera pas dans le vague, car les mesures qu'il prendra 
lui seront dictées par ses connaissances psychanalytiques et 
seront appropriées au cas particulier. 

Si on lui demande de prendre une classe sous sa direction, 
il saura beaucoup mieux se tirer d'affaires qu*un collègue non 
orienté dans la psychanalyse ; s 1 appuyant sur ses connaissan- 
ces, il réussira à faire un ensemble de la société des écoliers 
réunis par hasard ; si différents groupements se sont déjà con- 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOUVELLES 73 1 

stitués parmi les élèves avant sa venue, il connaîtra le moyen 
de les dissoudre ou de les réunir. 

Le vrai « conducteur » n'aime pas tel ou tel de ses élèves 
pris isolément, mais, comme nous l'avons déjà dit, il vit pour 
Pensemble et pour son idée* Les élèves sont obligés de renon- 
cer à la satisfaction de leur libido pour le maître . Alors, on voit 
.se réaliser, ce phénomène psychologique que la science qualifie 
d'introjection. Les élèves s*identifient avec le maître ; ils 
V incarnent^ pour ainsi dire, en esprit ; son idée devient leur 
idée et les enfants la. considèrent comme acquisition propre 4 
L'idéal commun les enchaîne intérieurement les uns aux au- 
tres ; il s'en suit des sentiments de fraternité (tels qu'on les 
rencontre dans les communautés religieuses ou dans l'armée) ; 
les individus s'identifient aussi entre eux, et c'est ainsi que 
Vu ensemble » se forme, 

Qu'il soit permis ici de renvoyer à un parallèle phylogéné- 
tiqne, La tribu primitive se composait d'un père tout-puissant 
qui s'attribuait la possession de toutes les femmes et expulsait 
au loin tous ses fils. Ces fils en exil formaient la communauté 
des frères. Cette communauté reposait d'une part sur une iden- 
tification (chacun des membres ayant subi le même sort) et 
d'autre part, sur un lien d'homosexualité .Nous retrouvons 
les restes de ces associations d'hommes dans les associations 
secrètes des primitifs, particulièrement dans les îles austra- 
Hennés, où les mœurs et coutumes sont restées plus rudimen- 
ts ires qu'en Amérique du Sud et qu'en Afrique. — Cette com- 
munauté des frères se décida un jour â revenir à la tribu, y 
retrouva le père, l'égorgea et eu fit un festin. De nos jours, 
seul le totémisme rappelle encore ces faits. 

On déclare a totem » un animal, par exemple le jaguar, et 
on le fait tabou. Le totem représente le patriarche du clan et 
-comme tel, il est à la fois « sacré et maudit » (tabou), on le 
respecte et on le craint. Il est défendu de le chasser et on 
attend de lui qu'il protège « ses fils ». Cependant, une fois 
par an, on organise une chasse au jaguar, chasse rituelle. 
La bête est mangée en commun. Ceux qui prennent part à ce 
festin croient qu'As acquièrent les qualités du patriarche. La 
fête est suivie de toutes sortes de cérémonies tendant à effacer 
l'acte sanglant du massacre et à le purifier. 



**m 



732 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

JMM^M | — ■ ■ - ■ 

Après la mort du patriarche, occasionnée par la commu- 
nauté, après qu'on Ta mangé et qne l'identification a revêtu 
ainsi une forme plastique, des tendances aux remords s'éveil- 
lent dans Je cœur des frères ; elles apparaissent d'abord dans 
ce fait qu'on ne s'appropriera pas les femmes ayant appartenu. 
au père, mais qu'on ira en chercher dans une autre tribu : d'où 
l'exogamie. 

Unis intérieurement entre eux, les fils renoncent à la lutte 
les uns contre les antres. Le crime en commun a renforcé le 
sentiments 'union ; la mauvaise conscience commune lie plus: 
étroitement la communauté privée du père. 

On cherche à effacer le meurtre du père. Une des manifes- 
tations du regret, c'est le choix d'un chef. Le père assassiné 
continue â vivre comme idêe^ comme exemple : chacun de ses 
fils cherche â suivre ses traces et à lui ressembler. On lui 
donne nn remplaçant en la' personne aimée d'un chef. 

Cette nouvelle société issue du meurtre du père a suivi le 
même développement que. traverse aujourd'hui tout homme 
civilisé, quand s'ébranle en lui son complexe d 'Œdipe. 

Les faits qui se passaient en réalité dans la tribu primitive 
et que symbolise encore aujourd'hui le totémisme (manger 
la choir du père pour s'identifier avec lui), l'homme civilisé 
les vit d'une façon in tra psychique : il incarne l'image du père, 
en éprouve des remords et, comme conséquence, édifie en lui 
l'idéal, du moi. Sous forme d'aspirations personnelles, cet 
idéal représente les exigences du père, des parents s de la société 
des lois et des moeurs. L'autorité du père, que s'est appro- 
priée intérieurement le fils, le contraint à la moralité. 

Comme tous les élèves portent en eux inconsciemment le 
péché d 'Œdipe, il s'agit pour le maître d'école de devenir le 
chef-conducteur d'une libre communauté. 

L'idée morale directrice d'un ensemble, devenue partie inté- 
grante de chaque individu qui réprouve comme sa possession 
d'âme personnelle, détermine des changements intérieurs. 
JJ éducation ne signifie plus une contrainte venant du dehors, 
vn badigeon superficiel. La culture se fait de l'intérieur, est 
issue de V idéal du moi } au lieu d'être (comme autrefois dans 
les anciennes écoles et pour dire la chose un peu brutalement) 
l'expression de la peur devant les châtiments. Les lois procè- 



^^™^^^^™« 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOi;vKU,ÉS 733 

dent spontanément de celles qu'on s'est données à soi-même; 
elles sont voulues et non plus imposées — et pourtant elles ont 
une. valeur pour la collectivité. 

Cette éducation-là fait éprouver un sentiment de liberté; 
ses exigences correspondent â ce que Ton réclame de soi -même 
et n'apparaissent plus, ni comme une corvée, ni comme un 
esclavage. 

La matière de l'enseignement et les plans d'étude (de l'uti- 
lité desquels nous ne voulons pas discuter ici) deviennent chose 
assez indifférente et assez secondaire. L'essentiel dans; les 
« écoles nouvelles )> sera l'éducation dans le sens le plus res- 
treint, r éducation qui, pour des raisons sociales et économi- 
ques, échappe de plus en plus à l'influence de la maison pater- 
nelle, et devient l'affaire de l'éducateur professionnel. 



734 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHAPITRE III 



Un exemple concret du fonctionnement 

de Técole-communauté 



Un seul exemple suffira à démontrer comment le maître 
peut encourager la communauté, Punir plus étroitement et en 
élever le niveau moral. 

Un matin de septembre, en entrant dans ma classe, je trouve 
sur mon pupitre un bel abricot. Un élève , sûrement, doit me 
Tavoir apporté. 

Pour des écoliers entre treize et seize ans, ce n'est pas 
chose habituelle que d'apporter un cadeau au maître, sauf 
peut-être à son anniversaire et â Noël, où il est d'usage de lui 
faire un cadeau en commun; car l'élève qui apporterait un 
cadeau serait soupçonné par ses camarades de vouloir se faire 
remarquer, de désirer attirer l 'attention du maître, ou d'avoir 
une faute à se faire pardonner. 

Je suis étonné et demande qui a apporté l'abricot. Un gar- 
çon de quinze ans (nommons-le René) s'avance, me dit que 
c'est lui, et qu'il me racontera pourquoi il m'a donné ce fruit. 
À son air de mystère, je devine quelque chose d'extraordinaire 
au sujet de cet abricot. J'encourage alors le jeune homme à 
parler devant toute la classe. D'abord il hésite et enfin dit ; 
<c Depuis longtemps, Ernest et moi, nous n'avions plus en 
« aucune aventure amusante. Hier après-midi, en sortant de 
« classe, nous nous sommes dit qu'il nous fallait jouer un 
« tour à quelqu'un. Nous passions justement devant le jardin 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOUVELLES 735, 

« de M, Giiiamara, — Ah ! je sais, m'écriai-je, regarde donc 
« ces abricotiers! Comme je nie sens en appétit! » 

— « Comment peut-on pénétrer dans le jardin ? » demanda 
mon ami. 

— « Nous allons grimper et passer la palissade, » 

« A peine de l'autre côté, nous vîmes Jeanne Ghiamara qui 
nous observait d'une' fenêtre et qui nous demanda ce que nous 
faisions dans leur jardin. — i< Filez au plus vite », nous cria- 
t-elle. Mais pour nous, cette jeune fille était bien nigaude ; 
je posai mystérieusement un doigt sur la bouche et lui expli- 
quai que nous jouions à la guerre, que Penjiemi était à nos 
trousses et qu'elle ne devait pas nous trahir. Elle répondit 
qu'elle n' apercevait pas d'ennemi et nous conseilla de nous 
glisser sous la haie, car, dit-elle, nous serions là en parfaite 
sécurité. 

« C'était justement ce qu'il nous fallait, car, de cet endroit, 
nous arrivions au petit abricotier très facilement. Et Jeanne 
non plus ne nous apercevait pas ! Le pied de l'arbre fut atteint 
en rampant et une bonne secousse fit tomber sur le sol nom- 
bre de bons fruits. Remplir nos poches et fuir dans la forêt 
voisine furent l'affaire d'un instant. Là, nous avons partagé 
lés fruits et décidé que le plus beau serait pour le maître — , et 
le voilà ! Ernest a dit encore : « Je me demande quels yeux 
« fera le maître à la vue de cet abricot et ce qu'il dira de cette 
u affaire ?» — « Oui, je me le demande aussi, mais une 
« choëe sûre, c'est qu'il mangera l'abricot volontiers ! » Mon 
élève termine son récit par ces mots, me regarde avec un peu 
d'incertitude, puis retourne â sa place. 

Je lis l'attente dans tous les yeux. 

— ce C'est beau de ta part, cher René, dis-je amicalement, 
a de m'a voir apporté un abricot : je te remercie ! » 

Puis, j'attends un instant. J'observe la tension de la classe 
silencieuse. Alors, m 'adressant à tous : 

— ci Mais voyez-vous, je ne peux pas manger ce fruit. 
<t Savez-vous pourquoi? » 

Personne encore ne veut répondre, 

— « Si j'avais quinze ans, peut-être dix-huit ans même, 
« si j'étais un jeune homme ou une jeune fille de votre âge, 
« alors je n'hésiterais pas, je pourrais sans plus de façons 



5& 



736 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« manger ce fruit. Je me souviens que, quand j'étais jeune, il 
« m 'arrivait aussi, ci et là, de voler des cerises ou de cueillir 
* une pomme ou une poire sur Parbre du voisin, Mais, au- 
« jourd'hui, quelle est la raison qui m'empêche de manger 
« cet abricot dont on m'a fait cadeau? » 
Une conversation animée s'engage : 

— u Parce qu'il est volé », dît quelqu'un, 

— « Ce n'est pas moi qui l'ai volé », répondis-je. 

— « Mais vous savez qu'il est volé ! » 

— « Je vous le répète : Si j'étais un jeune homme de votre 
« âge, je pourrais manger ce fruit, » 

René intervient : « Monsieur, si je vous ai apporté l'abri- 
« cot, ce n'est pas pour vous rendre complice de ce vol, et pour 
« qu'on dise que vous nous avez aidés. » 

— <( Cher René, je sais bien que tu prends sur toi seul la 
« responsabilité de ton action. Il va de soi que je ne te dénon- 
« cerai pas, tout comme il est certain qu'aucun de tes cama- 
« rades ne le fera. Il ne s'agit donc pas de cela, » 

Enfin une élève, dont les jugements sont déjà mûrs et pro- 
fonds explique : « Je comprends : la conscience de l'adulte 
« n'est pas la même que celle de V enfant — ce qui est possible 
« à"" l'enfant devient impossible à l'adulte. Voilà pourquoi 
« notre maître ne peut manger l'abricot, » 

— « Eisa a tout à fait raison, dis-je, elle a trouvé la vraie 
« réponse. Si je mangeais l'abricot, je penserais m 'étouffer; 
« c'est pourquoi, je le rends à René* Cependant, je le remercie 
« encore de sa bonne volonté et d'avoir été assez, courageux 
i< pour raconter l'histoire devant toute la classe, » 

Le reste de l'heure fut consacrée au calcul et à des devoirs 
écrits, Après la récréation, je vis s'approcher, le visage rayon- 
nant, le plus pauvre de mes élèves. II me dit : 

— « J'ai aussi nia part du larcin, c'est à moi que René a 
u donné V abricot ! » 

Avant la fin de la demi-journée, je fis raconter par les 
autres élèves les vols qu'ils avaient commis, car au moins une 
fois en sa vie, tout enfant a volé quelque chose. Partant de 
ces récits, nous en venons à parler de la trahison de soi-même. 
Nous constatons que René a apporté un abricot en classe pour 



mm 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOUVELLES 737 

ravoir Poccasion de se trahir, cette trahison devant servir le 
besoin de réparation- Ces problèmes « vols — trahison — ré- 
paration » nous occupent plusieurs heures durant. 

Kt maintenant, résumons : 

I/expérience individuelle (le vol de René et de son cama- 
rade) devint expérience collective, parce que l 'histoire avait 
été racontée devant toute la classe, et qu'il avait été démontré 
aux autres élèves qu'ils ne valaient pas mieux que le « cou- 
pable ». N'avaient-ils pas eux aussi avoué leurs vols? D'ail- 
leurs, les enfants s'identifient facilement entre eux et on peut 
constater qu'un fait vécu et raconté par un camarade agif 
beaucoup plus intensément que la lecture d'un récit moral, 

Pour rendre la trahison impossible, il fallait encore, le 
matin même, obtenir que tous les enfants éprouvassent le sen- 
timent de leur culpabilité au même degré que René t 

Il eût été fautif de punir. Je devais même empêcher que le 
vol ne fût connu, afin que René ne fût pas puni; car, s'il l'avait 
été, la réparation se présentait d'elle-même sous forme de 
punition, et le cas était liquidé. Mais, étant donnée la situation, 
il fallait que la conscience continuât à parler en René, iî fallait 
qu'elle le préoccupât, qu'elle déchaînât en lui des conflits, 
qu'elle V éclairât, le menât plus loin dans son déiwlappement, 
l'obligeât à une réparation voulue et choisie librement. 

Puisqu'il n'avait pas mangé lui-même P abricot, (ne Pavait- 
il pas donné au plus pauvre d'entre ses camarades?) il y avait 
déjà indice de réparation. C'était là un sacrifice 4 

Nous avions opposé à Pidéal de P enfant, Pidéa] plus sévère 
de l'adulte, L'élève qui aime son maître-conducteur cherche 
à l'imiter — V idéal du chef devient aussi Je sien. Par mon 
intervention, j'avais influencé son propre icléaP Pïu s encore, 
Pidéal de toute la communauté avait été influencé, puisque 
dans cette communauté, chaque, enfant s'était reconnu aussi 
coupable que René. 

Une punition venant du dehors — infligée par les parents, 
par moi-même ou par M, Ghîamara, s'il avait appris le vol — 
aurait arrêté tout développement intérieur de la conscience 3 
car le jeune^ homme né se serait ^plus inquiété de son action 
malhonnête et se serait réfugié dans cette échappatoire : le 
mal est payé. 

JtEVUK FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE Q 



738 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

En pareil cas, il se peut que l'éducateur ne se sente pas sûr 
de la conduite à tenir et soit accablé, parce qu'il ne sait pas 
jusqu'à quel point le coupable est entré dans la voie des répa- 
rations. Maïs de par la loi de causalité, une réparation est né- 
cessaire et se fera d'elle-même. Dans le cas de René, j'ai su 
par ses camarades que son « affaire » et mon intervention 
avaient agi en lui. 

L'hiver suivant ,René et quelques camarades s'étant rendus 
à la ville, les jeunes garçons décidèrent de voler des pistaches 
à l'étalage d J un marchand de châtaignes. René les en empêcha 
en déclarant qu'il ne serait pas de la^bande. Probablement ne 
s' est-il pas rendu compte clairement pourquoi il ne voulait 
ou ne pouvait pas prendre part à ce vol. Mais je crois pouvoir 
affirmer que son attitude morale fut due surtout à l'histoire de 
l'abricot* 

Je m'aperçus que cette affaire avait eu une répercussion dans- 
les compositions libres (travaux écrits sans intervention du 
maître} de mes élèves. Au printemps suivant, René m'écrivit 
une fois qu'il avait aidé M me Ghiamara à retourner une plate- 
bande voisine des terres de ses parents. M rae Ghiamara avait 
voulu le payer pour son travail , mais il n'avait rien accepté, 
et comme elle s* étonnait de ce refus, il lui avait expliqué que 
la peine était rétribuée d'avance, qu'il lui avait volé une fois 
des abricots, ce dont la femme lui donna quittance en riant, 

Le sentiment de culpabilité épure le caractère lorsque la 
culpabilité est placée en regard d'un idéal plus élevé. — Cette 
transformation s'opère lentement, pas à pas, et ne supporte 
pas d'être entravée par une punition mal à propos. 

La psychanalyse a démontré que le sentiment de culpabilité 
se greffait sur le complexe d'CËdipe des générations ances- 
traies, et que toute culture signifiait réaction. Elle est pour 
urjus un poteau indicateur montrant le chemin qui élèvera le 
niveau moral de la jeunesse. 

Il est vrai cependant que la réparation immédiate est sou- 
vent nécessaire et il est bon peut-être que je complète mes con- 
clusions, afin de n'être pas mal compris. 



«vpm 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOOVEÏXES 739 



Un maître qui avait une certaine culture psychanalytique 
eut un jour la surprise de constater qu'un de ses élèves avait 
percé les deux chambres -à-air de sa bicyclette. Il découvrit le 
coupable et l'interrogea. Après quelques explications, le maî- 
tre reconnut que la haine de l'écolier, mobile de l'action, 
n'était pas dirigé contre lui, mais contre le père de l'enfant. Ce 
fait reconnu, le pédagogue renvoya l'enfant sans le punir, 

Il se peut que le jeune homme en ait voulu à son père et qu 'il 
ait fait inconsciemment une confusion de personnes. Mais 
supposons que l'enfant ait eu en lui des dispositions crimi- 
nelles et qu'il ait par exemple enfoncé un couteau dans le 
corps du maître. Même s'il y a eu confusion de personnes, ce- 
lui qui a subi la vengeance. a eu à en souffrir. Cette souffrance 
doit être réparée d*niie façon ou d'une autre vis-â-vîs de 
l'offensé. 

Il aurait au moins fallu amener le jeune coupable à répa- 
rer luî-même la bicyclette endommagée* Maïs ,il est probable 
que le maître en question s'est senti si flatté de ça trouvaille, 
faite grâce à son petit bagage psychologique , .qu'il n'a pas 
pensé à cette solution. Ou bien, aurait-il été .autrefois animé 
lui-même de haine à l'égard de son père, çt aurait-il ressem- 
blé à Hamlet, qui ne pouvait pas punir le meurtrier.de son 
père parce qu'il avait lui aussi nourri des sentiments criminels 
à son égard ? Il se sentait dope coupable, d'une ;faute semblable. 

Cet exemple prouve clairement que le naître qui veut s ^oc- 
cuper de pédagogie psychanalytique doit être, avant tout, 
libre intérieurement et délivré. de ses chaînes. 



74° REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHAPITRE IV 



Que tout pédagogue doit connaître 



la psychanalyse 



Afin que le maître soit à la hauteur de la tâche que les 
temps nouveaux lui imposent, il doit connaître la psychana- 
lyse pour des raisons techniques, même s'il n'a à s'occuper, 
comme nous l'avons supposé jusqu'ici, que d'enfants psychi- 
quement tout à fait sains. 

Cette supposition n'est cependant pas exacte : dans toute 
classe, on trouve des enfants au début d'une éducation faussée, 
des enfants arrêtés dans leur développement, qui souffrent de 
sentiments d J infériorité et qui traînent avec eux des névroses 
infantiles. 

C'est avec ces enfants-là que dans les écoles nouvelles, le 
maître éprouvera les plus grandes difficultés. îls ne se laisse- 
ront pas sans peine enrôler dans la communauté* Leurs ca- 
ractères sont de telle nature que, sans des mesures toutes par- 
ticulières prises par le maître, ils ne s'adapteraient pas â l'en- 
semble. Pour transformer en êtres sociaux tous les genres de 
solitaires, d'originaux, de misanthropes, d'isolés, de délais- 
sés, le maître a besoin de connaître la psychanalyse. Ou alors, 
il devra renoncer à aider ces élèves-là, ce qui veut dire qu'il re- 
noncera aussi à la communauté dfe l'ensemble et se contentera 
de celle d'une partie de ses élèves. Nous rencontrons encore à 
l'école des. rêveurs, des déveinards, des vantards, des men- 
teurs, des batailleurs, des voleurs, des fanatiques de la vérité, 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOUVELLES 741 



des tourmentent s d J animaux j des souillons, des négligents, 
des masochistes, des peureux, des onychophages et d'autres pe- 
tites personnalités à caractère insociable. Il est â supposer que, 
dans d'autres pays, la situation n J est pas beaucoup meilleure 
et qu'on les rencontre en moyenne aussi fréquemment qu'on 
Suisse, 

Souvent aussi, les difficultés intellectuelles des enfants sont 
occasionnées par des refoulements affectifs. En voilà un qui 
calcule toujours faux : par un examen approfondi, le maître 
arrive à trouver que ce sont toujours les mêmes chiffres et 
les mêmes suites de chiffres qui déroutent l'enfant; un autre, 
dont la mémoire a été mahites fois reconnue excellente, ne 
peut absolument pas retenir une certaine strophe de vers ; 
celui-ci possède un amour excessif pour l'histoire ; celui-là 
S'intéresse uniquement à l'astronomie, tout le reste lui est pas- 
sablement indifférent; un autre encore veut, selon son dire, 
devenir un jour aviateur et, pour cette raison, il n'accorde son 
attention qu'aux différents véhicules à moteur; telle fillette 
est une liseuse acharnée ; telle autre demande à être mise dans 
la basse aux leçons de chant > bien que sa voix ne s'y prête pas 
du tout, et elle chante faux; sa camarade, en lisant, se reprend 
régulièrement aux mêmes mots ; il en est qui dévoilent des 
excentricités dans leur écriture ; une fillette se distingue par 
sa vivacité, ses allures de garçon, et tout à coup, elle ne réussit 
plus aux travaux féminins ; iine autre est incapable de com- 
mencer seule la lecture d'un alinéa et le maître est obligé de 
lui dire les premiers mots — alors l'enfant s'y met et peut lire 
des pages entières sans arrêt, etc, (5) 

T^e maître sans connaissances psychanalytiques ne peut que 

(5) Ziilli^er, Liens dénoués (fïclosle Fesseln), vol. 3 de la série * Kiïnftige 
Kmten * éditée par 1c* Prof, Joli. Kiilmel, Dresde, Alwni Hxtlile, 1927* 

— Acquêts psychanalytiques de ma pratique scolaire, Flammarion» Paris 
(Psyclioaiialytifidie Erfalnniigen ans der Volkssohulpraxis) Berne, Bir- 
cher, 1921, 

— Sur la vie psychique inconsciente de 'notre jeunesse scolaire, fAiis 
déni unbewussten Scclfcnleben uusercr Scliuljugeml), Henie, H ans Huber, 
2* édition en 1927. 

Sur l'éducation manquée : 

Aiehhom : Les éducations négligées (Verwahrloste Jugend'ï, Int. ps/i. 

Verh Vienne* La « Zeitschrift f* psychoaiialytisehe Pâdagogik » du I> r 
Henri Meng, de Stuttgart, et du professeur Schneider de Riga, doimt! des 

renseignements tirés de la pratique et de la théorie, (Edite à Vienne, ï, 
Jlrirsegasse, n.) 



^*^^^^^^«™^—^— —=-*«■ 



742 REVtffi FRANÇAISE DE PSVCHAfclALYSH 

se résigner devant ttftis ces cas et doit les accepter sans pouvoir 
y porter remèdfr. Iîne s'aperçoit pas — surtout lorsqu'il sVgit 
(^incapacité intellectuelle — que l'enfant est normalement 
dbtlê et il croît volontiers que dans telle ou telle branche, l'élève 
est un pfeu *< idiot » ; le maître met tout sur le compte de la 
paresse et du manque d'intérêt, il espère pour plus tard l'éveil 
de cet intérêt, etc + 

C'est ici que le maître orienté par la psychanalyse prend po- 
sition . À côté du traitement de V ensemble, d'après les prin- 
cipes de la psychologie profonde, il s'occupe en particulier des 
élèves isoles qui, pour un motif ou pour un autre, ne peuvent 
pas s'adapter à la communauté, et qui sont appelés à lui 
nuire , 

S'il lui arrive de ne pas pouvoir remédier à tout le mal, de 
ne pas pouvoir le guérir entièrement, il réussira du moins à 
améliorer, à tranquilliser ; et une chose est certaine, c'est qu'il 
saura empêcher le développement néfaste, dû â de faussss me- 
sures, des manquements déjà existants. Même lorsqu'il sera 
placé en face d'enfants gravements atteints, il aura de la com- 
préhension pour eux, il n'empirera pas leurs névroses et pour- 
ra donner de bons conseils aux parents en leur suggérant la 
conduite à tenir avec leurs enfants on en leur indiquant chez 
qui ils peuvent aller trouver de l'aide. 

Enfin , ses connaissances eu général et les observations sur 
les élevés, en particulier, permettent au maître de donner à ses 
élèves, à la fin' de leur scolarité, de bonnes directions quant au 
choix de leur profession, En cette occurrence, les points de vue 
psychanalytiques entrent autant en considération que le ré- 
sultat d'autres examens d'orientation professionnelle. 



PSYCHANALYSE ET ÉCOLES NOUVELLES 743 



CHAPITRE V 



Un exemple concret de l'action psychanalytique 

du pédagogue sur un cas individuel 



J J aimerais démontrer au moyen d'un exemple assez difficile 
comment les maîtres suffisamment préparé eu psychanalyse 
peuvent occasionnellement délivrer un enfant de troubles ner- 
veux ou le guérir d'un défaut. 

Pour différentes causes, il peut arriver qu'un enfant ne se 
laisse pas enrôler dans la communauté. Lorsqu'un maître s'oc- 
cupe particulièrement d'un pareil enfant, ce devoir s'impose 
pour deux raisons ; il doit d'abord aider l'enfant à vaincre ses 
difficultés, et ensuite veiller à ce que tous ses élèves, et non 
seulement une partie, se sentent de la communauté. 

Le cas dont je vais parler était considéré comme incurable 
par tous ceux qui en avaient eu connaissance. On parlait de 
u difficulté intellectuelle n. Le médecin de la famille, le méde- 
cin de Fécole et un spécialiste des maladies infantiles, consul- 
tés, pensèrent que c'était par incapacité intellectuelle que la 
petite Anna, âgée de treize ans, fille d'un simple ouvrier, 
n'arrivait pas à apprendre à lire. 

Justement parce qu'elle ne savait pas lire, l'enfant évitait 
ses camarades, menait une vie de solitaire, ce qui divisait la 
communauté et la troublait. Apres une conversation avec les 
parents, et après m 'être fait donner pleins pouvoirs sur l'en- 
fant, j'entrepris de m*occuper d'elle, en vue de la guérir , en 
dehors des heures d'école. Une recherche plus attentive dé- 



MÊMES* 



744 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

~ ■ ■ ^^^^— ii. 

montra bientôt qu'Anna comprenait les mots et les phrases, 
mais qu'il lui était impossible de les proférer . En réalité, elle 
savait lire, mais elle n'arrivait pas à articuler ce qu'elle avait 
lu. C'était comme si les mots l'étranglaient. Si on lisait à An- 
na les premiers mots d'un alinéa, elle réussissait à lire jus- 
qu'au suivant sans s'arrêter. Puis se reproduisait le même 
phénomène qui ressemblait étrangement à une crise d'étou fixe- 
ment, ou à ce qui se passe quand on avale de travers. 

Quand Anna eut confiance en moi (transfert) et qu'elle se 
mit â me -parler librement, elle m'avoua un jour qu'elle avait 
peur des adultes, particulièrement des hommes. Elle motiva 
cette peur par les rêves qu'elle faisait et qui se répétaient sou- 
vent. Il s'agissait d'un homme qui la poursuivait : elle fuyait, 
puis se réveillait pleine de terreur. Encouragée à fournir des* 
associations sur ses rêves, Anna me parla d'une femme qui 
avait occupé chez elle la place de domestique. Celle-ci lui fai- 
sait des récits où des hommes mauvais entraînaient les peti- 
tes filles dans la forêt et les assassinaient en les transperçant 
ou en les étranglant. 

Anna racontait tout cela avec une certaine émotion. Lors- 
qu'elle parla de strangulation, elle porta la main à son cou. 
II s'y trouvait une cicatrice. Elle s'effraya de la sentir sous ses 
doigts f s'interrompit et expliqua qu'on l'avait une fois opéré 
au cou. Elle ne semblait pas vouloir se souvenir du genre 
d'opération, elle expliqua seulement : « On m*a coupé là quel- 
que chose >k 

A partir de ce moment, le défaut de lecture se transforma 
tout à coup d'une façon étrange et inexplicable à première vue. 
L'élève pouvait maintenant commencer les alinéas sans au- 
cune difficulté, mais chaque fois qu'elle rencontrait dans le 
texte un mot commençant par un a, un h ou un w, elle s'arrê- 
tait, et le même phénomène d'étouffement se reproduisait. 

Nous primes bonne note de ce changement, mais sans nous 
y arrêter. Le* travail d'analyse se continua tranquillement. 
Anna avait eu de nouveau un cauc T emar r un homme à barbe 
blanche et à manteau blanc l'avait poursuivie jusqu'au mo- 
ment où elle s'était réveillée dans l'angoisse. Elle se souvint 
d'un voisin d'autrefois, un bouche r> qui ne pouvait supporter 
qu'on s'approchât trop de lui quand il travaillait et qui, un 



^■v 



PSYCHANALYSE KT ÉCOLES NOUVELLES 745 



jour, avait dit â la petite Ami a : « Fais attention, si tu avan- 
« ces trop le nez, je te le couperai ! » Anna alors s'était de- 
mandé longtemps s'il était possible qu 3 on coupât quelque chose 
à un enfant. Le manteau blanc de l'homme du rêve lui fait 
penser au médecin qui l'a opérée et elle affirme, design ai U de 
nouveau sa cicatrice, qu'on lui a enlevé les amygdales. 

Je lui dis mon doute à l'égard de sou récit, lui explique 
qu'on fait l'opération des amygdales par la bouche. Elle ne 
me croit pas. Elle ajoute qu'elle avait quatre ans lors de 
l'opération, qu'elle avait tout oublié et que c'est le rêve et la 
cicatrice qui lui ont remis ces faits en mémoire. Cependant le 
doute l J a saisie, et elle ne croit déjà plus qu'à moitié que l'opé- 
ration se soit faîte du dehors. Avec beaucoup de protesta- 
tions mêlées de larmes, elle raconte comment le médecin B, 
]'a prise sur ses genoux, comment il lui a ordonné d'ouvrir 
la bouche, de tirer la langue et de dire « a >i. Klle se souvient 
comment il écrasait sa langue sous un objet de métal brillant 
(« cela me faisait mal ! n) (Web ! = w) (6) comment il avait 
réussi à lui faire accepter, alors qu'elle se débattait, de se 
laisser couper les amygdales. — « Cela ne fait pas mal ! » ne 
cessait-il de répéter, tant et si bien qu'enfin elle s'était laissé 
faire. Cela lui avait quand même fait bien du mal et elle 
n'avait pas crié de peur qu'il ne coupât encore davantage. 

Après la découverte de ce souvenir oublié relatant l'opéra- 
tion des amygdales, les difficultés de lecture disparurent peu à 
peu. Anna réussissait à lire de longs alinéas dans lesquels se 
trouvaient des mots commençant par a } b et w. 

Cependant, elle s'arrêtait souvent encore, et les phénomènes 
anciens se reproduisaient au commencement des alinéas. Rien 
en elle ne semblait stable, bien que l'origine des difficultés 
pour les a, b, et w, eût été découverte. IV a lui rappelait la 
scène sur les genoux du médecin, le h } lui remettait en mémoire 
le nom du docteur, le w (Weli) ramenait le souvenir de ses 
souffrances lors de l'opération. L'opération lui était apparue 
comme une grave atteinte narcissique ; l'enfant n'admettait 
pas qu'on lui coupât quelque chose, et s'était, en quelque sorte, 
sentie diminuée. 

(6) -En allemand c'est la lettre w qui s'appelle « vé », (Note de la Rédac- 
tion, E. P.) 



746 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSÉ 



Notre travail devait se continuer encore, puisque le défaut 
de lecture n'avait pas disparu, malgré nos sondages déjà pro- 
fonds. D'abord, j'appris par Anna qu'elle avait déjà été soi- 
gnée pour un abcès au cou avant son opération d'amygdales. 
Le médecin avait incisé l'abcès et en avait pressé le pus, ce 
qui lui avait donné la sensation d'être étranglée, et d'étouffer. 
Telle est l'origine de sa crainte d'être étouffée par les hommes. 
C'est ce que nous lui faisons comprendre. 

Ses pensées retournent alors â la vieille bonne qui s'occu- 
pait du ménage pendant la « maladie » de sa mère. Nous dis- 
cutons de cette maladie de la maman, qui venait d'avoir un 
petit garçon. Anna avait alors dix ans. Elle prétend que ses 
difficultés de lecture se sont aggravées à ce moment, et les 
notes de ses carnets appuient ses dires. 

Pendant toute une série d^ heures, nous nous occupons des 
problèmes de la naissance des enfants et de la sexualité. Signa- 
lons les faits marquants concernant le cas d'Anna : 

Après la -naissance du petit frère, Anna avait vu avec ter- 
reur du sang tachant le linge de sa mère et elle n'avait osé 
demander à personne ce que cela signifiait. Médecin et sage- 
femtnre étaient venus, tous deux avec une sacoche noire, et 
Anna s'était imaginée qu'au fond de ces sacoches se trouvaient 
âes couteaux avec lesquels on avait fait du mal à sa mère. 

Pendant la toilette du bébé, elle avait eu l'occasion de bien 
examiner les organes sexuels de son petit frère. D'une part, 
elle souhaitait en posséder de pareils, d'autre part, elle aurait 
bien voulu que le petit frère fût une petite fille. Anna était 
pleine de fantasmes quant â la formation des fillettes, fan- 
tasmes qui sont moins rares qu J on ne pense : elle s'imaginait 
— (et elle croyait en avoir la preuve en la personne du petit 
frère) — que seuls des enfants masculins venaient au monde. 
C'était, selon elle, soit le médecin, soit la sage- femme, soit les 
parents qui transformaient les petits garçons en petites filles 
en leur coupant les organes sexuels. — « On a coupé les 
organes sexuels aux fillettes », expliquait-elle ; et, ce disant, 
elles pleurait violemment, de sorte qu'il était facile de voir 
qu'elle pensait à elle-même et qu'elle en souffrait beaucoup. 
Lorsqu'elle connut la vérité sur la naissance des fillettes, le 
défaut de lecture disparut entièrement. 



^^^m 



PSYCHANALYSE ET ÉCOIXS NOtJVEtUSS 747 



Pour résumer, nous pouvons dire : 

Dès qu'Anna eut un petit frère, toutes sortes de. sentiments 
obscurs s'éveillèrent en son cœur, sentiments d'autant plus 
obscurs qu'ils ne reposaient pas sur des événements réels > 
ceux-ci ayant été refoulés. Ces événements se rapportaient aux 
deux opérations et à son fantasme enfantin sur la formation 
du sexe féminin, 

Iv 'apparition du médecin lors de la naissance et la décou- 
verte du linge ensanglanté auraient dû rappeler à Anna les 
deux opérations oubliées, mais un nouveau refoulement s'était 
produit â ce moment-là, qui avait eu comme conséquence le 
défaut de lecture* Chaque alinéa (Abschniit) (7) signifiait 
pour elle une difficulté, parce que cela devait lui rappeler 
l'opération {dos Àbschneiden) des amygdales. Elle réagissait 
par les symptômes physiques qui se manifestent dans la peur. 
Pendant un instant, elle perdait son souffle. 

Ce symptôme était aussi en relation avec les deu^c opéra- 
tions qu'avait subies la petite. fille. Des crises d'étouffeiuent 
s'étaient déclarées lorsque le médecin avait pressé l'abcès et 
qu'il avait coupé les amygdales. 

Anna se disait : « Ce qu'on m'a fait en haut, au cou, on me 
Pa aussi fait en bas, aux organes sexuels >k L'opération du 
cou était interprétée inconsciemment sous forme de castra- 
tion* 

À l'égard du petit frère, elle éprouvait une vraie répulsion, 
répulsion plus forte que ce qui caractérise généralement la ja- 
lousie entre frères et sœurs. Elle l'enviait à cause de ses orga- 
nes sexuels et lui souhaitait d'être châtré, comme son imagi- 
nation lui dépeignait l'avoir été elle-même. 

Sa peur des méchants hommes, qui venait en partie de la 
menace que le boucher lui avait faite de lui couper le nez, 
s'étendait au médecin et à la sage -femme, auxquels elle attri- 
buait le pouvoir de déterminer le sexe des enfants. Elle croyait 
qu'ils châtraient les garçons pour en faire des fillettes. En fin 
de compte, cette peur s'étendait aussi aux parents qui, ou 
bien faisaient la castration eux-mêmes, ou bien donnaient 
Tordre, soit au médecin, soit à la sage-femme, de mutiler le 
non veau -né, 

(7) C'est -à-djre v coupure ». (Note de la Rédaction. E. P.) 



■ 



*mm 



748 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Elle transféra une part de cette frayeur â ses maîtres et 
maîtresses, et sa lecture devenait encore bien plus pénible 
lorsqu'elle était sous la surveillance d'un pédagogue. 

C'est environ après la cinquantième séance que j'arrêtai 
le traitement. Le but était atteint, bien que tout n'eût pas- 
encore été éclairé : par exemple , je n'ai jamais pu m 'ex pi i- 
quer pourquoi les symptômes ihorbides se manifestaient à la 
lecture et non dans la parole. 

Notre travail avait atteint son but : l'enfant était délivrée >. 
elle était de nouveau apte à la communauté ; son sentiment 
d'infériorité avait cessé et sou goût pour la solitude était. 
mort- Peut-être aussi qu'une névrose en formation avait été 
évitée. 

Cet exemple montre aussi que derrière une petite anomalie 
peuvent se cacher souvent bien des choses compliquées. Des 
cas qui paraissent être de nature pédagogique seulement , tou- 
chent souvent au domaine médico-thérapeutique. Pour cette- 
raison, il est nécessaire d'être très prudent et d'avoir un 
grand sentiment de ses responsabilités. Il faut savoir distin- 
guer où finit le travail du pédagogue et où commence celui du 
thérapeute, travail qui exige une tout autre technique. 

Dans les cas graves concernant ses élèves, les difficultés 
sont encore d'autre nature pour le maître : c'est dans la « si- 
tuation d'analyse ». Le maître signifie pour l'élève une per- 
sonne beaucoup plus réelle que par exemple le thérapeute 
pour le patient, qui, hors des séances, ne le voit qu'immédia- 
tement avant et après elles, pour l'échange des salutations. L,e 
maître, forcé par sa profession de commander à ses élèves, de 
défendre, d'exiger, etc., jouant le rôle de conducteur de 
l'ensemble, il s'ensuit d'autres réactions de transfert, et de 
transfert réciproque, qni entravent et compliquent le travail 
psvcha 11 alytico-thêra peu tique du maître sur son élève. 

Dans les cas les plus graves, il sera bon d'unir les efforts 
du pédagogue et ceux du thérapeute- En psychanalyse, l'ob- 
servation directe des enfants et les résultats de la thérapeuti- 
que se complètent et s'enrichissent mutuellement, C J est la 
raison pour laquelle les deux parties auront tout à gagner à 
un pareil travail en commun. 



««^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^«■■^^^■^B^^^^^^^^^^^^B^H^^^^^^^^^B^^B^M 



PSYCHANALYSE ET ECOLES NOUVELLES 749 



CHAPITRE VI 
Conclusion 



Il n'existe pas encore jusqu'ici de pédagogie psychanalyti- 
que systématisée, et si un jour, il s'en écrit une, il ne s'agira 
jamais d'un livre de recettes, car chaque « cas » est différent ; 
le maître doit trouver le chemin des anomalies par intuition 
et adaptation personnelles et conformer ses connaissances aux 
conditions qu'exige la situation* 

Il ne sera jamais question non plus d'un travail d'analyse 
dans le sens médical, car les faits sont de nature toute diffé- 
rente pour le maître et pour le médecin : le pédagogue n'est 
pas pour Télève ce que le thérapeute est pour le patient. 

De différents côtés — et ce n'est pas seulement l'opinion 
des médecins — > on a exprimé la crainte que la psychanalyse, 
utilisée par les pédagogues, ne dégénérât en une sorte de 
charlatanisme. 

Et en effet, si nous regardions â tout ce que Ton met, de 
nos jours, sur le compte de la psychanalyse , nous pourrions 
en être très effrayés ; nous le serions aussi de l'audace de ces 
médecins qui ne la connaissent que par la littérature et qui 
s'imaginent, à cause de leur diplôme, être à même de la pra- 
tiquer. 

C'est pour cette raison qu'il faut exiger de chaque per- 
sonne qui veut s'occuper de psychanalyse, et en particulier 
de quiconque se propose de s'en servir auprès d'autres hom- 
mes, qu'il se soumette lui-même â une analyse* L'analyse 
personnelle est une garantie sûre contre le danger de tout gâ- 



•j 



750 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



cher ; elle donne ah futur psychanalyste, après l'avoir éprou- 
vé sur sa propre personne, le sentiment de la responsabilité 
qu'il prend sur lui, et elle le met en présence des dangers 
qu'il aura à surmonter. 

Qu'importe d'ailleurs de savoir lesquels parmi les pédago- 
gues, les médecins ou les autres professionnels, gâchent la 
psychanalyse ou s'en servent à faux ! Ce qui compte, qu'ils 
soient pédagogues, hommes de science, pasteurs ou méde- 
cins, c'est qu'ils connaissent la psychanalyse, c'est qu'Us 
soient suffisamment préparés pour s'en servir avec succès. 

Et, en définitive, lorsqu'une chose est reconnue bonne et 
précieuse, elle ne doit pas rester ignorée, parce que, peut- 
être, elle pourrait entraîner des conséquences dérivées regret- 
tables, venant, non de la chose elle-même, mais de la faute 
d'un être non qualifié, 

L'école de l'avenir qui cherche à développer le sens so- 
cial, qui met et doit mettre le plus fort accent de son travail 
sur l'éducation dans son sens restreint, ne pourra pas, â la- 
longue, se passer d'une aide aussi précieuse que la psychana- 
Ivse, Là où il v a des besoins se trouvent aussi des voies de 
réalisation qui, aux yeux du sceptique, paraissent encore au- 
jourd'hui douteuses ou impossibles. 



La musique et la psychanalyse 

Par Paul Germain (i) 

{Communication faite à la Société Psychanalytique de Paris 

le 8 mai 192S,) 



Sommaire 

Chapitre premier, — Aperçu général. 

1. Rapports de Part et du rêve. 

2. Place de la musique parmi les arts, 

3. Le dynamisme profond et l'élaboration technique. 

4. Effets individuels de la musique, 

5. Efïects collectifs de la musique. 

6. Universalité de la musique. 

7. La musique vue par les philosophes. 

8. Pouvoir d'expression de la musique. 

Chapitre IL — Constitution progressive de la musique 

moderne. 

§ ï, Coup d'œil historique sur le rôle psychique de la 

musique. 

2 , La musique avant le contrepoint 
3- La toute-puissance de la pensée. 
4* Le rythme , élément mâle. 

5, La mélodie, élément femelle. 

6, Introduction de caractères actifs dans la mélodie, 

7, Le facteur identification 3 source des cléments imitatifs 

de la musique. 

(ï) Mémoire reçu par la Rédaction le 6 novembre 1928, 



^-^ 



752 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHÀKÀLYSE 



8- La musique pré-hellénique, 
9, La musique grecque. Pythagore, 

10* Plain-chant, contrepoint, harmonie. Influence des mou- 
vements sociaux sur la musique. 

Chapitre III. — Les facteurs psychiques infantiles de la 
musique* 

i r. Le rythme dans la vie infantile. 

2. Du cri â la mélodie. 

3. Synthèse du rythme et de la mélodie dans la musique 

contemplative. 

4. Le complexe flatuel et la musique excitante. 

5. Conclusion. 

Chapitre IV* — La symbolique musicale. 
$ i + Nature de la symbolique musicale. 

2. Trois ordres de symboles musicaux : directs, imitatifs > 

associatifs, 

3. Symbolique de la danse. 

4. Modes de création musicale* 

5* Les points singuliers de la culture musicale. 

Chapitre V. — Chopin, 

% r. Son enfance, son départ. 

2. vSes amours. 

3. Ses amitiés. 

4. -Sa liaison avec George Sand, 

5. Sa fixation maternelle et sa hantise de la mort, 

6. Son œuvre. 

Conclusion 



— ^b— n 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 753 



CHAPITRE PREMIER 



Aperçu général 



51.— Rapports de i/art et du rêve. 

■ 

Le succès avec lequel les méthodes et les doctrines psycha- 
nalytiques ont favorisé l 'exploration des couches profondes 
de la personnalité , le pouvoir d'explication qu'elles ont main- 
tes fois affirmé sur les raisons intimes du comportement hu- 
main, font qu'il est bien peu de domaines de l'activité men- 
tale qui leur restent étrangers* 

Entre toutes les productions de 1* esprit huma in , il en est 
qui de tout temps ont appelé les méditations des philosophes 
et des psychologues. De celles-là sont les manifestations artis- 
tiques, 

II est de bonnes raisons pour que ces dernières suscitent 
également l'intérêt des adeptes de la psychanalyse en/ ce 
qu'elles utilisent des processus psychiques qui leur sont fa- 
miliers. La parenté de Vart et du rêve est chose connue de- 
puis .longtemps, mais cette remarque ne pouvait être féconde 
tant que l 'activité onirique fut tenue pour inférieure et par- 
faitement dénuée d'intérêt. 

Tout art provoque des émbtions, des joies particulières que 
l'on rassemble sous le nom de sentiment esthétique. 

Certes, Vœuvre d J art comporte autre chose que les repré- 
sentations quelque peu chaotiques du rêve. Ces mêmes élé- 
ments sont en elle sélectionnés, ordonnés suivant les règles 
de la technique artistique et selon la culture propre à chaque 
artiste. C'est là une activité mentale d'un autre ordre. 

Maïs du point de vue psychologique le fait essentiel de- 
meure. Libérant de fortes charges affectives, ces œuvres revi- 
vifient chez k créateur, comme chez le spectateur ou l'audi- 

BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 10 



«■■MB^^^^^^^^^^V^^PI 



754 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

- 

leur des désirs nombreux , refoulés on réprimés, et, avec le 
concours de l'imagination, leur offrent simultanément une sa- 
tisfaction : 

Les œuvres d J art sont des rêves de la vie éveillée, 

S 2. — Place de la musique parmi les arts. 

On a coutume de classer les arts en deux triades distinc- 
tes : d'une part la triade des arts de l'espace ou de la beauté 
immobile avec l'architecture, la sculpture et la peinture ; 
d'autre part la triade des arts du temps ou de la beauté en 
mouvement, réunis par les Grecs sous le vocable d'arts musi- 
caux, comprenant la poésie, la danse et la musique vocale et 
instrumentale. 

Dans la masse de documents que l'histoire de la musique a 
conservés au cours des siècles, il est souvent difficile de sépa- 
rer cet art des deux autres de la même triade. Ils sont généra- 
lement associés deux à deux, ou même tous les trois, car les 
Grecs les avaient rassemblés dans leur ovehesiique (2), Il pa- 
raît néanmoins avoir existé de tout temps une musique dite 
pure, indépendante de la poésie et de la danse. 

C'est dans le sens de cette différenciai ion de plus en plus 
nette que cet art a évolué au cours du temps et pris une indi- 
vidualité propre qui s'est surtout affirmée avec l'avènement 
de la sonate. Depuis, il s'est taillé un domaine considérable 
et nous lui devons la presque totalité de notre musique con- 
temporaine, La musique pure trouve d'ailleurs des légions de 
défenseurs, dont souvent 1 intransigeance égale la valeur. Kr 
à ce propos rappelons Je mot de Saint-Saens : 

« O symphonie, seule vraie musique ! j> 

$3. — IvE dynamisme psychiqle profond 

ET L'ÉLABORATION TECHNIQUE. 

La musique, nous dit le célèbre musicologue Combarieu, 
<îst une abstraction de la poésie et de la danse, et « crée des 

■ 

(2) En grec : r, ^yr^-z srf 



LA MUSIQUE ET I,A PSYCHANALYSE 755 

« formes sans équivalent dans le monde physique » (3), « Tra- 
it duisant à l'extérieur le dynamisme psychique même à tous 
<{ ses degrés n (4), elle « néglige les représentations et les con- 
« cepts qui accompagne]! t généralement l'état affectif » {5), 
Venant des « profondeurs du sentiment, elle intéresse toute 
« l'âme n (6). 

Cen pendant, ajoute-t-il: « Bien que musique et sentiment 
m soient des choses inséparables » (7), une œuvre musicale 
n 'est pas seulement le produit d'un état affectif; il y faut aussi 
un acte spécial de l'intelligence qui, ainsi que nous l'avons 
noté plus haut à propos d'art général, consiste â organiser les 
éléments surgis de l'inconscient en un tout dont l'harmonie 
est elle-même dépendante de règles,.. 

De cette activité mentale qui, par certains côtés, rappelle 
beaucoup le phénomène connu sous le nom d* u élaboration 
« secondaire du rêve », nous nous occuperons peu et seulement 
dans la mesure où cette activité se rattache au patrimoine in- 
conscient et collectif de l'humanité. Malgré l'intérêt psycho- 
logique qu'elles présentent, nous ne nous attacherons pas da- 
vantage aux raisons complexes qui font que des états d'âme 
identiques rendent un individu donné capable de création mu- 
sicale ou ne lui permettent pas de dépasser le stade de simple 
auditeur appréciant la musique. 

Nous attachant simplement à rechercher l'origine et la si- 
gnification de l'art musical à la lumière des théories psycha- 
11 a h' tiques, nous nous sommes appliqué à penser exclusive- 
ment selon leurs disciplines, poursuivant dans la musique ce 

qui, selon l'expression de Combarieu, est « la manifestation 
« d'un instinct général et profond, plus ou moins obscur mais 
« partout reconnaissable dans l' humanité »> (8). 



(3) J- CoMitARiKU, — Histoire de la Musique. Armand Colin 1924. Tome I. 
Page VII. 

(4) J- CoMiiARiElî, — La Musique t ses tais, sort évolution. E + Flammarion 
1927. Page 55, 

(5) J* Combarieu. ~ La Musique* ses lois, son évolution. E, Flammarion» 
1927. Page 50. " 

(6) ). CoMitARiRO. — Histoire de la Musique. Page IX. : 

(7) J.Combarieu. — La Musique, ses lois, son évolution. Page 55- 

(8) J. Comharieu, La Musique, ses loîs;„ Page 16. -^<vv^ CE mÈ,; *A*ij£ 



KMiM 



756 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

* 

■ 

§ 4* — Effets individuels de la musique. 

Examinons d'abord les effets individuels .et collectifs de la 
musique, 

Physiôlogîquement, il a été constaté par des expériences 
nombreuses et scientifiquement conduites, que les impressions 
sonores -produisaient chez les individus de multiples réactions 
involontaires. Ces réactions intéressent surtout le système cir- 
culatoire et la respiration, par accélération ou ralentissement 
du pouls et du rythme respiratoire. Plus exceptionnellement, 
on constate des mouvements incontrôlés, des frissons, voire 
même des tremblements nerveux accompagnés de pleurs et de 
sanglots. Il est possible que les vibrations sonores aient une 
action directe sur l'organisme, mais les effets que nous ve- 
nons de mentionner doivent surtout nous apparaître comme 
corrélatifs des mouvements affectifs intenses que la musique 
déclenche dans l'individu. 

Psychiquement, les effets sont de deux ordres : 

D'une part on. constate que la musique provoque chez l'au- 
diteur, avec plus ou moins d 'intensité, un état de contention 
spécial, avec détachement^ plus ou moins accentue, du monde 
extérieur ; état apparenté à l'extase mystique et que nous 
pourrions appeler « état somnambulique léger ». 

Ces effets paraissent être le propre de la musique religieuse, 
contemplative et sentimentale. 

D'autre part, un état d'excitation avec forte propension à 
l'action et même à l'agressivité est le fait de la musique de 
danse et surtout de la musique guerrière. 

Dans l'un comme dans l'autre cas, se produisent des effets 
psychiques importants, mettant en jeu de fortes charges af- 
fectives et cela, tout au bénéfice de l'auditeur. Ainsi s'expli- 
querait la valeur thérapeutique que Ton a si souvent prêtée 
à la musique et qui nous paraît d'ordre purement psychique. 

Récemment encore le docteur Toulouse soulignait les bons 
résultats qu'il avait obtenus auprès de certains psychopathes 
par des auditions musicales (9). 

(9) D r Toulouse. Le Quotidien du 2-3-28 (La Biocratîe), 



4*M** 



LA MUSIQUE ET. LA I\SYCH ANALYSE 757 

I 

§5. — Effets collectifs de la musique- 

Collectivement, les effets ne sont pas moins remarquables : 
Ul musique, nous dit Combarieu, « excelle à socialiser l'émo- 
« tion du beau, à rapprocher et discipliner les âmes -par la 
« sympathie » (io). 

Ne mettant en cause que le sentiment du beau, cette re- 
marque laisse dans l'ombre des faits importants. Aussi pré- 
férons-nous dire que, dans les deux directions où se manifes- 
tent les réactions individuelles, les impressions musicales ont 
le don de faim surgir cet instinct grégaire dont Freud sou- 
ligne ] 'extrême importance dans la constitution des foules. 

Cette espèce d'unité, que la musique réalise, du compositeur 
ou de l'exécutant aux auditeurs, d'une part, et, d'autre part, 
des auditeurs entre eux, fut de tout temps connue et utilisée, 
La musique religieuse lui doit notamment son développe- 
ment. 

Maintenant encore, pour aider à la réalisation de l'ambiance 
mystique qu'ils recherchent, certaines formations spirites 
utilisent son pouvoir. 

Pour entraîner les hommes au combat, la musique guer- 
rière est un auxiliaire puissant, et bien peu nombreux sont les 
humains en qui une marche militaire n'éveille aucun écho. 

Ce pouvoir d'entraîner les foules vers l'action eut les utili- 
sations les plus imprévues et, â ce sujet, nous ne résistons pas 
au plaisir de rapporter entre beaucoup d'autres le fait sui- 
vant. 

Quand le gouvernement français voulu construire un che- 
min de fer au Dahomey, il n'eut d'autre main-d'œuvre que 
celle de nègres réputés pour leur paresse. Un fonctionnaire 
colonial mentionna dans un rapport officiel qu'il ne put obte- 
nir de résultats véritables qu'en faisant travailler les noirs en 
mesure, au son de la flûte. Il ne fit d'ailleurs que reprendre 
une ancestrale coutume des nègres, habitués à s'aider dans 
l'action commune par des rythmes et des mélopées qui nous 
reviennent aujourd'hui d'Amérique sous les noms de charl es- 
ton et de black-bottom . 

- 

(10) J. Comrahïeu. Hnstoirc de la Musique. Tome L Page VIL 



,■- 



: ^-"^^^^^^^^^^^^^^^^^- ■ 



758 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



* 

S 6* — Universalité de la musique. 

Un fait encore doit retenir notre attention : c'est l'univer- 
salité de la musique. Aussi loin que l'on porte l'investigation, 
dans l'espace et dans le temps, on ne rencontre pas de peuple 
ou de peuplade qui n'ait un art musical. Cet art, au regard 
de notre musique de civilisés est quelquefois très rudimen- 
taire, niais il satisfait néanmoins à cette définition simple : 
art des rythmes et des sons. 

De même, dans quelque formation sociale que Ton étudie, 
le nombre d'individus totalement insensibles à toute forme 
de musique, si banale et simpliste qu'elle soit, est extrême- 
ment restreint, 

* ■ 

- 

S 7. — La musique vue par les philosophes. 

Ces caractères remarquables de cet art firent, comme nous 
Pavons noté, que l'intérêt des philosophes s'y fixa fortement. 
Examinons sommairement les plus intéressants des jugements 
qu'ils prononcèrent sur lui, en négligeant les opinions des 
penseurs qui n'y virent, comme Leibnitz, qu'un exercice in- 
conscient de calcul. 

Pour Àrîstote, la musique est « le langage adéquat du sen~ 
a timent » et Platon, tout en se moquant des musiciens qui 
expliquent leur art par l'arithmétique, n'y voit au surplus 
que l'Idée du Bien qui, dit-il, « rayonne dans tous les do- 
« mai nés et en fait l'unité » {11). 

Le Chinois Se-Ma-Tsieu (12) propose « La Musique vient 
du dedans )> (13), « Elle est ce qui unifie » (14), 

(11) COMiïARiEU. La Musique, ses lois.„ t paçc 20, 

(12) Historien chinois 11* à Ixing-Men (province de Clian-Si) vers Pan 145 
Av. J.-C. Ses mémoires historiques embrassent l'histoire de la Chine du 
règne de Hoang-Ti {2697 a\\ J.-C<) à celui de On-Ti (14° av, J.-C). Ce 
dernier le condamna à être éinasculé pour avoir diffamé son père PËmpe 
renr Kmg+ P. G. 

(13) Chavakkes. Mémoires historiques de Se-Ma-Ts'icti. Leroux 1889. 
Page 246. 

(14) Chavankks. Mémoires historiques de Sc-Ma-Ts'iru, Leroux J8B9. 
Page 245. 



.*^^— _p~ 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 759 



Pour Hegel, elle est « l'art du sentiment » et pour Kant 

« le langage des émotions *k 

La musique, déclare Fichte « atteint la personnalité dans 
« son essence; reproduisant le dynamisme de la passion prise 
« à sa source profonde, elle est la force vitale elle-même » (15), 
De Schopenhauer nous avons un jugement analogue- Pour lui, 
elle est « manifestation directe de la Volonté », cet ancêtre 
■ de la Libido de Freud , et exprime une vérité supérieure à 
toute réalité matérielle (16). 

Quant aux musiciens eux-mêmes^ leurs propositions n'ajou- 
tent rien aux précédentes, Beethoven nous apprend que son 
art lui fut « une' révélation plus haute que la science et la 
<c philosophie n et Wagner déclare que les grands composi- 
teurs << eurent l'intuition directe des vérités éternelles ». 

Si intéressantes soient-elles, abandonnons ces opinions que 
Ton pourrait d'ailleurs multiplier sans y rien changer. 

Elles nous confirment simplement que l'art musical pousse 
ses racines aux couches les plus profondes de l'être humain 
et de plus leur côté métaphysique ne s'accorde pas avec le rôle 
objectif que nous essayons de tenir. 

Bien plus intéressantes sont les appréciations de quelques 
théoriciens plus près des réalités. Retenons seulement celles 
de Darwin et de RiboL 

Fidèle à ses doctrines, c'est en partant de ranimai que 
Darwin vient à l'homme. Après avoir observé qu'aux épo- 
ques favorables à. la reproduction, beaucoup d'animaux et par- 
ticulièrement les oiseaux, en proie aux vives émotions que 
leur donnent la jalousie, les rivalités et les triomphes amou- 
reux, font entendre des sons variés et rythmés, se livrant 
même à de véritables concours de chant, il en infère que 
« d'après le principe des associations héréditaires, la musique 
« réveillerait en nous de façon vague et indéterminée les fortes 
« émotions d'un âgé très lointain ». Ses effets mystérieux 
.-s'expliqueraient par le fait que « désapproprîé de sa fonction 
« primitive, elle applique aujourd'hui à des objets choisis par 
« la fantaisie un langage qui à l 'origine fut celui de l'amour », 

■(15) Combarieu, La Musique, ses lois**., page 57* 

<(i6) Schopekhauer. Le Monde comme Volonté, Alcan 1896. Page 259. 



_^^^n^m 



760 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



t< Touchant Tins in et vital, Pin s tin et de reproduction, elle ani- 
« nierait à notre insu des associations d'idées qu'une très 
« longue hérédité, plus de cent fois séculaire, avait fait pas- 
« ser dans le domaine inconscient » {17). Il paraît évidem- 
ment superflu autant que malaisé de chercher dans une ascen- 
dance animale du genre humain les origines de sa vie incon- 
sciente. Retenons néanmoins que Darwin comprit le rôle pri- 
mordial de l'instinct sexuel dans les associations d'idées éma 
nées de V inconscient. 

Plus proches encore des données d'observation de la psy- 
chanalyse sont les appréciations de Ri bot* 

Selon lui, « à côté de la mémoire intellectuelle, il y a en 
« nous une mémoire affective, c'esfc-à-dire une survivance- 
« réelle ou un prolongement atténué de l'émotion elle-même. 
a Cette survivance est faite de sensations partielles } appau- 
« vries comme un écho qui se. répète ; ce sont des résidus de^ 
ce souffrances ou de plaisir », 

« Ces émotions réduites à l'état de souvenir peuvent se fu-. 
« sionner en un état de conscience unique et enfin, suivant la. 
<* tendance motrice qui nous régit, aboutir à une œuvre mu- 
<c sicale. Ce que nous appelons l'imagination créatrice du com- 
« positeur ne serait que l'épanouissement au dehors de ces 
« états conservés en nous par la mémoire affective et plus 
« ou moins éloignés des circonstances où ils se sont pro- 
« duits » (18)* 

« L'imagination plastique fournit une contre-épreuve » en 
transformant l'impression musicale en représentations vi- 
suelles. 

Le compositeur a l' imagination musicale qui spi ri tu alise 
les choses réelles, l'auditeur a l'imagination plastique qui ma- 
térialise les abstractions (19). 

Nous verrons ultérieurement combien V investigation psy- 
chanalytique précise et complète les éléments remarquables 
de cette première analyse . 



(17) Darwin. La descendance de l'homme et h sélection sexuelle. TratL 
Barbier, Ed. Rdnwald* Paris iSSi. Pages : 403, 415, 626» 627- 

{iS) RïftOT. La Psychologie des sentiments. Première partie ; chapitres XI 
et XIT ; deuxième partie, chapitre X, 

(19) Itnior. Essai sttr l'imagination créatrice. Alcan 1900. Pages 181-184. 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE" ?6î 






§8. — Pouvoir d'expression j>k la musique. 

Si maintenant nous portons notre attention sur le pouvoir 
d'expression de la musique, en prenant ce terme dans le sens 
de différenciation des sentiments, nous constatons assez vite 
qu'il est limité. 

Elle ne peut en effet traduire nettement aucun état affec- 
tif, par ailleurs bien défini, tels par exemple : la peur, la 
colère, la tristesâe, la haine, l 'épouvante, le dédain, la sur- 
prise, le désespoir,,, etc. 

Il est des cas nombreux dans l'histoire musicale où des 
compositeurs ont emplo}^ des formules très voisines pour ex* 
primer des états différents. 

Elle procède plutôt par vastes analogies, graduant les états 
affectifs divers sur une échelle dont les termes extrêmes se* 
raient d'une part purement passif et d'autre part purement 
actif. Et ce faisant, elle se comporte, dans une forme plus évo- 
luée, de la même façon que le langage, considéré dans son al- 
lure musicale, et avec lequel elle paraît avoir une commune 
origine. 

Pour atteindre ses buts, les procédés qu'emploie la musique 
peuvent se ramener à quelques types seulement : 

D'abord l'intensité des sons avec l'absence, la multiplicité 
et la grandeur des intervalles ,les émotions vives, tendant à 
s'extérioriser, lançant la voix dans le registre supérieur, et 
les émotions contenues, tout intérieures, la laissant traîner 
dans le registre grave, ces registres naturels étant en outre 
fortement étendus par les instruments. 

La direction ascendante ou descendante du dessin mélodi- 
que, indice d'activité ou de passivité. Le piqué et le lié des 
sons, les modes majeur ou mineur, expressifs de joie ou de 
tristesse. 

Les timbres, dont les caractères ou les variations s'asso- 
cient, comme dans la voix parlée, à des états affectifs ou à des 
modifications de ces états; et enfin la lenteur ou la rapidité des 
rythmes et des mouvements : largo — allegro — adagio — 
furioso, etc., à qui s'appliquent les mêmes observations. 



^ — m— i-i-h-i— n— M-i-i-m^^— ^— n— e— « 



762 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Ces procédés généraux d'expression se sont étendus, dans 
la musique descriptive, à la représentation du monde exté- 
rieur, par -exemple : (20) 

La symbolisation du clair et de l'obscur et des nuances in* 
termédiaires par des oppositions de timbres. 

L'indication de la grandeur ou de la petitesse des objets, 
de leur proximité ou de leur éloignement, par des variations 
de T intensité dn son, et surtout la reproduction, par V allure 
des lignes jnêiodiques et des rythmes, de certains mouvements, 
tels le mouvement de la flèche, du serpent, le balancement, le 
bercement,., etc. 

Ce caractère imitatif de la musique, nous verrons plus loin 
à quoi elle en est redevable. 



(20) Commkieu. La Musique, ses tois* son évoHtlîon/ Page J78. 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 763 



CHAPITRE U 



Constitution progressive de la musique moderne 

r 



Retrouver la véritable signification psychique de l'art mu- 
sical est une tâche malaisée si Ton s'en tient à l'examen de 
la musique actuelle. Celle-ci n'est que le dernier terme d'une 
très longue évolution qui, ajoutant à sa complexité, l'a éloi- 
gnée considérablement de ses buts et de ses formes primitives. 

Et ceci nous oblige à nous rapprocher le plus possible de 
ses origines et à l'étudier sous ses manifestations les plus sim- 
ples. 



* 
* * 



S I- — Cour d'oîil historique sue uî rôle PSYCHIQUE 

DE LA MUSIQUE* 

L'histoire de la musique nous apprend qu'elle eut d'abord 
un rôle exclusivement magique. Nous trouvons une confirma- 
tion de ce fait dans les origines communes des vocables en- 
chanter, chant j incantation... et du mot charme, dérivé du 
mot latin car m en P lequel désignait rm chant qui accompa- 
gna it, chez les Romains, les actes importants de la vie so- 
ciale. 

De ce que nous connaissons de la magie, il ressort qu'elle 
connut trois stades plus ou moins nettement délimité^ : 

Au premier stade, par les pratiques magiques, l'homme pri- 
mitif croyait opposer aux forces extérieures à lui, aux Bs- 



^ 



764 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

prits, aux Dieux , de véritables contraintes et les soumettre 
à sa domination. 

Cette belle confiance petit à petit s ' atténua et vint le deu- 
xième stade dont les pratiques survécurent longtemps, parti- 
cul ièreraent dans les manifestations de sorcellerie. Là les Di- 
vinités avaient leur part dans le partage du monde. Le magi- 
cien traitait avec elles d'égal à égal, requérant leurs services 
en échange des présents ou incantations qu'il supposait leur 
agréer. 

De plus en plus éclairés sur leur faiblesse , leur insigni- 
fiance dans l'univers, â laquelle l'épreuve de la réalité devait 
apporter bien souvent de cruelles confirmations, les humains 
devinrent plus humbles. Us se soumirent et se contentèrent 
de prier, d'implorer les Dieux, Ce fut le troisième stade de la 
magie dont dérivèrent toutes fcs grandes religions qui se par- 
tagèrent et se partagent encore notre globe. 

Toute cette évolution de la magie s'accompagna d'une évo- 
lution des pratiques magiques et donc de la musique. Le mys- 
ticisme terminal trouva son expression dans le lyrisme reli- 
gieux qui domina toute l'époque médiévale. 

Parallèlement à la -musique religieuse, s'était établie, quoi- 
que timidement, une musique profane, poursuivant des buts 
d'agrément, et d'ailleurs fort souvent au service de tendances 
erotiques, Si dissemblables d'apparence, ces courants se re- 
joignirent un jour, se vivifièrent mutuellement et engendrè- 
rent, aux environs du xvn e siècle, un art qui se sépara de 
plus en plus des formules religieuses, visant à l'expression 
individualiste et naturaliste et nous donna tous les grands 
compositeurs que compte notre musique contemporaine. 

F 

* 

S 2, — La musique avant le contrepoint. 

Dans sa forme, cet art fut marqué par deux grandes acqui- 
sitions qui, chaque fois, ajoutèrent à sa complexité : d'une 
par le contrepoint, ou superposition de plusieurs lignes mélo- 
diques, qui apparut vers le onzième siècle, dérivé du pla ni- 
chant et qui s'installa parallèlement â lui. D'autre part, et 
comme suite naturelle du contrepoint, Vharmonie. 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 765 

Antérieurement à ces deux conquêtes la musique se ramène 
à une grande simplicité. Elle est exclusivement monodique, 
superposant au rythme une seule ligne mélodique- Les Grecs 
eux-mêmes, dont l'influence fut énorme, ignoraient le chant 
â plusieurs parties. Leurs chœurs étaient à l'unisson, ou à 
l'octave, équivalent de l'unisson, et si parfois ils s'accompa- 
.gnaient à la lyre ou â la flûte, c'était selon la même formule, 

* * 

§3. — La toute-puissance de la pensée. 

La musique, avons-nous dît, fut l'auxiliaire magique par 
excellence. On lui demandait V accomplissement des miracles 
les plus extraordinaires- Il y avait des incantations pour obte- 
nir la pluie ou le beau temps, pour calmer la mer ou les vents, 
faire naître ou contrarier l'amour, arrêter les hémorragies, 
provoquer la naissance d'un garçon.*, etc. et nous pourrions 
retrouver à toutes époques des survivances de telles pratiques. 

La légende grecque. d'Orphée, musicien de la Thrace, que 
les anciens considéraient comme la terre d'élection de la magie, 
réduisant à sa merci par la vertu de ses chants et des sons 
de sa lyre les forces de la nature et les dieux infernaux eux- 
mêmes, a son équivalent dans le folklore de tous les peuples, 
du monde, notamment chez les Hindous et les Chinois, Les 
Indiens d'Amérique avaient des incantations pour forcer le 
gibier. 

Jeanne d'Àlbret, en travail pour mettre au monde celui qui 
fut Henri IV, chantait sur la demande, de son père une chan- 
son béarnaise qui devait lui permettre de « ne point faire un 
« enfant rechigné », De nos jours, dans nombre de campagnes 
françaises, la coutume s'est conservée en temps de sécheresse 
d'appeler la pluie par des processions et des chants religieux. 

Le mode de pensée qui régit la magie, Freud l'a rétiiar- 
quablement caractérisé par l'expression « toute-puissance de 
la pensée ». Prenant l'ordre de leurs idées pour l'ordre de la 
nature, les primitifs se sont crus capables de contrôler les 
éléments extérieurs à eux-mêmes comme leurs propres pen- 



sées. 



766 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



L'incantation magique est avant tout un acte de domina 
tion, de prise de possession. 



* 
* * 



§4. — Le rythme, élément mâle 

Les plus anciens documents que Ton connaisse sur la mu- 
sique, suffisamment détaillés et explicites, nous reportent â. 
la civilisation égyptienne, plusieurs milliers d'années avant 
l'ère chrétienne. Ces documents, véritables formulaires sur 
l'usage pratique de- l'incantation, soulignent tous expressé- 
ment ce fait essentiel que cette dernière ne vaut que par l'ob- 
servation exacte du rythme. Seul celui-ci importe. 

D'ailleurs, chez les peuplades qui de nos jours ont conservé 
des pratiques de cet ordre, le même fait peut être remarqué. 
Tom les explorateurs du continent africain ont signalé la 
grande importance du rythme dans la sorcellerie nègre. Chez 
les Esquimaux, même fait. Quant aux Australiens, comme les 
Indiens Peaux-Rouges, ils ne peuvent donner aucune indica- 
tion sur le sens de leurs chants dont ils surveillent surtout 
l'effet rythmique. 

Le rythme apparaît donc dans tous les cas, comme un élé- 
ment essentiellement dominateur, actif, viril, 

À cet élément mâle devaient nécessairement s'associer pour 
le concrétiser, des symboles phalliques. Ce fut d'abord la 
main, puis les deux mains frappe.es en cadence l'une contre 
l'autre, origine des instruments à percussion), la trompe et la 
flûte dont dérivèrent les instruments à vent, et plus tard Tare 
de chasse ou de guerre, symbole de puissance par lui-même, 
phallique par la flèche et ancêtre des instruments à cordes. 

Ce furent In baguette du magicien, le bâton du maître de 
ballet et de nos jours la canne du tambour-major et la baguette 
du chef d'orchestre. 

L'habitude d'accentuer la cadence par le battement des: 
mains ne s'est d'ailleurs pas perdue totalement ; nous la re- 
trouvons eu particulier chez les peuples africains* nègres ou 
arabes, et plus près de nous, chez les Espagnols. 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 767 



* 

* * 



$ 5 . — La mélodie, élément femelle 

De ce deuxième élément de la musique qu'est la mélodie, 
nous n'avons que peu parlé jusqu'ici, car il parait avoir eu 
aux origines une importance moindre que le rythme. Les li- 
gnes mélodiques reconnues comme les plus anciennes sont 
d'une étendue qui n'excède pas cdle de la voix parlée, dont 
elles reproduisent généralement les nuances et les inflexions. 
Il a été fait sur les analogies frappantes de la musique primi- 
tive et du langage une foule d'observations du plus haut inté- 
rêt et qui conduisent â leur attribuer une commune origine. 
Sans nous étendre sar ce sujet trop spécial, soulignons quel- 
ques faits remarquables. 

Comme la gamme, la voix parlée suppose V adoption d'une 
ionique et les hauteurs de son, qui marquent le début et la 
fin d'une phrase interrogative ou affirmative, reproduisent 
approximativement un intervalle de quinte. S'il s'agit d'une 
phrase exprimant un doute, des sous-entendus, l'intervalle 
est, plus ou moins exactement d'une tierce. Le langage com- 
porte évidemment une foule de nuances intermédiaires que 
nous ne. saisissons généralement pas, du moins dans leur allure 
musicale, habitués que nous sommes à cette espèce de sché- 
matisation de l'échelle des sons qu'est l'ensemble de nos 
gammes actuelles, qui procèdent par tons et demi -tons. 

Si le peu d'étendue caractérisait les gammes primitives, ces 
dernières étaient légion. Chez les Hindous par exemple, les 
musicologues n'ont pas relevé moins de mille modes diffé- 
rents. 

Ces gammes étaient construites avec les intervalles les plus 
divers et de toutes les façons possibles. Certaines d'entre elles 
procédaient par tiers de tons ou par quarts de tons ; d'autres 
enfin s'approchaient par leur structure de ce que fut la gamine 
py th a gor icien ne # 

D'ailleurs si les peuples de la haute antiquité ont chanté par 
tiers ou par quart de tons, ce fait n'est pas entièrement dispa- 
ru. On le retrouve en de nombreux points du globe et en 1927 
au groupe d 'études philosophiques que le D r Allcndy a fondé 



, ^ 



76S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

-■ 

à la Sorbonne, il nous a été dopné d'entendre un professeur de 
musique de l'Université de Prague, Aloïs Haba, parler de 
chansons populaires tchèques, chantées à quart de ton, 

Ces essais multiples de schématisation de l'échelle des sons 
furent dûs à la musique instrumentale. Les pipeaux et les 
flûtes, comptèrent parmi les tout premiers instruments de mu- 
sique, Ces instruments, .fabriqués d'un roseau percé de quel- 
ques trous, ou comme la flûte de Pan de plusieurs roseaux, 
obligèrent en effet les primitifs à choisir dans l'échelle des 
sons ces points particuliers que sont les notes. 

Si maintenant nous examinons la nature des mélodies pri- 
mitives, et. simultanément les mélopées des peuples attardés 
ou dégénérés — nègres, sauvages d'Océanie ou des terres arc- 
tiques — nous remarquons qu'elles sont à pente descendante, 
ne comportent que de faibles intervalles, et tendent surtout 
à reproduire les plaintes, les gémissements que l'insatisfac- 
tion ou la souffrance arrache aux humains. Nous touchons ici 
au deuxième élément fondamental de la musique : la ligne 
sonore, expressive de la faiblesse humaine, et donc principe 
passif. 

* 

* * 

S 6. — Introduction de caractères actifs 

DANS LA MÉLODIK. 

Ce caractère purement passif , la mélodie primitive ne tarda 
pas à- le perdre partiellement sous l'influence de la musique 
instrumentale. 

Nous avons vu que, outre les mains, les premiers instru- 
ments furent la trompe et la flûte, Les premiers sons que les 
hommes préhistoriques tirèrent de la trompe, fabriquée pro- 
bablement d'une corne d'animal, durent présenter pour eux 
un puissant attrait. Il est inutile que nous rappelions ici l'in- 
térêt que, à l'instar de l'enfant de notre époque, les primitifs 
devaient porter aux produits de leurs di gestions - 3 comme à 
leurs émissions sonores de gaz intestinaux* L'analogie de ces 
bruits et des sons que leur donna la- trompe est évidente, ainsi 
d'ailleurs que ce facteur commun de leur émission : le souffle* 



LA MU.SIQUE ET LA PSYCHANALYSE 769 



Comme ces sons étaient incomparablement pins bruyants 
■que ceux qu'ils pouvaient émettre eux-mêmes, les primitifs se 
persuadèrent volontiers que l'instrument donnait â leur per- 
sonnalité une extension considérable, Notons aussi que l 'usage 
-de la trompe leur permettait d'amplifier les cris par lesquels 
ils défiaient l'adversaire et affirmaient leur triomphe dans la 
bataille* 

De la trompe naquirent: la trompette , mentionnée comme 
un des plus anciens instruments, le cor, la flûte et tous les 
instruments à vent. 

Cette musique instrumentale réagit fortement sur la musi- 
que vocale, étendant considérablement les registres et forçant , 
:à l'usage âes gammés. Les rythmes y h gagnèrent les formes 
•qu'apportèrent les rythmes digestifs, ainsi que l'alternance 
des fonctions d'ingestion et d'excrétion. 

La mélodie perdit son caractère exclusivement passif. De 
nouvelles lignes de sons ascendantes et â grands intervalles 
apparurent, puisant dans une autre origine une signification 
mâle et active. 

Puis, ces deux modes d'expression se pénétrèrent et engen- 
drèrent des lignes mélodiques qui, comme la plupart de celles 
que nous offre la musique contemporaine, sont alternativement 
-actives et passives. 

Cependant, en dépit de cette in ter réaction, les deux genres 
semblent avoir donné naissance aux deux grands courants 
musicaux que nous avons notés : d'une part la musique con- 
templative, religieuse et sentimentale, d'autre part la musi- 
que guerrière et une bonne part de la musique de danse. 






S y. — Le kactkur identification, source des éléments 

IMITATlFS DE LA MUSIQUE, 

Nous avons noté plus haut que les pratiques magiques cons- 
tituaient essentiellement des actes de domination, Ce n'était 
point là le seul caractère de la magie. Les primitifs projetaient 
:sur le monde l'idée qu'ils pouvaient avoir d'eux-mêmes et de 

REVUK FRANÇAISE M PSYCHANALYSE II 



770 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

leurs semblables- Partcfut ils voyaient des esprits hostiles ou 
favorables et le moindre phénomène était aussitôt personnifié 
et pourvu d'un état affectif. Dans leur esprit, une action 
quelconque sur ces entités ne pouvait avoir lieu qu'à la faveur 
d'une certaine identification. Il fallait nécessairement leur 
emprunter le plus possible de leurs caractères. Et c'est pour- 
quoi, selon une expression très pittoresque que reprit Freud 
dans « Totem et Tabou », la magie fut « îmitative et homœo- 
pathique » . Chaque élément était traité par son semblable et le 
magicien, dans ses gestes, ses incantations, reproduisait au- 
tant qu'il le pouvait, les mouvements, les rythmes et les sons 
qui le caractérisaient. 

L'influence sur la musique de cette particularité fut consi- 
dérable. Outre que l'imitation en devint un procédé favori, 
elle la dota de symboles rythmiques et mélodiques personni- 
fiant les grandes entités naturelles et le sentiment qui leur 
était prêté. Tels la mer calme ou furieuse, le vent, le ton- 
nerre, etc. 






§ 8. — La musique pré- hellénique. 

Dans la période qui précéda la civilisation grecque, la musi- 
que subit des influences nombreuses* Le cérémonial déjà com- 
plexe des cultes polythéistes, chaldéens et égyptiens, nécessita 
des incantations plus parfaites et plus adaptées. Le rythme 
s'élargit, régissant l'architecture même de chaque manifes- 
tation musicale en introduisant les répétitions, les oppositions, 
les symétries et alternances, symboles des rythmes physio- 
logiques à grandes amplitudes, comme le retour de la veille 
et du sommeil, des excitations et satisfactions erotiques, des 
fonctions d*alimentation et d'excrétion et aussi de leurs ho- 
mologues cosmiques ; alternance des jours et des nuits, so- 
laire et lunaire et retour périodique des saisons. 

C'est vraisemblablement cela qui fit dire plus tard à Bee- 
thoven que la musique portait en elle les lois du monde- 



LA MUSIQUE ET J,A PSYCHANALYSE 7/1 



* 

* * 



$ 9. — La musique gkrcqtjk. Pythâgore. 

Avec la civilisation grecque, l'art musical, surtout sous la 
forme vocale, prit un développement très grand* Il n'était pas 
chez les Grecs de cérémonies ou actes sociaux auxquels ne 
fussent mêlés des chants . Ils ne retinrent des formes musica- 
les antérieures que huit modes, et opérèrent de précises clas- 
sifications des rythmes auxquels ils attribuaient des caractè- 
res et des circonstances d'utilisation déterminés, 

Pour eux, les rythmes binaires étaient les rythmes éner- 
giques, mâles, divins par excellence, tandis que les rythmes 
ternaires caractérisaient au contraire les passions humaines et 
les troubles qu'elles amènent. Par ailleurs, ils déclaraient que 
le rythme était l'essentiel de la phrase musicale, donnant par 
un véritable acte générateur sa forme et sa valeur à la matière 
inerte des sons (2t). Bt ceci nous rapproche d'une interpréta- 
tion de la musique que nous rencontrerons plus loin. 

On ne saurait passer sous silence le rôle de premier plan que 
tint Pythagore dans Phistoire de cet art. Il précisa d'abord le 
rôle de la ionique y note symbolique du repos, du retour au 
calme sur laquelle se terminent presque toutes les manifesta- 
tions musicales et en introduit Pusage, affirmant ainsi la va- 
leur de ces dernières en tant que décharge psychique, 

En outre, il découvrit la loi physique qui régit les accords 
de quinte et de quarte pour les cordes vibrantes et constata que 
les longueurs de ces cordes étaient entre elles comme trois et 
deux pour la quinte et de quatre et trois pour la quarte, 

Pythagore ne séparait pas la physique de la magie et la 
symbolique des nombres se mêla aussitôt à la musique, La 

quinte j-l exprima pour lui les rapports des principes mâle 

et femelle et la quarte Uj les rapports de la nature et de 

l 'homme. Ce lui fut une raison nouvelle pour proclamer la 
signification cosmique de cet art et il construisit une gamme 
strictement bâtie avec des quintes et des quartes. Cette gamme 

{2ï} F. A. Gevaert. Histoire et théorie de la Musique dam l'Antiquité* 
<î. Anoot Draelcman. OfmcL 1875. Tome I. Page 34. 



772 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pythagoricienne fit disparaître les nombreuses gammes exis- 
tantes et régna ensuite tyran niquement sur toute la musique. 
Il fallut la venue des grands compositeurs contemporains de 
Bach pour que soient prises avec elle quelques licences. 






S ich — Plain-chant, contrepoint, harmonie ; 

INFLUENCE 0ES MOUVEMENTS SOCIAUX SUR LA MUSIQUE* 

Du plam^chant notons seulement qu'ilNrefiète le mysticisme 
aigu du Moyen Age et qu'une des raisons pour lesquelles il fut 
ainsi nommé est que l'on bannissait de lui tout élément pas- 
sionnel. Le plus possible, il était calme, serein, comme tâchait 
de l'être le sentiment qu'il exprimait, 

Avec le contrepoint, dont chaque ligne mélodique avait son 
caractère et son sens* s* amplifia le contenu des œuvres musi- 
cales. Celles-ci devinrent de véritables tableaux où apparais- 
saient différents personnages ou personnifications de la na- 
ture, servant ainsi dans une mesure beaucoup plus large et à 
la manière du rêve, l'expression de sentiments de plus eu plus 
refoulés. 

Enfin, V harmonie f multipliant les rythmes et les arabes- 
ques sonores élargit encore ce rôle, faisant de la musique une 
manifestation d'art de plus en plus complexe. 

Il serait très intéressant de suivre l'évolution de l'expres- 
sion musicale en fonction des grands mouvements sociaux et 
entre autres exemples, l'influence de la Révolution Française 
qui, de la musique aristocratique et maniérée qui la précéda, 
chassa toutes broderies et mièvreries, lui rendant la simplicité 
mélodique, et une franchise* voire même une brutalité rythmi- 
que, caractéristiques de l'apport viril populaire. 

Mais cela étendrait encore l'exposé d'un sujet dont le seul 
défaut est l'abondance. 



rtMta 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 773 



CHAPITRE III 
Les facteurs psychiques infantiles de la musique 



$ i. — Le rythme dans la vik infantile. 

Essayons plutôt de retrouver parmi les manifestations in- 
fantiles l'origine et le sens de Part musical. 

Nous ne pouvons assurément nous faire qu'une idée bien 
vague de ce que peut être la vie psychique de Penfant dans le 
sein maternel. 

Cependant, parmi les impressions qui commencent à reten- 
tir confusément en lui^ ne devons-nous pas attribuer une place 
de premier plan au rythme de son propre cœur qui peu à peu 
s'accentue ? Il semble que nous puissions faire de ce rythme 
le premier terme de la série de ceux qui vont ensuite apparaî- 
tre dans sa vie et marquer chaque fois chez lui des événements 
d'une grande importance. 

Rythmes de la respiration , de la tétée et de la mastication > 

des contractions stomacales et intestinales, de la masturba- 

■i * 

tion infantile, rythmes du berceau, puis de la marche et chez> 
l'adulte le rythme de Pacte vers lequel Pa conduit toute son 
évolution physique et psychique : l'accouplement, 

Peut-être même ne serait-ce pas une hypothèse trop auda- 
cieuse que d'expliquer par le rappel des rythmes de la vie pré- 
natale, venue des régions les plus profondes de l'inconscient, 
la facilité avec laquelle le balancement du berceau endort l'en- 
fant, comme aussi l'effet hypnotique de certains bruits 
^thmés. 



mmw 



7/4 HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Quoi qu'il en soif, l'apparition des rythmes que nous avons 
mentionnés s'associent chaque fois chez le tout petit aux ac- 
tes par lesquels il réagit aux excitations de toute nature, inter- 
nes et externes, et s'assure une satisfaction. 

La respiration dissipe l'angoisse que fait surgir en lui la 
naissance, l 'allaitement lui donne la possession du sein mater- 
nel, la mastication ^ les mouvements périodiques intestinaux 
apaisent les excitations douloureuses de la faim et les mouve- 
ments du berceau accompagnent ses bienheureux retours au 
sommeil , 

Ajoutons à cela la marche qui lui assure une emprise sur les 
choses qui l'entourent, et plus tard les gestes rythmés du plai- 
sir solitaire qui donnent déjà à l'enfant les satisfactions 
sexuelles (22), 

Il existe évidemment bien d'autres rythmes qui retiennent 
l'attention des humains de tout âge, mais en dernière analyse, 
ils se ramènent à ceux fondamentaux que nous avons cités. 

Tous ces derniers marquent pour l'enfant une conquête nou- 
velle. Il n'est donc pas surprenant que les rythmes se lient 
étroitement dans son inconscient aux réalisations de ses désirs 
et prennent pour lui, comme pour le primitif, une significa- 
tion symbolique active. 

Tout le monde a eu l'occasion d'observer chez les enfants 
de nombreuses manifestations, des jeux surtout > où les mou- 
vements et les bruits rç-thmés occupent une place essentielle. 
Souvent ils se ramènent, et c'est le cas pour les balancements 
de toute nature, soit à la recherche d'un plaisir directement 
erotique, soit au bercement maternel ou au mouvement du 
berceau . 

Nous avons même pu observer, chez une hystérique, dans 
l'instant qui précédait les crises, un balancement involontaire 
ries épaules qui avait cette dernière signification. 

Quelquefois, ces manifestations s'apparentent aux fonctions 

(22I T>ans une très intéressante communication an groupe do l'Evolution 
Psychiatrique, le D r Bore! a mis en lumière l'extrême importance du rythme 
masturbatoire infantile dans les arts en général et nota m nient dans la ré- 
pétition des motifs décoratifs. Lest très nombreuses répétitions erne l'on ren- 
contre en musique ont ici une de leurs origines» comme aussi celles qui 
abondent dans le langage et particulièrement celui des enfants et des peu- 
ples primitifs, P. G. 






LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 775 



d'alimentation, mais bien plus fréquemment elles reprodui- 
sent le rythme de la marche, ou s'ajoutent â lui, symbolisant 
le pouvoir diction, la puissance dont les enfants voudraient 
être pourvus, 

L'intérêt considérable qu'ils portent en général à la loco- 
motive est notoire. Par sa masse énorme, sa puissance, sa vi- 
tesse, le rythme de ses pistons et de ses souffles bruyants, cette 
dernière devient à juste titre le support symbolique de multi- 
ples tendances réprimées, Un de nos compositeurs modernes, 
Honegger, a écrit sur le thème de la locomotive, une éton- 
nante pièce sym phonique : « Pacific 231 » véritable glorifi- 
cation des rythmes et que, vraisemblablement, nous pouvons 
rattacher à des réminiscences de l'affection infantile de Tau* 
teur pour ce produit du génie humain. 

Personnellement, il nous est arrivé souvent, étant enfant, 
à la suite d'une mauvaise action, de craindre une réprimande 
et de faire diversion à l'angoisse que faisait naître V expecta- 
tive de la correction, par un chant rudimentaire dont le 
rythme était l'essentiel. Aussi particulier que paraisse ce fait, 
on peut l'observer quelquefois chez les enfants et certains 
adultes en conservent le souvenir assez net. 

Si la locomotive suscite un grand intérêt, les bruits régu- 
lièrement répétés que font sur les éclisses le passage des roues 
des wagons n'en entraînent pas moins. Nombreux sont les 
gens qui déclarent être très influencés par eux an cours de 
leurs voyages. Le mouvement affectif qui naît est d'ailleurs 
très variable : pour les uns l'impression est plutôt agréable ; 
certains se sentent portés â accompagner ces battements par 
un chant mental ; pour d'autres, ils deviennent une véritable 
obsession. 

Rappelons enfin que dans la détermination des symboles* 
d accouplement, tels la montée d'un escalier et le voyage en 
chemin de fer, ie rythme est un élément principal. 






$2. — Dt j cri a la mélodie. 
Pour traduire à l'extérieur ses états affectifs, le nourrisson 



^H^^H^^ri 



776 £EVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



n'a qu'un moyen, aussi instinctif chez lui que l'acte d'alimen- 
tation, c'est le cru 

C 3 est en criant qu'il proteste contre l'angoissante expul- 
sion hors du sein maternel et qu'ensuite il réagit à tous les états 
de tension et de déplaisir qui surgissent en lui. 

C'est par son cri, qui peu à peu se module et se fait plus ou 
moins impérieux ou résigné que l'enfant appelle à lui la 
« mère-nourriture » (selon l'expression du D r Laforgue) qui 
borne tout son horizon affectif, les instincts de nutrition et libi- 
dinal étant encore rassemblés au cours de la phase orale. 

Bientôt apparaîtra, dans sa vie un événement des plus pé- 
nibles: le sevrage, matériel d'abord, affectif ensuite et dont les 
travaux psj^chan a ly tiques récents , particulièrement ceux du 
D r Laforgue, ont mis en lumière l'énorme rententi s sèment sur 
son évolution psychique ultérieure. Ce traumatisme fondamen- 
tal va faire surgir en lui des' conflits dont la résolution sera 
plus ou moins parfaite. Entre l'état mental du schizophrène 
grave et celui de l'individu normal, se placent une foule d'états 
névrotiques et psychotiques, de toutes intensités, dont réclu- 
sion est diversement différée, mais dont l'origine se place sou- 
vent à cette époque critique de la vie infantile. 

Fort' heureusement, chez la majorité des enfants, les con- 
flits se liquident convenablement, mais bien peu nombreux 
sont ceux qui n'en gardent pas quelques légers résidus. 

Après le sevrage, le cri par lequel le bébé s'assurait la pré- 
sence et les soins maternels n'est plus suivi d'effet, aussi de- 
vient-il plaintif, résigné et de plus en plus rare. Petit à petit 
sa signification primitive est refoulée au sein de l'inconscient : 
il ne surgit plus que sous la contrainte de vives douleurs phy- 
siques on morales. 

Cependant, rien ne lui est enlevé de son sens profond et 
certaines circonstances dramatiques de la vie le font réappa- 
raître tel qu'il fut autrefois. 

Dans les innombrables scènes d'horreur que la dernière 
guerre répandit sur l'Europe, tous les combattants ont pu 
voir, aux instants critiques , revenir sur les lèvres d'hommes 
cependant bien trempés la plainte de leur enfance et cet appel 
tragique : u Maman ! » 

L'enfant apprend bien vite à refouler cette plainte* Mais si 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 777 

■■ 

Ton ajoute â celle-ci, toujours latente, les impressions auditi- 
ves qui peuvent marquer la première enfance : les douces pa- 
roles de la mère, les berceuses qu'elle lui chante, car l'art d'en- 
dormir les enfants par le chant (la xaTa^ayxiAr^w des Grecs) 
est mentionné à tontes les époques et dans tous les pays du 
monde par les musicologues, il semble naturel qu'elle trouve 
son substitut, sa sublimation dans la ligne mélodique Cette 
signification profonde de la mélodie, l'examen de la musique 
primitive l'avait fait pressentir, Et ceci semble expliquer pour- 
quoi certains chants, le lié des sons, les phrases de quelques 
instruments : le violon, le violoncelle, le saxophone, si pro- 
ches de la voix humaine, suscitent de grandes émotions. 

On connaît les effets remarquables que certaines formes çle 
musique produisent chez les enfants sensibles. Nous n'en ci- 
terons qu'un seul exemple. Il s'agit d'un petit garçon de no- 
tre connaissance, fils unique, très choyé par une mère quelque 
peu nerveuse, et chez lequel on peut noter une forte fixation 
maternelle avec, comme corollaire, pas mal de difficultés â 
s'élancer dans la vie, 

La première fois (il avait alors six ans) que chez ses parents, 
ce petit entendit de la belle musique vocale, musique contem- 
plative et sentimentale, il profita de l'inattention générale pour 
disparaître. On s'inquiéta bientôt de lui et ce fut accroupi 
sous une table, où il était allé cacher son émotion et ses larmes 
qu'on le retrouva. 

Nous devons ajouter que pleurer en public semblait à cet 
enfant une indignité. Quelques jours plus tard, spontanément, 
il résuma ainsi son opinion : <c Je n'aîme pas, dit- il, les choses 
« trop belles qui font pleurer ! » 

L,a musique n'avait fait qu'actualiser chez lui un conflit 
imparfaitement liquidé. 

s 3. — Synthèse du rythme et de la mèi odie 

DANS LA MUSIQUE CONTEMPLATIVE. 

Par la mélodie, substitut de la plainte Vée aux désirs, aux. 
excitations alimentaires et erotiques, au recours maternel,. 



778 REVUE FRANÇAISE I>E PSYCHANALYSE 



par le rythme, symbple d'assouvissement, l'art musical et spé- 
cialement dans ses formes contemplatives et sentimentales, 
nous paraît offrir une satisfaction aux tendances inconscientes 
si générales parmi les humains, de retour à l'époque anté- 
rieure au sevrage, 

Ainsi peuvent s'expliquer les émotions qu'il engendre ; le 
détachement du réel, l'état hypnotique léger,,, comme aussi 
l'allure descendante des mélodies passives, signe d 'intériori- 
sation, d'introversion. 

S 4. — Le complexe flatuel et la musique excitante. 

Peu d'enfants présentent à la musique la sensibilité du petit 
sujet dont nous avons parlé' ! Comme les névroses, les goûts 
artistiques se précisent surtout à l'époque du deuxième grand 
événement de la vie: la puberté. 

Auparavant, l'intérêt que peuvent prendre les petits aux 
manifestations musicales suit une autre orientation au cours 
de la phase erotique digestîve. On a souligné, fréquemment le 
plaisir qu'ils tirent presque tous, de la production ou de l'au- 
dition de bruits particuliers ; les souffles, les craquements , les 
explosions, f et les jouets bruyants : les tambours, les trom- 
pettes et sifflets ne trouvent que peu de rebelles. 

Au cours de cette période de leur vie, de nouveaux refoule- 
ments se produisent sous la contrainte familiale. Les bruits 
provoqués par les activités intestinales leur sont sévèrement 
interdits. Aussi prennent-ils inconsciemment une revanche 
en produisant par d'autres moyens des sons, admis ceux-là, 
analogues et plus intenses encore* Cette libération, en dépit 
des répressions, de la charge affective de son complexe flatuel 
ne peut manquer d'avoir pour l'enfant un caractère de triom- 
phe et tout naturellement il l'associe à d'autres principes ac- 
tifs, au rythme de la marche et ses dérivés. Le charme du 
tambour et de la trompette infantiles va se déplacer ensuite 
sur les instruments à percussion (grosse caisse, cymbales) et 
sur les instruments à vent (cuivres, flûtes etc.) Et la musique 
■qui s*y rattache, musique militaire, guerrière, musique de 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 779 



A 

cirque ou danse, doit aux tendances qu'elle illustre son pou- 
voir excitant, sa faculté de porter au rire ou à l'action ses au* 
diteurs. 

Ces formes d'art musical jouissent d'ailleurs d J une moin- 
dre faveur que celles qui dérivent du cri humain. Peut-être la 
raison en est-elle que leur véritable sens n'est pas en général 
suffisamment refoulé et éclaire confusément le goût artistique. 



* 



S 5. — Conclusion. 

Nous retrouvons ici les deux courants que l'histoire de la 
musique nous a révélés* 

Les manifestations musicales paraissent donc avoir leurs 
origines dans les traumatismes psychiques du sevrage d'une 
part, et d'autre part, dans le complexe flatuel, Il serait témé- 
raire d'affirmer qu'une œuvre déterminée est pure de l'une 
ou de Vautre influence. Il semble généralement que les deux 
instances se mêlent avec prépondérance plus ou moins accu- 
sée de Tune ou de l'antre. Cependant* avec Jones, doit être 
mentionnée Y influence de ce dernier complexe qui, par réac- 
tion ^ détermine la recherche générale des sous esthétiques, et 
s'étend à toute la musique. 



780 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHAPITRE IV 



La Symbolique Musicale 



Si tels sont les buts inconscients que sert cette dernière, ce 
ne sont évidemment pas ceux que lui confèrent consciemment 
les musiciens. 

Par leur art, ceux-ci se proposent d 'exprimer tous leurs 
états d'âme et souvent de dépeindre les représentations exté- 
rieures ou imaginât! ves qui s^ lient. 






Si- — Nature de la symbolique musicale. 

Si Ton considère que la musique actualise ]es états affec- 
tifs initiaux et profondément refoulés de Pêtre humain, on 
conçoit aisément qu'elle tend m à traduire également, sous une 
forme voilée, tous ceux qui, s 'échelonnant au cours de la vie, 
se superposent à ceux-là. 

L 'œuvre musicale devient donc pour le compositeur, un vé- 
ritable rêve de la vie éveillée , possédant , comme celui-ci, des 
condensations, des surdéter m mations» une symbolique collec- 
tive et une symbolique particulière à l'artiste. 

Ce sj^nibolisiue, la musique le contient, pour ainsi dire, au 
second degré, car, pour introduire dans ses manifestations les 
éléments symboliques nécessaires, elle fait appel aux sym- 
boles rythmiques et sonores de ces éléments. Cette particula- 
rité complique grandement la recherche, et ouvre malheureii- 



H^^ 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHAXAtVSE 78 1 



sèment une porte à la fantaisie. Néanmoins, lions allons 
essayer de faire une rapide incursion dans ce domaine, 






S 2* — Trois ordres de symboles musicaux : 

DIRECTS, IMITATIFS, ASSOCIATIFS, 

Le déroulement d'une exécution musicale reproduit la suc- 
cession dans le temps d'états affectifs différents par leur nature 
ou leur intensité. L'intensité des sons émis se proportionne 
à 1* intensité de ces états et la brièveté relative des durées (ou 
valeur des notes dans le temps), rappelant l'accélération car- 
diaque liée aux vives émotions, possède la même signification. 

Si le sentiment est actif, possessif, nuancé de joie, il se tra- 
duira par des rythmes accusés, rapides, généralement binai- 
res, le piqué, des sons, le mode majeur, avec des lignes mélo- 
diques à grands intervalles et à pente générale ascendante. 

Au contraire, si le sentiment est passif, résigné , teinté de 
tristesse ou d'angoisse, il s'exprimera dans des rythmes, des 
mouvements plus lents, souvent le mode mineur, avec des 
lignes mélodiques à faibles intervalles et à pente surtout des- 
cendante. 

Enfin, pour préciser le degré d'assouvissement psychique 
qu'entraîne la manifestation artistique, intervient l'usage de 
la tonique avec différentes formules d'accords terminaux, 

À l'imitation, ainsi que nous Ta von s vu, la musique doit 
la plupart de ses symboles. Nous n'en citerons que quelques- 
uns. 

Mentionnons d'abord les timbres et les hauteurs des lignes 
sonores, avec des rythmes particuliers à chaque cas, qui carac- 
térisent divers personnages, masculins dans le grave, fémi- 
nins dans l'aigu. Ce fut un procédé cher aux contra puntistes 
qui îe transmirent à leurs héritiers. 

C'est ainsi que nous voyons apparaître dans certaines com- 
positions de Mozart, au-dessous de voix fraîches et légères, un 
bougonnement autoritaire masculin: personnage qui ne paraît 
être qu'un substitut du père ridiculisé. 

Les symboles îmitatifs d J animaux t tels le coucou, le coq,,., 



^t^^v^v^^p 



7S2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



le cheval au galop... apparaissent dans de nombreuses pièces 
musicales, ainsi que ceux de la houle, du vent, de la cloche, le. 
bruit et la cadence des marteaux ou du rouet.,, etc.. 

Nous devons une mention particulière au grand rôle que 
joue la mer dans la musique. L'imitation de la mer, de ses 
balancements, de ses rythmes divers, a seirvi de fond à une 
foule de compositions et engendre un genre particulier: la har- 
carolle* Mais pour peu que Ton s'en inquiète, on s'aperçoit 
rapidement g ne ce genre ne se différencie pas d'un deuxième ; 
la berceuse. La mer ne balance-t-elle pas la barque comme la 
main maternelle le berceau ? Derrière les représentations de 
la mer, c'est la mère que nous devons voir et ce symbole pré- 
cise â nouveau le sens profond que nous avons attribué à cer- 
taines œuvres musicales. 

Il est eticore une catégorie de symboles, qui semblent ne 
l'être devenus que par simple association ; tels, certains thè- 
mes inséparables de gestes, de cultes, de contrées, d'époques 
déterminées... etc.. 



* 
* * 



S 3. — Symbolique de la danse. 

De tout temps la danse fut associée a la musique et de mul- 
tiples manifestations de cette plastique vivante, principalement 
celles qui sont exécutées par couples, ont une signification ero- 
tique directe. 

Il est difficile de voir dans les enlacements et les gestes des 
valseurs ou danseurs de tango, pour ne citer que ces genres 
chorégraphiques, autre chose qu'un substitut de l'accouple- 
ment, et les moralistes ne se sont guère trompes à ce sujet, 
Cette signification profonde, la danse Pa transmise à la musi- 
que qui l'accompagne. 

D'ailleurs, le rythme et la plainte que Ton retrouve dans 
nombre d 'œuvres, peuvent très bien admettre cet autre sens 
intime. 

Bien des observations Pont compris, notamment les Grecs, 
et si les orchestres, composés surtout d'instruments à cordes, 
qui dispensent valses et tangos, insistent sur les ports de voix y 



_^^^_^^__^__^^^^^ta^ta^^^^^^^^_ 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 7&3 

les coulés traînants des violons, c'est saijs doute pour en 
accentuer plus oit moins consciemment l'interprétation véri- 
table. 



* * 



s 4. — Modes de création musicale. 

Malgré tout, la s3nnbolique musicale est loin d'être précise. 
Interpréter un rêve sans posséder les associations d'idées de 
son auteur est une entreprise peu commode et aléatoire. Re- 
trouver dans une œuvre tout ce qu'un compositeur a voulu in- 
consciemment y faire entrer devient chose i ni possible. Aussi, 
nous semble -t- il t doit-on se contenter d'interprétations très 
générales* 

Très souvent la genèse d'une composition a pour point de 
départ ou s J accompagne d'une fresque d'images mentales, 
Haydn, paraît-il, se donnait un schéma de représentations 
Imaginatives selon lequel il composait. Les œuvres qui s'asso- 
cient à la danse ou au chant suivent ce mode de création, ainsi 
que les pièces sy m phoniques â programme si nombreuses dans 
notre musique moderne. Wagner composait les livrets de tous 
ses opéras. 

Cependant, il est des compositeurs, anciens et modernes, et 
parmi les plus grands, chez lesquels nulle représentation men- 
tale ne se lie à l'émission ou â r audition des phrases musica- 
les. Et ceci se retrouve en pas mal d'auditeurs qui cependant 
sentent parfaitement la musique. 

Ce fait remarquable paraît à M, Baudouin, de Genève, être 
consécutif à un refoulement extrêmement intense, chassant le 

symbole-image lui-même pour ne laisser passer que le dyna- 
misme général du sentiment. Voici sans doute la raison pour 
laquelle nombre de grands musiciens ont été, si vous permet- 
tez cette expression, si bien servis en fait de troubles psychi- 
ques 3 en dépit des possibilités très grandes de sublimation que 
leur offrait leur art. 



H-IF> 



784 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



S 5* — Les points singuliers de la culture musicale. 

Jetons encore un coup d'œil sur quelques indications, relati- 
ves à la musique que nous offre l'observation des individus. 

Chez la grande majorité des humains > existent ce que Ton 
pourrait appeler les points singuliers de la culture musicale. 
Ces points singuliers, d'autant plus nombreux que le sujet est 
musicalement moins cultivé , ce sont des airs, des thèmes, plus 
ou moins déformés ou fragmentés, associés quelquefois â des 
paroles, et revêtus d'une charge et d'une couleur affectives, 
très différentes le plus souvent de celles que peuvent légitimer 
le sens et la valeur de l'élément musical adopté. 

Ces éléments, particuliers à chaque individu, ont le pou- 
voir de le ramener mentalement à des époques déterminées et 
parfois très lointaines de sa vie. Leur rôle n'est autre que celui 
des souvenirs de couverture et comme tels doivent retenir l'in- 
térêt de 1 J analyste , car ils constituent généralement le point de 
départ d'utiles découvertes. Il s'agît donc ici, de symboles 
associatifs, mais particuliers au sujet observé. 

Si les faits qu'ils voilent sont tombés sous le coup de la 
censure, il arrive qu'ils en soient à leur tour victimes. Il est 
curieux de constater quelquefois, avec le progrès d'une ana^ 
lyse, le retour à la mémoire de thèmes, de chants, qui ont mar- 
qué l'enfance du sujet et fuient ensuite totalement oubliés, 

Ces points singuliers déterminent une bonne part de la sym- 
bolique propre à un musicien et peuvent même influencer for- 
tement son goût artistique. 

Ainsi que nous l'avons noté, la symbolique générale de la 
musique est peu précise. Aussi nous est-il donné des interpré- 
tations très différentes d'un même morceau, par des gens qui 
pourtant le sentent avec une égale intensité. 

Cette particularité révèle la part très grande de sa propre 
composition psychique qu'un auditeur mêle à ses interpréta- 
tions. 

Comme Ri bot l'a mentionné, il est des amateurs de musique 
chez lesquels les impressions auditives déclenchent de multi- 
ples représentations mentales. 



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LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 785 



Si l'on demande à l'un de ces derniers d'indiquer ce qu'il 
a compris d'une exécution quelconque, il est bien rare qu'il 
n'imagine pas aussitôt une petite histoire avec un décor, et 
des personnages définis matériellement et psychiquement. 
Cette traduction en représentations visuelles est a son tour jus- 
ticiable de l'investigation psychanalytique car on s'aperçoit 
vite que, d'une façon plus ou moins détournée, l'auditeur y a 
introduit ses propres complexes. 



nnvvn française de psychanalyse Ia 



786 REVXJE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHAPITRE V, 



Chopin 



Le domaine de Part « des rythmes et des sons » est si vas- 
te, et si nombreux sont les départements connexes de l'activi té 
cérébrale, que nous ne pouvons suivre, ni même indiquer tou- 
tes les voies. qui s'offrent â l'investigation. Mais avant de ter- 
miner ce rapide exposé, nous voudrions essayer de montrer 
brièvement ce que Ton peut attendre de l'examen, sous Pangle 
prychanalytique, des œuvres d'un musicien, non point pour 
poser un diagnostic précis, mais simplement pour appuyer des> 
présomptions acquises sur des données différentes . 

Entre les ^compositeurs et parmi les plus grands, il en est 
dont T histoire reflète l'état mental pathologique et les dési- 
gnent à l'attention* Frédéric Chopin est de ceux-là. 



* 

* # 



$ i. - — Son enfance, son départ 

Chopin naquit à Varsovie d'un père français et d'une Polo- 
naise: Justine Krzyzanowska, de souche noble. Seul enfant 
mâle de la famille, il subit peu 1 influence d'un père trop oc- 
cupé. Choyé par sa mère et sts sœurs, son enfance ignora les 
jeux des garçons, violents et indépendants, qui révèlent la 
première orientation virile. Très tôt se manifestèrent en lui 
des dons de compositeur et de petit pianiste prodige et son 
adolescence s'écoula dans un milieu féminin, aristocratique et 



LA MUSJQUE .ET..LA PSYCHANALYSE... 787 



raffiné, qui l'adulait et dont V influence contribua fortement à 
faire de cet enfant chétif , déjà concentré, le personnage sensi- 
ble, efféminé, romantique, qui passa à la postérité. 

Bien qu'il fût très attiré par l'état artistique et intellectuel 
que rayonnait Paris, il ne se sépara qu'avec une peine extrê- 
me des siens, de sa chère Pologne, et ne devait jamais les 
revoir. 

L'histoire nous a rapporté toutes ses indécisions, ses tenta- 
tives avortées de départ. Lorsqu 'enfin il s'y résolut, ce fut un 
déchirement. Ses amis qui connaissaient et coin prenaient son 
grand amour du pays natal,, lui firent un peu de conduite et 
lui remirent, â leur séparation, une coupe d'argent pleine de 
terre polonaise et qu'il prit en pleurant ; coupe qu'il garda tou- 
te sa vie et dont il voulut, à son agonie, que le contenu soit 
versé sur son cercueil. 






s 2, — Ses amours 

Hormis son aventure avec George Sand, qui seule sortit du 
domaine platonique, Chopin fut chaste toute sa vie. 

Son premier amour fut Constance Gladkowska, jeune crfiita- 
trice blonde que souvent il accompagna au piano. Bien qu'il 
eût pour elle un sentiment ardent, que ses rougeurs; ses pâ- 
leurs laissaient clairement paraître, la pauvrfe Constance atten- 
dit vainement un aveu que jamais il n'osa, et ils se séparèrent 
désespérés* 

Plus tard, à Dresde, l'artiste retrouva une compatriote, 
tendre compagne de ses jeux d'enfant: Marie Wodzinska, 
ïls renouèrent l'idylle du passé et se fiancèrent. Mais le comte 
Wodzinski mit â leur union son veto. Le motif allégué de 
cette opposition fut la différence de fortune et de rang social, 
mais il est probable que l'attitude d'amoureux transi du pia- 
niste, son insuffisante virilité apparente, ne parurent pas au 
comte d'acceptables garanties de bonheur. 

Cette rupture accentua évidemment la névrose de Chopin et 
se répercuta gravement sur sa santé physique. 

Quant àûx nombreuses aventures faciles que lui ménagea ît 
son talent, il en eut toujours le dégoût, 



— — 



788 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

■ ■ ■ ■ ^ , ^^^^^^^_-^^^^_L. 

Chacun connaît cette anecdote qui marqua le début de son 
séjour â Paris, Pauvre et peu connu encore, il avait loué boule- 
vard Poissonnière, un modeste appartement, où il se consolait 
avec: son piano des souffrances que lui faisaient endurer le 
froid et la faim* 

Au-dessous de chez lui habitait une femme jeune et jolie, 
musicienne et riche et qui, délaissée par son mari, eût volon- 
tiers accepté en la personne de l'artiste, un confident et un 
consol ateurr Mais ce dernier resta sourd aux avances les plus 
directes. Il se refusa même à pénétrer chez elle cependant que 
dans une lettre à un ami /il Confiait : « J'y aurais trouvé une 
cheminée, un bon feu t ,. Ah ! qu'il ferait bon s'y chauffer » (23), 

* 
s 3. — Ses amitiés. 

Chopin eut toujours le culte de l'amitié masculine et, chose 
significative, ses amis étaient aussi virils qu'il était lui-même 
efféminé. Sa fidélité à Titus, Matuzinski, Fontana, qu'il appe- 
lait ses « bien -aimés h, est notoire et à Liszt même dont lui 
répugnaient les multiples aventures et triomphes amoureux. 
Auprès d'eux seulement, il osait des confidences qu'il ne se 
permit même pas avec Sand, tant était grande la réserve, nous 
dirons même la crainte, que lui inspiraient les femmes. 



* * 

S 4. — Sa uatson avec George Sand. 

fl n'est rien de plus caractéristique que sa liaison avec la 
châtelaine de Nohant, son aînée de six ans, tant l'inversion 
des rôles est flagrante, Ce fut, nous dit Vuillermoz « une pos- 
« session où l'incube fut loin d'être le frêle musicien ». 

Celle que Nietzsche appela durement <* la terrible vache à 
m écrire n était populacière et masculine, portait des culottes et 
fumait la pipe. Son incroyable aptitude au changement et 
même à l'acceptation des faveurs simultanées d'amants qu'elle 

(2i) Vuillermoz, La vie amoureuse de Chopin, Flammarion, 1927* Pajjc 37* 



+m 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHANALYSE 789 



choisissait parmi les romantiques efféminés de l'époque, laisse 
préjuger de l'existence chez elle d'un complexe de virilité de 
forte taille qui l'empêcha d'arriver à la plénitude sexuelle et 
la poussa sans cesse vers de nouvelles aventures. 

Si elle trouva } dans cette union, à épancher ses tendances 
viriles, s'amusant de Chopin comme d'une poupée, le côté di- 
rectement sexuel la laissa très déçue, et certains extraits de sa 
correspondance avec le comte Grzymala en font foi: 

« Il semblait faire fi \>, dit-elle, « à la manière des dévots, 

« des grossièretés humaines t et rougir des tentations qu'il 

« avait eues et craindre de souiller notre amour par un trans- 

« port de plus. Cette manière d'envisager le dernier embras- 

« sèment de Tamour m'a toujours répugné. Si ce dernier em- 

« brassement n'est pas une chose aussi sainte, aussi pure, 

« aussi dévouée que le reste, il n'y a pas de vertu à s'en abste- 

« 11 ir. Ce mot d'amour physique dont on se sert pour exprimer 

« ce qui n'a de nom que dans le ciel, me déplait et me choque, 

c< comme une impiété et comme une idée fausse en même 

« temps. Est-ce qu'il peut y avoir, pour la natures élevées , un 

<c amour purement physique, et pour les natures sincères un 

« amour purement intellectuel ? Est-ce qu'il y a jamais 

« d'amour sans un seul baiser et un baiser d'amour sans vo- 

« lupté? Mépriser la chair ne peut être sage et utile qu'avec 

« des êtres qui ne sont que chair ; mais avec ce qu'on aime, ce 

ce n'est pas du mot mépriser, mais du mot respecter, qu'il faut 

« se servir quand on s'abstient. Au reste, ce ne sont pas là les 

« mots dont il s'est servi. Je ne me les rappelle pas bien. Il a 

« dit, je crois, que certains faits pouvaient gâter le souvnïr* 

« N'est-ce pas, c'est une bêtise qu'il a dite, et il ne le pense 

<( pas? Quelle est donc la malheureuse femme qui lui a laissé 

u de l'amour physique de pareilles impressions? Il a donc eu 

(t une maîtresse indigne de lui ? Pauvre ange ! Il faudrait 

a pendre toutes les femmes qui avilissent aux yeux des hom- 

« mes la chose- la .plus respectable et la plus sainte de la créa- 

« tîon, le mystère 'divin, l'acte le* plus sérieux et le plus subli- 

« me de la vie universelle. » (24) 

(2/\) VUH.M3RMOZ. Ouvi\ cité. Page 72, (Mots en italique dans le texte,) 



79<=> SEVUJS FRANÇAISE DÉ PSYCHANALYSE 



Ne pouvons-nous pas conclure -de ce qui précède à une im 
puissance au moins partielle de l'artiste. 



* 

* * 



.$ .5. — Sa fixation maternelle et sa hantise de la mort. 

Des quelques observations que nous venons de rapporter, il 
n'est pas difficile de conclure que la névrose du musicien était 
assise sur une très intense- fixation maternelle, De là, par une 
sorte d'identification, ses manières féminines et raffinées, ses 
inhibitions et en général, son inaptitude à la vie. De là aussi 
son respect et sa crainte exagérés de la femme, son dégoût de 
l'amour physique, et les tendances homosexuelles inconscien- 
tes, probablement passives, qui lui firent rechercher les ami- 
tiés masculines, 

Chopin avait, dit-on, la hantise de la mort et cela fut sans 
doute pour beaucoup dans la progression rapide de la phtisie 
qui l'emporta. Comme il en fit bien souvent le souhait, il mou- 
rut doucement, bercé par les douces mélodies que chantèrent 
ses amis* 






S 6, — SON-CKUVRE, 

Si Ton jette un coup d'œil sur l'ensemble de son œuvre, on 
constate d*abord qu*il n*a écrit que pour piano* C'est à son 
piano qu'il confiait ses désespoirs, ses obsessions. Sa réserve, 
la délicatesse de ses épanchements ne souffrait que ce seul ins- 
trument. 

On peut s'étonner que la majeure partie de ses compositions 
appartienne à la musique de danse : valses, mazurkas, polo- 
naises... 

Nous connaissons la signification profonde.de ces manifes- 
tations musicales* Que cherchait donc ici cet impuissant psy- 
chique et physique auquel répugnaient les moindres approches 
sexuelles ? 

Poétiquement, Vuillennoz nous le dit : il cherchait « comme 



LA MUSIQUE ET LA PSYCHAXALYSB 7ÇI 

u tous les amants délicats , non pas Pamour, maïs le fantôme 
« de l 'amour » (35)* 

Pour nous, nous. avons de bonnes raisons pour penser qu'il 
poursuivait avec autant d'opiniâtreté que d'inconscience, la 
réalisation symbolique d'un accouplement idéal ; l'accouple- 
ment œdipien. 

Toute sa musique, éminemrpent mélodique, dénote une re- 
cherche du legatOy du cantahile et l'atténuation des rythmes, 
Il inventa mcme un jeu particulièrement doux, enveloppant : 
le rubato* 

Ses formes musicales sont don ce s y sentimentales, contempla- 
tives, avec un caractère principalement passif. 

Et surtout, comme l'indique excellemekt le même auteur, il 
fut « amoureux des rythmes berceurs, lancinants, obstinés. 
« Il aimait la pulsation régplière d'une note répétée qui lui 
« servait de pédale intérieure » (26). Ce fait ne peut manquer 
de retenir l'attention si Ton songe à l'importance de certains 
rythmes chez l'enfant : rythmes cardiaque, de l'allaitement, 
du berceau, de l'onanisme,. . En outre, notons que trois grands 
symboles se partagent nombre de ses œuvres, et en particu- 
lier la plupart de ses préludes : D'une part, les symboles de 
la mer et du pays natal dont le sens comme personnification 
de la mère nous est bien connu, d'autre part les souhaits, les 
imaginations de mort qui, chez les névropathes, se confondent 
avec le désir de retour au sein de la terre nourricière, au calme 
■et au néant prénatal, 

La musique de Chopin est donc, à double titre, une fantai- 
sie oedipienne et sur cette constatation nous terminerons cette 
esquisse rapide. 



{2$) VviLUiRwaz. Ouvr. cité. Page 38. 
{26) YinujiRMOZ. Ouvr, cité. Page 173, 



792 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Conclusion 



Nous sommes loin de vouloir donner comme définitives les 
quelques idées sur les origines de la musique dont nous vous 
avons entretenus. Nous les considérons plutôt comme des indi- 
cations de recherches , tant il reste encore de points à préciser 
et à éclaircir. 

Quoi qu'il en soit nous jugerons notre ambition satisfaite 
si ces quelques observations aident, dans un domaine vaste et 
intéressant à plus d'un titre, les investigations des psychana- 
lystes. 



Table des Auteurs 



Légende. — Le titre des travaux originaux est imprimé en romain; le titre 
des travaux analysés est imprimé en italique; la mention an, indique que 
Pauteur figure comme ayant analysé des travaux d 'autrui; la mention trad. 3 
qu'il figure comme traducteur; la mention cîî, qu*il est ci le à mi litre quel- 
conque dans la Revue, 



ABRAHAM. — cit. T74, 243, 344 » 354» 35^ 359* 360, 361, 49&, 741 
A DUR, — cit. 187, 383, 504 , 533. 

AlCHHORK. — Cit. 17a, 363. 

Alexanper, — Le caractère nerveux en p&ychopaihologie, 390. 

cat. 290, 318, 321, 325, 341, 343, 402, 415, 653, 695. 
Atjjskdy. — Un cas d'eczéma, 327 à 340. 

Un cas d'eczéma soigné par l'analyse, 174, 

au, 171 à 177, 344 * 348, 569 à 575, 587. 

cit. 171, 172, 173, 174, 347. 574. 575, 7'9i 7 6 7* 
Andréas (Lou), — cit. 415, 616. 
Andrée, — cit. 595. 

Argenson (René Voyer â y ), — cit* 163. 
Aristote, — cit. 372, 758, 

Baukazard. — cit. 567* 

Balzac. — cît. 27r* 

Baucoudray (de), — dt 380. 

Baudelaire. — cit. 560, 

Baudouin, — cit. 176, 783. 

Baynes. (H, B.). — Freud contre Jung, 606. 

Beethoven* — cit. 27 t 3 759, 770. 

Bergson*. — cit. 140, 141, 143, 372, 

Berman (Anne). — cit. 171. 

Bernanos. — cit. 146, 

Bernard (Claude). — cit. 189, 

Bernfeu). — cit. 342, 343. 

Bernheim. — cit. ïi6. 

BfRRRE* — dt. 259. 



794 TABLE DES AUTEURS 



BlûCH p.) — cit. 44 . 

Boehm (F,)* — Vne enfant menteuse, 204, 

cit. 343. 
Bornas fA. M.)* — La représentation des forces instinctives et de refoulement 

dans tes rêves et l'imagination, 605, 
Bonaparte (Marie). — L'identification d'une fille à sa mère moite, 54T à 565. 
trad, 1 à na, 411 à 540. 

cit. 115, 144, 164, 165, 168, 171, 175, 173, i74i 176, 184* 190, 195, 370* 
Borel fA.)- — cit. 171, 17a, 173, 176, 193, 194- 5*6* 57*, 57*. 774* 
Boyd (Ch.). — V, Swift. 
Breuer (J.). — cit. 19, 21, 22, 11$+ 
PRUXHT (Gabriel). — cit. 161. 

Burchell (S*)^ Marcel Proust Une interprétation de $a vie, 593. 
Burrow (Trigant), — Le problème du transfert, 604. 
BtrscH (W.). — cit. 421. 

Capgras. — cit. 322. 

Cassity. — Facteurs innés et facteurs cultumux, 592. 

Chadwick (Marie). — Six mois d'expérience dans une crèche, 5SS. 

Ckarcot, — cit. 33, 106, 

Chavankes, — çit 758. 

Chopin- — cit. 176, 271, 276, 6oo> 752, 786 à 791. 

Ci.APAttÈnt;. — cit. 378, 3S0. 

Codet (H.). — dt 146, 171, 173, 174- 178» ïSi, 1S2, 184, 1S6, 191, 195, 271. 

CoMBARrEu. — cit, 754, 755, 757, 759, 762. 

Comte (A*)* — cit. 369. 

COKDILLAC. — eit, 376, 

Coulok (Marcel). — cit, 166, 169. 
Coveik (Victor). — cit, 371, 

DAMOttRETTE (J.). — CÎt, 151, 586, 

Darwin. ~ cit. 759; 760. 

Daudet (Léon), — cit. 141. 

Delbet. — cit, 567. 

Dershtmmer (F. Vf.). — Généalogie d'une pulsion vers des rapports hétéro- 
sexuels illégitimes, 591. — Théorie sur l'origine de tous tes conflits, 591, 

Descartes. — cit. 142, 374, 379. 

Desgrez. — cit, 567, 

Deutsch (Elinor). — Les images dans tes rêves des aveugles, 593. 

Deutsch (Hélène). — A propos du contentement, du bonheur et des extases, 
35 2 à 353- — Vnc destinée de femme {George Sand), 60a 

Deval. — cit. 567. 

Pokeau (Bernard). — cit. 171, 
DorûUJ;, — cit* 147, 

EïOSTOÏEWSKY. — cit T 573 , 574. 

Duhamel. — cit. 279, 573. 

Durand de Gros. — cit. 370, 

DwasHAUvEïis (G.). — Traité de psychologie, 368 à 3S2. 

Eisuïr. - Un nouveau point de vue dans l'interprétation des rêves, %qa. 
Eitigox. - ttt, 269, 342, 343. ' 3;4 



table dp:s auteurs 795 



Ere, — cit. 16. 
.EsgUIROL. — cit. 191, 
JEuclide. — cit. 59g. 



Fabre, cit. 375. 

Farrow (Pickwortli) . — Menace de castration contre les enfants, 396. — 

— Soie sur te behavwrismc, 397. 
Faure (J.)- — cit. 567, 

Fechner. — cit. 332, 

Federn, — Du narcissisme dans la structure du moi, 354* 
Fenichei.. — Un rêve condensé, 357, — Sur ta défense contre les instincts, 
393* — L'isolation, 408* 

cît, 342, 343. 
Ferenczi, — L'élasticité de la technique psychanalytique, 224 à 238* 

Le fantasme de Gulliver, 350- — Comment terminer tes analyses^ 389. 

— L'adaptation de la famille à l'enfant, 605. 

cit 115, 173, 239, 242, 243. 245, 246, 256, 259, 260,262, 266, 293, 379, 

393- 4*5, 594* 

Feuillet (Octave). — cit. 619, 

Fichte. — rit. 379, 759, 

Fjkger. — rit. 16. 

Pliess {W.ï- — cît. 71. 

Flouimcoy (Henry), — cit, 171 , 173, 

Fluoël (J.-C.)* — Sentiments sexuels et sentiments sociaux, 602, 

France (Anatole). — cit. 138, 143, 264. 

Fraskun (Marjorie). — cit. 600. 

Fkeun, — Dora, 1 à 112* — Le problème économique du masochisme, 2 ri à 
233, — I<e petit Hans, 411 à 540. — Sur les transformations des pul- 
sions, 609 k 6ï6, 
Fétichisme, 349. 

cit. 314, 115. Il6 > TT 7, "9f 12ï * 122 i îa 5> ïzS, 130, 13ï> Mit 149, J50, 
151, 152, 162, 170, 187, ïSç t 195, 201, 203 , 224, 225, 235, ^36, 239, 242, 
243, 254 1 25S, 259, 260, 265, 269, 274» 2/S, 301» 303, 309, 316, 322, 323, 
324. 342» 343, 351, 354, 357, 358, 359, 370, 381, 382, 388, 389, 396, 403, 
542, 553, 572, 576, 579, 580, 583, 5S9, 590, 594, 595, 597, 601, 603, 605, 
606, 607, 646, 647, 664, 675, 679, 7*5» 722, 723» 728, 757* 759* 7Ô5- 
Freud (Anna)..— Introduction à la technique psychanalytique des enfants, 
362 à 368, — Considérations sur l'analyse des entants, 397. 

cît. 303. 

Frjedjuptc (J.*K.). — Observations faites chez des enfants, 204. 

■ 

Gaxottb (P.), — cît. 138, 

Germais (P.). — La musique et la psychanalyse, 751 à 792. 

La musique et l'inconscient, 175. 

cit. 174, 
Gevaert. — cît* 771, 
Girard. — cit. 148, 149. 
Giroux (L.). — rit* 567. 
Glovkr, ~ cit. 402. 
Goethe. — cît. ir, 599. 
f'OGOi.. — cît, 27 i, 272. 



796 TABUS DES AUTEURS 



Craber (G. H.)* — l/ii cas de servilité, 3S5. 
cit. 729. 

(ÎRODDECK. — Cit. IÇ9, 339. 

Haua. — cit. 769. 

Hahgrun (Pau)), — Problématique du caractère, 197. 

Hadfield {J. A,). — De la confiance qu'on peut avoir dans les souvenirs 
infantiles, 607. 

Hadley (EO* — Discours présidentiel, 594. 

H aller s (!R.). — cit. 197. 

Hamsum. — cit. 600. 

Harnick (Jerio). — Les rapports économiques entre tes sentiments de cul- 
pabilité et le narcissisme féminin, 401. 
cit. 342, 343* 

H a VPN, — cit. 783, 

Hegel, — cit. 379, 758,, 

Heine (Th, Th.), — cit. 554. 

Hellmuth. — cit, 365, 

Hexry (Marthe), — cit. J63. 

Remisse (Théo), — Quinze rêves expliqués, 587. 

liERBART. — Cit. 3S2. 

Hkrmaxn (Iinre). — Un enfant veut savoir d'où viennent les enfants, 386.. 
Hesxard (Angdo). — Un cas d'obsession de l'iiiceste, 305 à 366* 

cit. 171, J72, 173, 179, JSo, 182, 183, 187, 3 88, 189, 190, iyi, 195, 571, 

5/2» 642. 
Hitschmann, — A propos de Hamsun, 6oo. 
Hoesu (H.), — tracL 21 ï à 223, 609 à 616. 

HOKEGtiER* — Cit. 775. 

ïIokxky (Karen). — J S exigence de la monogamie, 350 à 352. 

cit. 341, 345, 343, 601. 
Housi-; (I)afiïrl)* — Psychologie de l'inconscient, 588, — La psychiatrie à 
la rescousse, 59a 

jACohit (Kurt). — Rêve d'un coït interrompu^ 357. 

Jaset (Pierre)* — cit. 105, 154, 306, 382, 

.Îaskéîjïvitch. — cit. 69, 22 t. 

Jkm;k&sma, — Le cannibalisme et son refoulement dans l'Egypte ancienne^ 

595* 
Jelliffe, — cit. 184, 

Jûbkson (J^ B. T*). — Le pyckiqtrc et la médecine, 592, 
Josks, — cit. 251, 269, 306, 324, 341, 390, 556, 6oi, 779. 

JULÏEN. — Cit. l6. 

JULIEN. -■■ cit. 177. 

Jiîx<L — cit. 187, 259, 359> 395i ôoô, 607, 

Kamïat (Arnold), — L'imagination cosmique, 592. 

Kanser (Léo). — La dent en tant q%iù symbole dans le folklore, 58s, 

Kant. —cit. 149, 22o f 271, 379, 38), 759. 

Keyseri.ing. — cit. 350. 

Kicïinhr (Trotte). — Analyse d'une hystérie de conversion, 3^6 1 



TABLE DES AUTEURS 797 



ÏTiKSCUMKit. — Aval y se d'une inhibition obsessionnelle dans le travail, 405. 

Klages (L/|p — cit 197, 

KhKtx (Métairie). — Tendances criminelles chez les enfants normaux, 603 1 

cit. 292, 303, 362, 365, 366, 394. 
TCleïst (Frite). — Contribution à V examen et an traitement- des jeunes délin- 
quants. 3S3t 3S4* 
Krafft-Eiiikg. — cit. 44. 

Krakkkleit (O). — Criminalité el psychothérapie, 199. 
Kunkkt. (Fritz). — cit. 196, 

LACHEUEtt. — Cit. 372. 

Lafohguk (R), — La pratique psychanalytique, 239 à 304. 

La pratique psychanalytique, 184 à 186. — IJ auto-punition, 572. 

cit 146, 171, 172, 173, 174, 176, *77i t&U i«?t >«3i l8 4> i»7» ïSS, iSy, jyii, 

ici, 192, 193 194, 339, 379, 570, 571, 57 2 t 573, 574, 575, 669* 776. 
an, 201, 205, 382 â 389. 

IjktiKKAU (Jules), — Clt* 372. 

Lakmukk. — De l'esprit des sanctions pénales, 382. 

I*AW- — cit, 12, 

LAyuKUJt. -- cit. 190, 

LimtKm. — cit. 756. 

Ln La y (Yves). ~ cit. 162. 

I,KKZJ*£Rft (Ch.)* — Sexualité et névrose* 19S. 

I>E8k>:. — cit. 567. 

T+euzinger* — trad, 721 à 750, 

Levy-Suhi, (Max). — Phobie d'une enfant de deux ans, 3S4. 
Lewik (Kurf), — Développement de la psychologie expérimentale de la 
volonté et de V affectivité et la psychothérapie, 198. 

Lewis (N. -IL C). — L<r psychobiologie du complexe de castration, 588, 

Lïpps. — cit. 379. 

Ltszt. — cit. 7S8. 

La-;wKKSTEi\ (R). ■ ■ }js technique psychanalytique, ni à 134. 

trad. j à 112, 

an. 578, 587. 

cit 17', J72, 373. 177. 179. 180, j8i, 382,183, *«4> 187, 18S, 189, 19^ 
192, 194» 571, 572, 574, 575, 

LtfvwnscH (Fr.). — Le sentiment de l'espace cl r architecture moderne, 597, 
Loraoti (A. S.). — r/n<? n£w<tf« narcissique, 593. 
L<w (Harbara). — cit, 212, 
Lur r a. — cit, 570. 

Maçi>br. — cit. 259, 339- 
IVTagnan. — cit. 360. 
Maine iik Rirak. — cit. 37;, 
Maktegazza. — cît 20. 

ItfARTlN-SLSTKRON. — Cit. Ifi. 

Maurras, — cit. 156, 

JfAZON. — Cit. 149, 

Miîwï (H.). — L<7 psychanalyse et te public, 201. 

cît 741, 
Mkygr (C. F,). — cit. 509. 



m*— ^^k 



7 çg TABLE DES AUTEURS 



Meyhrson {I).'— cit. io, 49, J2I, 4^5* 4^6» 513. 

Miia (Stuart), — cit. 369, 

Mïnkowski. — cit. 148, 

Moll, — cit. 508. 

Monod-Herzen (E,)- — L'art et la psychanalyse, 174* 

cit, 174, *77* 575* 
MONïErRO (J. Penjdo). — V, Osorio, 

MoKGENÊTERK (SopMe). — Cit. 172, 7IÇ* 

MoxOK (Cavendish), — L'importance de la découverte de Ranh, 593. 

Mozart, — cit. 781* 
Muixer-Braukschweig. — cit. 342, 343. 

MULTATUIX — cit. 220. 

Mttsser. — cit. 600. 

N... — an. 588 à 607; (lisez : J. de S...). 
Nacht (S.). — an, 362, 576, 5§7- 

cit, 171, 172, 27°- ^93. 575* 
Nayrac, — dt. i6i. 
Kewton, — cit. 271. 
Nietzsche, — cit. 78S. 
Nunberg. — cit. 354, 

Omer (Ch.)* — L'argent et les névrosés, 617 à 710. 

cit. 146, 152, 171, 183, 195, 317; 3i3, 320, 3241 7 11 - 7 lS > 7*9* 
Osorio (Cœsar) et Monteiro (J. Penido), — Coniribuçao ao estudo do sym» 
boïismo mystico nos aHenaàos, 205, 

FafiClaui/t (G.)- — Les rapports de la psychanalyse et de la morphologie 

humaine j 576, 
Parchemikey (6.)- — V. Pichok, 

Un cas'dc névrose chez un homme de trente ans, $6$. 
cit. 171 , 173, 339* 34S, 5?i, 572- 
Pascal. — cit. 271, 373. 
Pasteur. — cit. 137. 

Patrv (Fr + ). — Théorie sur la bisexualité, 595, 
Pattjni. — cit. 375. 
Paylow, — cit. 570, 600. 
Payke (Sylvia). — Observation sur tes formations et la fonction au surmoî* 

60 j. 
Percer- Fakk (M ï:ï *). ~ Six ans de travail psychanalytique, 199. 
Pfeifer. — La volupté durable chez le névrosé, 405. 

Pichon (Edouard). — Position du problème de l'adaptation réciproque entre 
la société et les psjxliismes exceptionnels, T35 à 170. 
au. 178 à 194, 368 à 3S2, :: 

tiad, 211 à 223, 609 à 616. 

cit* 174, *73> iSï* 189* *9°> 19*. 271, 572, 574, 586, 669. 
PictïON et Parchemixey, — Traitements psychothérapiques courts cîiex les 

enfants, 711, 720 
PiNEU — cit. 191. 
PmtES et Régis. — cit. 306. 
Piatgn. — cit. 75S. 



«^■tfWMtf^^w^MMA* m^**+m 



TABLE DES AUTEURS 799 



PcE (Edgar). — cit. 560, 564. 

Poijtzer (G*)* — Critique des fondements de la psychologie, 578 a 587., 

Prandtl. — rit- 379* 
pRGU$r # — cit. 270, 593, 
Pythagorb. — cit. Ï75, 752, 771. 

r,„ _ Toufe puissance de la pensée chez l'enfant, 38s, 
Rado (Satidor). — cit. 341, 342, 343* 

Le problème de la mélancolie, 354 à 356. 
Rageot (Gaston). — cit. 161. 
Raïck. — cit. 115, 259, 265, 339> 470, 593, 599» 605. 
Régis. — V, Pitres, 
Reich. — Sur V analyse caractérologiqne, 401. 

cit 172, 569. 
Reik. — Croyance en Dieu chez un enfant, 3SS. 
Renouvier. — cit, 381. 
Reteteaku (G* G,)* — Les rêves dans la démence précoce, 362. — V- Urk- 

CHIA. 

Revekchqn (Blanche). — cit. 44, 49, 413. 

Ribot. — cit. 380, 759, 760, 7S4. 

Rickman (John), — Développement de la psychanalyse, 35S, — Index psy> 

chanaly tiens, 361. — De quelques-uns des point de vue de Freud et de 

Jung, 606. 

KOHESri&RRE. — Cit. 137. 

Roheïm. — La psychologie raciale et les origines du capitalisme chez les 
primitifs, 173, 174. 
cit. 595. 

ROUAXD-GOSSEUK. — Cit. 374, 

Rokjat (lise). — cit. 171, 172, 183. 

Ross y (J. H + ). — cit. 168, 170. 

Roschiu> (Henri de). — cit. 567, 

Rousseau (J. J,). — cit. 13S, 269, 270, 272, 273, 276, 277. 

JÏCSGË (H.). ^— ail. 196 à 2QO, 

Sachs (Hainis). — Svr une compulsion dans la formation du surmoï fémi- 
nin, 399 à 40J. 

cit 322, 341» 342, 344* 347* 
Sairek. — cit. 506. 
Saist-SaIïns. — cit. 754. 
Sakd (George). — cit 6oo t 752, 787, 7S8. 
Saussure (R. de). — tracl. 224 à 23S. 

an. 205, 349 à 361, 362 à 368, 3S9 à 408. 

cit 115, 131, 171, jSo, jS2, ïS3, 191, 192, 195, 566. 

SCHEUJNG, — Cit. 379. 

Schiff (P.), — cit 171, 172, 173, 575- 

SCHILDER (Paul). — Cit. 196. 

SchmhïT- (R.)* — cit 4. 

Schneider (E.), — Sur la psychologie d'un polisson, 203. 

SCHKJÎZLER (A.), — cit. 37. 

SCIÎOVKttHAUJUÏ, — cit 271, 759, 






Soo TABLE DES AUTEURS 



SCHREltER- — Ctt, 9, 359, 

Schubert. — cit. 271. 
Schui/tz-Henke. — cit. 196, 342. 

-SCHUMANN. — Cit. 271. 

Se-Ma-Tsien. — cit + 75S. 

Sergent. — cit. 567. 

Shakesphare* — cit. 535. 

Stmmel (E,)- — cit. 34T t , 

Sokolktcka (Eugénie). — Un cas de sadisme moral, 172. 

cit, 171, 173, 192, I93i ^43i 5 66 i 57*> 57* > 57^» 573* 574* 642, 
vSommer (R). — Caractère affectif et réflexes, 197. 
Spekgler, — cit. 59S. 
Spinoza. — cit. 145. 
Stêhc. — cit. 269, 
Staerke. — cit. 415. 

Staudacher. — Guérison d'un cas de névrose de guerre, 395. 
Stekel (W.)- — cit. 511, 
Sterba. — Un rêve d'examen, 356. — Remarques sur l'expression poétique 

du sentiment de la nature chez les modernes, 599. 
Rtrachev (M, M™ e .J,) + — cit. S, 411. 
Swift, — cit. 350, 
Swrrr (Ed.). et Boyd (Ch.). — Coup d'œil du porteur des Wagons Pullman 

sur la vie, 594. 

Tamm (A.)- — Trois cas d'enfants voleurs, 201 à 203. 
Tarnowsky, — cit. 16. 

TCHERKUSKA. — Cit. 407. 

Thomas (Saint). — cit. 372 1 375, 380, 
Tïxier (Léon), — cît. 567, 568. 
Toulouse, — cit. 175, 756. 

Urkcfha et <t. Rhtkteant. ~ Psychanalyse d'un cas de crampe des écrivains, 
cit. 362. 

Vermink. - — cit. 271, 272. 

VlTXEY (P.). — Cit. 372, 

Vcmjaïre. — cit. 263* 264. 
VurUrtiRMOz. — cit. 78S, 789, 790. 79T. 

Wagner, —cit. 759. 783. 

Watsok, — cit. 397, 

Wetnikgkr. — cit 440, 600, 

Wetnmakt (K.), — Prophylaxie des névroses, J98. 

Wermcke, — cit. 47, 

White (W, A + ). — Discours présidentiel, 589. — Définition par les tendances, 

593- 
Wikterstein. — Les rites de la puberté pour les jeunes filles, 596» 
Wïttels. — cit. 575. 



TABLE DES AUTEURS Soi 






Wulff, — Réflexions sur quelques résultats d*un examen psychologique des 

chauffeurs, 407, 
\Vu:ndt, — cit. 380, 418. 

Zdlliger (HJ. — Guérison d'un vantard, 203, — Les écoles nouvelles et la 
psychanalyse, 205. 

La psychanalyse et les écoles nouvelles, 721 à 750. 

cit. 741. 
-Zulliger (Marthe), — Marianne refuse le bain, 3S7. 



UtftfCE FRANÇAISE KE T-SVCH ANALYSE |3 



Table Analytique des Matières 



abcès : 746. 

abré action : 115. 

abricot : 734, 

absolution : 716. 

abstraction : 144, 579; définition de 

y— > 145- 

accaparement : — de l'affect, 642. 

accouchement : fantasme d'— , 94, 
102. 

accroc 1 — à révolution libidinale, 
714, 

accusation : — s contre le père, 40; 
— s contre l'homme aimé, 99* 

acompte : 628* 630* 6Sî* 

acte : — du je, 5S2; — bon, 14S; — 
mauvais, 147; — manqué, 117, 724, 
624 \— symptomatîque, 69, 70; rap- 
ports de 1' — et du fantasme, 634. 

actif : sentiment— , 781 ; techni- 
que — ve, 260. 

action : 197 ; — extérieure et — inté- 
rieure, 142 ; caractère intolérable de 
V— chez certains névrosés, 647, 
64 S ; — du psych analyste, iSa, 191, 

activité : tentatives d' — , 697 ; ex* 
pression de ]* — dans la ligne mé- 
lodique, 761 ; ~ dans le traitement 
psychanalytique, 533. 

adaptation : — réciproque de la so- 
ciété et des psychismes exception- 
nels, 135 à 370 ; efforts (V — de l'in- 
dividu à la société, 157, 15$ à 160 ; 
efforts d' — de la société à l'indi- 
vidu, 157, 160 à 163 ; — de l'effort 
éducatif aux divers enfants à 
élever, 727. 



adjectif : — nominal, 341. 

adorateur : 96. 

affect : 635 ; genèse des ™ s, 140 ;: 
qualité des — s, 140; déversement 
des — s, 235, '290 ; abréaction de 
1* — , 115; V — des idées incons- 
cientes est plus redoutable que ce- 
lui des idées conscientes, 43 ; inter- 
version des — s, 23, 520; accapare- 
ment de Y — par l'impulsion, 642; 
refoulement de 1* — l'isolant de sa 
représentation, 641, 642, 719; les — s 
du transfert, 132, 

affectation : 146. 

affectif : psychologie - — ve, 732; dé- 
veloppement — , 159; arriération 

— ve, 146, 371 ; troubles — s, 772; 
conflit — , 19 ; mémoire — ve, 760; 
libération de charges — ves par 
l'œuvre d'art, 753. 

êiùts affectifs ; 376 ; développe- 
ment des — , 375 ; régulation des 

— , 374 ; expression des — par la 
musique, J75, 755. 

aHecfion : 128; rôle d' — dans le 
transfert négatif latent , 1S2. 

affectivité : 128; paralysie de V — ,, 
192; troubles de I* — chez les cri- 
minels, 200. 

affirmation : mélodie de V — , 767^ 

agressivité : 172, 625, 756. 

aigu : sons — s, 76]. 

aiguillage : 74, S3. 

aimé : comportement maternel en- 
vers les enfants de 1*— 33; favo- 
risation de l'adultère de réponse de 
T— , 31; aphonie pendant l'ab- 
sence de Y — , 34. 

alcoolisme : 627, 632, 659, 672, 



rilk 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



803 



aliénation : 160. 

alinéa : 744* 747- 

Allemagne : 725. 

allumette : 64* 

ambivalence : 1S0, 729; P — et la 
mélancolie, 356; —et développe- 
ment affectif, 398, 

âme : 197, 37°t 11** 373, 3S1, 755; 1' — 
et le je> 373 ; état d 5 *— , 370* 

amélioration : caractère faussement 
spontané des — s dans l'hystérie, 

39* 

amitié : 128; 1' —romantique en tant 
que vestibule de l'homosexualité 
ou de l'amour normal, 53, 788. 

amnésie ; 12, iS* 635; — par résis- 
tance t 632; comblement de 1* — au 
moyen du rêve, 5; masque ment de 
P — par des illusions de la mé- 
moire, 12. 

amour : 145, 759, 787, 789, 791. 

amygdale : 745. 

anachronique : pulsions — s à la per- 
sonnalité, 1S7. 

anal : tendances — es ; 173; pulsions 
— es, 679 à 710; érotîsme — t 273, 
609 à 616, 691 ; désir passif — , 69S; 
masturbation — e, 6S5, 687; solu- 
tion' — e du complexe de castra- 
tion, 6S6; compensation — e à un 
effort d'activité sociale, 684; carac- 
tère — , 609, 610; castration — e, 
68S, 689, 691, 692. 

analérojisation : — de tendances gé- 
nitales, 691, 

analogie : 761. 

anamnesliqne : savoir — , 12, 

androgyne : 17,5. 

Anglais : 236. 

angoisse : S6, 639; sentiment d' — , 
219- crise d* — , 510; trasmutàtioû 
de l'excitation sexuelle en ■ — , 514; 
renversement de la" libido en^*— , 
52S; rapports de V — avec la mas- 
turbation/ 73, 311, 432; rapports de 
P — avec le retard, 263, 274; rap- 
ports de P — avec l'agressivité, 
172, 532; rapports de 1* — avec le 
sadisme, 345; P — en rêve, 640; 
P hystérie d' — , 430, 511. 



animal : cri et chant des — ux, 759, 

760, . . 

antinomie : 143, i44- 

antipathie : 730. 

Anubis : 551. 

anus : 695; 703, 705; valeur passive 
de V — , 686, 

anxiété : 627. 

aperception : 618; — immédiate, 37,1, 

aphonie : 17, 18, 22, 33, 34, 46, 112. 

Aphrodite : 173. 

appendicite : 17, 92, 93, 94» 100* 

appétit : 381, 

applicabilité ; — du savoir psycholo- 
gique : ^80* 

arc : 766. 

architecture : 754. 

argent : 613; rôle de P — dans les 
névroses, 6*7 à 710; équivalences 
de p — dans Pinconscicnt, 611; 
rôle des complexes oraux et anaux 
dans le gain et la perte d' — , 674; 
symbolique orale de P — , 624 ; — , 
symbole du sein, 626; P — sym- 
bole de la puissance virile, 643; V — 
symbole fécal, 685; père ne don- 
nant pas d* — , 62S, 642; rôle et va- 
leur symbolique de la présence 
d J — en poche, 629, 630, 631, 696. 

armée : 731. 

arrêt : — des associations, 130; — 
de P évolution instinctive, 44. 

arriération : —affective : 146* 271. 

art : 144, 145, 174; P — en tant que 
discipline extra-scientifique, 372; 
la moralité est un — , 147 ; rapports 
de V — et du rêve, 753; — s de Pes- 
pace et — s du temps, 754, 

asile-prison : 165* 

assassin : 168,. 169. 

association : 6ti; les — s libres* 117, 
375; mode introspectif d'obtention 

des — s, 154; sens manifeste et sens 
caché des — S, 121; signification 
psychanalytique de la contiguïté 
des — e, 33 ; — s superficielles et 

— s profondes, 121; — s verbales, 
83; triage indu des — s, 126. 

assouvissement : 41. 

asthme : 71, 73, 74, 

astrologie : 172, 



804 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



astronomie : 74:, 

asymétrie : — entre le bien et le mal 

14S. 

Até : 14S. 

attente : 99. 

attention : — du psychanaliste : 122. 

aumône : 633. 

Australien : 766. 

autisme : chute dans V — ', 660, 

auto-érotisme ; —oral, 670; —anal, 

6S5> 6SS. 
automatisme : définition de 1* — , 

■ 372; —de répétition, .195* 
automatique : 373. 
automobile : 123» 171, - 
autopunition : 39, 112, 645, 690; v, 

au^si punition (besoin de). 
auto-reproche : 36, 39, 75, 
auto-suggestion : 206, 630. 
avarice : 609, 686. 
aversion : — inconsciente envers une 

personne aimée, 124, 

baguette : 766. 

bailleur : — de fonds du rêve, 79. 

baiser : 45* 77i 7S, 79i s 4i —sur la 
bouche, 23, 6S, 

banane : 716. 

barbe : 699* 

barcarolle : 7S2. 

bas : 205. 

bâton : 766. 

beau : 729. 

beauté : 759. 

béhaviorisme : 154, 578. 

bénéfice : — primaire et — secondaire 
<ie la névrose, 1S3. 

bercement : 177, rhythme du — , 773. 

bicyclette : 739, 

bien : 143, 14S, 37g, 758; nature dyna- 
mique du — , 148. 

bijou : 6ïj 62, 63, &$. 

binaire ; rhythme — ,771^ 

bissexualité : 105, 190. 

black-bottom : 757. 

blanc : 63 1 , 700. 

blancheur ; — du corps, 54- 

blennorrbagie : 68. 
boliême : i6t. 
bohémienne : 700. 
boisson : 38. 



boîte : 88, 89; —k bijoux J+ 57, 61, 62, 
63/ 83, S4; .— à bonbons, '70* — 
d'allumettes, 64, 

bonbon : 670. 

bonheur : sentiment de — , 352, 353. 

bonne : 700. 

bouche : 23, 41; érotisation maso* 
chique de la— , 634; érotisation sa- 
dique de la — , 625, 

boulimie : 667, 

bouquet : 175. 

bravade : 16S, 

brioche : 716. 

buccal : fantasme de coït — , 525. 

ça : 147, 149» ^95, 370, 620, 639» 642, 
675i 693, 697; tentation du—, 639; 
projection objeetale du — , 623; les 
pulsions du — dans la fugue cré- 
pusculaire névrotique, 635. 

cabinets : 682, 706, 

caché : sens — des associations : 121. 

cadeau : 20, 61 t, 613, 633/ 708, 734; 
équivalence des — x dans l'incons- 
cient, 61 ï; désir de recevoir des 
— x de la femme aimée, 622- 

café : 629, 632, 634, 659, 676, 681, 
684, 708. 

caisse :. grosse— , 778. 

calcul : 741, 758* 

cancer : 716. 

cannibalisme : 595* 

cantabile : 791 - 

capitalisation : 173. 

caractère : nS, 197; — anal, 609, 
610; changement de — , 17/712; né- 
vrose de — , 654* 

caresse : désir passif de — t 634, 

castration : subir la castration : corn- 
plexe de — , 173, 176, iSo, 315, 346, 
4M* 503* 61 t, 615, 680; îe complexe 
de — et le stade sadique, 347 ; 
psychobiologic du complexe de — , 
5S8; symbole de — 3 .332; l'eczéma 
et la — , 332; la perte de la vue et 
la — , 2T5; menaces de — 396, 515; 
la femme croyant avoir subi t la — , 
746; — orale, 670; —anale, 688, 689; 
solution erotique anale -, du com- 
plexe de — j 686 ; peur et angoisse 
de — , 126, 290, 293, 349, 620, 639, 



^^M^^a^^aa 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



305 



6S5, 692, 697; caractère projection* 
uel de l'angoisse de — , 652; rap- 
ports entre l'angoisse de — et l'au- 
to-punition, 278; désir de subir la 

— 1 695- 

^infliger la casiration: désir d'in- 
fliger la — à autrui, 625, 747; l'em- 
prunt en tant que signifiant la — 
d J autrui, 646> 647, 

catarrhe : 76, 84* 
. catharsis : 149. 
cathartique : méthode — , n$ t 117, 

nSj 148* 
catholicisme : 1375 14S, 158, 368, 370, 
causalité : 369. 
censure : 622;, chute de la — , 632, 

*>39> 6 59j 66 ,3; abaissement du ni- 
veau de la — , i2o T 

cent ; 86, 89, 

cercle : — vicieux névrotique, «639, 
697. 

cérémonial r — obsédant, 73, 719. 
cerveau : 138, 369. 
chambre : couchage dans la — paren- 
tale, 713. 

changement : — de psychanalyste : 

182, 192, 
chant : 741. 
ch arleston : 757. 
charme : 763. 
charrue : 649, 650. 
chasse : la musique dans la — , 177; 

— auv femmes, 632, 
chat : 682, 694. 
châtaigne ; 73S. 
châtiment : —divin, 19. 
chef : 732, 737, 
chemin : — de fer, 759. 
chemise : 205. 
chiffre : 741. 
Chinois : 756, 

chipage ; —d'aliments, 667, 668. 
chocolat : 668, 

choix : 143, 147, 374 ; — objectai pa- 
thologique, 622. 

Chopin : 786 à 791. 

cicatrice : 744. 

cimetière : 87, 91. 

cinq: le nombre—, 86, 89. 

cirque : 779. 

civilisation : ï66, 169. 



clef : 59, 6o 3 89. 

cleptomanie : — orale, 66S, 670. 

clinique : 156. 

cloître : 162* 

co-éducation : 724. 

cœur: lésion du — ,'711, 714; rhy- 
thme du — 176, 1S9, 191, 773. 

co-excitation : 73. 

cognac : $9, 

coiffeur : 699, 

coït: — interrompe 72; observation 
du—, 72, 646, 695, 713, 773; figu- 
ration onirique d« — parental, 643. 

communauté : école- — , 724 à 733 ; 

— religieuse, 731, 

communion : — affective, 379 ; pre- 
mière—, 715, 716, 730. 

compagnonnique : initiation — , 175, 
compensation : cercle vicieux des — , 
623 ; — prégénitale à un échec gé- 
nital, 677 ; — anale à un effort d 'ac- 
tivité sociale, 0K4 ; —ttoin mica te, 
636. ^ 
complaisance : — sotnatique ; 34, 3^, 

complémentaire : caractère — des la 7 
cimes et des illusions de la mé- 
moire, 12. 

complexe: 130; définition des ■- s, 
n8 ; les — fi dans l'enfance, 715 ; 
— anal, v, anal;— de castration, 
v. casiraliau ; ~ iVClidipc l v + Œdi- 
pe ; — de virilité- chez In femme, 
J90, 

compromis : le symptôme envisagé 

connue un — t 11 S, 
compulsif: comportement — , 24, 
compulsion : 719 ; — de répétition, 

! 95 î — à se laver les mains, 73, 

7*5. 7ï6, 718. 
concret : 14s ; psychologie — e, 578, 

579* 
concurrent : 640, 658. 
conducteur : 727, 729, 73 u 
conduite : psychologie de la -, 154. 
confession : i 4 S> 155, 715, 7J? , 

conflit : 117 ; étude générale des — s 
psychiques, 667; élusion d'un — 
29; difficulté de pronostic dans 
les— s, ioj ; — à l'origine de 

• .l'hystérie, 19. 



So6 



TABLE ANALYTIQUE DES MATŒRES 



confort: — moral, 178. 

confusion : —mentale, 14* 96* 

connaissance : 

connaissance scientifique : 139 ; 
la — n'est pas toute la connais- 
sance, 142 ; la — est-elle seule coin- 
înunkable ? 141, 142 ; valeur de 
prévision de la — , 142; là—, con- 
naissance d'action extérieure > 142* 
connaissance extra-scientifique ; 
142, 372 ; la — est ineffable, 141 , 
la — de la liberté, connaissance 
d'action intérieure, 142, 144. 

conscience : 142, 143, 151 ; fait de — t 

. 369 ; état de — , 371 ; la liberté, 
donnée de Ja^ — t 142, 143 ; y a-t-il 
une — dans l'inconscient? 370; 
états d'âme antérieurs à la forma- 
tion de la — , 177 ; era plissement du 
champ de la — par le désjr impul- 
sif, 642. 

conscience morale : 149, jfr, 736, 

conscient 1 116, nS, 125, 

conseil : — s de Tinti tuteur aux pa- 
rents, 742,. 

consentement : nécessité du — du pa. 

tient dans la ps3 r cîianalyse, 154. 
consommation : ~ des pulsions, 6ro. 
constipation : 93. 
constitution : &o, 197, 618 ; — uévro- 

pathiquc procédant de la syphilis, 

16. 

contamination : — vénérienne, 68. 
conté : sentiments — s, J2ï* 
contention : 756. 
contenu : non-changement du— d'un 

reproche dans la rétorsion, 29, 30 ; 
le— manifeste et le — latent, 121, 
122. 

contexte ; — psychique, 10, 

contiguïté : signification psychanaly- 
tique de la — des associations, 33, 

continence ; 73. 

continu : antinomie du continu et du 
discontinu, 143. 

contrainte : -~ de répétition , 195. 

contrepoint : 764, 772. 

contrition ; 14S. 

convergence : —des méthodes, 136, 



conversion : 47 ; difficulté de chaque 
nouvelle — , 47. 

coprophilie : 668. 

cor : 769. 

corne : 768. 

corps : 196. 

cosmique : signification — de la mu- 
sique, 771. 

cou : 745. 746. 

coupure : — s de la psychanalyse, 
192, 

cousin : SS, 92, 

cousine : 31, 32. 

crampe : — des écrivains, son rap- 
port avec la masturbation, 5S7. 

crépusculaire : état — , 627* 649, 659 
à 665, 667+ 709 ; ivresse — t 630 ; 
déclenchement de l'état—, 642 ; 
v t aussi fugne* 

Creuse : 54, 

cri : 775 à 777* 

crime : 137, 166, 199 ; — passionnel, 
169. 

criminalité : proplrylaxic de la — , 
199. 

criminel : 157, 164 ; tendances — les 
et enfants normaux, 603, 

croyance : 380* 

cruauté: 102, 111 ; la — , signe de 
décivilisatiou, T56. 

culpabilité : Sûnthn&ni de. culpabilité: 
19, 126, 151, 152, 203, 204, 277, 639, 
657* 658, 688, 692, 716, 737 ; rôle 
moral du — , 738 ; — inconscient, 
21S ; glissement du — dans l'in- 
conscient, 719 ; — dans les fantas- 
mes masochistes, 215 ; rapports du 
— avec le masochisme moral, 214 ; 
rapports du — avec l'impulsion, 
344 ; rapports du — avec le narcis- 
sisme féminin, 401, 
curiosité : 711* 
cuvette : 643. 
cyclothymie : 663, 
cymbales : 778. 



D 



dame ; 637, 638* 

danse : 754, 790 ; musique de — , 756, 
779 ï symbolique de la — , 782* 



-^ 



■ ■ I ■■ 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



807 



date : importance de l'échéance 

d'une—, 59. 
débilité : —mentale, 137. 

décision : 147, 374* 

décivilîsation : 156, 161. 

déclaration : — amoureuse, 20. 

décoratif : motifs — s, 774. 

découragement: —immotivé, 127. 

défécation : 613. 

défense: — de la société, 166, 200; 

— de la maladie par le patient, 1S1, 
1S2. 

défloration fantasme de—, 91, 102; 
rêves consécutifs à la—, 612, 

dégénérescence : 627. 

dégoût : 23, 76, 80, 84,^629, 634 ; ori- 
gine du —, 25 ; — sexuel envers 
l'épouse admirée, 627, 639 ; —de la 
vie, 22, 

déjections, v + cxcrévieuis* 

délinquant : 164, 

délocutoire : plan —, 37S, 5S6, 

délusion : 154* 

démence : 361. 

dent : 588, 704 ; rapport symbolique 
entre la perte d'une — et la castra- 
tion, 589. 

dépersonnalisation : objet libidinal 

et— 354- 
tfépression : 17, 22, 6j8, 621, 666, 6S1 ; 

— circulaire, 627, 
désadaptation : —d'avec le réel, 621* 
désaffectation : 642. 

dé s pénalisation ; 675; — du com- 
plexe d'Gîdipe, 349. 

déshabillage: fantasme de — , 706* 
désir: rôle du — dans la formation 
des rêves, 6j, 64, 78, 7g; le — in- 
conscient, bailleur de fonds du rê- 
ve, 79 ; réalisation du — incons- 
cient dans le symptôme, 3 ; surgis- 
sèment impérieux du , — ., 639 ; ca- 
ractère exclusif du — impulsif j 
642 ; — sexuels envers J 'analyste, 
126; — , de la part d'un homme, 
d'être une femme» 664 ; — , de la 
part d'une femme d'être un mari, 
664 ; — du mâle, 612 ; — du pénis, 
611, 688 ; — d'avoir un enfant, 612, 
614, 615 ; — d'être nourri et pou- 



ponné, 620 ; — d'être caressé, 634 ; 
— de châtrer autrui, 625* 

dessin ; iSo, 205. 

destruction : tendance à la—, 625. 

déterminisme : 144, 369, 372 ; l'expli- 
cation scientifique postule \& — , 

139- 
deuil : 704, 

deux : — heures et deinie t S6, SS, 
91, 102, iro; — femmes, 700. 

diarrhée : 6S1, 6S3 ; signification psy- 
chanalytique de la — , 690. 

didactique : la psychanalj'se — est in- 
dispensable pour le médecin psy- 
chanalyste, 129, iSS ; la psychana- 
lyse — du pédagogue, 730. 

Dieu : 145, J53i W* 

dieux : 764. 

différenciation : — des sentiments 

dans l'expression musicale, 761. 
dimanche : 62S, 630, 636, 63S, 639, 

640, 660, 684 ; le — , jour passif, 

637* 
dïpsomanie : 627, 671. 

discontinu : 143. 

discrétion : — médicale, 2, 3, 8, 

distraction : iS, 

dix : — fiancs, 634. 

diurne : restes — s dans le rêve, 79 ; 

la pensée — , entrepreneur du rêve, 

7 ?\ 
divinité : 138. 

divorce : 99. 

doigt : 69 ; — dans le nez, 655. 

Dora : 1 à 132, 

douceur: garanties de — , 156, 169, 

doute : le — , premier stade du re- 
foulement, 13 ; mélodie du — , 767. 

drame : conception politzériemije 
du — > 578, 583, 5 S6. 

dynamisme : — mental, 373, 375. 

dyspnée : — par accès, 16, 18, 72 ; 
origine de la — dans l'observation 
du coït, 72, 73. 



-commit- 



\eau : 64, 81. 
école ;' 205 j 721 à 750 ; - 

uauté, 724 à 733- 
écouter : manière d* — du psychana- 
lyste, 322* 



■m-JH - 



MV4 



808 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



écran : souvenir- — t 74 ; 94, 784. 

écriture : 741 ; faculté d* — chez les 
hystériques muets, 33, 34. 

eczéma : 174^ 326, 570, 

éducation : définition de 1* —, 158 ; 
1* — requiert une adaptation cons- 
tante, 726 ; certaines aboutissent à 
créer une névrose au lieu d'une per- 
version, 80 ; influence de 1' — pour 
éviter la né v rose , 198 ; rôle des 
'facteurs affectifs dans l 1 — , 159 ; 
rôle de la psychanalyse dans 1* — t 
723 ; qualité de F — d'inspiration 
pS3*chanaïy tique, 732. 

effet : — s de la musique, 756, 757. 

efficience : 136. 

effusion : 148, 

égards : 39. 

Egypte : 766. 

élaboration : — onirique, So, 755 ; 
— technique dans l'art, 755. - 

éiectrisation : 17. 

élève : rapport des — s avec le maî- 
tre, 728 ; relation à deux entre 
un — et le maître ; 739. 

élimination : — des ïnincorporables : 
164: 

élite : 162* 

éloignement : — psychique, 72* 

élu s ion : 29, 154, 642, 647. 

émotion : 1' — trahit l'inconscient, 

52 ; expression des — s dans la 

musique, 759, 761. 
empirique : caractère — des données 

sociales, 156. 
empirisme : 370; — organisateur, 156, 

emprunt : 681 ; impulsion à V — , 

628, 630, 631 ; élément auto-puni- 
tif et élément, libidinal de 1' — -, 
645 ; 1' — en tant que condition de 
la fugue crépusculaire névrotique, 
641 à 659 ; rôle de I*— dans le dé- 
clenchement de l'état crépuscu- 
laire, 6fii, 

empruntomânie : 707. 

enchantement : 763. 

encombrement : 148. 

enfance ; caractère des névroses dans 
I* — t 715, 720 ; rapports de l'incons- 
cient et du conscient dans 1* — , 39 ; 
la conscience morale dans F — , 



736 ; les psychothérapies courtes 
d'inspiration freudienne dans 1* — ,. 
711 à 720* 

enfant : équivalences de 1' — dans- 
l'inconscient, 611, 612 ; désir 
d'avoir un — , 612 , 614, 615; — gâté,, 
126 ; présence constante d' — s né- 
vrosés dans les classes, 740 ; v- 
aussi élève. 

enrouement : 17, 
ensemble : 724, 726, 729. 
entéléchié : — animale, 375. 

entérite : 690, 691. 

enterrement : 704. 

entêtement : 609, v. aussi obstination* 
entrepreneur : — du rêve, 79, 
entretien : — psychothérapique, 71 t.. 

éimrésie : 64, 65, 71 à 74, 78, So, Sa;. 
rôle de V — dans les antécédents 
des névrosés, 57; rapports de 1' — 
an. la masturbation : 67, 73. 

envie : source névrotique de Y — , 64S* 

épiphénomène : 3613. 

épouse : impuissance envers Y — , 627,. 
632, 638; 1 J — , imago maternelle,. 
637, 638. 

épure : — de la névrose, 130. 

érection : 701 , 704* 

érogène : zone — , 103, 177; zone — 
labialej 25 j 45; zone — laryngée,. 

75- 

érotisme : v, aiial, génital,, oral, urê- 
thral, 

escalier : 93, 775. 

escargot ; 175. 

espace : arts de V — , 754. 

Espagnols : 766. 

Esquimaux : 766* 

esthétique : sentiments — s, 3S0, 753. 

estime : 128, 

estomac : 32. 

état : période d 5 — , 719; v. aussi cré- 
pusculaire, premier, second 170, 

Etat : 158, 164, 725; hommes d J — , 

ètiologie : — des psychouévroses, 74: 

Europe : 137, 

évanouissement : 18. 

évitation : 345, 

évolution : — libidinale, 714, 

exception : désir d'être une — , 126, 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



809' 



excitation : 105; — des lèvres, 23; — 
pat la musique, 756 ; excitation 
sexuelle ; 23; rapports de F — avec 
la tension de plaisir et de déplai- 
sir, a 16; écoulement de F — , 47; si- 
gne somatique de 1' — , 24 ; F — 
dans la fugue crépusculaire névro- 
tique, 636 à 641. 

excréments : 25, 611, 613, 668; équi- 
valence, des — s dans l'inconscient, 
6ii t 686. 

excrémentiel : relations entre le 
sexuel et F — , 26. 

exemplarité : — de la peine de mort, 
167, 168. 

exhibitionnisme : J31, 350. 

exogamïe : 732, 

expérience : — intérieure, 371. 

expérimentation : — psychologique, 

368, 
exposition : — indirecte, to* 

extase : 138* 

extrospection : 153, 154, 368. 



famille" : 13. 

fantasme : 317, 61 ï, v. aussi fiction; 
les — des névrosés, équivalents 
des actions des pervers, 44; rap- 
ports des — avec l'identification, 
561; — à la cigogne, 418; — de dé- 
floration, 91; — de déshabillage, 
706; — à la girafe, 517; — de ma- 
ternité sans mari, 180; — de mort, 
54S; — de protection par un hom- 
me riche et gentil, 701; — de pro- 
création 551; — de tuberculose, 
556; — de vengeance, 87, 90; — de, 
virilité, 1S0; v, aussi accouchement. 

faux-pas : 94. 

fellation : 44, 45, 703, 

féminité : refus de la — par la fem- 
me : 294, 296, 346; — chez le inâle : 
620, 621, 624, 635, 690, 692. 

femmes : division des — s en série 
basse et série haute : 637, 640, 676, 
702, 703. 705. 7 06 * - 

fétichisme : 13 j, 204, 349, 
>feu : 64, 81, 84, 85. 



fiction : 1S2; les — t but de la névrose * 

180; — s contradictoires, ï&>; v, 

aussi fantasme. 
fièvre ; 93, 94* 

iiler : — en ville, 62S, 642 i 644* 
filial : amour — envers la mère, 638* 
fille : la. — faisant groupe avec le 

père, 16, 
fils : le — faisant groupe avec la 

mère, 16, 

finalisme : 153. 

fini : antinomie clu — et de Fin fini, 

fixation : — régressive orale, 622. 

fixe : w idée. 

flatuel : complexe— ,769, 778, 779, 

flatùlisme : 685* 

flatulence ; flatulence intestinale; 
6S3, 684; signification psychana- 
lytique de la — , 684, 

flèche : 766. 

flottant : attention — e, 122* 

flûte : 757, 766, 76S, 769, 77S. 

fui : 159, 3&>* 

folie : relativité du concept de — ,. 

736 à 139; — maniaco-dépression, 

361, 
for : — intérieur, 143, 155, 164; — 

extérieur, 164. 

forêt : 86, 91. , 

formatif : la synthèse mentale est 
— ve des représentations, 374. 

fortune ; (divitm) : 41. 

fou : 157, 164. 

foute : 767. 

foulure : — du pied, 95* 

franc : 643...^ 

France : 136, 169, 765, 

fraternel : affection — le, 729. 

fraternité : 730, 

frère : 13, 16, 65, 74, 85, 612 : com- 
portement maternel à l'égard d'un 
— , 202; réaction à la naissance 
d'un — , 612, 620, 746, 747; réaction 
à la mort d'un — , 202; désir de 
châtrer son — , 625. 

frisson : 756» 

fugue : distinction entre la — épi-r 
leptique et la — crépusculaire né- 
vrotique, 635. 
f itguc crépusculaire névrotique ; 



Sio 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



627, 635, 644, 680, 681, 689, 691; 
la — , rêve agi, 663; la — , moyen 
d 'échapper au cercle vicieux névro- 
tique, 639, 699; la —, film prégé- 
tinal par régression, 709; caractère 
stéréotypé, de la — 629; déroule- 
ment régressif de la — 635; les 
quatre temps de la psychogénèse 
des — s de Julien, 631; conditions 
de la — , 635 à 659; première idée 
de la — , 62S; idée définitive de la 
— 629; la diarrhée avant et pen- 
dant la — , 683-; sentiment de joie 
et de liberté dans la — , 629; pre- 
mière version de la — , 62S à 631; 
seconde version de la — , 631; inter- 
valle entre les — s, 630, 641 ; la 
séance aux cabinets, petite — , 6S2. 

fui te : — dans la maladie, 197; — 
vers le père, 78. 

fumée : 66, 84, 85. 

G 

gain : 624; inaptitude au — , 624, 627, 

664,, 673. 
gamme : 769; — pythagoricienne, 772, 
gare : 86, 89, 91* 

gaspillage : — de l'argent : 6571 658* 

gastralgie : 32 , ?x. 

genèse : — des affects; 140. 

génie : 136, 

génital : stade — 620; primauté — e, 

610, 613; sensation — provoquée 

par le baiser, 58; organes — ux 

féminins, gi. 
génitalité : 173, 
génitoires (masculins) : caractère 

équivoque des — , 25, 26. 
Gestalttheorîe : 578, 
gifle : 90, 97, ioi, 112, 
gloutonnerie': 667. 
gorge : 44, 45, 46, 715, 716. 
goutte : 82, 83. 

gouvernante ; 30, 31, 53, 54, 76, 97, 
102, 

gouvernement : — de soi-même, 142, 

grâce : 715, 716, 717, 

grand-père : 201, 

gratuité : — du traitement psycha- 
nalytique, 680, 

grave ; sons — s, 761. 

Grecs : 43, ^99- 77^ 



grégaire : instinct — , 757, 

guérison : — par la musique ; 175, 

177* 756* 
guerrier : musique — ère : 756. 
guillotine : 169. 



habillage : — de la névrose, 162. 

habillé ; femme — e, 636, 

habitude : 372, 374. 

halètement : — pendant le coït, 72. 

hallucination : 350; rapport du rêve 
et de 1 — , 350; la théorie de la ré- 
gression et F^— , 359 ; — sensitive, 
24; — à la cigogne, 541. 

hallucinatoire : confusion — aiguë, 

Hamlel : 739. 

Hans ; 411 à 540, 

harmonie : 764, 772, 

Héligoland : 85. 

hémoptysie : 553. 

hérédité : 13, 15, 44, 68, 373; — de 

l'hystérie, 15, 
héritage : 687, 688, 
heure : v, horaire, 
Hindous : 765, 767. 
histoire r 741. 

homme : (vir) : 612; peur des — s 
L chez une fillette, 744. 
homogénéité : — au je, 5S0, 
homosexualité : 1S8, 272, 506. 

homosexualité masculine : 127, 

X72, 175, 678,« 6S9, 694, 700, 701, 

702; rôle de V — chez les Grecs, 

43* 
homosexualité féminine : 96, no, 

1S1, 182. 

homosexuel : constance des cléments 
— s dans la pS3 r chanalyse, 53 ; in- 
clination — le vers le père, 425* 

honte : — de la féminité, 635, 

horaire : — des séances de psycha- 
nalyse, 126. 

hormone ; 190* 

hostilité : rfii, 

humanisme : 380, 

humanitarisme : 166, 169, 170, 380. 

humeur : — însociable hystérique, 
18. 

humiliation : 645. 



TABLE ANALYTIQUE DBS MATIERES 



8n 



hydrothérapie : 17. 

hypnoïde : état — , 21, 22. 

.hypnose : 70, 115. 

hypnotisme : 113 ; renonciation de 

M. Freud à 1' — , 116, 
Itystérie ; 1 à 112, 396, 506, 667 ; dis- 
tinction entre. I* — et les autres 
psychonévroses, 35 ; démence pré- 
coce et^=-. 359; la petite —, iS; 



l'angoisse et la conversion dans 
F — , 513 ; importance de l'incohé- 
rence du récit pour le* diagnostic 
de — , 13 ; question de la nature, 
psychologique ou somatique, de 
1 J • — , 34 ; théorie psychologique 
de V — , 39, 104; source psycho* 
sexuelle intime de V — , 3, 94; 
■constance des connaissances sexuel* 
les dans 1* — , 43 ; étiologic de 
1* — , 74 ; l'hérédité, facteur d* — , 
15 ; les motifs de maladie dans 
V — t 36 ; difficulté du traitement 
de 1' — , 39'; caractère faussement 
spontané des améliorations dans 
T — f 39 ; guérïson de V — , 72 ; ré- 
partition respective des fonctions 
inhibitrice et pulsionnelle du sur- 
moi dans l 5 - — , 654* 

'hystérique : (le patient) : incapacité 
des — sa exposer leur histoire, 12; 
gynécophilic des femmes — s, 56. 

Mystérique : mutisme — , 33 ; vomis- 
sements — s, 19 ; humeur insocia- 
ble — , 18 ; façon — de réagir à 
l'excitation sexuelle, 23; 

symptôme hystérique ; 94 ; fa- 
culté de répétition des* — s, 34; 
rapport des — s avec la continence, 
72 ; théorie janétienne des — s, 105; 
le traumatisme n'explique pas la 
forme particulière des — s, 22 ; 
les — s sont l'expression de désirs 
secrets, 3; fonction secondaire des 
— s* 37^ 



L 



iceberg : S5. 

idéal : —du chef adopté par l'infé- 
rieur, 737 ; idél du moi, v. surmoL 
idéalisme : , — trauscendantal, 379. 



idée : — prévalente, 47, 48 ; — fixe, 

identification : 1* — dans la musique, 
769, 770 ; 1* — à Dieu et, le senti* 
ment de bonheur, 353* ,.. 

identification d'un homme (vît) : 

— à son père : 641, 646, ',649, 651 ; 
double caractère, auto-punitif et li- 
bidinal, de T — au père, 652., 653 ; 
désir d' — au père, 697 ; 

identification d'une femme : — 

■ à sa mère, 49, 541 à 565 ; —à la 

femme Uiinée par le père, 49 * — à 

- une cousînej 32, 50, 71 ; -^,à un 

adorateur, 89, 102 ; — à sa'nourrice, 

337 î — à son père^ 345, 347. 

identité : principe d* — , 378. 

idiome : 170, 

illusion : le sentiment de la liberté 
n'est pas une — t 143 ; — de la mé- 
moire, 12* 

image : — mentale, 377; r râle des 

— dans le langage, 377* 
imagination : 760. 

imago : V — parentale formatrice du 
surinoï, 149 ; Dieu est 1* — paren- 
tale sublimé, 153; 1* — maternelle 
tabouée en tant qu'objet, 637 ; — 
paranoïaque du père, 643. 

imitation : 769, 770* 

immoralité : valeur libidinale, de 

impératif : 378 ; — catégorique, 149, 

impar socialisation : — du récit, 126. 

impuissance : 280 ; — envers l'épouse 

627, 632 , 638 ; — attribuée au père, 

41- 

impulse : 66S, 670, 675, 
impulsif ; caractère — t vjt* 
impulsion : 1' — est un .phénomène 
d3aiamique efficient, 660 ; — névro- 
tique à la fugue, 629, 630, 642^660, 
664 ; — prétendument dipsomania- 
que, 627 \ —à l'emprunt, 628, 630, 
647 î 1* — à l'emprunt, lonriè^de 
l'envie du pénis, 647 ; — à l'achat 
somptuaire, 657, 705 ; — à se sucer 
l'index, 669. 

inadaptable : 157. 
inadaptation : 30, 138. 
inassouvissement : — libidinal^ 129. 



832 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



incantation : 763 , 765, 766^ 770, 
incapacité : — des hystériques à ex* 

poser leur histoire, 12. 
incendie : 57, oS t 64, Si. 
inceste : 637, 639 ; obsession de 1 J — , 
K 305 ; phobie de V —, 307 ; peur de 

V — , 313- 

incons tient : 104, 369, 5So, 642 ; pré- 
cautions à prendre pour parler de 
V— t 6n ; définition de V — ; 
370 ; existence de 1 ' — , 722 ; dis- 
ent ion de l'hypothèse de ]'— ^581; 
les différents inconscients : — 
humain commun et — national, 
170 ; — psychophy biologique, — 
automatique et — dynamique» 375 ; 
l'inconscient dynamique {incons- 
cient freudien) : V — existe, 352, 
586; accession à V— , 121 ; psy- 
chologie de V — , 5*S3 ; irréprima- 
bilité de 1' — , 43; moindre diffé- 
renciation de 1* — et dn conscient 
dans l'enfance qu'à l'âge adulte, 
âg ; langage de r —, 50 ; les trois 
ordres de productions de l 1 — » 6ti ; 
rôle de I' — dans la création du 
rêve, 5*S4 ; rôle de V — dans la créa- 
tion des idées prévalentes, 48 ; giis- 
jiement du sentiment de culpabi- 
lité du conacient vers V — , 719. 

inconscient : partie — e du moi, 125. 

incontinence : — d'urine, \\ énurésie, 

incubation : période d* — j 720. 

index : 669* 

indignité : sentiment d* — , 718* 

individualisme : 725. 

ineffabilité : — de la connaissance 
extra-scientifique, 141^ 

infantile : nature — du désir créateur 
du rêve, 64. 

intériorité : révolte contre 1' — , 709 ; 
sentiment d'infériorité : 627, 
647, 709 ; naissance du — , 646. 

infini : 143. 

infirmière : 629^ 

infirmité r 38. 

influence : limites que le médecin 
doit lui-même imposer à son — psy- 
chique, 101. 

intracteur : J65. 

infraction : — à la loi pénale, 165. 



inhibition : 147. Ô22 > M. &S5 i — 
des pulsions orales, 624 ; — de la 
parole, 625 ; — devant les concur- 
rents, 640 ; disparition de 1* — 
dans l'état crépusculaire, 661 ; dis- 
parition de V — par la psychana- 
lyse, 659. 

ïiihibitrice : fonction — du surmoi, 

653, 654. 

ïnincorporable : 157, 15S ; élimina- 
tion des — s, 164 à 170. 

innéitë ; — des mécanismes sexuels, 
72. 

insensibilité ; — requise du psycha- 
nalyste à regard du transfert, 129. 

însincérité : 154 ; — consciente, — 

inconsciente, 12. 
insociabilité : — hystérique, iS. 
insomnie : go. 
inspiration : 375. 
instance : — morale, —pulsionnelle, 

iristmct : intelligence et — , 375 ; 
infaillibilité de V — , 375 ; défense- 
contre les — s, 313 ; régression des 
— s et sentiment de culpabilité, 
223 ; — et homosexualité, 507 ; — 
de contrectation, 50S ; —de mort, 
236; rapport d^ 1'— de destruc- 
tion et du masochisme moral, 218. 

instituteur : 712, 722 à 750. 

insu : 370, 

intellectualisme : 3S1. 

intelligence : 375 ; 

intelligence discursive : 139 ; 1 — 
n'est pas toute la pensée, 140 ; 1' — 
app'iquée aux problèmes psycho- 
logiques et moraux, 144. 

intelligent : 140. 

intensité : — des sons, 761. 

intention : — dans les utats morbides 
hj'stériques, 3S ; recherche psycha- 
nalytique de cette— , 39. 

interdiction : les — s au cours de la 
psychanalyse, 192. 

interdit : — jeté sur les femmes de 
la série haute, 637, 638. 

interjection : 37S, . 

internement : 165, 

interprétation : prudence nécessaire 
dans 1* — , 231 ; — par 1er malade 



TABLE A^AI-YÏIQUii IJRS MATIERES 



813 



lui-même, 127 ; — des rêves : 5, 6, 
m, ïiS, 122. 

interrogation : mélodie de V — , 767* 

interversion : — de l'affect, 23. - 

intestin : 6S9, 

inlrojection : 149 ; — de la mère par 
le âls, 620, 624 ; —du père par Je 
fiïs, 652 ; —du maître par les élè- 
ves, 73 i t 737. 

introspectif : connaissance — ve, 
142, 372 ; voie — ve, J54 ; la mé- 
thode freudienne mise en opposi- 
tion avec la méthode — ve, 580. 

introspection : 142, 36S ; valeur de 
I" — , 369 ; caractère métaphysique 
de P — , 372. 

introversion : 778. 

intuition : 189, 379; V — t qualité 
maîtresse du pédagogue, 726 ; l 1 — 
secourue par la science^ 728 ; les 
différents modes d* — , 379; — 
bergsonienne, 372. 

invasion : période d' — , 718. 

invention,: 375, 

investissement : — libidinal narcis- 
sique féminin de la bouche, 624, 

irrationnel : nature — le du contenu 
de la science, 378; éléments —s 
du langage, 141, 37S. 

îrrègulier : tôt. 

frréprimabilité : —de l'inconscient, 

irresponsable : 164 ; 

isolation : 408, 64 2, 719. 

Israélite : 201. 

issue : — hystérique des symptômes 

dans la somatique, 36. 

J- 

jalousie : roï ; maladie par — * 32 ; 

— envers la mère dans le cœur 

du père, 82 ; — envers les frères et 

sœurs dans le cœur des parents, 
620. 

jambe : les deux — s du rêve, 64. 

je : 142, 147, 37°, 373 ; acte du — , 
582* 

Jeanne d'Arc : 136, 137. 

jeti : technique du —dans la psy- 
chanalyse des enfants, 292, 303, 
365- " 



foie : — dans la fugue crépusculaire 

névrotique : 629. 
judiciaire : pouvoir — , 164, 
juge : 136, 164* 
jupfï : blotissement dans les — s de 

la mère, 712. 
juriste : 170. 
jury : r6?, 170. 



L. 



labiale : /.011c érogène — c, 25. 

lac ; 32, S?,. 90, 91, 94, 111. 

lance : — d'arrosage, 650, 651* 

langage : rôle des images dans le— , 
377\ éléments irrationnels du — , 
Ï4 1 » 37^ \ rôle du — dans le repé- 
rage de la connaissance extra- 
scicntifiqtie, 141, 142; le — , véhi- 
cule des influences morales, 158; 
origine commune probable de la 
musique et du — 3 767 ;.la musique 
en teint que — , 75s, 759. 

larme : 634, 7^1 7 *4> 1$^ 111* 

lecture : 92, 93, 94, 741, 743 à 749, 

legato : 791. 

législateur : 136. 

Léonard de Vinci : 175. 

lettre : 71. 

leucorrhée : 19, 6S, 73, 74 , 76, 80, 82, 
83; rapports de la — et des symp- 
tômes lij'stériqties, 76. 

lèvres : excitations des — s, 23, 

lexique : inexistence d'un , — univo* 
que de l'inconscient, 121* 

liage : 378, 

libération : — par la psychanalyse, 
154, 161. 

liberté : 142, 143, 147, 733 ; àiitimo- 
nie de la — et du déterminisme, 
143, 144 ; le déterminisme, Contenu 
de la — divine, 145 ; diminution du 
pouvoir de — ultérieure/ 147, 148 ; 
sentiment de — dans la fugue 629. 

libidinal : tendances — es, ti8; évo- 
lution — e, 157, 714 ; stase' -- e, 639 

libido : 50, 75, 119, 138, 129, 134* 
149, 644 ; transfert de —-sur le 
médecin, 129 ; organisation prégé- 
nitale de la — , 61b, ,+! 

livre : 92,* 



^K 



8l4 



TABLE ANALYTIQUE DES MATTERES 



locomotion : troubles de la — , 12. 
locomotive : 127» 775* 
locutoxre : plan —, 378, 586, 
loumî : 456, 457, 459> 613, 615- 
lundi : 628, 642. 



M. 



Madone : S8, Sg, 95, 110, 

magique : rôle — de la musique, 177, 

7 6 3* 

main : 719 ; la — , symbole phalli- 
que, 716 ; punition des — s crimi- 
nelles, ,174 ; compulsïon à se laver 
les — s, 73, 715* 7i6* 

mal : 143, 148 ; nature statique du 

— t 14S ; le — attiré par le — , 14S; 
paiement du — , 737. 

maladie : définition de la — men- 
tale^ 138 ; rapports de la — menta- 
le avec la méchanceté, J46; utili- 
sation de la — , 32, 36; profit pri- 
maire et profit secondaire de la — , 
37 ; motif de —, 36, 37, 38 ; — par 
jalousie, 32. 

Malin : 146, 

mamelon : 670. 

mangesrille : manie de — , 667. 

maniaco-dépressif : psychose — ve, 

138- 

manifeste : sens — des associations, 

121* 
marche : rhythme de la — , 773. 
mari : 1S0, 664. 
mariage : 632, 637, 644, 672, 674 ; 

guérîson de l'hystérie par le — , 

72. • 
marin : costume — , 650. 
masculin : attitude — e de l'homme, 

62&; : idéal — du moi, 635 ; vie 

amoureuse de type — chez la 

femme, 612* 
masochique : tendances — s ? 620, 

624: y. : centrement des tendances 

— s sur la bouche, 624; peur de 2a 
castration et attitude — , 39S- 

masonhisme : 131, X49, 148, 214 ; pro- 
blème économique du — , 212 à 
232 ; — érogène, 214 ; rapports du 

— érogène et de l'instinct destruc- 
teur, 216 ; — moral, 314, 222; — 
féminin, 214, 635 ; le — féminin et 



le sunnoi, 317 ; — secondaire, 217 ^ 
le — cause importante de résistan- 
ce, 1S7. 

masse : psychologie de — , 72S, 

mastication : 773. 

masturbation : 346, 35- ; rhythme de 
3a — , 773, 774 i — infantile, 73 ; 
rapports de la — avec Ténurésie^ 
67 ; rôle de la — dans l 'étiologie de 
l'hystérie, 74 ; impulsivité de la — 
310 ; manifestations orales de la. 

— > 346. 
masturbation nuisent hic : 631, 

656, 657, 668, 671, 716, 71S ; — par 

une nourrice, 705 ; — anale, 6S5. 

m-astiwbatwn féminine : 19, 69, 
70, 71, 84 ; rapports de la — avec 
les flueurs blanches, 68, 73. 

complexe de masturbation : 257 ; 
rapports du — et chi complexe de 
castration, 272. 

maternel : comportement — vis-à-vis 
des enfants de l'aimé, 31, 96 ; rôle 
- — des organisations religieuses,. 
162* 

maternité : fantasme de — sans mari 
ïSo. 

matière : origine affective des défail- 
lances scolaires en une seule — r 
741. 

mauvais : acte — , 147, 14S. 

mazurka : 790. 

mécanisme: — s psychiques, ■ iSS ; 

— projection uel, 622, 

méchanceté : 146. 

médecin: ironie envers le — , .17; 
mésestime envers le — , 71 ; rôle 
essentiel du — dans le transfert^ 
107, 121, 129; le — , suppléant de 
l'éducateur, 159. 

médecine : 156. 

mélancolie ; 627, 672 ; le problème de 
la — 354 ; rapports du narcissisme 
et de la — , 354 ; rapports de Péro- 
tisme anal et de la— t 354 ; régres- 
sion au stade oral et — , 355 ; sur- 
moi et —, 355. 

mélodie : la — élément femelle ; 767 ; 
introduction de caractères actifs 
dans la — , 76S ; le cri, origine de 
la — , 775 à 777 ; synthèse du rliy- 






^^^■^^^■B 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



815 



thrne et de la — , 777, 778 ; valeur 
symbolique de la — , 781, 

mélodique : ligne — , 76S. 

mélopée : 757. 

mémoire : — aflcctîve, 760 ; — dy- 
namique latente, 375 ; lacunes de 
la — , 12, 741, v. aussi amnésie ; il- 
lusions de la — 1 12; — inconsciente 
du psychanalyste, 122, 

mensonge : 204, 

menstrues : 94. 

iaer : S5, 651, 770, 7S2, 791 ; la — 
symbolisant la mère, 7S2. 

mère : 15, 31, 83, Sô, 620, 625; — phal- 
lique, 622 ; — nourricière, 622 ; 
— nourriture, 776 ; fixation à la — ~, 
790 ; la — nourricière instituée ob- 
jet, 624 , refus de quitter sa — 3 715; 
alternance de répulsion et d'atti- 
rance envers la — , 637 ; pulsions 
sadiques orales envers .la — , 668, 
669 ; renonciation à la fixation ora- 
le sur la — , 620 ; la — ou ses subs- 
tituts, objet interdit, 63S ; intro- 
jection de la — , 620 ; objet projec- 
tionnelleinent substitué à la — in- 
trojectêe, 622 ; jalousie envers la — 
dans le coeur du père, S2 ,; gros- 
sesse de la—, 747 ; retour a l£— , 
644 ; la — symbolisée par la nier, 
7S2, 

métaphysique : 144, 345 ; caractère — 
de l'introspection, 372; portée — , 

■ 140; problème —+ 141, 372 ; por- 
tée — de la musique, 75g. 

méticulosité : 609. 

meurtre: 170; le—, équivalent 
sexuel, 173. 

microbe : peur des — , 715, 

miction : 26. 

migraine : 16, 17, 18, 

mimique : 175. 

mobilisation : — + des pulsions, 662. 

mode : modes musicaux : 761, 767, 

771 ; valeur symbolique des —, 

781. 
moi : 

le moi freudien: ne, nS, i 2 o, 

ï25,_ï5?. "i 3 » *73> 37i» 64S, 688; 
partie inconsciente du — , 125 ; re- 
foulement des pulsions non con- 



formes au — , 641 ; heurt entre 
l'idéal du - — et celui, inconscient ;, 
du ça, 620, 621 ; le — amoureux du 
ça objectalement projeté! 623 ; l'an- 
goisse de castration en tant* que 
réaction du — , 652, 653 ;* 
le moi s' opposant au je : 142, 

147» 37°* 
monnaie : 173, 
monodie : 765. 
monogamie : 350 ; caractère possessif 

de la"—, 35Ï. 

monotonie : — des réactions, 146: 
moral : le point de vue — , 342 à 144; 
sentiments — ux, 380; le phéno- 
mène — vu du point de vue scien- 
tifique, 144 à 151 ; caractère — de 
l'introspection, 372 ; le fait— dans^ 
la psychanalyse, 146,. 149 ; source 
et effets — aux de la psychana- 
lyse, 153 à 155 ; une instance — e 
eSt le contraire d'une instance pul- 
sionnelle, 152 ; discipline — e, 159;. 
efforts d'activité — e, 637 ; v. aussi 
surmol 

morale : 142, 144, 145, 152, 153, 155, 
*57> 696; source de Ja— , 219; la 
psychanalyse constate la — , mais 
ne l'explique pas, 151 ; prolonge- 
ment de la— dans l'inconscient, 
221, 

moralité : 147 ; la —, conséquence dti 

renoncement aux pulsions, 150* 
mort : hantise de la — , 176, 790, 791 ; 

peur de la—, 167, 172, 717, 719; 

peine de —, 167, 168 ; — du père, 

S6, 89, 6SS. 

mot : le — et le concept, 374 ; rôle 
des — sa double sens, 83. 

motif : — s de la maladie, 36, 37, 38 ; 
constance des — s, 39; _ pure- 
ment intérieur, 39. 

motflité : barrage de l'accès à la -^, 
642, 654, 

mouillure : 64, 65, Si, 82, 83. 

musical : création — e, 783 ; 

symboles musicaux : 780 à 785 ; 
]es — directs, 781 ; les— imïtatifs, 
781 ; les — associatifs, 781* 

musique : 753 à 792 ; définition de 
la ^j 75S î l a — e * l'inconscient, 



W"^ 



&16 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



i?5t 755 i p'^ce de la— parmi les 
arts, 754 ; universalité de la — , 
75$ ; rôles divers de la — chez les 
primitifs, 177 ; rôle magique de 
la —, 763 ; — contemplative, 756, 
777» 77S ; — guerrière» 756, 779 ; — 
excitante, 7781 779 ; la — vue par 
les philosophes, 758 à 760 ; pou- 
voir d'expression de la — , 761, 762; 
effets individuels de la — } 756 ; ef- 
fets collectifs de la — , 757 ; histoire 
de la —, 763 à 772 ; la — préliellé- 
nique, 771 ; la — grecque, 771. 

mutisme : — hystérique, 33* 

mystique: ambiance—, 757/ 

mythe ; — d'Œdipe, 49. 

mythomanie : 204, 

N 

naissance : traumatisme de la — 340 ; 

complexe excrémentiel et thème 
de la — , 502 \ — des névroses, 715. 

Napoléon : 137. 

narcissique : satisfaction — , 317 ; 
blessure — , 635; passage' de l'a- 
mour — à l'amour objectai, 612, 

613- 

narcissisme ; 179, 182, 187 ; structure 
du moi et — , 354 ; contrôle du — 
^personnel, 232 ; rôle du — dans la 
vie amoureuse de la femme, 612 ; 
— masculin^ 709 ; monogamie et — 
351 ; le — , élément fondamental de 
résistance, 179. 

narclssisation : — du moi, 674. 

narcotique : pouvoir— de la satisfac- 
tion sexuelle normale, 90. 

natal : paj^s — , 787, 791 . 

natation : 85. 

national : civilisation — e, 159* 

négatif : les névroses sont le — des 
perversions, 64; transfert — , v. 
transfert * 

négation : — des interprétations par 
le malade, 124, 1S0 ; notion linguis- 
tique de-, 37S. 

négativisme : 193, 

nègre: 757. 

néo-thomisme : 36S. 

nettoyage : 83. 

neuf : — mois ; 94 . 



neurasthénie : 619. 

névralgie : — faciale, 112* 

névrose : 138 ; définition de la — , 
rg8 ; double aspect de toute — , 667; 
habillage de la — , 162 ; théorie 
trauinatique de la — , 114 à 116 ; 
origine sexuelle de la — , 128, 198 ; 
les — s* à l'état naissant, dans 
l'enfance, 715 ; prophylaxie des — s 
198; étouffe ment de la — au sor- 
tir de Pœuf, 720 ; érotisation des 
sublimations quand se constitue 
la — , 674 ; début manifeste de la — 
par inhibition des sublimations, 
675 ; la— comparée à la /perver- 
sion, 44, So, 17Î, 1S3, 709 ; structu- 
re de la — t 7, 189, ici, 696 ; carac- 
tère conflictuel permanent de la — , 
101 ; épure de la — donnée par le 
transfert et les éléments énarrés, 
130 ; — de transfert, 132, 179 ; les 
fictions, but de la — , 180 ; bénéfices 
que le malade tire de sa — , 1S2 ; 
défense de la — par le névrosé, 181 , 
1S2 ; —circulaire, 663 ; — narcis- 
sique, 179 ; — obsessionnelle, yi 
obsessionnelle. 

nez : 745* 

nirvana \ 141* 

niveau : — éducatif, &x 

noir : 700. 

non: impossibilité du — dans Tin- 
conscient, 50. 

non-moi : 145, 37^ 

nosographie : 189, 191. 

note : interdictions des — s pendant 
la séance, 122 ; —s de musique» 
76S + 

noumène : 373. 

nourrisson : comportement en — , 
622. 

nourriture : équivalent symbolique 
d'une privation de—, 669; refus 
de — , 716; v, aussi mère, 

nu : femme — e, 636* 

nymphe : 91. 

O 

objectai: amour — , 612, 613, 

objet : la mère-—, 644 ; la mère en 

tant qu* — interdis 638; întrojec- 

tion de V — f 624* 






■v^-^^^^k^^k^h^kk»! 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



Si? 



oblativité : 146, 151. 

obsédant; impulsion — e, 63c. 

observation: nécessité des — s clas- 
siques, tqi ; difficulté pour la pu- 
blication des — s psychanalyti- 
ques, 2, 3. 

obsession : 36, 74, 204 ; — de la pro- 
preté, 15, 

obsessionnel : névrose obsessionnel- 
le : 338, 667 ; différence entre les 
phobies- et la—, 320; mécanisme 
:1e formation de la — , 305 > 358, 715, 
7183 719, 720 ; prédominance de la 
fonction inhibitrice du sur moi dans 
la — , 654 î les quatre périodes cli- 
niques d'une — 3 71S à 750 ; traves- 
tissement clans la—, 307, 

obstacle : — sa la 'psychanalyse, 187* 

obstination : 609, 613, 615 ; origine 
de r— , 6J3 + 

Œdipe : complexe d* Œdipe : 49, iSS, 
202, 203, 219, 273, 3*9, 355* 5oS, 
546, 645, 649, 658, 659, 67S, 680, 
6&5> 714 j 73$ ï les désirs infantiles 
clans le — , 350; ] 'intensité du — 
chez les prédisposés, à la névrose, 
49 ; transformation du — , 49, 50 ; 
le — disparaît du conscient, Ï33 ; 
désérialisation du — , 749, 222 ; 
rapports du -» et de l'impératif ca- 
tégorique, 219 ; sentiment de cul- 
pabilité et — t 289, 559 ; — inversé, 
695 ; reviviscence du —, 222, 659 ; 
écho pubéral du —-infantile, 638; 
le — dans la fugue crépusculaire 
névrotique, 635 à 659 ; rôle du — 
dans le transfert, 259, 

œdipien : coït —, 791, 

œuvre : — d'art, 753. ' , 

offirier ; 633, 64L 

oisiveté : 619, 

oncle : 688. 

opération : (chinivgîcale) : 744, 745. 
oral : tendances — es, 173 ; pulsions 

— es, 667 à 679 ; caractère sadique 
ries pulsions — es, 668 ; facilité de 
satisfaction directe des pulsions 
«- es, 679 ; inhibition des pulsions 

— es, 624, 672 ; fixation — e, 620, 
622 ; cleptomanie — e, 668, 670 ; 
orgie ~ e, 693 ; castration — e, 670. 

REVUE FKÀKÇAJSE m PSYCHANALYSE 



orange : 716, 

orches tique : 754- 

ordre : {orrio} 156, 158, 161 ; ijussum) 

633- 

oreille : 45- 

organe : — s non génitaux utilisés 
pour l'assouvissement sexuel, 41. 

organique ; psjrcliopathies — s, 138, 

organisation ; organisation libidina- 
le ; — prégénitale et — génitale, 
610, 

Orphée : 765, 

orthodoxie : — chrétienne d'Orient, 

155; — psychanalytique, 17S. 
oubli : 13. 
ouvrier : 630, 
ovarïte : 93. 



paiement : signification erotique du 

-, 6S9. 

pansexualisme ; 381, 

paradémence : 161, 

paralysie ; — générale progressive, 
16. 

paranoïa : rapports de l'homosexua- 
lité et de la — , 359; rapports du 
narcissisme et de la — , 359; mode 
de rétorsion des reproches dans 
la — , 30. 

paranoïaque : mécanisme — 654. 
projection paranoïaque : 358, 360, 
622j — dans la névrose, 621, 706. 

paranoïde : démence * — , 205. 

parcimonie : 609. 

pardon : 148, 718* 

paresse : 619, 627, 757, 

Paris : 167. 

parole : inhibition de la - — , 625. 

passif : sentiment — 781, 

passion î 380- 

passivité : — chez l'homme (vir) ,: 
637* £76, 699; fuite dans la — , 6£>4, 
685; expression de la — dans la 
-mélodie, 76T. 

Pasteur : 137* 

paternel : rôle — de l'amour divin, 

IÔ2, 

pathogène ; efficience — du refoulé, 



TO, 



patriarche : 731, 735, 



î* 



^^* 



^ ^. 



^1 M 



^^^^*ÉtÉ^riÉ**ÉÉIÉÉk. 



818 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



patriotisme : 159* 

pauvreté : 619; la — symbole d'im- 
puissance, 41. 
Feaux-Rnuges : 766. 
pêche : la musique dans la —, 377. 

péché : 19, 7 r 5i 7 3 °- 

pédagogie : 158, 205, 733. 

pédagogue : 726, 739Î nécessité pour 
tout — de connaître la psychana- 
lyse, 740 à 74?. 

peine : 167- 

peinture : 754, 

pénis : 127, 701 ; vue du — eu érec- 
tion, 701, 704; pression du — dans 
l'étreinte, 24 , 76; équivalents du — 
dans l'inconscient, 61 1, 6*2, 614, 
643, 686; désir de garder le — en 
soi, 612; envie du — , 61 1, 612, 647, 
697; succion du — , 44, 45; — d'em- 
prunt, 647. 

pénitence : 39. 

pensée ; 377, 37S; croyance à la toute 
puissance de la — , 765, 766; — 
réact tonnelle, 48. 

perception : 377; la différenciation 

entre — et sensation est-elle légi- 
time? 377* 

-père ; 13, 26, 630; imago du — , 651; 
imago paranoïaque du — , 64.3; le 
— représenté par le maître d'école, 
729, 739; fuite vers le — 78; départ 
avec le — , 20; amour pour le — 
réveillé à titre de refuge contre 
l'amour normal, 64, 78 ; désaveu 
d'un profond amour pour le — , 204; 
mort du — , 86, 89, $£3, 731, 732; 
maladies du—, 14, 26, 27, 67, 68; 
critiques et accusations contre le 
— , 28, 40, 78; — ne donnant pas 
d'argent, 628, "642; essai de faire 
peur, pitié au — , 36; révolte in- 
consciente contre le — , 126; désir 
ou fantasme de vengeance contre 
le —, 8ï, 90, 102; désir de châtrer 
le —, 625; impuissance attribuée 
an — , 41. 

persécuté : 622. 

persévérateur ; 148. 
persienne : 22. 

personnalité : 343, 759; harmonie de 
Ja —, 147; rôles des symptômes 



dans l'ensemble de la — , 118; pul- 
sions anachroniques à la — , 1S7; 
analyse de toute la — t 117. 

perte : — d'argent, 61S; w aussi leu- 
corrhée. 

pervers ; pulsions — es, 621, 665 à 
710; — impulsif, 283; — constitu- 
tionnel, 284* 

perversion : définition freudienne de 
la — , 43; la — est un arrêt de 
révolution instinctive, 44, 105; dif- 
férenciation entre la névrose et la 
— , 44, So, 172, 1S3; prédominance 
de la fonction pulsionnelle du sur- 
moi dans la — , 654; la — cause au- 
tonome de résistance, 1S3, 187, 62 1- 

petit : la — e chose, 611. 

peur : utilisation de la — faite à 
autrui, 36; — des hommes chez 
une fillette, 744; v. aussi castration 
et morL 

phallique : phase —, 646; symbole 
— t 766; femme —, 620, 625, 663, 
704, 706, 

phantasme : v. fantasme, 

phobie : mécanisme générateur d'une 
— , 25; hystérie d'angoisse » et 
—, 512; refoulement et — , 531; 
masturbation et —, 434; analyse de 
— s infantiles, 384, 411 à 540; - — de 
la maladie, 717 ; — des chevaux^ 
42S; — d'Anubis, 551, 

phobose : 138, 

phylogénie : 731. 

physiologique ; effets — s de la musi- 
que, 756, 

piano : 176, 790. 

pied : traîner le — , 93, 95, 

pistache : 739* 

pithiatisme : — conversionnel : 138. 

pitié ; 167; utilisation de "la — ins- 
pirée à autrui, 36. 

plaiïi-chanE : 772. 

plaisir : nature du — t 141; v. aussi 
principe. 

plan : — conscient, 125. 

pleur : v r lamie, 

pneu : 739. 

poésie : 754. 

policé : société — e, 156. 

politique : J57; esprit de — , 179. 



"^^— — ■ 



P-r^P**4^~^^^H^^^"^P^Hh^^HM 



MM 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIEBES 



8l9 



polonaise : 790. 

poly psychisme : yjo> 377 < 

pompier : 650, 

pont : 640. 

possession : prise de — 443. 

postulat : le déterminisme est un — , 
139; — de la pensée récitative, 
5823 585. 

pourboire : 633* 

pratique : pratique psychanalytique : 
1S4 à 186, 23g à 304; râle de la 
personnalité du psychanalyste 
dans la — » 1S9, 243, 244; rôle des 
honoraires dans la — , 251; rôle du 
terme dans la — - A 264; analyse du 
retard dans la — , 253. 

préconscient : 120, 121, 642* 

prédisposition : 190. 

prégénital : organisation — e de la 
libido, 6io, 622. 

premier : état — , 667, 672; 6S9, 

prêtre : 136, 

prévalente : idée prévalcnîc, 47, So; 
nature réactionnelle de 1'— , 48, 53. 

prévision ; — scientifique, 142, 144, 

prière : 764. 

primaire : profit — tiré de la mala- 
die, 37; érotisnie anal — , 69a; épo^ 
que — f 646. 

primauté : — génitale, 6] o. 

principe : — de plaisir, 141, 211, 213; 

— de réalité, 213, 247; — de nir- 
vana, 14 a t 212^ 213; — d'identité 

37«. 
procession : 22. 
prodigalité : 633. 
production ; — s de P'inconscient, 

6rt. 
profession: choix d'une — , 742. 
profit : — primaire et — secondaire 

tirés de la maladie, 37, içy. 
progrès : 168. 

projection : 621, 6533 624, 625, 626, 
652, 706. 

pronostic : — dans les névroses, 709. 
prophylaxie : — des névroses, 198 

— du crime, 199. 

propre : 83. 

propreté : éducation de — , 78. 
protestantisme : 155, 
Providence : 149. 



p s eu do- m orale : 146, 152, 

psychagogie : 199. 

psychanalyse : 15s, 165, 381 ; impor- 
tance de la — dans la psychologie 
nouvelle, 578 ; justification de la — 
par sou efficience clinique, 140 ; 
justification théorique de la — 144; 
nature cathârtiqtie de la — , 115, 
148 ; source morale et effets mo- 
raux de la — , 153 à 155 ; la — et 
le public, 201 ; la — et l'éducation, 
20 5* 723 ï le pédagogue doit con- 
naître la — , 740 à 743 ; le pédago- 
gue doit subir la —, 750, 

psychanalyste : 1S4 ; rôle de là per- 
sonnalité du — , 1S9, 243, 244 ; ac- 
tivité du — , 182, 191 ; changement 
de — , 182, 192, 

psychéthique : point de vue — , 153. 

psychiatrie : 136* 137, 146, 188. 

psychique: 371; rapports du— et 
du somatique, 199, 369 ; le senso- 
riel est du —, 372, 

psychisme : définition du — , 373 ; 

— exceptionnels, 135 à 170, 
psychologie : 368 à 382 ; — ïntrospeo- 

tîve, 372 ; — rationeïïc, 372 ; ca- 
ractère moral et métaphysique de 
la — profonde, 373 ; — néo-tho- 
miste, 36S ; — extrospectîve, 153, 
154 ; — de la conduite, 154 ; — in- 
dividuelle adléricnne, iSR ; critique 
des fondements de la — , 578 à 587 ; 

— mythologique, 578 ; synthèse de 
la — subjective et de la — objec- 
tive dans In notion de drame, 583 ; 
la <* vraie » — date de M. Pol-.tzer, 

579» 5#4- 

psychologique : point de vue — , 153. 

psychopathologie : schéma dynami- 
que et topique de la —, 392 ; dua- 
lisme en — , 576* 

psychose : 15, 138, 321 ; théorie psy- 
chanalytique des — s, 35S. 

psychothérapie : 158, 165, 196 à 200 ; 
la psychanalyse est un procédé 
particulier de—, io, iSS, 196 ; — s 
courtes d'inspiration freudienne 
chez les enfants, 71 j à 720, 

puberté: 637, 714, 778; rites et lé- 
gendes de la — , 596, 



820 



TABLE ANALYTIQUE DBS MATIÈRES 



public : attitude du— envers la psy- 
chanalyse, 201. 
publicité ; — des exécutions capita- 
les, 1 68, 
pucelage : état de — masculin, 619 ; 

— féminin, v. virginité. 
pudeur : 12* 

pulsion : 11S, 147 ; rapports de la vo- 
lonté et des — s, 154, 197 ; —s in- 
fantiles et— mûries, 187 ; — in- 
.compatibles avec la personnalité, 
i.i8, 187; répression des — s, 222, 
718 ; transformation des — s, 609 
à 616 ; întri cation des — s, 217, 
504 ; le masochisme moral et l'in- 
trication des — s, 223 ; le sunnoi 
et la désîntrication des — s, 354 ; 
les —s de mort, 150, 212 ; les — s 
vitales erotiques, 212 ; les — s pré- 
génitales ou perverses, 621, 665 à 
710 ; les — s dans la fugue cnfous- 
culaire névrotique, 635; les— s 
anales, 679 à 710 ; destinée des — s 
anales, 610 ; les — s orales, 667 à 
679 ; inhibition des — s orales, 724; 
— s agressives, 646 ; — s masculi- 
nes actives stimulant le travail 
chez Tliomme, 637 ; — s génitales 
et — s prégénîtales, 640 ; les — s 
génitales ouvrant la voie aux — s 
prégénitales, 65s. 
pulsionnel ; fonction — le du sur- 
moi 653, 654. 
pulsorium : 149, 170. 
punition ; 572; besoin de punition : 
204, 219, 445, 719 ; rapports du — 
avec la com pulsion à l'aveu, 254 ; 
avec les satisfactions de désirs, 
290 ; avec le mariage, 351 ; avec la 
mélancolie, 355 ; v t aussi mtto-pxi- 
nition. 
pureté : 43. 



qualitatîvîlé : 372. 

qualité ; 140, 372 ; —d'un affect, 140; 
antinomie de la quantité et de la 
—, 145 ; transformation do la quan- 
tité en —,141, 

quantité : 140. 

quarte : 771, 



quinte : 767, 771. 

quinze : —jours, 97, 9S, 112. 

R 

racial : psychologie — e, 173* 

raison : 143, 375, 378, 

raisonnement : 374. 

rationalisation : 622, 

rationnel : 373. 

réaction : refoulement de—, 4S ; 

— thérapeutique négative, 669, 
réactionne] : pensée — le, 48. 
réalité ; désadaptation d'avec la — , 

30, 621; — psychique, 6S9, 
Rébis : 175. 

récidiviste : 14S. 

récit : — du malade, tj j 121, 130, 131; 

— eu troisième personne, 579. 
rectum : 613, 615 ; rapports psycho- 
logiques entre — et vagin, 6j6. 

réflexe : 19S- 

réflexif : méthode — ve, 372. 

refoulé : rôle du ~ en psychanalyse, 
nS ; recherche du — , 125 ; le rêve, 
voie d'accession an—, io ; encom- 
brement par le—, 150; retour du 

— * 375* 
refoulement : 25, 116, 635, 6SS, 719 ; 
]e rêve est un détour pour tourner 
le—, 10, 513, 605 ; —et fantasme, 
005; —et exhibitionnisme, 425; 

— de réaction, 48 ; le doute, pre- 
mier stade du —, 13 ; évolution 
du— dans les cpnflits, 103 ; le — 
comparé à la répression, 15 1 ; le — 
comparé à Pékision, 64], 642 ; le 

— succédant à la répression, 717; 
le — en tant que causes de défi- 
ciences intellectuelles, 740 ; le — 
du premier amour normal, 5^ 79. 

refus : — de la sexualité, 80, 

registre : — sonore, 761, 

règle : — fondamentale de Ja psycha- 
nalyse, 120 à 123 ; tout écart à 
cette — est un signe de résistance, 
126, 

régression : 6ri, 620, 640 ; — au sta- 
de prégénital dans la fugue cré- 
pusculaire névrotique, 666* 

régulatif : lf* synthèse mentale est 
— ve des états affectifs, 375. 



TABLE ANALYTIQUE MS MATIERES 



821 



relâchement : 141. 

religieux : loi — se, 159 ; sentiment 
— , 380 ; problème — , 153 ; organi- 
sations — ses, 162 ] communauté 
— se, 731 ; musique — se, 757, 764, 

remords : 36, 39* 75» na, ^ 219, 
672, 68 1 > 782 ; f apports entre le — 
et le reproche à autrui, 29, 32, 36, 

renoncement : 134, 150, 730 ; — à la 
fixation orale sur la mère, 620. 

réparation : 737, 73S, 

répétition : la — en tant que repré- 
sentant la masturbation, 774^; 
contrainte, coinpulsiojij automatis- 
me de — , 195 ; — dans le trans- 
fert, 133 ; — d'un rêve, 57, 84, 85 ; 
faculté de — des 33*111 ptômeK l^s- 
tériques, 34. 

représentation : tzj ; nature synthé- 
tique de toute — t 374. 

répressif : puissance — vfe, 164, 165. 

répression : répression endopsycki- 
que: 717 , 718; la—, lutte sur le 
plan conscient, 125 ; impossibilité 
de la — envers l'inconscient, 43 ; 
refoulement et — , 151 ; conséquen- 
ces de la — 1 150; transformation de 
la — en refoulement 717 ; — de 
ridée de la fugue, 630, 
répression pénale ' 166, 

reproche : transformation défensive 
d'une remords en — , 29, 32 , 36, 96 ; 
un — injustifié n'offense pas dura- 
blement, 40. 

reproduction : — dans le transfert, 

128. 

reprocuration : — de la puissance vi- 
rile, 647. 

répulsion : ïo* 

résistance: Si, 92, 116, 118, 124 à 
128, 154, 218; définition de la — , 
125 ; diagnostic des — s, 126 ; am- 
nésie par — , 632 ; — caractérologie 
que, 402 ; — par transfert, 130, 132, 
J33 ', — fondamentale par narcissis- 
me» J32* 133 ; — par perversion 
réalisée, 183, 187 ; —par maso- 
chisme, 187 ; caractère inconnais*- 
sable de certaines — s, 101. 

résolution : {pYoposiium) 1 6t, 77. 



respiration : 756 ; rhythme de Ja — , 

773* 
responsabilité : 143, 155, 157, 164, 

725» 736* 
retard : — aux séances, 126, 

rétine : décollement de la —, 67, 

rétrécissement: — du champ de la 
pensée, 137. 

rêve : 77, 79, 103, 103, 117, 124, 579 ; 
le^ — , expression d'un désir incons- 
cient, 61, 7S ; rapports de l'art et 
du — , 753 ; rapports de la fugue 
et du —, 663 ; théorie de la forma- 
tion du — , 79, 80 ; les deux jain- 
des du —, 64 ; la manière de re- 
cueillir le — est introspective, 154 ; 
rôle de l'interprétation des — s 
dans un traitement, 5, 6 ; teclmi* 
que de l'interprétation des — s, 
10 ; le —, voie d'accession au refou- 
lé, ioj —sa répétition, 57; — des 
femmes récemment déflorées, 632, 
Textes de rêves : 57, 86, 131, 620, 
640, 641, 643, 650, 655, 676, 681, 
694, 695, 700, 701 à 707, 744, 

réveil : — nocturne, 65, 
revirement : — sexuel faisant dispa- 
raître la masturbation infantile, 

73- 
révolle : —inconsciente contre le 
père, 126, 

rhumatisme : 712, 

rhythme : le — dans la vie infantile, 
773 à 775 î valeur erotique du— t 
176 ; liaison entre la satisfaction et 
le — , 774 ; valeur excitante du — , 
757 ; valeur expressive du — , 76J ; 
le — , élément mâle^ 766 ; les — s 
binaires et les — s ternaires, jyt ; 
55301 thèse du— et de la mélodie, 

777» 77S i valeur symbolique du—, 

78 r. 
rivalité : — œdipienne, 646 ; attitude 

de—, 648. 
robe r 180. 

Robespierre : 137, 
rouage : 161. 
rouge : 140, 141. 

Rousseau : (Jean -Jacques) : 138* 

rubato : 791. 
rythme ; v, rhythme. 



**** 



M* 



Mta_ 



822 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



sacoche ; 62, 69, 70. 

sacrifice : — de soi : 146, 613, 737. 

sadique : fixation au stade — , 344. 

sadisme : 102, 127, 168, 610 ; rapports 
du — et du masochisme, 216 ; ré- 
pression du — , 509 ; — moral, 17a ; 
— buccal, 625, 668. 

sang : 138, 168. 

sanglot : 756. 

satisfaction : — erotique normale, 72 , 

90 ; liaison de la — et du rhythme, 

774* 
satyre : 637. 
sauvagerie ; — de l'humanitarisme, 

169. 
savoir : — intellectuel et — vécu, 

124. 
scMzonoïa : 146, 
schizophrénie : 137, 138, 192, 627 ; 

complexes idéo-affeetifs et —, 359 ; 

prise de contact dans la — , 287 ; 

psychanalyse dans la—, 193» 287. 
schizophrénique : désir — , 66S. 

science : 139, 145» M7> *57 ; nature 
irrationnelle du contenu dé la—, 

378* 
scientifique : explication —, 139 ; la 
connaissance— n'est pas toute la 
connaissance» 141 ; le point de 

vue — , 139 à 142 ; le phénomène 
moral vu du point de vue — , 144 

scientisme ; 140, 143, 369, 373. 
scopophHie : 504. 
scotoimsation : 349, 
scrupulosîté : 717. 
sculpture : 754* 
séclusion : t6j. 

second : état—, 667, 675, 6S9. 
secondaire : profit — tiré de la mala- 
die, 37 ; fonction — des symptômes 

hystériques, 37* 
sein : désir de mordre le — , 625 ; 
équivalence du — au pénis, 625, 

sensation : 373 , 376 ; la — appartient 
au -psychisme, 393. 

sentiment ; hiérarchie des — s } 3S0; 
la musique» langage du — , 757 ; 



v. aussi : culpabilité, esthétique, 
infériorité* 

série ; — haute et — basse, concer- 
nant les femmes, 637 » 640, 702, 703, 
70S; les hommes, 703, 708; les sor- 
ties, 687; les cafés, 676. 

serpent : 703, 705. 

serpillière ; 68 1, 6S2. 

sevrage : 74, 275, 776 ; conflits du — , 
33S ; le — , castration orale, 670 ; 

— d'interprétations, 669, 
sexualité ; 105, 215, 718; —infan- 
tile, 137 ; pulsions dynamiques et 

— ,413 \ abandon à la — et refus 
de la — } So ; la — en tant que 
force motrice de l'hystérie, 305. 

sexuel : vie — le, ïïS ; tendances 
« — les inconscientes, 118 ; origine 

— le des troubles névrotiques, 12S ; 
caractère — des sentiments ami- 
caux envers le psychanalyste, 328* 

siècle : 162. 

silence : 126, 130, 669. 

simultanéité ; — des significations 
différentes d'un même symptôme, 
46. 

sincérité : —obtenue par le trans- 
fert, 354, 

singulier : points — s de la culture 
musicale, 784. 

situation ; — analytique, 129, 191, 
74S ; — récente transformée par le 
rêve en — infantile, 79, 81 ; — de 
famille, 13, 

social : point de vue — , 155 à 157. 

société : adaptation entre la — et les 
psychismes exceptionnels, 135 à 
170 ; la — doit s'adapter au plus 
possible d'individus, 139; direction 
de la —, 156 ; exigences de la — f 

732- 
sœur : influence traumatisante de h* 

naissance d'une — , 202. 
soi ; 195, 199 ; v. aussi ça. 
soin : 609, 

sorti atique : rapport entre le psychi- 
que et le — dans l'hystérie, S ; com- 
plaisance — , 34, 33, 45, 46 ; issue 
hystérique des symptômes dans le 
— j 3 6 ï signe —de l 'excitation 
sexuelle, 24, 25. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 



823 



somnambulique ; état — , 756. 
somnambulisme : 663. 

sonate : 754. 
sorcellerie : 764» 766. 
sot : 140. 

soufflet ; ialapù) i 40. 
souillure : 82, 83. 
soulagement : 629. 
soutien gorge : 204. 
souvenance : 133. 
souvenir : faux —, 13. 
sperme : 643, 656, 
spirite : 757. 
spirituel : 380. 

spontané : caractère faussement — 
des améliorations dans l'hystérie, 

stabilité : tendance à la — , 2J2, 21 6 + 
stade : — erotique anal, 625, 6Ss, 

686. 
stase : — libidinale, 639, 674. 
strangulation : 744. 
structure : — de la névrose, 7, j8g, 

191, 696. 
strychmsation ; — progressive, 193. 
subjectivité : — du fait de conscience, 

369 ; — des sensations, 37J, 

sublimation : 44, 107, 153, 6jo, 674 ; 
— ratée, 626 ; étatisation des — s, 
674; inhibition des — s, 674* 

submersion : — du moi* 675. 

substance : 378. 

substitut ; 6ïj, 686, 688. 

suçage : 669, 670* 

suçatoire : tendances — s, 625, 669. 

successivité : — des signifi cations di- 
verses d'un même symptôme, 46. 

succion : — de la verge, 44, 45 ; — 
tin sein, du pis, 46, 670, 

saçottfiment : 45 , 66, 67. 

suggestion : 200, 500 ; distinction 
entre la psychanalyse et la — ,252, 

suicide : idées de — attribuées au 
père, 27 ; menaces de — , 18 ; idées 
de — , 20 ; —indirect, 112; 

suivi : désir d'être — , 634, 635, 677, 
692. 

suppressif : puissance — vt, 164, 165, 
surdétermination ; 25, 85, 88, 93, T75, 
surmenage : 16. 

surça : 653, 654 ; identification tem- 



poraire du moi au — dans ] J état 
crépusculaire, 661 . 

surmoi : aiS, 149, 150, 152, 172, 637, 
639, 642, 648, 674, 6SS, 697, 719 ; 
origine iiitrojectioniielle du — , 
652 ; formations et fonctions du — , 
6oi ; — du surmoi féminin, 399; 
fonction réactiomielle du —, 352 ; 
veto suspensif du —, 625; l'auto- 
punition et le —, 321 ; ta crainte 
de la castration et Je - — , 601 ; 
menaces du — contre l'inceste, 
351; le —dans l'obsession, 316; 
le —féminin chez, l'homme, 620; 
dissociation àe fa notion dv sur- 
mot: le — d'Odier (kléal-cln-nioi 
d'Àlexander ; fonction inhibitricc), 
653» 654, 69S, 732 ; rapports du — 
et de la conscience morale, 219 ; ïe 
— , instance purement morale, 152; 
le — d'ÀIcxaiider (surça d'Odier '; 
fonction pulsionnelle), v. surça* 

sursoi : v. surça. 

sursymbolisme : 615. 

symbole : — s musicaux, v. musique* 

sympathie : 730, 757. 

symphonie : 754. 

symptôme : 117, n*S, 339, 61 j ; créa- 
tion des — s, 2ç6, 297 ; complexes 
psychiques et — s, 564 ; nature des 

— névrotiques, 114 ; rôle économi- 
que des — s, 300 ; rôle des — s dans 
l 'ensemble de la personnalité, 114, 
118 ; \\ aussi hystérique. 

synthèse : —mentale, 372, 373, 377 ; 

— conceptuelle, 374, 

T. 

tabès : i:, 14, 16. 

tableau : 91. 

tabou : 622, 637, 676, 731. 

tabouret : 704. 

Lâehe : les — s du psychanalyste, 191* 

tact ; —psychologique, 226, 2^3; 

danger de la notion de —, 237 ; 

mysticisme et — , 243, 
talion : i68 } 64S, 652, 697, 
talion ique : désir — , 695. 
tambour : 649. 
tante : i$ t 19, 95, 102* 
tapette ; 702. 
tartine ; 169, 



824 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 



taupinière : 703* 

taureau : sacrifice du —, 173 ; tes- 
ticule de —> , 19a. 

Tchèques : 76S. 

technique : technique psychanalyti- 
que: 103, 104, 113 à 134; histoire 
de la — , 115 à 119 ; transformation 
de la — , 7 ; élasticité de la — , 
224 ; métàpsychologie de la — t 
235 ; — spéciale pour les enfants, 
362, 397 ; — spéciale pour les schi- 
zophrènes, 193. 

temporisation : 99* 

temps : 95 ; aspects de la notion de 

— t 378 ; arts du — r 754, 
tendance : — s féminines-passives, 

masochistes, 620. 

tendresse : — des parents, 38 ; disso- 
ciation entre la — et la sexualité, 
63S. 

tension : 41, 639 ; augmentation ou 
diminution des forces de — , 212 ; 

— d 'excitation, 213 ; rapports de la 

— et du plaisir, 353 ; — entre le 
moi et le sunnoi, 152 , 621. 

tentation : 146, 639; 

terme : — de grosses&e, 94* 

terminaison : — de la psychanalyse, 

192, 389. 
termitière : 161. t 
ternaire : rhythme — , 771. 
terre : 651, 
testicule : 190. 
tête : trophées de — , 174. 
tétée : rhythme de la — , 773. 
ihêosophie : 138. 

thérapeutique : 144 ; difficulté de la 

— , même psychanalytique, de 

— rhi'Stérie, 39. 
thomisme : 370, 372. 
tierce : 767. 
timbre : 76K 

timidité : 12 ; disparition de la — 
pendant Pétai de fugue, 632, 633, 

tiraillement : ■ — rhythmique de 
Tordlle, 45. 

tocéomorphique : ronceptîon — dv 
l'univers, 549, 

tolérance : —sociale, 161 ; bornes de 
la — , Î64, 



ton : 767» 76S. 

tonique : 767, 771* 

tonnerre : 770. 

totem : 217, 

totémisme : 731. 

toux : — nerveuse, 16, 37, 18, 22, 33, 

40, 41, 46, 74» 75* 
toxicomanie : 104, 
trahison : 737. 

traitement : pronostic de durée et de 
réussite du — , 549. 

transcendante] : incommensurabilité 

— e de la qualité à la quantité, 
141, 

transfert : 128 à 134, 154, 604, 635, 
689, 744, 74S ; essence du —, 107 ; 
rôle du trauwa de la naissance 
dans le —, 259 ; rôle du — en 
psychanalyse, 258 ; le — dans la 
psychanalyse des enfants, 365 ; le 

— dans les autres méthodes que la 
ps3 T chanalytique, 108 ; prétendus 
inconvénients du — , ioS ; opéra- 
tion inverse du — dan* l'esprit du 
psychanalyste, 129 ; importance ca- 
pitale de l'analyse du —, 109; 
règle respective pour l'analyse des 
différentes formes de — , 130 ; — 
positif, 128; —erotique, 131 ; — 
négatif, 128, 131, 132; constance 
de la phase négative dans le — } 
J79Î —négatif latent, 132, iSo, 
ïSi, 1S2, 183 ; différence .entre le — 
négatif latent et la défense névro- 
tique, iSi, 182; névrose de — , 
132, 179 ; caractère vivant des af- 
fects dans Je — , 133 ; Je — , forme 
de souvenance, 133 ; liquidation du 
— . 379 ï rê g'e pour le diagnostic 
de la liquidation du — t 182 ] provo- 
cation du — chez les schiz-oph rênes, 
3 93 ï —sur Tépouse du l'amour 
pour la mère, 644, 

transformation : — des pulsions, 609 

k 6j6 ; — psychique de l'homme 
en femme, 689. 

traumatisme : —périodique, 639 ; ré- 
sistance contre le —, C^h 

travail : désaccoutumance du — , 
38 ; stimulation du — par la mu- 
sique, 177. 



A ^^— ^ 



^^^^^^~ 



M^^B^^M 



TABLE AXAI.VTIQUE DES MATIERES 



325 



trialisme : ^75 
trivalence . 1S0. 

troisième : — personne, 578, 5S0, 58a. 
trompe : 766, 768. 
trompette : 769. 
trophée ; —de tête, J74. 

tuberculose : 715 ; rapports de ïa né- 
vrose et de la — , 302, 

type : les — s cliniques de Laforgue, 
1S6 ; danger de la classification par 
— s, 187. 

typhoïde : 712, 713. 

uniforme ; 641, 649. 

uniformisation : :6j. 

universalité : — de la musique, 75s, 

urélhral : tendances —es, 373. 

urine : 613; v. aussi énurésie. 

Utilisation : — de la nialaTlie, 32, 36, 
3S 91 ï — <fa la peur, 36 ; _ de la 
pitié, 36 ; — des organes non géni- 
taux pour l'assouvissement sexuel, 
A 1 - 



V. 



vagin : 70, 61 5, 604 ; rapports pour 
le psychisme entre le — et le rec- 
tum t 6Sy, 690, 691. 

vague : 85. 

valeur : — de la connaissance seien- 



de la psychanalyse, 144 ; jugements 

de — , 381, 
valse : 790* 
vantardise : 204. 
vécu : 373, 375. 
vénérienne : contamination — , 68 ; 

maladie — t 77, 
vengeance : Si, 87, 90, - 92, oS t 99, 

IOIj 102, m. 

vent : 770, 7S2 ; instruments à — , 
769, 77S. 

vérité : 136, 143* 

vestibule : 91. 

vide ; — de la pensée, 130. 

vidée : 631. 

vie : 140, 141, 

ville :S6, 87. 

vin : 67S. 

vindicatif : punition — ve, 170, 200, 

virilité : fantasme de — , 180 ; eom- 
plex le — j ïoo ; — narcissique de 
la femme, 613. 

virginité : 77. 

vital : instinct — , 150. 

voix : — parlée, 767* 

vol : 202 ? 203, 204, 736, 737 . 

volontarisme : 381. 

volonté : 143, 154, 160, J97 ; défini- 
tion de la — , 378 ; nature de la 
— , 386 ; blocage de la — , 627* 

vomissement : —s hystériques, 19, 



tifkjue, J42, 144 ; - thérapeutique zone : v. érogene, 



Table générale des Matières 



Mémoires originaux {partie médicale) 

vS. Freud. — Fragment d'une anatyse d'hystérie (Dora) i 

R* Lœvenstenu — La technique psychanalytique * * 113 

Mémoires originaux (partie appliquée) 

E. Pichon. — Position du problème de l'adaptation réciproque entre 
la Société et les psychismes exceptionnels ,•+*:*,.,,.....,..»... 135 

Comptas rekhus 

Société psychanalytique de Paris {17 jan vier-S mai 1928) 171 

Troisième conférence des ps3 j chanalystes de langue française (Paris). 178 
Commission linguistique pour l'unification du vocabulaire psy- 

^ ch analytique français 195 

III e Congrès médical (de langue allemande) pour la psychothéra- 
pie (Bade) , * > *.,....* 196 

Bibliographie . ... > + , , , ,* sot 

Mémoires originaux (pprfic médicale) 

S. Freud. — Le problème économique du masochisme 211 

S. FerenczL — L 'élasticité de la technique psychanalytique * 224 

1< T Laforgue. — La pratique psychanalytique 239 

A. Hesnard, — Un cas d'obsession dé l'inceste 304 

R, Allendy. — Un cas d'eczéma, « . , . • , ". - * . . . • , ...... 327 

COMPTES RENDUS 

f 

Société psychanalytique de Paris (30 juin-a octobre 1928} 345 

Bibliographie ,...,.......,,«,., 349 

Mémoires originaux (partie médicale) . 

S. Freud, — Analyse d'une phobie cher, 1111 petit garçon de cinq ans 

(Le petit Jlans) *.*....*- ... 411 

Marie Bonaparte, — L'identification ! d'une fille à sa mère morte., 541 



TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES 827 



Comptes ïïesdus 

Société psychanalytique de Paris {6 ttOvembre-4 décembre 1928),...* 569 
Société d'études des formes humaines 576 

Bibliographie ■ * 57S 

Mémoires originaux (partie médicale) 

S. Freud, — Sur les transformations des pulsions, particulièrement 
dans Pcrotisme anal .,.„.,„,„ 609 

Chj Odier. — 1/argetit et les névrosés. I. Partie clinique : Argent 
cl homosexualité * 617 

K, Tîchou et G, Parcheminey, — Sur les traitements psychothéra- 
piques courts d 'inspiration freudienne che£ les enfants 711 

Mémoires originaux [partie appliquée) 

H.' Zullîger. — La psychanalyse et les écoles nouvelles 721 

P. Germain. — La musique et la psychanalyse, + , . 751 

1 / 



1 



1 abi.es 

Table des auteurs ,,,,,* •*,,,,, ,. * , . .■ 703 

Table analytique des matières «,....•..**•. S02 

Table générale des matières * , S26 



Le Gérant : V. Chapelle. 



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